Directoire pour la catéchèse, 1ère partie : la catéchèse dans la mission évangélisatrice de l’Église

directoire pour la catéchèse

Le nouveau Directoire pour la Catéchèse a été présenté en juin 2020 par Mgr Fisichella, président du Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation. Le précédent Directoire publié en 1997 était le fruit du Concile Vatican II, de la publication de Catechesi tradendae de Jean Paul II en 1979, ainsi que de la publication du Catéchisme de l’Église Catholique en 1992. C’est l’occasion de rappeler ce qu’avait souligné avec force le pape François dans son discours aux catéchistes en pèlerinage à Rome à l’occasion de l’année de la foi et du congrès international des catéchistes le 27 septembre 2013 : la catéchèse n’est pas d’abord quelque chose « à faire », un travail à accomplir ou le fruit d’un goût pour l’enseignement. Il insistait sur la vocation des catéchistes, sur « l’être catéchiste » et la qualité de la vie spirituelle de ceux qui ont la charge de la catéchèse. C’est avant tout le témoignage des catéchistes qui transmet la foi par « attraction ».

CHAPITRE I

LA RÉVÉLATION ET SA TRANSMISSION

JÉSUS-CHRIST RÉVÉLATEUR ET RÉVÉLATION DU PÈRE

La révélation du dessein providentiel de Dieu

11. Tout ce que l’Église est, tout ce que fait l’Église trouve son fondement ultime dans le fait que Dieu, dans sa bonté et sa sagesse, a voulu révéler le mystère de sa volonté en se communiquant lui-même aux hommes. Saint Paul décrit ce mystère par ces mots : Dieu « nous a choisis, dans le Christ, avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints, immaculés devant lui, dans l’amour. Il nous a prédestinés à être, pour lui, des fils adoptifs par Jésus, le Christ » (Ep 1, 4-5). Depuis le début de la création, Dieu n’a cessé de communiquer ce plan de salut à l’homme et de lui montrer des signes de son amour ; et même « Si l’homme peut oublier ou refuser Dieu, Dieu, Lui, ne cesse d’appeler tout homme à Le chercher pour qu’il vive et trouve le bonheur[1]».

12. Dieu révèle et réalise son dessein d’une manière nouvelle et définitive en la personne du Fils, envoyé dans notre chair, par lequel les hommes « accèdent dans l’Esprit Saint, auprès du Père et sont rendus participants de la nature divine » (DV 2). La Révélation est une initiative d’amour de Dieu orientée vers la communion : « Par cette Révélation, le Dieu invisible (cf. Col 1, 15 ; 1 Tm 1, 17) s’adresse aux hommes en son surabondant amour comme à des amis (cf. Ex 33, 11 ; Jn 15, 14-15), il s’entretient avec eux (cf. Ba 3, 28) pour les inviter et les admettre à partager sa propre vie » (DV 2). L’économie de la Révélation « comprend des actions et des paroles intimement liées entre elles, de sorte que les œuvres, accomplies par Dieu dans l’histoire du salut, attestent et corroborent et la doctrine et le sens indiqués par les paroles, tandis que les paroles proclament les œuvres et éclairent le mystère qu’elles contiennent » (DV 2). En demeurant en tant qu’homme parmi les hommes, Jésus non seulement révèle les secrets de Dieu, mais accomplit l’œuvre du salut. En effet, « C’est donc lui – le voir, c’est voir le Père (cf. Jn 14, 9) – qui, par toute sa présence et par la manifestation qu’il fait de lui-même par ses paroles et ses œuvres, par ses signes et ses miracles, et plus particulièrement par sa mort et sa résurrection glorieuse d’entre les morts, par l’envoi enfin de l’Esprit de vérité, achève en l’accomplissant la Révélation, et la confirme encore en attestant divinement que Dieu lui-même est avec nous pour nous arracher aux ténèbres du péché et de la mort et nous ressusciter pour la vie éternelle » (DV 4).

13. Dieu a révélé son amour et, du plan divin lui-même, surgit la nouveauté de l’annonce chrétienne, « la possibilité de dire à tous les peuples : “Il s’est montré, lui personnellement. Et à présent, le chemin qui mène à Lui est ouvert”[2]». C’est précisément parce qu’elle entrouvre une vie nouvelle – vie sans péché, vie filiale, vie en abondance, vie éternelle – que cette annonce est belle : « Le pardon des péchés, la justice, la sanctification, la rédemption, l’adoption des enfants de Dieu, l’héritage du ciel, la parenté avec le Fils de Dieu. Quelle meilleure nouvelle que celle-ci ? Dieu sur terre et l’homme dans le ciel ! »[3].

14. La proclamation chrétienne révèle le dessein divin, qui est :

  • un mystère d’amour : les hommes, aimés de Dieu, sont appelés à lui répondre, en devenant signe d’amour pour leurs frères ;
  • la révélation de la vérité intime de Dieu en tant que Trinité et de la vocation de l’homme à mener une vie filiale en Christ, source de sa dignité ;
  • l’offre de salut pour tous les hommes, à travers le mystère pascal de Jésus-Christ, don de la grâce et de la miséricorde de Dieu, qui implique de se libérer du mal, du péché et de la mort ;
  • l’appel définitif à réunir l’humanité dispersée dans l’Église, en réalisant la communion avec Dieu et l’union fraternelle entre les hommes dès aujourd’hui, tout en sachant qu’elle sera pleinement accomplie à la fin des temps.

Jésus annonce l’Évangile du salut

15. Au début de son ministère, Jésus annonce la venue du Royaume de Dieu, en l’accompagnant de signes ; il « proclame qu’il a été envoyé pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres (cf. Lc 4, 18), laissant entendre et confirmant ensuite par sa vie que le Royaume de Dieu est destiné à tous les hommes »[4], à commencer par les plus pauvres et les pécheurs, et exige la conversion (cf. Mc 1, 15). Il inaugure et annonce le Royaume de Dieu pour chaque personne. Jésus-Christ, par sa vie, est la plénitude de la Révélation : c’est la manifestation plénière de la miséricorde divine et, en même temps, de l’appel à l’amour qui est dans le cœur de l’homme. « C’est lui qui nous révèle que “Dieu est charité” (cf. 1 Jn 4, 8) et qui nous enseigne en même temps que la loi fondamentale de la perfection humaine, et donc de la transformation du monde, est le commandement nouveau de l’amour » (GS 38). Entrer en communion avec lui et le suivre confère plénitude et vérité à la vie humaine : « Quiconque suit le Christ, homme parfait, devient lui-même plus homme » (GS 41).

  1. Le Seigneur, après sa mort et sa résurrection, a donné l’Esprit Saint pour accomplir l’œuvre du salut et a envoyé les disciples pour qu’ils poursuivent sa mission dans le monde. C’est du mandat missionnaire du Ressuscité qu’émergent les verbes de l’évangélisation, intimement liés les uns aux autres : « proclamez » (Mc 16, 15), « faites des disciples : baptisez-les […], apprenez-leur… » (Mt 28, 19-20), « vous serez alors mes témoins » (Ac 1, 8), « Faites cela en mémoire de moi » (Lc 22, 19), « Aimez-vous les uns les autres » (Jn 15, 12). C’est ainsi que se présentent les traits caractéristiques d’une dynamique de l’annonce, dans laquelle se conjuguent étroitement la reconnaissance de l’action de Dieu dans le cœur de chaque homme, la primauté du Saint-Esprit et l’ouverture universelle à chaque homme. L’évangélisation est donc une réalité « riche, complexe et dynamique »[5], et dans son développement elle intègre diverses possibilités ; témoignage et annonce, parole et sacrement, changement intérieur et transformation sociale. Toutes ces actions sont complémentaires et s’enrichissent mutuellement. L’Église continue d’accomplir cette tâche avec une immense variété d’expériences de l’annonce, continuellement suscitée par l’Esprit Saint.

LA FOI EN JÉSUS-CHRIST : LA RÉPONSE À DIEU QUI SE RÉVÈLE

  1. Chaque personne, passant de l’inquiétude qui habite son cœur à la recherche sincère du sens de sa propre existence en Christ parvient à se comprendre pleinement ; en le connaissant de manière familière, elle ressent l’envie d’emprunter les chemins de la vérité. La Parole de Dieu révèle la nature relationnelle de chacun et sa vocation filiale à se conformer au Christ : « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose pas en Toi »[6]. Lorsque l’homme est rejoint par Dieu, il est appelé à répondre avec l’obéissance de la foi et à adhérer avec le plein consentement de l’intelligence et de la volonté, en accueillant librement « l’évangile de la grâce de Dieu » (Ac 20, 24). Ainsi, le croyant « trouve ce qu’il a toujours cherché et l’obtient en abondance. La foi répond à cette “attente”, souvent inconsciente et toujours limitée, de connaître la vérité sur Dieu, sur l’homme et sur sa destinée »[7].
  2. La foi chrétienne, c’est d’abord l’acceptation de l’amour de Dieu révélé en Jésus-Christ, l’adhésion sincère à sa personne et la libre décision de marcher à sa suite. Ce oui à Jésus-Christ contient deux dimensions : l’abandon confiant à Dieu (fides qua) et l’assentiment affectueux envers tout ce qu’il nous a révélé (fides quae). Effectivement, « saint Jean a exprimé l’importance de la relation personnelle avec Jésus pour notre foi à travers divers usages du verbe croire. Avec le “croire que” ce que Jésus nous dit est vrai (cf. Jn 14, 10 ; 20, 31), Jean utilise aussi les locutions “croire à” Jésus et “croire en” Jésus. “Nous croyons à” Jésus, quand nous acceptons sa Parole, son témoignage, parce qu’il est véridique (cf. Jn 6, 30). “Nous croyons en” Jésus, quand nous l’accueillons personnellement dans notre vie et nous nous en remettons à lui, adhérant à lui dans l’amour et le suivant au long du chemin (cf. Jn 2, 11 ; 6, 47 ; 12, 44) »[8], dans un parcours dynamique qui dure toute la vie. Croire entraîne donc une double adhésion : « à la personne et à la vérité ; à la vérité par confiance en la personne qui l’atteste »[9] et à la personne parce qu’elle est elle-même la vérité attestée. C’est une adhésion du cœur, de l’esprit et de l’agir.
  3. La foi est un don de Dieu et une vertu surnaturelle, qui peut naître intérieurement comme un fruit de la grâce et comme une réponse libre à l’Esprit Saint, qui amène le cœur à la conversion et le tourne vers Dieu, en lui donnant « la douce joie de consentir et de croire à la vérité » (DV 5). Guidé par la foi, l’homme en vient à contempler et à apprécier Dieu en tant qu’amour (cf. 1 Jn 4, 7-16). La foi, comme accueil personnel du don de Dieu, n’est ni irrationnelle ni aveugle. « La lumière de la raison et celle de la foi viennent toutes deux de Dieu, […] c’est pourquoi elles ne peuvent se contredire »[10]. La foi et la raison, en effet, sont l’une et l’autre complémentaires : si la raison évite à la foi de tomber dans le fidéisme ou le fondamentalisme, « seule la foi permet de pénétrer le mystère, dont elle favorise une compréhension cohérente »[11].
  4. La foi implique une profonde transformation existentielle opérée par l’Esprit, une metànoia qui « se manifeste à tous les niveaux de l’existence du chrétien : dans sa vie intérieure d’adoration et d’accueil de la volonté de Dieu ; dans sa participation à la mission de l’Église ; dans sa vie conjugale et familiale ; dans la vie professionnelle ; dans les activités économiques et sociales »[12]. Celui qui croit, en acceptant le don de la foi, « est transformé en une créature nouvelle. Il reçoit un nouvel être, un être filial ; il devient fils dans le Fils »[13].
  5. La foi est certainement un acte personnel et, cependant, ce n’est pas un choix individuel et privé ; il a un caractère relationnel et communautaire. Le chrétien est né du sein maternel de l’Église ; sa foi est une participation à la foi ecclésiale qui le précède toujours. En fait, son acte de foi personnel représente la réponse à la mémoire vivante d’un événement que l’Église lui a transmis. Par conséquent, la foi du disciple du Christ n’est allumée, soutenue et transmise que dans la communion de la foi ecclésiale, où le « je crois » du baptême se conjugue avec le « nous croyons » de toute l’Église[14]. Chaque croyant s’unit donc à la communauté des disciples et s’approprie la foi de l’Église. Avec l’Église, peuple de Dieu sur le chemin de l’histoire et sacrement universel du salut, il participe de sa mission.

LA TRANSMISSION DE LA RÉVÉLATION DANS LA FOI DE L’ÉGLISE

  1. La Révélation est pour toute l’humanité : « [Dieu] veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité » (1 Tm 2, 4). Pour cette volonté salvifique universelle, « Dieu, avec la même bienveillance, a pris des dispositions pour qu’elle demeure toujours en son intégrité et qu’elle soit transmise à toutes les générations » (DV 7). C’est pourquoi Jésus-Christ a édifié l’Église sur le fondement des Apôtres. Elle remplit dans l’histoire la même mission que Jésus avait reçue du Père. L’Église est inséparable de la mission du Fils (cf. AG 3) et de la mission de lEsprit Saint (cf. AG 4) parce qu’elles constituent une seule économie du salut.
  2. L’Esprit Saint, véritable protagoniste de toute la mission ecclésiale, agit à la fois dans l’Église et chez ceux que celle-ci doit rejoindre et par qui, d’une certaine manière, elle doit également être rejointe, puisque Dieu œuvre dans le cœur de chaque homme. L’Esprit Saint continue de féconder l’Église qui vit de la Parole de Dieu et la fait toujours croître dans l’intelligence de l’Évangile, en l’envoyant et en la soutenant dans l’œuvre d’évangélisation du monde. Le même Esprit, de l’intérieur même de l’humanité, sème la semence de la Parole, suscite le désir et les œuvres de bien ; prépare la réception de l’Évangile et accorde la foi afin que, par le témoignage de l’Église, les hommes puissent reconnaître la présence et la communication aimante de Dieu. L’Église accueille avec obéissance et gratitude cette action mystérieuse de l’Esprit ; celui-ci agit comme son instrument vivant et docile pour conduire à la vérité tout entière (cf. Jn 16, 13), et elle-même s’enrichit de la rencontre avec ceux à qui il donne l’Évangile.
  3. Les Apôtres, fidèles au mandat divin, avec le témoignage et les œuvres, la prédication orale, les institutions et les écrits inspirés de l’Esprit Saint, ont transmis ce qu’ils avaient reçu et, « pour que l’Évangile fût toujours gardé intact et vivant dans l’Église, les Apôtres laissèrent pour successeurs des évêques, auxquels ils “remirent leur propre fonction d’enseignement” » (DV 7). Cette Tradition apostolique « progresse dans l’Église, sous l’assistance du Saint-Esprit ; en effet, la perception des réalités aussi bien que des paroles transmises s’accroît, soit par la contemplation et l’étude des croyants qui les méditent en leur cœur (cf. Lc 2, 19.51), soit par l’intelligence intérieure qu’ils éprouvent des réalités spirituelles, soit par la prédication » (DV 8).
  4. La transmission de l’Évangile selon le commandement du Seigneur a été accomplie de deux manières : « par la transmission vivante de la Parole de Dieu (appelée plus simplement la Tradition) et par la Sainte Écriture, qui est la même annonce du salut, consignée par écrit »[15]. Par conséquent, la Tradition et l’Écriture sainte sont étroitement unies et imbriquées et dérivent de la même source, la Révélation de Jésus-Christ. Celles-ci s’unissent en un seul flux, la vie de foi ecclésiale, et partagent le même objectif, à savoir rendre tout le mystère de Jésus-Christ actif et dynamique au sein de l’Église.
  5. La Tradition n’est pas avant tout un ensemble de doctrines, mais une vie de foi renouvelée chaque jour. Elle progresse, « en se consolidant avec les années, en se développant avec le temps, en s’approfondissant avec l’âge »[16]. Le Magistère de l’Église, soutenu par l’Esprit Saint et doté du charisme de la vérité, exerce son ministère d’interprétation authentique de la Parole de Dieu, au service de laquelle il est. Le Magistère exerce donc le ministère de la conservation intégrale de la Révélation, de la Parole de Dieu contenue dans la Tradition et l’Écriture sainte, et sa transmission continue. C’est ce Magistère vivant qui l’interprète de manière cohérente et y est soumis (cf. DV 10).
  6. En fin de compte, « à travers l’action de l’Esprit Saint et sous la conduite du Magistère, l’Église transmet à toutes les générations tout ce qui a été révélé dans le Christ. L’Église vit dans la certitude que son Seigneur, qui a parlé dans le passé, ne cesse de communiquer sa Parole, aujourd’hui, dans la Tradition vivante de l’Église et dans l’Écriture sainte. En effet, la Parole de Dieu se donne à nous dans l’Écriture sainte comme témoignage inspiré de la Révélation qui, avec la Tradition vivante de l’Église, constitue la règle suprême de la foi »[17] et la principale source d’évangélisation. À la Parole de Dieu, toutes les autres sources sont ordonnées.

Révélation et évangélisation

  1. L’Église, sacrement universel du salut, obéissant aux orientations de l’Esprit Saint, à l’écoute de la Révélation, la transmet et soutient la réponse de la foi ; « dans sa doctrine, sa vie et son culte […] elle transmet à chaque génération, tout ce qu’elle est elle-même, tout ce qu’elle croit » (DV 8). C’est pourquoi le mandat d’évangéliser tous les hommes est sa mission essentielle. « Évangéliser est, en effet, la grâce et la vocation propre de l’Église, son identité la plus profonde. Elle existe pour évangéliser »[18]. Cependant, dans cette mission « l’Église commence par s’évangéliser elle-même. Communauté de croyants, communauté de l’espérance vécue et communiquée, communauté d’amour fraternel, elle a besoin d’écouter sans cesse ce qu’elle doit croire, ses raisons d’espérer, le commandement nouveau de l’amour. […] Elle a toujours besoin d’être évangélisée, si elle veut garder fraîcheur, élan et force pour annoncer l’Évangile »[19].
  2. Évangéliser, ce n’est pas d’abord apporter une doctrine ; c’est plutôt rendre Jésus-Christ présent et l’annoncer. La mission d’évangélisation de l’Église exprime au mieux l’économie de la Révélation ; réellement, le Fils de Dieu s’incarne, entre dans l’histoire et devient homme parmi les hommes. L’évangélisation rend compte de cette présence pérenne du Christ, afin que ceux qui s’approchent de l’Église puissent trouver en sa personne le moyen de « sauver sa vie » (Mt 16, 25) et de s’ouvrir à un nouvel horizon.
  3. L’évangélisation a pour but ultime l’accomplissement de la vie humaine. En présentant cet enseignement, l’Occident chrétien a recouru à la catégorie du salut, tandis que l’Orient chrétien a préféré parler de divinisation. Pourquoi Dieu s’est-il fait homme ? « Pour nous sauver », répète l’Occident[20]. « Pour que l’homme devienne Dieu », affirme l’Orient[21]. Les deux expressions sont en réalité complémentaires : Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne vraiment homme comme il le voulait et l’a créé ; l’homme dont l’image est le Fils ; l’homme qui est sauvé du mal et de la mort, pour participer de la même nature divine. Les croyants peuvent déjà expérimenter ce salut ici et maintenant, mais celui-ci trouvera sa plénitude dans la résurrection.

Le processus d’évangélisation

  1. L’évangélisation est un processus ecclésial, inspiré et soutenu par l’Esprit Saint, par lequel l’Évangile est annoncé et diffusé à travers le monde. Dans le processus d’évangélisation[22], l’Église :
  • stimulée par la charité, imprègne et transforme l’ensemble de l’ordre temporel, assumant les cultures et offrant la contribution de l’Évangile pour qu’elles se renouvellent de l’intérieur ;
  • se fait proche de tous par une attitude de solidarité, de partage et de dialogue, témoignant ainsi de la nouveauté de la vie des chrétiens, afin que ceux qui les rencontrent soient amenés à s’interroger sur le sens de l’existence et les raisons de leur fraternité et de leur espérance ;
  • proclame explicitement l’Évangile à travers la première annonce, appelant à la conversion ;
  • initie à la foi et à la vie chrétienne, à travers l’itinéraire catéchuménal (catéchèse, sacrements, témoignage de charité, expérience fraternelle), ceux qui se convertissent à Jésus-Christ, ou ceux qui reprennent le chemin à sa suite, en incorporant les uns et en ramenant les autres à la communauté chrétienne ;
  • par l’éducation permanente de la foi, la célébration des sacrements et l’exercice de la charité, elle entretient chez les fidèles le don de la communion et suscite la mission, en envoyant tous les disciples du Christ annoncer l’Évangile dans le monde, en paroles et en actes.
  1. L’évangélisation comprend différentes étapes et moments, qui peuvent être réitérés si nécessaire, afin d’offrir la nourriture évangélique la plus appropriée à la croissance spirituelle de chaque personne ou communauté. Il faut garder à l’esprit qu’il s’agit là non seulement de phases successives, mais aussi de dimensions du processus.
  2. L’action missionnaire est le premier moment de l’évangélisation.
  3. Le témoignage[23] implique l’ouverture du cœur, la capacité de dialogue et de relations réciproques, la volonté de reconnaître les signes de l’existence du bien et de la présence de Dieu dans les personnes que l’on rencontre.

En fait, Dieu atteint le cœur même des personnes à qui nous voulons communiquer l’Évangile : il vient toujours en premier. La reconnaissance de la primauté de la grâce est fondamentale dans l’évangélisation, dès le premier instant. Ainsi, les disciples de Jésus, en partageant la vie de tous, témoignent, même sans prononcer aucune parole, de la joie de l’Évangile qui suscite des questions. Le témoignage, qui s’exprime également à travers un dialogue respectueux, au moment opportun, se fait annonce.

  1. La sensibilisation à la foi et à la conversion initiale a pour objectif de susciter l’intérêt pour l’Évangile à travers la première annonce. Il s’agit là de la médiation dont l’Esprit peut se servir pour toucher le cœur des hommes : les chercheurs de Dieu, les non-croyants, les indifférents, les membres d’autres religions, les gens qui ont une connaissance superficielle ou déformée de la foi chrétienne, les chrétiens dont la foi est affaiblie ou qui se sont éloignés de l’Église. L’intérêt suscité, sans être encore une décision stable, crée les dispositions propices à l’accueil de la foi. « Ce premier mouvement de l’esprit de l’homme vers la foi, qui est déjà un fruit de la grâce, porte plusieurs noms : “inclination à la foi”, “préparation évangélique”, “inclination à croire”, “recherche religieuse”. L’Église appelle ceux qui manifestent cette préoccupation des sympathisants »[24].
  2. Le temps de la recherche et de la maturation[25] est nécessaire afin de pouvoir transformer l’intérêt premier pour l’Évangile en un choix conscient. La communauté chrétienne, soutenant l’œuvre du Saint-Esprit, accueille la demande de celui qui cherche le Seigneur et pendant la période nécessaire, grâce à ceux qu’elle désigne, réalise une première forme d’évangélisation et de discernement, à travers l’accompagnement et l’explicitation du kérygme. Cette période, également appelée pré-catéchuménat[26] dans l’itinéraire catéchuménal, est importante pour l’accueil de l’annonce et en vue d’une réponse et d’une conversion initiale. En effet, il porte déjà en lui le désir de s’éloigner du péché et de marcher sur les traces du Christ.
  3. L’action dinitiation catéchétique est au service de la profession de foi. Ceux qui ont déjà rencontré Jésus-Christ sentent croître le désir de le connaître plus intimement, rendant explicite une première option pour l’Évangile. Dans la communauté chrétienne, la catéchèse, avec les rites liturgiques, les œuvres de charité et l’expérience de la fraternité, « initie à la connaissance de la foi et à l’apprentissage de la vie chrétienne, en favorisant un itinéraire spirituel qui entraîne “un changement progressif de la mentalité et des mœurs” (AG 13) fait de renoncements et de luttes, mais aussi de joies que Dieu donne sans mesure »[27]. Le disciple de Jésus-Christ est alors prêt pour la profession de foi lorsque, par la célébration des sacrements de l’initiation, il est greffé au Christ. Cette étape correspond à la période du catéchuménat et à celle de la purification et de l’illumination de l’itinéraire catéchuménal[28].
  4. L’action pastorale nourrit la foi des baptisés et les aide dans le processus permanent de conversion de la vie chrétienne. Dans l’Église, « Le baptisé, toujours animé par l’Esprit, nourri par les sacrements, par la prière et par la pratique de la charité, et aidé par les multiples formes d’éducation permanente à la foi, cherche à faire sien le désir du Christ : “Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait” (Mt 5, 48) »[29]. C’est en cela que consiste l’appel à la sainteté pour entrer dans la vie éternelle. Le début de cette étape correspond au temps de la mystagogie dans l’itinéraire catéchuménal[30].
  5. Le ministère de la Parole de Dieu s’accomplit tout au long de ce processus d’évangélisation, afin que le message évangélique puisse atteindre tout le monde. Ce ministère ou service de la Parole (cf. Ac 6, 4) transmet la Révélation : Dieu, en effet, qui parle « par des hommes à la manière des hommes » (DV 12), utilise la parole de l’Église. C’est à travers elle que l’Esprit Saint atteint toute l’humanité ; il est celui pour qui « la voix vivante de l’Évangile retentit dans l’Église et, par l’Église, dans le monde » (DV 8).
  6. Comme « il n’y a pas d’évangélisation vraie si le nom, l’enseignement, la vie, les promesses, le Règne, le mystère de Jésus de Nazareth Fils de Dieu ne sont pas annoncés »[31], l’Église, depuis l’époque apostolique, dans son désir de répandre la Parole de Dieu parmi les non-croyants et d’en offrir une compréhension plus profonde aux croyants, a utilisé diverses formes, afin que ce ministère puisse être réalisé dans différents domaines et expressions de la vie. Parmi ces formes, il faut souligner :
  • la première annonce ;
  • les différents types de catéchèse ;
  • l’homélie et la prédication ;
  • la lecture priante, également sous forme de la lectio divina ;
  • la piété populaire ;
  • l’apostolat biblique ;
  • l’enseignement de la théologie ;
  • l’enseignement scolaire de la religion ;
  • les études et les rencontres qui mettent en relation la Parole de Dieu et la culture contemporaine, également dans une confrontation interreligieuse et interculturelle.

L’ÉVANGÉLISATION DANS LE MONDE CONTEMPORAIN

Une nouvelle étape évangélisatrice

  1. L’Église se trouve face à une « nouvelle étape évangélisatrice »[32] parce que même dans ce changement d’époque, le Seigneur ressuscité continue de faire toutes choses nouvelles (cf. Ap 21, 5). Notre époque est complexe, traversée par de profonds changements et, dans les Églises de tradition ancienne, elle est souvent marquée par des phénomènes d’éloignement de l’expérience de la foi et de l’Église. Le cheminement ecclésial lui-même est marqué par des difficultés et par un besoin de renouveau spirituel, moral et pastoral. Pourtant, l’Esprit Saint continue de susciter chez les hommes la soif de Dieu et, dans l’Église, une nouvelle ferveur, de nouvelles méthodes et de nouvelles expressions pour annoncer la bonne nouvelle de Jésus-Christ.
  2. L’Esprit Saint est l’âme de l’Église évangélisatrice. Pour cette raison, l’appel à une nouvelle évangélisation[33] ne coïncide pas tant avec une dimension temporelle, qu’avec le fait de rendre tous les moments du processus d’évangélisation encore plus ouverts à l’action rénovatrice de l’Esprit du Ressuscité. Les défis que les temps nouveaux lancent à l’Église peuvent d’abord être relevés avec le dynamisme de renouveau ; et, de la même manière, ce dynamisme est possible en conservant une confiance ferme dans l’Esprit Saint : « il n’y a pas de plus grande liberté que de se laisser guider par l’Esprit, en renonçant à vouloir calculer et contrôler tout, et de permettre à l’Esprit de nous éclairer, de nous guider, de nous orienter, et de nous conduire là où il veut. Il sait bien ce dont nous avons besoin à chaque époque et à chaque instant »[34].
  3. De manière particulière, la spiritualité de la nouvelle évangélisation s’accomplit aujourd’hui dans la conversion pastorale, par laquelle l’Église est amenée à se réaliser vers lextérieur, selon un dynamisme qui traverse toute la Révélation, et elle se place dans un état de mission permanent[35]. Cet élan missionnaire conduit également à une véritable réforme des structures et des dynamiques ecclésiales, afin qu’elles deviennent toutes plus missionnaires, c’est-à-dire capables de vivifier avec audace et créativité à la fois le panorama culturel et religieux et l’horizon personnel de chaque homme. Chaque baptisé, en tant que « disciple missionnaire »[36], est un sujet actif de cette mission ecclésiale.
  4. Cette nouvelle étape d’évangélisation concerne toute la vie de l’Église et se concrétise dans trois domaines.
  5. En premier lieu, il y a le domaine de la pastorale ordinaire, qui se réalise dans « des communautés chrétiennes aux structures ecclésiales fortes et adaptées, à la foi et à la vie ferventes, qui rendent témoignage à l’Évangile de manière rayonnante dans leur milieu et qui prennent conscience du devoir de la mission universelle[37] ». « Il faut aussi inclure dans ce domaine les fidèles qui conservent une foi catholique intense et sincère, en l’exprimant de diverses manières, bien qu’ils ne participent pas fréquemment au culte. Cette pastorale s’oriente vers la croissance des croyants, de telle sorte qu’ils répondent toujours mieux et par toute leur vie à l’amour de Dieu[38]. »
  6. Deuxièmement, il y a « le domaine des “personnes baptisées qui pourtant ne vivent pas les exigences du baptême”, qui n’ont pas une appartenance du cœur à l’Église et ne font plus l’expérience de la consolation de la foi[39] ». Dans ce groupe, nombreux sont ceux qui ont achevé l’itinéraire de l’initiation chrétienne et ont déjà pris part aux chemins de catéchèse ou d’éducation religieuse à l’école, pour lesquels « au-delà des méthodes pastorales traditionnelles, toujours valables, l’Église cherche à utiliser de nouvelles méthodes, avec aussi le souci de nouveaux langages, appropriés aux différentes cultures du monde, proposant la vérité du Christ par une attitude de dialogue et d’amitié[40]. »
  7. Troisièmement, il y a le domaine de « ceux qui ne connaissent pas Jésus-Christ ou lont toujours refusé. Beaucoup d’entre eux cherchent Dieu secrètement, poussés par la nostalgie de son visage, même dans les pays d’ancienne tradition chrétienne. Tous ont le droit de recevoir l’Évangile. Les chrétiens ont le devoir de l’annoncer sans exclure personne, non pas comme quelqu’un qui impose un nouveau devoir, mais bien comme quelqu’un qui partage une joie, qui indique un bel horizon, qui offre un banquet désirable. L’Église ne grandit pas par prosélytisme mais “par attraction” »[41]. Cet élan missionnaire spontané doit être soutenu par une véritable pastorale de la première annonce, capable de prendre des initiatives afin de proposer explicitement la bonne nouvelle de la foi, en manifestant concrètement la force de la miséricorde, cœur même de l’Évangile, et en favorisant l’insertion de celui ou celle qui se convertit au sein de la communauté ecclésiale.

Évangélisation des cultures et inculturation de la foi

  1. Pour être au service de la Révélation, l’Église est appelée à regarder l’histoire avec les mêmes yeux que Dieu pour reconnaître l’action de l’Esprit Saint qui, soufflant là où il veut (cf. Jn 3, 8), « suscite dans l’expérience humaine universelle, en dépit des nombreuses contradictions de cette dernière, des signes de sa présence, qui aident les disciples mêmes du Christ à comprendre plus profondément le message dont ils sont porteurs »[42]. L’Église a ainsi la possibilité de reconnaître les signes des temps (cf. GS 4) dans le cœur de chaque personne et de chaque culture, dans tout ce qui est authentiquement humain et le promeut. « Tout en se livrant soigneusement à un discernement attentif pour recueillir les “signes véritables de la présence ou du dessein de Dieu” (GS 11), l’Église reconnaît que, non seulement elle a donné, mais qu’elle a aussi “reçu de l’histoire et de l’évolution du genre humain” (GS 44) »[43].
  2. Évangéliser ne signifie pas occuper un territoire, mais susciter des processus spirituels dans la vie des personnes afin que la foi prenne racine et soit significative. L’évangélisation de la culture nécessite de parvenir au cœur de la culture elle-même, là où les nouveaux thèmes et paradigmes sont générés, en rejoignant les individus et les sociétés au plus profond d’eux-mêmes, pour les éclairer de l’intérieur avec la lumière de l’Évangile. « Le besoin d’évangéliser les cultures pour inculturer l’Évangile est impérieux. Dans les pays de tradition catholique, il s’agira d’accompagner, de prendre soin et de renforcer la richesse qui existe déjà, et dans les pays d’autres traditions religieuses ou profondément sécularisés, il s’agira de favoriser de nouveaux processus d’évangélisation de la culture, bien qu’ils supposent des projets à très long terme »[44].
  3. Le rapport entre Évangile et culture a toujours interpellé la vie de l’Église. Sa tâche est de sauvegarder fidèlement le dépôt de la foi, mais en même temps « cette doctrine certaine et immuable, à laquelle un assentiment fidèle doit être donné, doit être approfondie et exposée en fonction de ce qui est exigé par notre temps »[45]. Dans la situation actuelle, marquée par une grande distance entre foi et culture, il est urgent de repenser l’œuvre d’évangélisation avec de nouvelles catégories et de nouveaux langages qui soulignent sa dimension missionnaire.
  4. Chaque culture a sa particularité, mais aujourd’hui de nombreuses expressions culturelles se propagent avec le phénomène de la mondialisation. Elle est renforcée par les moyens de communication de masse et les mouvements populaires. « Les transformations sociales auxquelles nous avons assisté au cours des dernières décennies, ont des causes complexes, dont les racines remontent loin dans le temps et qui ont profondément modifié la perception de notre monde. Il suffit de penser aux progrès gigantesques de la science et de la technique, à l’accroissement des possibilités de vie et des espaces de liberté individuelle, aux profonds changements dans le domaine économique, au processus de mélange d’ethnies et de cultures provoqué par les phénomènes de migrations de masse, à l’interdépendance croissante entre les peuples »[46].
  5. En dépit de la diversité des opportunités qui se présentent dans ce nouveau panorama mondial, on ne peut pas ne pas prendre acte des ambiguïtés et souvent également des difficultés qui accompagnent les transformations en cours. Parallèlement à une inquiétante inégalité sociale qui débouche souvent sur des tensions planétaires alarmantes, la perspective du sens de l’expérience humaine elle-même est en train de changer profondément. « Dans la culture dominante, la première place est occupée par ce qui est extérieur, immédiat, visible, rapide, superficiel, provisoire »[47]. Un rôle central est aujourd’hui confié à la science et à la technique, comme si elles seules pouvaient répondre aux questions les plus profondes. Certains processus de formation sont organisés sous de telles conditions, au détriment d’une formation intégrale, qui donne raison aux aspirations les plus authentiques de l’âme humaine. Une véritable révolution anthropologique est en marche, qui a également des conséquences sur l’expérience religieuse et qui interpelle vivement la communauté ecclésiale.
  6. Dans l’établissement de ce contexte culturel, le rôle joué par les moyens de communication de masse qui ont redéfini les coordonnées humaines de base, bien au-delà des finalités plus étroitement liées aux besoins de la communication, est indéniable. « Les nouvelles technologies non seulement changent la façon de communiquer, mais opèrent une vaste transformation culturelle. Une nouvelle façon d’apprendre et de penser se développe, offrant des opportunités inédites d’établir des relations et d’instaurer une communion »[48]. Cette transformation concerne donc la sphère de l’identité et de la liberté de la personne, ainsi que les capacités cognitives et les systèmes d’apprentissage ; elle affecte inévitablement ses modalités relationnelles et, au final, modifie l’approche même de l’expérience de la foi. Pour l’Église, par conséquent, « la révolution des moyens de communication et de l’information est un grand et passionnant défi, qui requiert des énergies fraîches et une nouvelle imagination pour transmettre aux autres la beauté de Dieu »[49].

La catéchèse au service de la nouvelle évangélisation

  1. Dans le contexte de l’annonce renouvelée de l’Évangile au sein du panorama mouvant de la culture contemporaine, l’Église veille à ce que chacune de ses activités ait une connotation évangélisatrice et missionnaire intrinsèque. Puisque « l’action missionnaire est le paradigme de toute tâche de l’Église »[50], il est nécessaire que la catéchèse soit également au service de la nouvelle évangélisation et qu’à partir de celle-ci soient développées certaines attentions fondamentales pour que chacun ait personnellement accès à la rencontre avec le Christ. Dans divers contextes ecclésiaux, bien que faisant usage de langages différents, l’accent est mis sur certains aspects de la catéchèse, témoignage d’un sentiment de communauté, dans lequel on reconnaît l’action du Seigneur.

La catéchèse « en sortie missionnaire »

  1. La mission que Jésus ressuscité a confiée à son Église est unique, mais elle est multiforme dans son exercice, en fonction des personnes et des domaines auxquels elle s’adresse. La missio ad gentes est le paradigme de l’action pastorale de l’Église ; celle-ci s’adresse à « des peuples, des groupes humains, des contextes socio-culturels dans lesquels le Christ et son Évangile ne sont pas connus, ou dans lesquels il n’y a pas de communautés chrétiennes assez mûres pour pouvoir incarner la foi dans leur milieu et l’annoncer à d’autres groupes »[51]. Sur ce paradigme, l’Église est appelée aujourd’hui à se placer dans un état de mission permanente à travers le monde et à transformer toutes ses actions dans une perspective missionnaire.
  2. Dans cette prise de conscience renouvelée de sa vocation, l’Église repense également la catéchèse comme l’une de ses œuvres missionnaires. C’est pourquoi elle sera prête à se mettre à la recherche des appels à la vérité déjà présents dans diverses activités humaines, avec cette confiance que Dieu agit mystérieusement dans le cœur de l’homme avant même qu’il ne soit explicitement atteint par l’Évangile. En ce sens, elle saura se faire proche des hommes et des femmes de notre temps, en marchant à leurs côtés là où ils se trouvent. De plus, la catéchèse forme à la mission, en accompagnant les chrétiens dans la maturation de leurs attitudes de foi et en leur faisant prendre conscience de leur vocation de disciples missionnaires, appelés à participer activement à l’annonce de l’Évangile et à rendre le Royaume de Dieu présent dans le monde : « L’intimité de l’Église avec Jésus est une intimité itinérante, et la communion “se présente essentiellement comme communion missionnaire” »[52].

La catéchèse sous le signe de la miséricorde

  1. Le mystère de la foi chrétienne trouve sa synthèse dans la miséricorde, rendue visible en Jésus de Nazareth. La miséricorde, centre de la Révélation de Jésus-Christ, révèle le mystère même de la Trinité. Elle est l’idéal de vie évangélique, le vrai critère de crédibilité de la foi, la trame la plus profonde du vécu ecclésial. L’Église est appelée à annoncer sa première vérité qui est l’amour du Christ[53]. On comprend de mieux en mieux qu’il n’y a pas d’annonce de la foi si cela n’est pas un signe de la miséricorde divine. La pratique de la miséricorde est déjà une authentique catéchèse ; c’est une catéchèse en actes, un témoignage éloquent pour les croyants et les non-croyants, une manifestation du lien entre l’orthodoxie et l’orthopraxie : « La nouvelle évangélisation […] ne peut qu’utiliser le langage de la miséricorde, fait de gestes et d’attitudes avant même que de mots »[54].
  2. En outre, la catéchèse peut être considérée comme une réalisation de l’œuvre de miséricorde spirituelle « pour enseigner à ceux qui ne savent pas ». L’action catéchétique consiste effectivement à offrir la possibilité de sortir de la plus grande ignorance, qui empêche les personnes de connaître leur identité et leur vocation. En effet, dans le De catechizandis rudibus, premier ouvrage chrétien de pédagogie catéchétique, saint Augustin affirme que la catéchèse devient une « opportunité d’œuvre de miséricorde » en ce qu’elle nourrit avec « la Parole de Dieu l’intelligence de ceux qui en ont faim »[55]. Pour le saint évêque, toute l’action catéchétique est soutenue par la miséricorde que Dieu a voulue en Christ à l’égard de la misère humaine. De plus, si la miséricorde est au cœur de la Révélation, elle sera aussi la condition de l’annonce et le style de sa pédagogie. Enfin, la catéchèse éduquera à être « miséricordieux comme [le] Père » (Lc 6, 36), à la fois en encourageant la connaissance et la pratique des œuvres de miséricorde spirituelles et corporelles, en invitant à rechercher de nouvelles œuvres qui répondent aux besoins actuels.

La catéchèse comme « laboratoire » de dialogue

  1. À l’école de l’admirable dialogue du salut qu’est la Révélation, l’Église se sent de plus en plus appelée au dialogue avec les hommes de son temps. « L’Église doit entrer en dialogue avec le monde dans lequel elle vit. L’Église se fait parole ; l’Église se fait message ; l’Église se fait conversation »[56]. Cette vocation, qui a ses racines dans le mystère de Dieu qui, en Jésus, entre en dialogue intime avec l’homme, prend forme précisément à partir de ce dialogue, en assumant ses caractéristiques. Il s’agit d’une initiative libre et gratuite, qui part de l’amour, ne se mesure pas aux mérites de ceux avec qui il a été engagé, n’oblige pas, est pour tous sans distinction, connaît une marche progressive[57]. À l’heure actuelle, ce dialogue – avec la société, les cultures et les sciences, avec tous les autres croyants – est particulièrement recherché car il contribue de manière précieuse à la paix[58].
  2. En ces temps de nouvelle évangélisation, l’Église souhaite que la catéchèse mette aussi l’accent sur ce style dialogal, pour que devienne plus visible le visage du Fils, qui, comme il le fit avec la Samaritaine près du puits, s’arrête pour dialoguer avec chaque personne pour les mener avec douceur à la découverte de l’eau vive (cf. Jn 4, 5-42). En ce sens, la catéchèse ecclésiale est un authentique « laboratoire » de dialogue car, au plus profond de chaque individu, elle rencontre la vivacité et la complexité, le désir et l’envie de chercher, les limites et parfois également les erreurs de la société et des cultures du monde contemporain. Même pour la catéchèse, « il s’agit alors d’acquérir un dialogue pastoral sans relativisme, qui ne négocie pas son identité chrétienne, mais qui veut atteindre le cœur de l’autre, de ceux qui sont différents de nous, et y semer l’Évangile »[59].

CHAPITRE II

L’IDENTITÉ DE LA CATÉCHÈSE

NATURE DE LA CATÉCHÈSE

  1. La catéchèse est un acte de nature ecclésiale, né du mandat missionnaire du Seigneur (cf. Mt 28,19-20) et visant, comme son nom l’indique[60], à faire continuellement résonner l’annonce de sa Pâque dans le cœur de chaque homme, pour que sa vie soit transformée. Réalité dynamique et complexe au service de la Parole de Dieu, elle accompagne, éduque et façonne dans la foi et à la foi, introduit la célébration du Mystère, illumine et interprète la vie et l’histoire humaines. En intégrant harmonieusement ces caractéristiques, la catéchèse exprime la richesse de son essence et offre sa contribution spécifique à la mission pastorale de l’Église.
  2. La catéchèse, étape privilégiée du processus d’évangélisation, s’adresse généralement aux personnes qui ont déjà reçu la première annonce, favorisant au plus profond de chacune d’entre elles les processus d’initiation, de croissance et de maturation dans la foi. Il est vrai, cependant, que si la distinction conceptuelle entre la pré-évangélisation, la première annonce, la catéchèse et la formation continue reste utile, dans le contexte actuel, il n’est plus possible de marquer une telle différence. En effet, d’une part, ceux qui aujourd’hui demandent ou ont déjà reçu la grâce des sacrements n’ont souvent pas d’expérience explicite de la foi ou n’en connaissent pas intimement la force et la chaleur ; d’autre part, une annonce formelle qui se limite à l’énonciation pure et simple des concepts de la foi ne permet pas une compréhension de la foi elle-même, qui constitue au contraire un nouvel horizon de vie qui s’ouvre largement, à partir de la rencontre avec le Seigneur Jésus.

Relation intime entre kérygme et catéchèse

  1. Cette exigence, à laquelle l’Église doit répondre dans le temps présent, met en évidence la nécessité d’une catéchèse qui, de manière cohérente, peut être définie comme kérygmatique, c’est-à-dire une catéchèse qui soit un « approfondissement du kérygme qui se fait chair toujours plus et toujours mieux »[61]. La catéchèse, qu’on ne peut pas toujours distinguer de la première annonce, est avant tout appelée à être une annonce de la foi et ne doit pas confier la tâche d’aider à découvrir la beauté de l’Évangile à d’autres actions ecclésiales. Il est important qu’à travers la catéchèse, chaque personne découvre que cela vaut la peine de croire. C’est pourquoi, elle ne se contente plus d’être un simple moment de croissance plus harmonieuse de la foi, mais contribue à générer la foi elle-même et permet d’en découvrir la grandeur et la crédibilité. L’annonce ne peut donc plus être considérée comme la première étape de la foi, avant la catéchèse, mais plutôt comme la dimension constitutive de chaque moment de la catéchèse.
  2. Le kérygme, « feu de l’Esprit qui se donne sous forme de langues et nous fait croire en Jésus-Christ, qui par sa mort et sa résurrection nous révèle et nous communique l’infinie miséricorde du Père »[62], est simultanément un acte dannonce et le contenu même de l’annonce, qui révèle et rend présent l’évangile[63]. Dans le kérygme, le sujet qui agit est le Seigneur Jésus qui se manifeste dans le témoignage de celui qui l’annonce ; la vie du témoin qui a fait l’expérience du salut devient donc ce qui touche et émeut l’interlocuteur. Dans le Nouveau Testament, il existe plusieurs formulations du kérygme[64] qui correspondent aux différentes compréhensions du salut, qui résonne avec des accents particuliers selon les diverses cultures et les différentes personnes. De la même manière, l’Église doit pouvoir incarner le kérygme pour répondre aux exigences de ses contemporains, en favorisant et en encourageant le fait que sur les lèvres des catéchistes (cf. Rm 10, 8-10), et du plus profond de leur cœur (cf. Mt 12, 34), dans une dynamique réciproque d’écoute et de dialogue (cf. Lc 24, 13-35), fleurissent des annonces crédibles, des confessions de foi vitales, de nouvelles hymnes christologiques permettant de raconter à chacun la bonne nouvelle : « Jésus-Christ t’aime, il a donné sa vie pour te sauver, et maintenant il est vivant à tes côtés chaque jour pour t’éclairer, pour te fortifier, pour te libérer »[65].
  3. De cette centralité du kérygme pour l’annonce, découlent certains accents également pour la catéchèse : « qu’elle exprime l’amour salvifique de Dieu préalable à l’obligation morale et religieuse, qu’elle n’impose pas la vérité et qu’elle fasse appel à la liberté, qu’elle possède certaines notes de joie, d’encouragement, de vitalité, et une harmonieuse synthèse qui ne réduise pas la prédication à quelques doctrines parfois plus philosophiques qu’évangéliques »[66]. Les éléments que la catéchèse, en écho au kérygme, est invitée à valoriser sont : le caractère de proposition ; la qualité narrative, affective et existentielle ; la dimension de témoignage de la foi ; l’attitude relationnelle ; la tonalité salvifique. En vérité, tout cela interroge l’Église elle-même, appelée à redécouvrir tout d’abord l’Évangile qu’elle annonce : la nouvelle annonce de l’Évangile demande à l’Église une écoute renouvelée de l’Évangile, avec ses interlocuteurs.
  4. Étant donné que « Le kérygme possède un contenu inévitablement social »[67], il est important que la dimension sociale de l’évangélisation soit explicitée afin de comprendre son ouverture sur toute l’existence. Cela signifie que l’efficacité de la catéchèse est perceptible non seulement par le biais de l’annonce directe de la Pâque du Seigneur, mais aussi en montrant la nouvelle vision de la vie, de l’homme, de la justice, de la vie sociale, du cosmos tout entier qui émerge de la foi, à travers la réalisation de signes concrets. C’est pourquoi la présentation de la lumière avec laquelle l’Évangile illumine la société n’est pas un deuxième moment chronologiquement distinct de l’annonce de la foi elle-même. La catéchèse est une annonce de la foi, qui ne peut qu’intéresser, quoiqu’en germe, toutes les dimensions de la vie humaine.

Le catéchuménat, source d’inspiration pour la catéchèse

  1. La nécessité de ne pas tenir « pour acquis que nos interlocuteurs connaissent le fond complet de ce que nous disons ou qu’ils peuvent relier notre discours au cœur essentiel de l’Évangile »[68] permet à la fois d’affirmer la nature kérygmatique de la catéchèse et de prendre en considération son inspiration catéchuménale. Le catéchuménat est une pratique ecclésiale ancienne, rétablie après le concile Vatican II (cf. SC 64-66 ; CD 14 ; AG 14), proposée aux convertis non baptisés. Elle contient donc une intention explicitement missionnaire et est structurée comme un ensemble complexe organique et graduel permettant d’initier à la foi et à la vie chrétienne. Précisément en raison de son caractère missionnaire, le catéchuménat peut aussi inspirer la catéchèse de ceux qui, bien qu’ayant déjà reçu le don de la grâce baptismale, n’en goûtent pas réellement la richesse[69]: en ce sens, on parle d’inspiration catéchuménale de la catéchèse ou de catéchuménat post-baptismal ou de catéchèse dinitiation à la vie chrétienne[70]. Une telle inspiration n’oublie pas que les baptisés « ont déjà été introduits dans l’Église et sont devenus enfants de Dieu par le baptême. Par conséquent, le fondement de leur conversion est le baptême déjà reçu, dont ils doivent développer la force[71] ».
  2. À ce sujet, on peut parler de trois propositions catéchuménales :
  • un catéchuménat au sens strict pour les non baptisés, qu’ils soient jeunes ou adultes, enfants en âge scolaire ou adolescents ;
  • un catéchuménat au sens analogique pour les baptisés qui n’ont pas achevé les sacrements de l’initiation chrétienne ;
  • une catéchèse dinspiration catéchuménale pour ceux qui ont reçu les sacrements d’initiation, mais ne sont pas encore suffisamment évangélisés ou catéchisés, ou pour ceux qui souhaitent reprendre le chemin de la foi.
  1. Le rétablissement du catéchuménat, favorisé par le concile Vatican II, a été concrétisé avec la publication du Rituel de linitiation chrétienne des adultes. Le catéchuménat, véritable école de « formation à la vie chrétienne » (AG 14), est un processus structuré en quatre temps ou périodes, visant à guider le catéchumène vers la rencontre plénière avec le mystère du Christ dans la vie de la communauté et est donc considéré comme un lieu typique d’initiation, de catéchèse et de mystagogie. Les rites de passage[72] entre les différentes périodes mettent en évidence la gradualité de l’itinéraire de formation du catéchumène :
  • pendant le pré-catéchuménat a lieu la première évangélisation en ce qui concerne la conversion, et le kérygme de la première annonce est explicité ;
  • le temps du catéchuménat, proprement dit, est destiné à la catéchèse intégrale ; on y accède par le rite dentrée en catéchuménat, au cours duquel la « remise des Évangiles[73]» peut avoir lieu ;
  • le temps de la purification et de lillumination exige une préparation plus intense aux sacrements d’initiation ; cette période dans laquelle on entre par le rite de lappel décisif ou de linscription du nom, prévoit la « reddition du Symbole » et la « transmission de la Prière du Seigneur »[74]:
  • avec la célébration des sacrements de linitiation lors de la Veillée pascale, commence le temps de la mystagogie, caractérisé par une expérience toujours plus profonde des mystères de la foi et de l’insertion dans la vie de la communauté[75].
  1. L’inspiration catéchuménale de la catéchèse ne signifie pas qu’il faille reproduire le catéchuménat de manière servile, mais en assumer le style et le dynamisme de formation, en répondant également à « la nécessité d’un renouvellement mystagogique, qui pourrait assumer des formes très diverses en accord avec le discernement de chaque communauté qui éduque »[76]. Le catéchuménat a une tonalité missionnaire intrinsèque, qui au fil du temps s’est affaiblie dans la catéchèse. Les principaux éléments du catéchuménat sont à reproposer, qui, après le discernement nécessaire, sont aujourd’hui de nouveau compris, valorisés et actualisés avec courage et créativité, dans un effort de véritable inculturation. Ces éléments sont :
  2. le caractère pascal : dans le catéchuménat, tout est orienté vers le mystère de la passion, de la mort et de la résurrection du Christ. La catéchèse communique le cœur de la foi d’une manière essentielle et existentiellement compréhensible, en mettant chacun en contact avec le Ressuscité, en aidant chacun à relire et à vivre les moments les plus intenses de sa propre vie comme on le fait à Pâques ;
  3. le caractère dinitiation : le catéchuménat est une initiation à la foi qui conduit les catéchumènes à découvrir le mystère du Christ et de l’Église. La catéchèse introduit toutes les dimensions de la vie chrétienne, en aidant chacun à initier, au sein de la communauté, son chemin personnel de réponse à Dieu qui l’a cherché ;
  4. le caractère liturgique, rituel et symbolique : le catéchuménat est rempli de symboles, de rites et de célébrations qui touchent les sens et procurent de l’émotion. La catéchèse, précisément grâce à « l’usage de symboles parlants » et à travers une « valorisation renouvelée des signes liturgiques »[77], peut ainsi répondre aux besoins de l’homme contemporain, qui ne considère généralement comme significatif que les expériences qui le touchent dans sa corporéité et son affectivité ;
  5. le caractère communautaire : le catéchuménat est un processus qui se déroule au sein d’une communauté concrète, qui fait l’expérience de la communion donnée par Dieu et qui est donc consciente de sa responsabilité dans l’annonce de la foi. La catéchèse inspirée du catéchuménat intègre l’apport de divers charismes et ministères (catéchistes, acteurs liturgiques et caritatifs, responsables de groupe ecclésial, ministres ordonnés…), révélant la matrice qui régénère la foi de l’ensemble de la communauté ;
  6. le caractère de conversion permanente et de témoignage : le catéchuménat est imaginé, dans son ensemble, comme un chemin de conversion et de purification graduelle, enrichi également de rites qui marquent l’acquisition d’une nouvelle façon d’exister et de penser. La catéchèse, consciente que la conversion n’est jamais pleinement accomplie mais dure toute une vie, éduque à se savoir pécheurs et pardonnés et, en valorisant le riche patrimoine de l’Église, prépare aussi des itinéraires pénitentiels et de formation appropriés, qui favorisent la conversion du cœur et de l’esprit à un nouveau style de vie, perceptible également de l’extérieur ;
  7. le caractère progressif de lexpérience formative[78]: le catéchuménat est un processus dynamique structuré en périodes qui se succèdent de manière graduelle et progressive. Ce caractère évolutif répond à l’itinéraire de vie de la personne, qui grandit et mûrit avec le temps. L’Église, en accompagnant patiemment et en respectant les temps réels de la maturation de ses propres enfants, par cette attention, manifeste sa maternité.
  8. La catéchèse, sous l’angle kérygmatique et missionnaire, nécessite l’application d’une pédagogie d’initiation inspirée de l’itinéraire catéchuménal, répondant avec une sagesse toute pastorale à la pluralité des situations. En d’autres termes, selon une acception élaborée dans diverses Églises, il s’agit de la catéchèse dinitiation à la vie chrétienne. Cet itinéraire pédagogique proposé dans la communauté ecclésiale conduit le croyant à rencontrer personnellement Jésus-Christ à travers la Parole de Dieu, l’action liturgique et la charité, intégrant toutes les dimensions de la personne, afin qu’elle puisse croître dans la manière de vivre en croyant et témoigne de la vie nouvelle dans le monde.

LA CATÉCHÈSE DANS LE PROCESSUS D’ÉVANGÉLISATION

Première annonce et catéchèse

  1. Avec la première annonce, l’Église proclame l’Évangile et suscite la conversion. Dans la pratique pastorale ordinaire, ce moment du processus d’évangélisation est fondamental. Dans la mission ad gentes, il se déroule pendant la période dite du pré-catéchuménat. À l’heure actuelle avec la nouvelle évangélisation, comme il a déjà été dit, on parle plus volontiers de catéchèse kérygmatique.
  2. Dans le contexte de la mission ad gentes, la première annonce doit être comprise principalement dans un sens chronologique. En effet, « révéler Jésus-Christ et son Évangile à ceux qui ne les connaissent pas, tel est, depuis le matin de la Pentecôte, le programme fondamental que l’Église a assumé comme reçu de son Fondateur ». Cette première annonce, l’Église la réalise « par une activité complexe et diversifiée que l’on désigne quelquefois sous le nom de pré-évangélisation, mais qui est déjà à vrai dire l’évangélisation, quoiqu’à son stade initial et bien incomplet »[79]. La catéchèse développe et mène à maturité ce moment initial. Par conséquent, première annonce et catéchèse, bien que distinctes, sont complémentaires.
  3. Dans de nombreux contextes ecclésiaux, la première annonce a également un second sens. « Quand nous disons que cette annonce est “la première”, cela ne veut pas dire qu’elle se trouve au début et qu’après elle est oubliée ou remplacée par d’autres contenus qui la dépassent. Elle est première au sens qualitatif, parce qu’elle est l’annonce principale, celle que l’on doit toujours écouter de nouveau de différentes façons et que l’on doit toujours annoncer de nouveau durant la catéchèse sous une forme ou une autre, à toutes ses étapes et ses moments »[80]. La première annonce, tâche que se doit de remplir tout chrétien, se fonde sur cet « allez vers » (Mc 16, 15 ; Mt 28, 19) que Jésus a lancé à ses disciples et qui implique de sortir, de se dépêcher, d’accompagner, et qui fait que l’on devient ainsi de vrais disciples missionnaires. Cela ne peut donc se réduire à l’enseignement d’un message, car il s’agit avant tout de partager la vie qui vient de Dieu et de communiquer la joie d’avoir rencontré le Seigneur. « À l’origine du fait d’être chrétien, il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive »[81].

La catéchèse d’initiation chrétienne

  1. La catéchèse d’initiation chrétienne relie l’action missionnaire, qui appelle à la foi, à l’action pastorale qui la nourrit continuellement. La catéchèse fait partie intégrante de l’initiation chrétienne et est étroitement liée aux sacrements de l’initiation, en particulier au baptême. « Le maillon qui relie la catéchèse au baptême est la profession de foi ; celle-ci est, à la fois, l’élément intérieur de ce sacrement et l’objectif de la catéchèse »[82]. « La mission de baptiser, donc la mission sacramentelle, est impliquée dans la mission d’évangéliser »[83]; c’est pourquoi la mission sacramentelle ne peut pas être séparée du processus d’évangélisation. En fait, l’itinéraire rituel de l’initiation chrétienne est une forme accomplie de la doctrine qui non seulement se réalise dans l’Église, mais la constitue. Dans l’initiation chrétienne, elle ne se limite pas à une énonciation, mais elle se réalise dans la mise en œuvre de l’Évangile.
  2. Les sacrements de l’initiation chrétienne constituent une unité car ils « posent les fondements de la vie chrétienne. Re-nés par le baptême, les fidèles sont fortifiés par la Confirmation et se nourrissent de l’Eucharistie »[84]. En effet, il faut rappeler que « nous sommes baptisés et confirmés en vue de l’Eucharistie. Une telle donnée implique un engagement dans le but de favoriser, dans la pratique pastorale, une compréhension plus unifiée du parcours de l’initiation chrétienne »[85]. Par conséquent, l’ordre théologique des sacrements – baptême, confirmation, eucharistie – devrait être évalué et considéré pour « vérifier quelle pratique peut en réalité aider au mieux les fidèles à mettre au centre le sacrement de l’Eucharistie, comme réalité vers laquelle tend toute l’initiation »[86]. Il est souhaitable que lorsque des expériences sont menées, il ne s’agisse pas de cas isolés mais du fruit d’une réflexion menée par l’ensemble de la Conférence épiscopale qui confirme les choix opérationnels pour l’ensemble du territoire relevant de sa compétence.
  3. La catéchèse d’initiation chrétienne est une formation de base, essentielle, organique, systématique et intégrale de la foi :
  4. de base et essentielle, en tant qu’approfondissement initial du kérygme qui explicite les mystères fondamentaux de la foi et les valeurs évangéliques fondamentales.

« La catéchèse établit les fondements de l’édifice spirituel du chrétien, nourrit les racines de sa vie de foi, en le préparant à recevoir la nourriture solide dans la vie ordinaire de la communauté chrétienne »[87] ;

  1. organique, car elle est cohérente et bien ordonnée ; systématique, c’est-à-dire non improvisée ou occasionnelle. L’exposition organique et systématique du mystère chrétien distingue la catéchèse des autres formes d’annonce de la Parole de Dieu ;
  2. intégrale, car l’apprentissage est ouvert à toutes les composantes de la vie chrétienne. La catéchèse favorise graduellement l’intériorisation et l’intégration de ces composantes, provoquant une transformation du vieil homme et la formation d’une mentalité chrétienne.
  3. Ces caractéristiques de la catéchèse d’initiation s’expriment de manière exemplaire dans les synthèses de la foi déjà élaborées à partir des Écritures (telles que la triade de la foi, de l’espérance, de la charité) puis dans la Tradition (la foi crue, célébrée, vécue et priée). Ces synthèses sont un moyen de comprendre de manière harmonieuse la vie et l’histoire, car elles énoncent des positions théologiques toujours abrégées tout en proclamant la foi même de l’Église.

Catéchèse et formation permanente à la vie chrétienne

  1. La catéchèse se met au service de la réponse de foi du croyant, en lui permettant de vivre la vie chrétienne dans un état de conversion. Il s’agit en définitive de favoriser l’intériorisation du message chrétien, à travers ce dynamisme catéchétique qui, dans la progression, sait intégrer écoute, discernement et purification. Une telle action catéchétique ne se limite pas au croyant individuel, mais est destinée à l’ensemble de la communauté chrétienne afin de soutenir l’engagement missionnaire de l’évangélisation. La catéchèse encourage également l’insertion des personnes à titre individuel et de la communauté dans le contexte social et culturel, en permettant une lecture chrétienne de l’histoire et en favorisant l’engagement social des chrétiens.
  2. La catéchèse, parce qu’elle est au service de l’éducation permanente à la foi, est liée aux différentes dimensions de la vie chrétienne.
  3. Catéchèse et Écriture sainte : l’Écriture sainte est essentielle pour progresser dans la vie de la foi ; son caractère central dans la catéchèse permet de transmettre de manière vitale l’histoire du salut et d’« encourager de cette façon la connaissance des figures, des événements et des expressions fondamentaux du texte sacré »[88].
  4. Catéchèse, liturgie et sacrements : la catéchèse est orientée vers la célébration liturgique. Il est nécessaire qu’il s’agisse d’une catéchèse qui prépare aux sacrements ainsi que d’une catéchèse mystagogique qui favorise une compréhension et une expérience plus profondes de la liturgie.
  5. Catéchèse, charité et témoignage : tandis que la catéchèse, en faisant écho à l’Évangile, modèle la charité, l’action caritative fait partie intégrante de l’annonce catéchétique. La charité n’est pas seulement un signe d’accueil de l’Évangile, mais c’est aussi un moyen privilégié d’y accéder : « Celui qui aime est né de Dieu et connaît Dieu » (1 Jn 4, 7).

FINALITÉ DE LA CATÉCHÈSE

  1. Au centre de chaque processus de catéchèse se trouve la rencontre vivante avec le Christ. « Le but définitif de la catéchèse est de mettre quelqu’un non seulement en contact mais en communion, en intimité avec Jésus-Christ : lui seul peut conduire à l’amour du Père dans l’Esprit et nous faire participer à la vie de la Trinité sainte »[89]. La communion avec le Christ est le centre de la vie chrétienne et, par conséquent, le centre de l’action catéchétique. La catéchèse vise à former des personnes qui connaissent de plus en plus Jésus-Christ et son Évangile de salut libérateur, qui vivent une rencontre profonde avec lui et qui choisissent son style de vie et ses propres sentiments (cf. Ph 2, 5), en s’engageant à réaliser, dans les situations historiques dans lesquelles ils vivent, la mission du Christ, ou l’annonce du Royaume de Dieu.
  2. La rencontre avec le Christ implique la personne dans sa totalité : cœur, esprit, sens. Elle ne concerne pas seulement l’esprit, mais aussi le corps et surtout le cœur. En ce sens, la catéchèse, qui aide à l’intériorisation de la foi et ainsi contribue de manière irremplaçable à la rencontre avec le Christ, n’est pas seule à favoriser la poursuite de ce dessein. Elle y concourt avec les autres dimensions de la vie de foi : dans l’expérience liturgico-sacramentelle, dans les relations affectives, dans la vie communautaire et au service des frères advient, en effet, quelque chose d’essentiel pour la naissance de lhomme nouveau (cf. Ep 4, 24) et pour la transformation spirituelle personnelle (cf. Rm 12,2).
  3. La catéchèse fait mûrir la conversion initiale et aide les chrétiens à donner un sens plénier à leur propre existence, en éduquant à une manière de vivre en croyant conforme à l’Évangile[90], jusqu’à ce qu’ils parviennent progressivement à ressentir, penser, agir comme le Christ. Sur ce chemin, où le sujet lui-même intervient de manière décisive avec sa personnalité, la capacité d’accueillir l’Évangile est à la mesure de la situation existentielle et de la phase de croissance de la personne[91]. Cependant, il est rappelé que « la catéchèse des adultes, s’adressant à des hommes capables d’une adhésion pleinement responsable, doit être considérée comme la forme privilégiée de la catéchèse, à laquelle toutes les autres – non moins nécessaires –, sont d’une certaine manière ordonnées. Cela implique que la catéchèse qui s’adresse aux autres tranches d’âge doit s’y référer »[92].
  4. La communion avec le Christ implique la confession de foi en un Dieu unique : Père, Fils, Saint-Esprit. « La profession de foi, lors du baptême, est éminemment trinitaire. L’Église baptise “au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit” (Mt 28, 19), Dieu un et trine, auquel le chrétien confie sa vie. […] Il est important que la catéchèse sache bien faire le lien entre la profession de foi christologique, “Jésus est le Seigneur” et la profession de foi trinitaire, “Je crois au Père, au Fils et au Saint-Esprit”, puisqu’il ne s’agit que de deux manières d’exprimer la même foi chrétienne. Celui qui, dans la première annonce, se convertit à Jésus-Christ et le reconnaît comme Seigneur, entreprend un processus qui, avec l’aide de la catéchèse, conduit nécessairement à la profession explicite de la Trinité »[93]. Une telle confession est certes un acte personnel de l’individu, mais elle n’atteint sa plénitude que si elle est réalisée au sein de l’Église.

TÂCHES DE LA CATÉCHÈSE

  1. Pour atteindre son objectif, la catéchèse accomplit des tâches qui ont un lien entre elles et s’inspirent de la manière dont Jésus formait ses disciples : il faisait connaître les mystères du Royaume, enseignait à prier, proposait les attitudes évangéliques, il les initiait à la vie de communion avec lui et entre eux, et à la mission. Cette pédagogie de Jésus a ensuite façonné la vie de la communauté chrétienne : « Ils étaient assidus à lenseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières » (Ac 2, 42). La foi, en effet, exige d’être connue, célébrée, vécue et faite prière. Pour former à une vie chrétienne intégrale, la catéchèse poursuit donc les tâches suivantes : elle conduit à la connaissance de la foi ; initie à la célébration du Mystère ; forme à la vie en Christ ; enseigne à prier et introduit à la vie communautaire.

Mener à la connaissance de la foi

  1. La catéchèse a pour mission de promouvoir la connaissance et l’approfondissement du message chrétien. De cette façon, elle contribue à faire connaître les vérités de la foi chrétienne, introduit à la connaissance de l’Écriture sainte et à la Tradition vivante de l’Église, favorise la connaissance du Credo (symbole de la foi) et la création d’une vision doctrinale cohérente, à laquelle il peut être fait référence dans la vie. Il est important de ne pas sous-évaluer cette dimension cognitive de la foi et de veiller à l’intégrer dans le processus éducatif de maturation chrétienne intégrale. Une catéchèse, en effet, qui opposerait contenu et expérience de la foi, s’avérerait infructueuse. Sans l’expérience de la foi, on se priverait d’une véritable rencontre avec Dieu et avec nos frères ; sans contenu, on empêcherait la maturation de la foi, capable d’introduire au sens de l’Église et de vivre la rencontre et le rapport aux autres.

Initier à la célébration du Mystère

  1. En plus de promouvoir la connaissance vivante du mystère du Christ, la catéchèse a également pour tâche d’aider à la compréhension et à l’expérience des célébrations liturgiques. À travers cette tâche, la catéchèse aide à comprendre l’importance de la liturgie dans la vie de l’Église, initie à la connaissance des sacrements et de la vie sacramentelle, en particulier au sacrement de l’Eucharistie, source et sommet de la vie et de la mission de l’Église. Les sacrements, célébrés dans la liturgie, constituent un mode privilégié qui communique pleinement Celui qui est annoncé par l’Église.
  2. De plus, la catéchèse éduque aux attitudes exigées par les célébrations de l’Église : la joie pour le caractère festif des célébrations, le sens de la communauté, l’écoute attentive de la Parole de Dieu, la prière confiante, la louange et l’action de grâce, la sensibilité aux symboles et aux signes. Grâce à une participation consciente et active aux célébrations liturgiques, la catéchèse éduque à la compréhension de l’année liturgique, véritable maître de la foi et de la signification du dimanche, jour du Seigneur et de la communauté chrétienne. La catéchèse contribue également à valoriser les expressions de foi de la piété populaire.

Former à la vie en Christ

  1. La catéchèse a pour mission de faire résonner, dans le cœur de chaque chrétien, l’appel à vivre une vie nouvelle conformément à la dignité des enfants de Dieu reçue dans le baptême, et à la vie du Ressuscité communiquée par les sacrements. Cette tâche consiste à montrer qu’à la très haute vocation à la sainteté (cf. LG 40)[94] correspond la réponse d’un mode de vie filial, capable de ramener chaque situation sur la voie de la vérité et du bonheur qu’est le Christ. En ce sens, la catéchèse éduque à suivre le Seigneur, selon les dispositions décrites dans les Béatitudes (Mt 5, 1-12), qui manifestent sa propre vie. « Jésus a expliqué avec grande simplicité ce que veut dire être saint, et il l’a fait quand il nous a enseigné les Béatitudes (cf. Mt 5, 3-12 ; Lc 6, 20-23). Elles sont comme la carte d’identité du chrétien »[95].
  2. De même, la mission catéchétique qui consiste à éduquer à la vie bonne de l’Évangile implique la formation chrétienne de la conscience morale, afin qu’en toutes circonstances le croyant puisse se mettre à l’écoute de la volonté du Père pour discerner, sous la direction de l’Esprit et en accord avec la loi du Christ (cf. Ga 6, 2), le mal à éviter et le bien à faire, en l’accomplissant à travers une charité active. Pour cette raison, il est important d’enseigner comment tirer du commandement de la charité développé dans le Décalogue (cf. Ex 20, 1-17 ; Dt 5, 6-21) et des vertus humaines et chrétiennes, les indications permettant d’agir en tant que chrétiens dans les différentes sphères de la vie. Sans oublier que le Seigneur est venu donner la vie en abondance (cf. Jn 10, 10), la catéchèse saura indiquer « le bien désirable, la proposition de vie, de maturité, de réalisation, de fécondité » pour faire des croyants « de joyeux messagers de propositions élevées, gardiens du bien et de la beauté qui resplendissent dans une vie « fidèle à l’Évangile »[96].
  3. En outre, il faut garder à l’esprit que la réponse à la vocation chrétienne commune se réalise de manière incarnée, car chaque enfant de Dieu, en fonction de sa liberté, en écoutant Dieu et en reconnaissant les charismes confiés par lui, a la responsabilité de découvrir son propre rôle en termes de salut. L’éducation morale en catéchèse s’exerce donc toujours sur le plan vocationnel, en considérant la vie avant tout comme la vocation première et fondamentale. Chaque type de catéchèse s’efforcera d’illustrer la dignité de la vocation chrétienne, pour accompagner dans le discernement de la vocation spécifique, pour contribuer à consolider l’état de vie même. Il appartient à l’action catéchétique de montrer que la foi, qui se traduit par une vie consacrée à aimer comme le Christ, est le moyen de favoriser l’avènement du Royaume de Dieu dans le monde et de placer nos espérances dans la promesse de la béatitude éternelle.

Apprendre à prier

  1. La prière est avant tout un don de Dieu ; en fait, dans toute personne baptisée « l’Esprit lui-même intercède pour nous par des gémissements inexprimables » (Rm 8, 26). La catéchèse a pour mission d’éduquer à la prière et dans la prière, en développant la dimension contemplative de l’expérience chrétienne. Il faut éduquer à prier avec Jésus-Christ et comme lui : « Apprendre à prier avec Jésus c’est prier avec les mêmes sentiments qu’il exprimait lorsqu’il s’adressait au Père : d’adoration, de louange, d’action de grâce, de confiance filiale, de supplication, d’admiration pour sa gloire. Ces sentiments se reflètent dans le Notre Père, la prière que Jésus enseigna à ses disciples et qui est le modèle de toute prière chrétienne. […] Lorsque la catéchèse est donnée dans un climat de prière, l’apprentissage de toute la vie chrétienne atteint toute sa profondeur »[97].
  2. Cette tâche implique une éducation à la prière personnelle, liturgique et communautaire, en initiant aux formes permanentes de prière : bénédiction et adoration, question, intercession, action de grâces et louange[98]. Pour atteindre ces objectifs, il existe des moyens : la lecture priante de l’Écriture sainte, notamment à travers la liturgie des heures et la lectio divina ; la prière du cœur appelée prière de Jésus[99], la vénération de la Bienheureuse Vierge Marie grâce aux pratiques de piété comme le Saint Rosaire, les prières de supplication, les processions, etc.

Introduire à la vie communautaire

  1. La foi se professe, se célèbre, s’exprime et se vit surtout au sein de la communauté : « La dimension communautaire n’est pas seulement un “cadre”, un “contour”, mais elle est partie intégrante de la vie chrétienne, du témoignage et de l’évangélisation »[100]. Cela est tout à fait bien exprimé dans le principe classique : « Idem velle atque idem nolle – vouloir la même chose et ne pas vouloir la même chose ; voilà ce que les anciens ont reconnu comme l’authentique contenu de l’amour : devenir l’un semblable à l’autre, ce qui conduit à une communauté de volonté et de pensée »[101]. Tout cela est possible en cultivant une spiritualité de communion. Celle-ci permet de capter la lumière de la Trinité également sur le visage du frère, en le ressentant dans l’unité profonde du Corps mystique comme une partie de soi-même ; en partageant ses joies et ses souffrances pour deviner ses désirs ; en se préoccupant de ses besoins ; en offrant une amitié profonde et authentique. Voir en l’autre avant tout ce qui est positif pour le valoriser en tant que don de Dieu contribue à rejeter les tentations égoïstes qui engendrent la compétition, le carriérisme, la méfiance et la jalousie.
  2. La catéchèse, en ce qui concerne l’éducation à la vie communautaire, a donc pour mission de développer un sentiment d’appartenance à l’Église ; d’éduquer au sens de la communion ecclésiale, tout en promouvant l’accueil du Magistère, la communion avec les pasteurs, le dialogue fraternel ; de former au sentiment de coresponsabilité ecclésiale, tout en contribuant en tant que sujets actifs à l’édification de la communauté, et en tant que disciples missionnaires, à sa croissance.

SOURCES DE LA CATÉCHÈSE

  1. Les sources auxquelles puise la catéchèse doivent être considérées dans un rapport de corrélation entre elles : l’une renvoie à l’autre, alors que l’on peut toutes les attribuer à la Parole de Dieu, dont elles sont l’expression. En fonction du sujet et du contexte, la catéchèse peut mettre l’accent sur l’une des sources plutôt que sur une autre. Cela doit être fait de manière équilibrée et sans pratiquer une catéchèse unilatérale (par exemple, une catéchèse seulement biblique ou seulement liturgique ou seulement expérientielle…). Parmi ces sources, l’Écriture sainte occupe clairement une place prépondérante en raison de sa relation particulière avec la Parole de Dieu. Les sources, dans un certain sens, peuvent également être des voies de la catéchèse.

La Parole de Dieu dans l’Écriture sainte et la sainte Tradition

  1. La catéchèse tire son message de la Parole de Dieu, qui est sa source principale. Par conséquent, « il est fondamental que la Parole révélée féconde radicalement la catéchèse et tous les efforts pour transmettre la foi »[102]. L’Écriture sainte, que Dieu a inspirée, atteint en profondeur l’âme humaine, plus que toute autre parole. La Parole de Dieu ne se tarit pas dans l’Écriture sainte, car c’est une réalité vivante, opérante et efficace (cf. Is 55, 10-11 ; He 4, 12-13). Dieu parle et sa Parole se manifeste dans la création (cf. Gn 1, 3 ss ; Ps 33, 6.9 ; Sg 9,1) et dans l’histoire. Dans les derniers jours, « il nous a parlé par son Fils » (Hb 1, 2). Le Fils unique du Père est la Parole définitive de Dieu, qui, au commencement, était près de Dieu, était Dieu, a présidé à la création (cf. Jn 1, 1 ss.) et s’est faite chair (cf. Jn 1, 14) en naissant d’une femme (cf. Ga 4, 4) par le pouvoir du Saint-Esprit (cf. Lc 1, 35) et pour demeurer parmi les siens (cf. Jn 1, 14). En retournant au Père (cf. Ac 1, 9), il apporte avec lui la création rachetée par lui-même, qui a été créée en lui et pour lui (cf. Col 1, 18-20).
  2. L’Église vit sa mission dans l’attente de la manifestation eschatologique du Seigneur. « Cette attente n’est jamais passive mais elle est une tension missionnaire dans l’annonce de la Parole de Dieu qui purifie et rachète tout homme : aujourd’hui encore Jésus ressuscité nous dit : “Allez dans le monde entier. Proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création” (Mc 16, 15) »[103]. En effet, « la foi naît de ce que l’on entend ; et ce que l’on entend, c’est la parole du Christ » (Rm 10, 17). À travers la prédication et la catéchèse, l’Esprit Saint lui-même enseigne, en générant une rencontre avec la Parole de Dieu, vivante et efficace (cf. He 4, 12). Dans le sillage de la Tradition, la pensée et les écrits des Pères de l’Église jouent un rôle important.

En tant qu’expression de l’expérience ecclésiale du passé et de la continuité dynamique qui existe entre l’annonce des premiers disciples et la nôtre[104], il est bon que la vie et les œuvres des Pères trouvent une place adéquate dans le contenu de la catéchèse.

Le Magistère

  1. Le Christ a donné aux apôtres et à leurs successeurs le mandat permanent d’annoncer l’Évangile jusqu’aux confins de la terre, en leur promettant l’assistance de l’Esprit Saint (cf. Mt 28, 20 ; Mc 16, 15 ; Jn 20, 21-22 ; Ac 1, 8) qui les aurait rendus maîtres de l’humanité en matière de salut, en transmettant la Parole de Dieu oralement (Tradition) et par écrit (Écriture sainte). Le Magistère conserve, interprète et transmet le dépôt de la foi, c’est-à-dire le contenu de la Révélation. Fondamentalement, tout le peuple de Dieu est tenu de garder et de propager le dépôt de la foi, car il revient à toute l’Église d’annoncer l’Évangile à tous. Cependant, la mission d’enseigner, officiellement et avec autorité, le message salvifique au nom de Jésus-Christ appartient au collège des évêques. Par conséquent, le Pontife romain et les évêques en communion avec lui sont les sujets du Magistère ecclésial. Ils ont la responsabilité primordiale d’instruire le peuple de Dieu sur les contenus de la foi et de la morale chrétienne, ainsi que de promouvoir l’annonce dans le monde entier (cf. LG 25).
  2. La vérité salvifique reste en soi toujours la même et est immuable. Cependant, au fil du temps, l’Église connaît mieux le dépôt de la Révélation. Un approfondissement et un développement homogène se sont produits, dans la continuité de la Parole de Dieu. Par conséquent, le Magistère rend service à la Parole et au peuple de Dieu en se souvenant des vérités salvatrices du Christ, en les clarifiant et en les mettant en œuvre face aux nouveaux défis des différentes époques et situations, en liant l’Écriture et la Tradition. Le Magistère est une institution souhaitée positivement par le Christ comme élément constitutif de l’Église. L’Écriture, la Tradition et le Magistère sont donc étroitement liés et aucun d’eux n’existe sans les autres. Ensemble, ils contribuent efficacement, chacun à sa manière, au salut des hommes (cf. DV 10). La catéchèse est, entre autres, une médiation des déclarations du Magistère.

La liturgie

  1. La liturgie est l’une des sources essentielles et indispensables de la catéchèse de l’Église, non seulement parce que la catéchèse peut y puiser du contenu, des langages, des gestes et des paroles de la foi, mais surtout parce qu’elles appartiennent mutuellement à l’acte même de croire. La liturgie et la catéchèse, comprises à la lumière de la Tradition de l’Église, bien qu’ayant chacune sa propre spécificité, ne sont pas juxtaposées, mais doivent être entendues dans le contexte de la vie chrétienne et ecclésiale et sont toutes deux orientées pour faire vivre l’expérience de l’amour de Dieu. L’ancien principe lex orandi lex credendi rappelle, en effet, que la liturgie est un élément constitutif de la Tradition.
  2. La liturgie est « le lieu privilégié de la catéchèse du peuple de Dieu »[105]. Cela ne signifie pas que la liturgie doit perdre son caractère propre et transformer en catéchèse le mystère qu’elle célèbre ou que la catéchèse est superflue. S’il est vrai que les deux contributions conservent leur spécificité, il faut reconnaître que la liturgie est le point culminant et la source de la vie chrétienne. La catéchèse, en effet, part d’une première rencontre effective du catéchisé avec la communauté qui célèbre le mystère, ce qui revient à dire que la catéchèse est pleinement accomplie quand il prend part à la vie liturgique de la communauté. La catéchèse ne peut donc être seulement envisagée comme une préparation aux sacrements, mais elle doit être appréhendée par rapport à l’expérience liturgique. « La catéchèse est intrinsèquement reliée à toute l’action liturgique et sacramentelle, car c’est dans les sacrements, et surtout dans l’Eucharistie, que le Christ Jésus agit en plénitude pour la transformation des hommes »[106]. Par conséquent, la liturgie et la catéchèse sont inséparables et se nourrissent mutuellement.
  3. Le parcours de formation du chrétien, comme en témoignent les catéchèses mystagogiques des Pères de l’Église, a toujours eu un caractère expérientiel, sans pour autant négliger l’intelligence de la foi. La rencontre vivante et persuasive avec le Christ annoncée par des témoins authentiques a été déterminante. Par conséquent, celui qui introduit aux mystères est avant tout un témoin. Cette rencontre trouve sa source et son sommet dans la célébration de l’Eucharistie et s’approfondit dans la catéchèse.
  4. La nécessité d’un itinéraire mystagogique part de cette structure fondamentale de l’expérience chrétienne, dont émergent trois éléments essentiels[107]:
  5. l’interprétation des rites à la lumière des événements salvifiques, conformément à la Tradition de l’Église, relisant les mystères de la vie de Jésus, et en particulier son mystère pascal, en lien avec l’ensemble du parcours vétérotestamentaire ;
  6. l’introduction à la signification des signes liturgiques, de sorte que la catéchèse mystagogique éveille et éduque la sensibilité des fidèles au langage des signes et des gestes qui, unis à la parole, constituent le rite ;
  7. la présentation de la signification des rites par rapport à l’ensemble de la vie chrétienne, afin de mettre en évidence le lien entre la liturgie et la responsabilité missionnaire des fidèles et de faire croître la prise de conscience que l’existence des croyants est progressivement transformée par les mystères célébrés.

La dimension mystagogique de la catéchèse ne se réduit pas, cependant, au seul approfondissement de l’initiation chrétienne après avoir reçu les sacrements, mais comprend également l’insertion dans la liturgie dominicale et dans les fêtes de l’année liturgique dont l’Église nourrit déjà les catéchumènes et les enfants baptisés bien avant que ceux-ci puissent recevoir l’Eucharistie ou accéder à une catéchèse organique et structurée.

Le témoignage des saints et des martyrs

  1. Depuis les premiers siècles, l’exemple de la Vierge Marie et la vie des saints et des martyrs font partie intégrante de la catéchèse et participent, des Acta martyrum aux Passiones, des fresques qui se trouvent dans les églises et des icônes aux histoires édifiantes pour les enfants et les personnes illettrées. Les témoignages de vie et de mort pour le Seigneur offerts par les saints et les martyrs ont été d’authentiques sequentiae sancti Evangelii, des passages d’Évangile capables d’annoncer le Christ et de susciter et d’alimenter la foi en lui.
  2. L’Église considère les martyrs comme d’illustres maîtres de la foi qui, à travers les peines et les souffrances de leur apostolat, ont permis la première expansion et la formulation de la foi elle-même. Chez les martyrs, l’Église trouve son germe de vie : « semen est sanguis Christianorum »[108]. Cette loi n’appartient pas seulement au christianisme des origines, mais elle est valable tout au long de l’histoire de l’Église jusqu’à nos jours. Précisément, le XXe siècle, appelé aussi siècle du martyre, s’est révélé particulièrement riche en témoins, qui ont su vivre l’Évangile jusqu’à l’épreuve suprême de l’amour. Leur témoignage de foi doit être préservé et transmis au moyen de la prédication et de la catéchèse, pour permettre la croissance des disciples du Christ. Les apparitions de la Vierge Marie reconnues par l’Église, la vie et les écrits des saints et des martyrs de chaque culture et de chaque peuple constituent une véritable source pour la catéchèse.

La théologie

  1. La Révélation de Dieu, qui dépasse la capacité de connaissance de l’homme, ne s’oppose pas pour autant à la raison humaine, mais la pénètre et l’élève. La recherche croyante de l’intelligence de la foi – à savoir la théologie – est donc une exigence inaliénable de l’Église. « L’œuvre théologique de l’Église est d’abord au service de l’annonce de la foi et de la catéchèse »[109]. Cela pénètre avec une intelligence critique le contenu de la foi, l’approfondit et l’ordonne systématiquement, avec la contribution de la raison. Le Christ, cependant, ne doit pas seulement être exploré dans le cadre de la réflexion systématique par le seul raisonnement mais, en tant que vérité vivante et « sagesse de Dieu » (1 Co 1, 24), il est une présence qui illumine. L’approche sapientielle permet à la théologie d’intégrer différents aspects de la foi. De plus, la théologie « offre donc sa contribution pour que la foi devienne communicable, pour que l’intelligence de ceux qui ne connaissent pas encore le Christ puisse rechercher et trouver la foi »[110]. La science théologique apporte sa contribution à la catéchèse et, plus généralement, à la pratique catéchétique à travers les différentes spécialisations qui la caractérisent : la théologie fondamentale, la théologie biblique, la théologie dogmatique, la théologie morale, la théologie spirituelle… ; et de manière plus spécifique avec la catéchèse, la théologie pastorale, la théologie de l’évangélisation, la théologie de l’éducation et de la communication.

La culture chrétienne

  1. La culture chrétienne naît de la conscience de la centralité de Jésus-Christ et de son Évangile, qui transforme la vie des hommes. En pénétrant lentement les différentes cultures, la foi chrétienne les a assumées, purifiées et transformées de l’intérieur, en faisant du style évangélique leur trait essentiel, contribuant à la création d’une culture nouvelle et originale, cette culture chrétienne qui, au cours des siècles, a produit de véritables chefs-d’œuvre dans tous les domaines de la connaissance. Elle a servi de support et de véhicule à l’annonce de l’Évangile et, au cours des évolutions historiques, parfois marquées par des conflits idéologiques et culturels, a réussi à préserver de véritables valeurs évangéliques telles que, par exemple, l’originalité de la personne humaine, la dignité de la vie, la liberté comme condition de la vie humaine, l’égalité entre l’homme et la femme, la nécessité de « rejeter le mal et choisir le bien » (Is 7, 15), l’importance de la compassion et de la solidarité, le soulagement du pardon et de la miséricorde, le besoin d’ouverture à la transcendance.
  2. Au cours des siècles, cependant, on en est venu, en particulier dans les sociétés façonnées par la culture chrétienne, à une crise culturelle, résultat d’un sécularisme exacerbé qui a conduit à une fausse conception de l’autonomie. Ont été acceptés comme critères seulement ceux qui étaient fondés sur le consensus social ou sur les opinions subjectives, qui souvent contrastent avec l’éthique naturelle. Cette « rupture entre Évangile et culture est sans doute le drame de notre époque, comme ce fut aussi celui d’autres époques »[111]. Par conséquent, la nécessité d’une nouvelle compréhension de la capacité unificatrice de la culture chrétienne[112], permettant à l’Évangile de libérer les énergies de la véritable humanité, de la paix, de la justice, de la culture de la rencontre, apparaît évidente. Ces énergies qui sont à la base de la culture chrétienne rendent la foi plus compréhensible et désirable.
  3. La culture chrétienne a joué un rôle déterminant dans la préservation des cultures antérieures et dans le développement de la culture internationale. Elle a par exemple été capable d’interpréter, dans un esprit nouveau, les grandes conquêtes réalisées par la philosophie grecque et par la jurisprudence romaine pour en faire le patrimoine de toute l’humanité. Elle a également façonné la perception de ce qui est bien, juste, vrai et beau, en suscitant la création d’œuvres – textes littéraires et scientifiques, compositions musicales, chefs-d’œuvre de l’architecture et de la peinture – qui resteront dans le temps un témoignage de l’apport de la foi chrétienne, en constituant son patrimoine intellectuel, moral et esthétique.
  4. Cet héritage, d’une grande valeur historique et artistique, est une source qui inspire et féconde la catéchèse, dans le sens où elle transmet la vision chrétienne du monde avec la force créatrice de la beauté. La catéchèse pourra faire usage du patrimoine culturel chrétien dans sa tentative de « sauvegarder dans l’humanité les puissances de contemplation et d’admiration qui conduisent à la sagesse » (GS 56) et d’éduquer, en période de fractionnement, à la vision de « l’intégralité de sa personnalité, en qui prédominent les valeurs d’intelligence, de volonté, de conscience et de fraternité, valeurs qui ont toutes leur fondement en Dieu Créateur et qui ont été guéries et élevées d’une manière admirable dans le Christ » (GS 61). L’énorme patrimoine culturel chrétien, présenté selon les pensées de ses auteurs, peut efficacement arbitrer l’intériorisation des éléments centraux du message évangélique.

La beauté

  1. D’une façon non équivoque, l’Écriture sainte présente Dieu comme la source de toute splendeur et beauté. L’Ancien Testament montre la création, avec l’homme à son sommet, comme une bonne et belle chose, non pas tant dans le sens de l’ordre et de l’harmonie, mais de la gratuité, libre de tout fonctionnalisme. Face à la création, qui doit être admirée et contemplée pour elle-même, il y a la stupeur, l’extase, une réaction émotionnelle et affective. Les œuvres de l’homme, tel le superbe temple de Salomon (cf. 1 R 7-8), méritent l’admiration car elles sont liées au Créateur.
  2. Dans le Nouveau Testament, toute la beauté est concentrée dans la personne de Jésus-Christ, révélateur de Dieu et « rayonnement de [sa] gloire, expression parfaite de son être » (He 1, 3). Son Évangile est fascinant parce qu’il s’agit d’une belle, bonne et joyeuse nouvelle pleine d’espérance. Lui, « plein de grâce et de vérité » (Jn 1, 14), en assumant l’humanité et en la faisant sienne, a raconté à travers les paraboles la beauté de l’action de Dieu. Dans sa relation avec les hommes, il a prononcé de belles paroles qui, de manière efficace, guérissent les profondeurs de l’âme : « Tes péchés sont pardonnés » (Mc 2, 5), « Moi non plus, je ne te condamne pas » (Jn 8, 11), « Dieu a tellement aimé le monde » (Jn 3, 16), « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos » (Mt 11, 28). Il a accompli de belles actions : il a guéri, il a libéré, il a accompagné en touchant les blessures de l’humanité. En endurant la cruauté de la condamnation à mort comme quelqu’un qui est « sans apparence ni beauté » (Is 53, 2), il a été reconnu comme « beau, comme aucun des enfants de l’homme » (Ps 44, 3). Ainsi, il a amené l’humanité, purifiée, dans la gloire du Père, où il est lui-même « à la droite de la Majesté divine dans les hauteurs des cieux » (He 1, 3) et a ainsi révélé tout le pouvoir transformateur de sa Pâque.
  3. L’Église considère donc que l’annonce du Ressuscité, pour atteindre le cœur humain, doit resplendir de bonté, de vérité et de beauté. En ce sens, « il est bien que chaque catéchèse prête une attention spéciale à la “voie de la beauté” (via pulchritudinis) »[113]. Toute beauté peut être un chemin qui permet la rencontre avec Dieu, mais le critère de son authenticité ne peut être uniquement esthétique. Il faut discerner entre la vraie beauté et les formes apparemment belles mais vides, voire nocives, tel le fruit défendu du paradis terrestre (cf. Gn 3, 6). Ces critères se trouvent dans l’exhortation paulinienne : « Tout ce qui est vrai et noble, tout ce qui est juste et pur, tout ce qui est digne d’être aimé et honoré, tout ce qui s’appelle vertu et qui mérite des éloges, tout cela, prenez-le en compte » (Ph 4, 8).
  4. La beauté est toujours et inséparablement imprégnée de bonté et de vérité. Par conséquent, contempler la beauté provoque chez l’homme des sentiments de joie, de plaisir, de tendresse, de plénitude, de sens, en l’ouvrant ainsi au transcendant. La voie de l’évangélisation est la voie de la beauté et, par conséquent, chaque forme de beauté est la source de la catéchèse. En montrant la primauté de la grâce, manifestée surtout dans la Bienheureuse Vierge Marie : en faisant connaître la vie des saints, ces véritables témoins de la beauté de la foi : en mettant en valeur la beauté et le caractère mystérieux de ce qui a été créé : en découvrant et en appréciant l’incroyable et immense patrimoine liturgique et artistique de l’Église : en valorisant les plus hautes formes de l’art contemporain, la catéchèse montre concrètement l’infinie beauté de Dieu, qui s’exprime également dans les œuvres de l’homme (cf. SC 122), et conduit les catéchisés vers le beau don que le Père a fait en son Fils.

CHAPITRE III

LE CATÉCHISTE

L’IDENTITÉ ET LA VOCATION DU CATÉCHISTE

  1. « Dans l’édification du Corps du Christ règne également une diversité de membres et de fonctions. Unique est l’Esprit qui distribue des dons variés pour le bien de l’Église à la mesure de ses richesses et des exigences des services » (LG 7). En vertu du baptême et de la confirmation, les chrétiens sont incorporés au Christ et participent de sa fonction sacerdotale, prophétique et royale (cf. LG 31, AA 2) ; ils sont témoins de l’annonce évangélique par la parole et l’exemple de la vie chrétienne ; mais certains « peuvent être aussi appelés à coopérer avec l’évêque et les prêtres dans l’exercice du ministère de la parole »[114]. Dans l’ensemble des ministères et des services avec lesquels l’Église accomplit sa mission évangélisatrice, le « ministère de la catéchèse »[115] occupe une place importante, indispensable à la croissance de la foi. Ce ministère introduit à la foi et, avec le ministère liturgique, engendre les enfants de Dieu dans le sein de l’Église. La vocation spécifique du catéchiste trouve donc sa racine dans la vocation commune du peuple de Dieu, appelé à servir le plan salvifique de Dieu en faveur de l’humanité.
  2. Toute la communauté chrétienne est responsable du ministère de la catéchèse, mais chacune selon sa condition particulière dans l’Église : ministres ordonnés, personnes consacrées, fidèles laïcs. « Par eux et selon le rôle de chacun, le ministère de la catéchèse offre, d’une façon complète, la Parole et le témoignage de la réalité de l’Église. Si une de ces formes de présence venait à manquer, la catéchèse perdrait une partie de sa richesse et de sa signification »[116]. Le catéchiste appartient à une communauté chrétienne et en est l’expression. Son service est vécu au sein d’une communauté qui est le sujet premier de l’accompagnement dans la foi.
  3. Le catéchiste est un chrétien qui reçoit l’appel particulier de Dieu. Cet appel, accueilli dans la foi, le rend apte à se mettre au service de la transmission de la foi et de l’initiation à la vie chrétienne. Les raisons immédiates qui font qu’un catéchiste est appelé à servir la Parole de Dieu sont très variées, mais ce sont toutes des médiations que Dieu, à travers l’Église, utilise pour appeler à son service. Par cet appel, le catéchiste devient partie prenante de la mission qu’a Jésus d’introduire les disciples dans sa relation filiale avec le Père. Cependant, le véritable protagoniste de toute catéchèse authentique est le Saint-Esprit qui, grâce à l’union profonde que le catéchiste nourrit avec Jésus-Christ, rend les efforts humains efficaces dans l’activité catéchétique. Cette activité se déroule au sein de l’Église : le catéchiste est un témoin de sa Tradition vivante et un médiateur qui facilite l’insertion des nouveaux disciples du Christ dans son Corps ecclésial.
  4. En vertu de la foi et de l’onction baptismale, en collaboration avec le Magistère du Christ et en tant que serviteur de l’action de l’Esprit Saint, le catéchiste est :
  5. témoin de la foi et gardien de la mémoire de Dieu ; en expérimentant la bonté et la vérité de l’Évangile dans sa rencontre avec la personne de Jésus, le catéchiste préserve, nourrit la nouvelle vie qui en découle, en témoigne, et devient un signe pour les autres. La foi contient la mémoire de l’histoire de Dieu avec les hommes. Garder cette mémoire, l’éveiller chez les autres et la mettre au service de l’annonce est la vocation spécifique du catéchiste. Le témoignage de la vie est nécessaire à la crédibilité de la mission. En reconnaissant leur propre fragilité face à la miséricorde de Dieu, le catéchiste ne cesse d’être le signe de l’espérance pour ses frères[117];
  6. enseignant et mystagogue qui introduit dans le mystère de Dieu, révélé dans la Pâque du Christ ; en tant qu’icône de Jésus Maître, le catéchiste a la double mission de transmettre le contenu de la foi et de conduire au mystère de la foi elle-même. Le catéchiste est appelé à s’ouvrir à la vérité sur l’homme et sur sa vocation ultime, en communiquant la connaissance du Christ et, en même temps, à introduire dans les diverses dimensions de la vie chrétienne, en révélant les mystères du salut contenus dans le dépôt de la foi et actualisés dans la liturgie de l’Église ;
  7. accompagnateur et éducateur de ceux qui lui sont confiés par l’Église ; le catéchiste est un expert dans lart de laccompagnement[118], il possède des compétences pédagogiques, il sait écouter et entrer dans la dynamique de la maturation humaine, se fait compagnon de voyage avec patience et sens de la gradualité, dans la docilité à l’action de l’Esprit, dans un processus de formation, en aidant les frères à mûrir dans la vie chrétienne et à cheminer vers Dieu. Le catéchiste, expert en humanité, connaît les joies et les espérances de l’homme, ses tristesses et ses angoisses (cf. GS 1) et sait les relier à l’Évangile de Jésus.

L’ÉVÊQUE, PREMIER CATÉCHISTE

  1. « L’évêque est le premier annonciateur de l’Évangile par la parole et par le témoignage de sa vie »[119] et, en tant que premier responsable de la catéchèse dans le diocèse, il a pour fonction principale, en même temps que la prédication, de promouvoir la catéchèse et de préparer les différentes formes de catéchèse nécessaires aux fidèles selon les principes et les normes émanant du Siège apostolique. L’évêque, en plus de la précieuse collaboration des Offices diocésains, peut se prévaloir de l’aide d’experts en théologie, en catéchèse et en sciences humaines, ainsi que des centres de formation et de recherche catéchétique. Le souci de l’évêque pour l’activité catéchétique l’invite à :
  2. être attentif à la catéchèse en s’occupant directement de la transmission de l’Évangile et en gardant intact le dépôt de la foi ;
  3. assurer l’inculturation de la foi dans le territoire en privilégiant une catéchèse efficace ;
  4. élaborer un projet global de catéchèse, qui soit au service des besoins du peuple de Dieu et en harmonie avec les projets pastoraux diocésains et ceux de la Conférence épiscopale ;
  5. susciter et maintenir « une véritable passion de la catéchèse, une passion qui s’incarne dans une organisation adaptée et efficace, mettant en œuvre les personnes, les moyens et les outils, et aussi les ressources nécessaires »[120];
  6. veiller à ce que les « catéchistes soient dûment préparés à leur tâche : ils devront bien connaître la doctrine de l’Église et apprendre, dans la théorie comme dans la pratique, les lois de la psychologie et les disciplines de la pédagogie » (CD 14)[121];
  7. veiller attentivement à la qualité des textes et des outils de catéchèse.

L’évêque ressent l’urgence, tout au moins pendant les temps forts de l’année liturgique, notamment le Carême, de convoquer le peuple de Dieu dans sa propre cathédrale pour développer sa catéchèse.

LE PRÊTRE DANS LA CATÉCHÈSE

  1. Le prêtre, en tant que premier collaborateur de l’évêque et de par son mandat, en qualité d’éducateur dans la foi (cf. PO 6), a la responsabilité d’animer, de coordonner et de diriger l’activité catéchétique de la communauté qui lui a été confiée[122]. « La référence au magistère de l’évêque dans l’unique presbyterium diocésain et l’obéissance aux orientations, qu’en matière de catéchèse chaque pasteur et les Conférences épiscopales promulguent pour le bien des fidèles, sont pour le prêtre des éléments à valoriser dans l’action catéchétique ». Les prêtres discernent et promeuvent la vocation et le service des catéchistes[123].
  2. Le curé est le premier catéchiste de la communauté paroissiale. Les tâches propres au curé en matière de catéchèse, et du prêtre en général, consistent à :
  3. se consacrer, en s’y engageant de manière compétente et généreuse, à la catéchèse des fidèles confiés à leurs soins pastoraux, en profitant de toutes les opportunités offertes par la vie paroissiale et l’environnement socioculturel pour proclamer l’Évangile ;
  4. prendre soin du lien entre la catéchèse, la liturgie et la charité, en valorisant tout spécialement le dimanche comme jour du Seigneur et de la communauté chrétienne ;
  5. susciter dans la communauté le sens des responsabilités envers la catéchèse et discerner les vocations spécifiques à cet égard, en exprimant sa gratitude et en promouvant le service offert par les catéchistes ;
  6. pourvoir à l’organisation de la catéchèse, intégrée dans le projet pastoral de la communauté, en s’appuyant sur la collaboration des catéchistes. Il est bien de vivre les différentes étapes de l’analyse, de la programmation, du choix des outils, de la mise en pratique et de l’évaluation ;
  7. assurer le lien entre la catéchèse au sein de sa propre communauté et le programme pastoral diocésain, en évitant toute forme de subjectivisme dans l’exercice du ministère sacré ;
  8. veiller, en tant que catéchiste des catéchistes, à leur formation, en consacrant le plus grand soin à cette tâche et en les accompagnant dans la maturation de la foi ; valoriser, en outre, le groupe des catéchistes en tant que contexte de communion et de coresponsabilité nécessaire à une formation authentique.

LE DIACRE DANS LA CATÉCHÈSE

  1. La diaconie de la Parole de Dieu, à côté de celle de la liturgie et de la charité, est un service que les diacres exercent pour rendre présent dans la communauté le Christ qui s’est fait serviteur par amour (cf. Lc 22, 27 ; Ph 2, 5-11). En plus d’être admis à la prédication homilétique, ils sont appelés à accorder « une attention assidue à la catéchèse des fidèles dans les diverses étapes de l’existence chrétienne, pour les aider à connaître la foi dans le Christ, à l’affermir par la réception des sacrements et à l’exprimer par leur vie personnelle, familiale, professionnelle et sociale »[124]. Les diacres seront impliqués dans des programmes catéchétiques diocésains et paroissiaux, notamment en ce qui concerne les initiatives liées à la première annonce. Ils sont également appelés à annoncer la Parole « dans le cadre de leur éventuelle activité professionnelle, par une parole explicite comme par leur simple présence active dans les lieux où se forme l’opinion publique et où s’appliquent les normes éthiques (services sociaux, services pour les droits de la famille, pour la vie, etc.) »[125].
  2. La catéchèse organisée par les diacres est particulièrement précieuse dans certains domaines, comme ceux de la vie de charité et la famille. Leur action peut se déployer parmi les détenus, les malades, les personnes âgées, les jeunes à la dérive, les immigrés, etc. Les diacres ont pour tâche d’introduire de telles pauvretés dans l’activité catéchétique des communautés ecclésiales afin de conduire tous les croyants vers une véritable éducation à la charité. De plus, les diacres permanents qui vivent le mariage, en raison de leur état de vie singulier, sont appelés d’une manière particulière à être des témoins crédibles de la beauté de ce sacrement. Ils peuvent, avec l’aide de leur épouse et éventuellement de leurs enfants, s’engager dans la catéchèse des familles et dans l’accompagnement de toutes les situations qui nécessitent une attention et une délicatesse particulières.

LES CONSACRÉS AU SERVICE DE LA CATÉCHÈSE

  1. La catéchèse représente un terrain privilégié de l’apostolat des personnes consacrées. Dans l’histoire de l’Église, celles-ci comptent, en effet, parmi les personnes qui se consacrent le plus à l’animation catéchétique. L’Église appelle, de manière particulière, les personnes consacrées à l’activité catéchétique, leur contribution originale et spécifique en la matière ne pouvant être remplacée par celle de prêtres ou de laïcs. « Le premier devoir de la vie consacrée est de rendre visibles les merveilles opérées par Dieu dans la fragile humanité des personnes qu’il appelle. Plus que par les paroles, ces dernières témoignent de ces merveilles par le langage éloquent d’une existence transfigurée, capable de surprendre le monde »[126]. La première catéchèse qui interpelle est la vie même des personnes consacrées qui, vivant la radicalité évangélique, sont des témoins de la plénitude que la vie en Christ rend possible.
  2. Les spécificités du charisme d’appartenance sont renforcées lorsque certaines personnes consacrées se chargent de la catéchèse. « Sans rien ôter au caractère spécifique de la catéchèse, les charismes des diverses communautés religieuses impriment à cette tâche leurs propres connotations, souvent d’une grande profondeur religieuse, sociale et pédagogique. L’histoire de la catéchèse montre la vitalité que ces charismes ont apportée à l’activité éducative de l’Église »[127]14 », en particulier pour ceux qui ont gravé dans la catéchèse leur idéal de vie. L’Église continue d’être plus forte grâce à leur service et attend dans l’espérance un engagement renouvelé au service de la catéchèse.

LES LAÏCS CATÉCHISTES

  1. Grâce à leur insertion dans le monde, les laïcs offrent un précieux service à l’évangélisation : leur vie même de disciples du Christ est une forme d’annonce de l’Évangile. Ils partagent toutes les formes d’engagement avec les autres hommes, imprégnant de l’esprit de l’Évangile les réalités temporelles : l’évangélisation « prend un caractère spécifique et une particulière efficacité du fait qu’elle s’accomplit dans les conditions communes du siècle » (LG 35). Les laïcs, en témoignant de l’Évangile dans différents contextes, ont l’occasion d’interpréter chrétiennement les faits de la vie, de parler du Christ et des valeurs chrétiennes, de justifier leurs choix. Cette catéchèse, pour ainsi dire spontanée et occasionnelle, est d’une grande importance car elle est immédiatement reliée au témoignage de vie.
  2. La vocation au ministère de la catéchèse découle du sacrement du baptême et est renforcée par la confirmation, sacrements par lesquels le laïc participe à la fonction sacerdotale, prophétique et royale du Christ. En plus de la vocation commune à l’apostolat, certains fidèles se sentent appelés par Dieu pour assumer la tâche de catéchistes au sein de la communauté chrétienne, au service d’une catéchèse plus organique et structurée. Cet appel personnel de Jésus-Christ et son rapport avec lui constituent le véritable moteur de l’action du catéchiste : « C’est de cette connaissance amoureuse du Christ que jaillit le désir de l’annoncer, d’évangéliser, et de conduire d’autres au “oui” de la foi en Jésus-Christ »[128]. L’Église suscite et discerne cette vocation divine et donne la mission de catéchiser.
  3. « Se sentir appelé à être catéchiste et recevoir de l’Église la mission de le faire peut comporter divers degrés de dévouement, selon les caractéristiques de chacun. Parfois le catéchiste collabore au service de la catéchèse pour un temps limité ou même de manière occasionnelle ; son service et sa collaboration n’en restent pas moins précieux. Cependant, étant donné l’importance du ministère de la catéchèse, il est souhaitable que, dans le diocèse, un certain nombre de religieux et de laïcs se consacrent de manière stable et avec générosité à la catéchèse ; reconnus officiellement, en communion avec les prêtres et l’évêque, ils contribuent à donner à ce service diocésain la configuration ecclésiale qui lui est propre »[129].

Les parents, sujets actifs de la catéchèse

  1. « La mission éducative, enracinée comme on l’a dit dans la participation à l’œuvre créatrice de Dieu, trouve aussi sa source, pour les parents chrétiens, d’une manière nouvelle et spécifique, dans le sacrement de mariage, qui les consacre à l’éducation proprement chrétienne des enfants »[130]. Les parents croyants, par l’exemple de leur vie quotidienne, ont la passionnante capacité de transmettre la beauté de la foi chrétienne à leurs propres enfants. « Pour que les familles puissent être toujours davantage des sujets actifs de la pastorale familiale, il faut un effort d’évangélisation et de catéchèse envers la famille, qui l’oriente dans ce sens »[131]. Le plus grand défi dans ce cas est que les couples, les mères et les pères, sujets actifs de la catéchèse, surmontent la mentalité de délégation si courante, selon laquelle la foi est réservée aux spécialistes de l’enseignement religieux. Cette mentalité est parfois encouragée par la communauté elle-même qui peine à organiser la catéchèse dans un style familial et à partir des familles elles-mêmes. « L’Église est appelée à collaborer, par une action pastorale adéquate, afin que les parents eux-mêmes puissent accomplir leur mission éducative »[132], devenant d’abord les premiers catéchistes de leurs enfants.

Parrains et marraines, collaborateurs des parents

  1. Dans le parcours d’initiation à la vie chrétienne, l’Église invite à réévaluer l’identité et la mission du parrain et de la marraine, comme soutien à la mission éducative des parents. Leur tâche est de « montrer la pratique de l’Évangile dans la vie individuelle et sociale avec une familiarité amicale avec le catéchumène, l’aider dans les doutes et les angoisses, témoigner de lui et veiller au développement de sa vie baptismale »[133]. Nous sommes conscients que le choix, souvent, n’est pas motivé par la foi, mais est fondé sur des habitudes familiales ou sociales : cela a grandement contribué à la dévalorisation de ces figures éducatives. Compte tenu de la responsabilité que ce rôle implique, la communauté chrétienne devrait indiquer, avec discernement et dans un esprit créatif, des parcours de catéchèse aux parrains et marraines, qui les aideraient à retrouver le don de la foi et de l’appartenance ecclésiale. Les personnes désignées pour ce rôle se sentent souvent poussées à réveiller la foi baptismale et à entamer un nouveau chemin d’engagement et de témoignage. L’éventuel refus d’effectuer cette mission pourrait avoir pour eux des conséquences qu’il faut évaluer avec une grande attention pastorale. Dans les cas où il n’y a pas de conditions objectives[134] pour qu’une personne accomplisse cette tâche, conditions qu’il convient de signaler dans le dialogue qui précède le choix, en accord avec les familles et en fonction du discernement des pasteurs, les parrains et marraines peuvent également être identifiés parmi les acteurs pastoraux (catéchistes, éducateurs, animateurs), comme témoins de foi et de présence ecclésiale.

Le service des grands-parents pour la transmission de la foi

  1. Avec les parents, les grands-parents, surtout dans certaines cultures, jouent un rôle particulier dans la transmission de la foi aux plus jeunes[135]. Les Écritures, elles aussi, parlent de la foi des grands-parents comme témoignage pour les petits-enfants (cf. 2 Tm 1, 5). « L’Église a toujours eu à l’égard des grands-parents une attention particulière, en reconnaissant en eux une grande richesse du point de vue humain et social, mais aussi religieux et spirituel »[136]. Face à la crise qui secoue les familles, les grands-parents, souvent plus enracinés dans la foi chrétienne et bénéficiant d’un passé riche en expériences, deviennent des références importantes. En effet, beaucoup de gens doivent souvent à leurs grands-parents leur initiation à la vie chrétienne. La contribution des grands-parents est importante dans la catéchèse à la fois parce qu’ils ont davantage de temps à y consacrer et parce qu’ils ont la capacité d’encourager les jeunes générations grâce au rôle affectif qu’ils jouent auprès d’elles. Leur sagesse est souvent décisive pour la croissance de la foi. La prière de supplication et le chant de louange des grands-parents soutiennent la communauté qui travaille et lutte dans la vie.

La grande contribution des femmes à la catéchèse

  1. Les femmes jouent un rôle précieux dans les familles et les communautés chrétiennes, offrant leurs services en tant qu’épouses, mères, catéchistes, et agents pastoraux. Elles ont comme exemple Marie « le modèle de cet amour maternel dont doivent être animés tous ceux qui, associés à la mission apostolique de l’Église, coopèrent pour la régénération des hommes » (LG 65). Jésus avec ses paroles et ses gestes montre comment reconnaître la valeur de la femme. Effectivement, il les a voulues avec lui en tant que disciples (cf. Mc 15, 40-41) et il a confié à Marie Madeleine et à d’autres femmes la joie d’apporter aux apôtres l’annonce de sa résurrection (cf. Mt 28, 9-10 ; Mc 16, 9-10 ; Lc 24, 8-9 ; Jn 20, 18). De même, la communauté primitive a ressenti le besoin de s’approprier l’enseignement de Jésus et a accueilli la présence des femmes dans l’œuvre d’évangélisation comme un don précieux (cf. Lc 8, 1-3 ; Jn 4, 28-29).
  2. Les communautés chrétiennes sont constamment animées par le génie féminin dont il faut reconnaître la contribution à la réalisation de la vie pastorale comme essentielle et indispensable. La catéchèse est l’un de ces services qui conduit à reconnaître la grande contribution des catéchistes qui se consacrent à ce ministère avec dévouement, passion et compétence. Dans leur vie, elles incarnent l’image de la maternité, sachant témoigner, même dans les moments difficiles, de la tendresse et du dévouement de l’Église. Elles sont capables de comprendre, avec une sensibilité particulière, l’exemple de Jésus : servir dans les petites comme dans les grandes choses est l’attitude de ceux qui ont pleinement compris l’amour de Dieu pour l’homme et ne peuvent que le transmettre à leur prochain, en prenant soin des personnes et des choses du monde.
  3. Apprécier la sensibilité spécifique des femmes en catéchèse ne signifie pas occulter la présence tout aussi significative des hommes. En effet, à la lumière des changements anthropologiques, celle-ci est indispensable. Pour une croissance humaine et spirituelle saine, on ne peut se passer des deux présences, féminine et masculine. La communauté chrétienne sait donc valoriser à la fois la présence des femmes catéchistes, dont le nombre est d’une importance considérable pour la catéchèse, et celle des hommes catéchistes, qui jouent aujourd’hui un rôle irremplaçable notamment auprès des adolescents et des jeunes. En particulier, la présence de jeunes catéchistes, qui apportent une contribution particulière pleine d’enthousiasme, de créativité et d’espérance, est tout à fait appréciable. Ceux-ci sont appelés à se sentir responsables de la transmission de la foi.

CHAPITRE IV

LA FORMATION DES CATÉCHISTES

NATURE ET FINALITÉ DE LA FORMATION DES CATÉCHISTES

  1. Au cours des siècles, l’Église n’a jamais négligé d’accorder la priorité à la formation des catéchistes. Au début du christianisme, la formation, qui se vivait sous une forme expérientielle, s’articulait autour de la rencontre vitale avec Jésus-Christ, annoncée avec authenticité et attestée par la vie. Le caractère de témoignage est devenu la marque de qualification de tout le processus de formation, qui progressivement introduisait dans le mystère de la foi de l’Église. Surtout dans une période comme celle que nous vivons actuellement, il est important de prendre sérieusement en considération la rapidité des mutations sociales et la pluralité culturelle, ainsi que les défis qui en découlent. Tout cela met en évidence le fait que la formation des catéchistes requiert une attention particulière car la qualité des propositions pastorales est nécessairement liée aux personnes qui les font exister. Face à la complexité et aux besoins de l’époque dans laquelle nous vivons, il est juste que les Églises particulières consacrent l’énergie et les ressources appropriées à la formation des catéchistes.
  2. La formation est un processus permanent qui, sous la conduite de l’Esprit et dans le sein vivant de la communauté chrétienne, aide le baptisé à prendre forme, c’est-à-dire à révéler son identité la plus profonde qui est celle d’enfant de Dieu dans une relation de profonde communion avec les autres frères. L’œuvre de formation agit comme une transformation de la personne, qui intériorise de manière existentielle le message évangélique, de sorte que celui-ci puisse être lumière et orientation pour sa vie et sa mission ecclésiales. Il s’agit d’un processus qui, se déroulant dans l’intimité du catéchiste, touche profondément sa liberté et ne peut se réduire à l’instruction, à une exhortation morale ou à l’actualisation des techniques pastorales. La formation, qui fait également appel aux compétences humaines, est tout d’abord un savant travail d’ouverture à l’Esprit de Dieu qui, grâce à la disponibilité des sujets et à la préoccupation maternelle de la communauté, conforme les baptisés à Jésus-Christ, modelant dans leur cœur son visage de Fils (cf. Ga 4, 19), envoyé par le Père pour annoncer le message du salut aux pauvres (cf. Lc 4, 18).
  3. La formation vise tout d’abord à faire prendre conscience aux catéchistes qu’ils sont, en tant que baptisés, de vrais disciples missionnaires, c’est-à-dire des sujets actifs d’évangélisation et, sur cette base, habilités par l’Église à communiquer l’Évangile et à accompagner et éduquer dans la foi. La formation des catéchistes contribue donc à développer les compétences nécessaires à la communication de la foi et à l’accompagnement de la croissance des frères. La finalité christocentrique de la catéchèse façonne toute la formation des catéchistes et leur demande de savoir animer le parcours catéchétique afin de faire émerger la centralité de Jésus-Christ dans l’histoire du salut.

LA COMMUNAUTÉ CHRÉTIENNE, LIEU PRIVILÉGIÉ DE LA FORMATION

  1. « La communauté chrétienne est l’origine, le lieu et le but de la catéchèse. C’est toujours d’elle que naît l’annonce de l’Évangile pour inviter les hommes et les femmes à se convertir et à suivre le Christ. C’est encore cette communauté qui accueille ceux qui désirent connaître le Seigneur et s’engager dans une vie nouvelle »[cxxxvii]. La matrice dans laquelle naît et grandit pour certains de ses membres la vocation spécifique au service de la catéchèse, est une véritable communauté, riche de dons et d’opportunités, mais non exempte de limites et de faiblesses. Dans cette réalité communautaire, où se vit une expérience concrète de la miséricorde de Dieu, l’exercice de l’accueil mutuel et du pardon est rendu possible. La communauté qui fait l’expérience de la force de la foi et sait vivre et témoigner de l’amour annonce et éduque d’une manière complètement naturelle. Le lieu par excellence de la formation du catéchiste est donc la communauté chrétienne, dans la variété de ses charismes et ministères, comme un environnement ordinaire dans lequel la vie de foi s’apprend et se vit.
  2. Au sein de la communauté, le groupe des catéchistes a un rôle particulier : avec les prêtres, le chemin de foi et l’expérience pastorale sont partagés, l’identité du catéchiste mûrit et l’on prend de plus en plus conscience du projet d’évangélisation. L’écoute des besoins des personnes, le discernement pastoral, la préparation concrète, la mise en œuvre et l’évaluation des itinéraires de foi constituent un laboratoire de formation permanente pour chaque catéchiste. Le groupe des catéchistes est le véritable contexte dans lequel chacun peut être continuellement évangélisé, et reste disponible pour de nouveaux apports de formation.

CRITÈRES POUR LA FORMATION

  1. Lors de la formation des catéchistes, il faut garder à l’esprit certains critères qui servent d’inspiration pour les projets de formation. Puisqu’il est nécessaire de former des catéchistes pour l’évangélisation dans le monde d’aujourd’hui, il sera nécessaire d’harmoniser avec sagesse l’attention due aux personnes et aux vérités de la foi, la croissance personnelle et la dimension communautaire, la prise en charge des dynamiques spirituelles et le dévouement ainsi que l’engagement en faveur du bien commun. De manière plus spécifique, il est nécessaire de prendre en considération certains critères.
  2. Spiritualité missionnaire et évangélisatrice : tout au long du processus de formation, il est vital que la centralité de l’expérience spirituelle soit perçue dans une perspective missionnaire. Pour éviter le risque de tomber dans une pastorale stérile, le catéchiste doit être formé comme un disciple missionnaire, capable de toujours repartir de sa propre expérience de Dieu, qui l’envoie rejoindre le chemin des frères. Cette spiritualité missionnaire, conçue comme une rencontre avec les autres, un engagement dans le monde et une passion pour l’évangélisation, nourrit la vie du catéchiste et sauve de l’individualisme, de l’intimisme, de la crise d’identité et du déclin de la ferveur.
  3. La catéchèse comme formation intégrale : il s’agit de « former des catéchistes pour qu’ils soient en mesure de donner non seulement un enseignement mais également une formation chrétienne intégrale, par la promotion de “tâches d’initiation, d’éducation et d’enseignement”. Autrement dit, des catéchistes qui soient, à la fois, des maîtres, des éducateurs et des témoins »[cxxxviii]. C’est pourquoi la formation des catéchistes sait également s’inspirer de l’expérience catéchuménale qui, entre autres éléments, se caractérise précisément par cette vision d’ensemble de la vie chrétienne.
  4. Style de laccompagnement : l’Église estime qu’elle se doit de former ses catéchistes à l’art de l’accompagnement personnel, à la fois en leur proposant de faire l’expérience d’être accompagnés pour grandir comme disciple, en les envoyant et en les habilitant, pour qu’ils puissent accompagner leurs frères. Ce style requiert une humble volonté de se laisser toucher par les questions et interpeller par les situations de la vie, avec un regard plein de compassion, mais aussi de respect pour la liberté d’autrui. La nouveauté à laquelle le catéchiste est appelé réside dans la proximité, dans l’accueil inconditionnel et dans la gratuité avec laquelle il se rend disponible pour cheminer aux côtés des autres pour les écouter et expliquer les Écritures (cf. Lc 24, 13-35 ; Ac 8, 26-39), sans établir à l’avance le parcours, sans prétendre en voir les fruits et sans se retenir.
  5. Cohérence entre les styles de formations : « Comme critère général, il faut souligner la nécessité d’une cohérence entre la pédagogie globale de la formation des catéchistes et la pédagogie propre à un processus catéchétique. Dans son activité, le catéchiste aurait beaucoup de mal à improviser un style et une sensibilité auxquels il n’aurait pas été initié pendant sa formation »[cxxxix].
  6. Perspective de la docilité et de lautoformation : les sciences de l’éducation indiquent certaines attitudes comme conditions d’un parcours de formation fructueux. Tout d’abord, il est nécessaire que le catéchiste fasse mûrir en lui la docilité, à savoir cette disposition à se laisser toucher par la grâce, par la vie, par les personnes dans une attitude sereine et positive face à la réalité afin d’apprendre à apprendre. De plus, la disponibilité à vouloir se former soi-même est ce qui permet au catéchiste de pratiquer sa propre méthode de formation et de savoir comment l’appliquer à lui-même et au service ecclésial. Il s’agit concrètement de se comprendre comme un sujet en constante formation et ouvert à la nouveauté de l’Esprit, de savoir préserver et nourrir soi-même sa propre vie de foi, d’accueillir le groupe des catéchistes comme une ressource pour l’apprentissage, de prendre soin de se tenir à jour.
  7. Dynamique du laboratoire[cxl] dans le contexte du groupe, en tant que pratique de formation dans laquelle la foi sapprend en faisant, c’est-à-dire en valorisant ce qui est vécu, les contributions et les reformulations de chacun, en vue d’un apprentissage transformateur.

LES DIMENSIONS DE LA FORMATION

  1. La formation du catéchiste comprend plusieurs dimensions. La plus profonde fait référence au fait d’être catéchiste, avant même de faire le catéchiste. En fait, la formation l’aide à mûrir en tant que personne, en tant que croyant et en tant qu’apôtre. Aujourd’hui, cette dimension se décline également dans le sens du savoir être avec, qui met en évidence combien l’identité personnelle est toujours une identité relationnelle. De plus, pour que le catéchiste puisse mener à bien sa tâche, la formation sera également attentive à la dimension du savoir, qui implique une double fidélité au message et à la personne dans le contexte où elle vit. Enfin, la catéchèse étant un acte de communication et d’éducation, la formation ne négligera pas la dimension du savoir-faire.
  2. Les dimensions de la formation des catéchistes ne peuvent être considérées indépendamment les unes des autres, mais plutôt profondément corrélées, puisque ce sont des aspects de l’unité indivisible de la personne. Pour une croissance harmonieuse de la personne qu’est le catéchiste, il faut que le travail de formation veille à ne pas accentuer une dimension par rapport à une autre, mais cherche au contraire à favoriser un développement équilibré, en intervenant sur les aspects qui se révèlent être les plus lacunaires.
  3. L’engagement à acquérir ces compétences, en revanche, ne doit pas faire penser aux catéchistes comme à des agents compétents dans divers domaines, mais avant tout comme à des personnes qui ont fait l’expérience de l’amour de Dieu et qui, pour cette seule raison, se mettent au service de l’annonce du Royaume. La conscience de ses propres limites ne peut décourager le catéchiste d’accepter l’appel au service ; au contraire, il peut y répondre en s’appuyant sur la relation vivante avec le Seigneur et sur le désir de vivre la vie chrétienne avec authenticité, et en mettant généreusement à la disposition de la communauté les « cinq [pains] et deux poissons » (cf. Mc 6, 38) de leurs propres charismes personnels. « En même temps employons-nous à une meilleure formation. […] Notre imperfection ne doit pas être une excuse ; au contraire, la mission est un stimulant constant pour ne pas s’installer dans la médiocrité et pour continuer à grandir »[cxli].

Être et savoir être avec : maturité humaine, chrétienne et conscience missionnaire

  1. Dans la dimension de l’être, le catéchiste est formé pour devenir un témoin de la foi et un gardien de la mémoire de Dieu. La formation aide le catéchiste à reconsidérer sa propre action catéchétique comme une opportunité de croissance humaine et chrétienne. Sur la base d’une maturité humaine initiale, le catéchiste est appelé à croître constamment dans l’équilibre affectif, le sens critique, l’unité et la liberté intérieures, en vivant des relations qui soutiennent et enrichissent la foi. « La vraie formation alimentera surtout la spiritualité du catéchiste, afin que son activité naisse vraiment de son témoignage de vie »[cxlii]. La formation soutient donc la conscience missionnaire du catéchiste, à travers l’intériorisation des exigences du Royaume que Jésus a manifestées. Le travail de formation en faveur de la maturation humaine, chrétienne et missionnaire nécessite un certain accompagnement dans le temps, car il intervient sur le cœur qui sous-tend l’action de la personne.
  2. À partir de ce niveau d’intériorité, germe le savoir être avec, comme capacité naturelle nécessaire à la catéchèse entendue comme acte d’éducation et de communication. La communion ecclésiale est en effet greffée sur la faculté d’être en relation, inhérente à l’essence de la personne (cf. Gn 2, 18). La formation des catéchistes prend soin de révéler et de faire croître cette capacité relationnelle, qui s’exprime dans cette disposition à vivre les relations humaines et ecclésiales de manière fraternelle et sereine[cxliii].
  3. En réaffirmant son attachement à la maturation humaine et chrétienne des catéchistes, l’Église attire l’attention sur la nécessité de veiller avec détermination afin que, dans l’accomplissement de sa mission, soit garantie à chaque personne, en particulier aux mineurs et aux personnes vulnérables, une protection absolue contre toute forme d’abus. « Pour que ces phénomènes, sous toutes leurs formes, ne se reproduisent plus, il faut une conversion continue et profonde des cœurs, attestée par des actions concrètes et efficaces qui impliquent chacun dans l’Église, si bien que la sainteté personnelle et l’engagement moral puissent contribuer à promouvoir la pleine crédibilité de l’annonce évangélique et l’efficacité de la mission de l’Église »[cxliv].
  4. Le catéchiste, en raison de son service, joue un rôle à l’égard des personnes qu’il accompagne dans la foi et est perçu par elles comme une personne de référence, qui exerce une certaine forme d’autorité. Il devient donc nécessaire que ce rôle soit vécu dans le respect absolu de la conscience et de la personne d’autrui afin d’éviter tout type d’abus, qu’il soit de pouvoir, de conscience, économique ou sexuel. Les catéchistes, dans leurs parcours de formation et à travers un dialogue honnête avec leur propre guide spirituel, reçoivent l’aide qui leur permet d’identifier la bonne façon de vivre leur propre autorité uniquement comme un service rendu à leurs frères. De plus, afin de ne pas trahir la confiance des personnes qui leur sont confiées, ils doivent faire la distinction entre le for externe et le for interne et apprendre à avoir un grand respect pour la liberté sacrée de l’autre, sans la violer ni la manipuler d’aucune façon.

Savoir : formation biblico-théologique et connaissance de l’homme et du contexte social

  1. Le catéchiste est également un maître qui enseigne la foi. En effet, celui qui fait du témoignage sa première vertu, n’oublie pas qu’il est aussi responsable de la transmission de la foi ecclésiale. Dans sa formation, donc, de l’espace est donné à l’approfondissement et à l’étude du message à transmettre en lien avec le contexte culturel, ecclésial et existentiel de l’interlocuteur. Il faudra ne pas sous-estimer la nécessité de cet aspect de la formation, intimement lié au désir d’approfondir la connaissance de Celui que, dans la foi, le catéchiste a déjà reconnu comme son Seigneur. L’assimilation du contenu de la foi en tant que sagesse de la foi s’effectue avant tout à travers la familiarité avec l’Écriture sainte et l’étude du Catéchisme de lÉglise catholique, des catéchismes de l’Église particulière, des documents magistériels.
  2. Pour cela il faut que le catéchiste connaisse :
  • les grandes étapes de l’histoire du salut : l’Ancien Testament, le Nouveau Testament et l’histoire de l’Église, à la lumière du mystère pascal de Jésus-Christ ;
  • les éléments essentiels du message et de l’expérience chrétienne : le symbole de la foi, la liturgie et les sacrements, la vie morale et la prière ;
  • les principaux éléments du Magistère ecclésial concernant l’annonce de l’Évangile et la catéchèse.

De plus, dans certaines parties du monde, où vivent ensemble des catholiques de différentes traditions ecclésiales, les catéchistes auront une connaissance générale de la théologie, de la liturgie et de la discipline sacramentelle de leurs frères. Enfin, dans les contextes œcuméniques et dans ceux du pluralisme religieux, il faut veiller à faire connaître aux catéchistes les éléments essentiels de la vie et de la théologie des autres Églises et communautés chrétiennes et des autres religions, afin que, dans le respect de l’identité de chacun, le dialogue soit authentique et fructueux.

  1. Lors de la présentation du message, il est cependant nécessaire d’être attentif à la manière de le faire, de sorte qu’il puisse être accepté et reçu de matière active. Il faut donc concilier :
  2. le caractère synthétique et kérygmatique, de sorte que les divers éléments de la foi soient présentés dans une vision unitaire et organique, et capable de faire appel à l’expérience humaine ;
  3. la qualité narrative du récit biblique, qui « implique toujours de rapprocher les Écritures de la foi et de la Tradition de l’Église, de sorte que ces paroles soient perçues comme vivantes […] afin que tout fidèle reconnaisse que sa propre existence personnelle appartient aussi à cette histoire »[cxlv];
  4. un style catéchétique de contenus théologiques, qui valorise les conditions de vie des personnes ;
  5. une connaissance de type apologétique, qui montre que la foi ne s’oppose pas à la raison et met en évidence les vérités d’une anthropologie correcte, éclairée par la raison naturelle ; le rôle des preambula fidei est souligné pour « développer un nouveau discours sur la crédibilité, une apologétique originale qui aide à créer les dispositions pour que l’Évangile soit écouté par tous »[cxlvi].
  6. En même temps que la fidélité au message de foi, le catéchiste est appelé à connaître l’homme concret et le contexte socioculturel dans lequel il vit. Comme tous les chrétiens, mais d’une manière particulière, les catéchistes « vivent donc en très étroite union avec les autres hommes de leur temps et […] s’efforcent de comprendre à fond leurs façons de penser et de sentir, telles qu’elles s’expriment par la culture » (GS 62). Le catéchiste parvient à cette connaissance par l’expérience et le retour réfléchi sur celle-ci, mais aussi grâce à la précieuse contribution des sciences humaines, à la lumière des principes de la doctrine sociale de l’Église. Parmi celles-ci, la psychologie, la sociologie, la pédagogie, les sciences de l’éducation, de la formation et de la communication doivent être convenablement prises en considération. L’Église se sent invitée à se confronter à ces sciences pour la contribution valable qu’elles peuvent apporter à la fois à la formation des catéchistes et à l’action catéchétique elle-même. La théologie et les sciences humaines, en effet, peuvent s’enrichir mutuellement.
  7. Certains critères permettent de guider l’utilisation des sciences humaines dans la formation des catéchistes[cxlvii]:
  • le respect de lautonomie des sciences : « L’Église affirme l’autonomie légitime de la culture et particulièrement celle des sciences » (GS 59) ;
  • le discernement et lévaluation des différentes théories psychologiques, sociologiques et pédagogiques afin de savoir en apprécier la valeur et d’en reconnaître les limites ;
  • l’apport des sciences humaines s’entend dans la perspective de la foi et sur la base de lanthropologie chrétienne.

Savoir-faire : formation pédagogique et méthodologique

  1. Dans la dimension du savoir-faire, le catéchiste se forme pour croître en tant qu’éducateur et communicateur. « Le catéchiste est un éducateur qui facilite la maturation de la foi que le catéchumène ou le catéchisé réalisent avec l’aide de l’Esprit Saint. La première chose dont il faut tenir compte dans ce secteur décisif de la formation, est le respect de la pédagogie originale de la foi »[cxlviii]. Le catéchiste, reconnaissant que son interlocuteur est un sujet actif dans lequel la grâce de Dieu est à l’œuvre de manière dynamique, se présentera comme un facilitateur respectueux d’une expérience de foi dont il n’est pas le protagoniste.
  2. La formation pédagogique du catéchiste tend à faire mûrir en lui certaines aptitudes, notamment :
  3. la capacité de liberté intérieure et de gratuité, de dévouement et de cohérence pour être en mesure d’être un témoin crédible de la foi ;
  4. la compétence en communication et en narration de la foi en tant que capacité à présenter l’histoire du salut de manière viable afin que les personnes puissent avoir le sentiment qu’elles y prennent part ;
  5. la maturation dune mentalité éducative, qui implique la disponibilité à construire des relations matures avec les gens et la capacité de guider la dynamique de groupe, en favorisant l’activation des processus d’apprentissage tant individuels que communautaires ;;
  6. la gestion sereine des relations éducatives dans leur qualité affective, en accord avec le monde intérieur de l’autre et en étant disposé à ce qu’il puisse exprimer ses émotions ;
  7. la capacité de préparer un itinéraire de foi qui consiste à considérer les circonstances socioculturelles ; à élaborer un plan d’action réaliste ; à utiliser les langages, les techniques et les outils avec créativité ; à évaluer le tout.

Le processus éducatif, lieu précieux de croissance et de dialogue, où l’on fait aussi l’expérience des erreurs et des limites, requiert de la patience et du dévouement. Il est bon de faire mûrir la disponibilité à se laisser instruire tout en éduquant ; en fait, l’expérience elle-même est un laboratoire de formation dans lequel l’apprentissage est approfondi.

  1. En tant qu’éducateur, le catéchiste jouera également un rôle de médiateur en matière d’appartenance à la communauté et devra aider à vivre le service catéchétique avec un style de communion. En effet, le catéchiste mène ce processus éducatif non pas individuellement, mais avec la communauté et en son nom. C’est pourquoi il sait travailler en communion, cherchant l’enrichissement avec le groupe des catéchistes et avec les autres acteurs pastoraux. De plus, il est appelé à veiller à la qualité des relations et à animer la dynamique du groupe de catéchèse.

LA FORMATION CATÉCHÉTIQUE DES CANDIDATS À L’ORDRE SACRÉ

  1. Dans cette attention qu’a l’Église à l’égard de la catéchèse, la responsabilité incombe à ceux qui sont constitués, par le sacrement de l’Ordre, ministres de la Parole de Dieu. De fait, la qualité de la catéchèse d’une communauté dépend aussi des ministres ordonnés qui s’en occupent. Pour cette raison, tout au long du processus de formation des candidats à l’Ordre sacré, une instruction spécifique sur l’annonce et la catéchèse est nécessaire (cf. OT 19). Une formation appropriée des futurs prêtres et diacres permanents dans ce domaine se manifestera par des signes concrets : passion pour l’annonce de l’Évangile ; disponibilité à catéchiser les fidèles ; capacité à dialoguer avec la culture ; esprit de discernement ; disponibilité à former les catéchistes laïcs et à collaborer avec eux ; capacité à concevoir de façon créative des parcours d’éducation à la foi. Les mêmes critères de formation déjà énoncés en général s’appliquent également aux candidats à l’Ordre sacré.
  2. Il est donc nécessaire dans les séminaires et dans les maisons de formation[cxlix]:
  3. d’imprégner les candidats, au moyen de la formation spirituelle, d’un esprit missionnaire qui les pousse à annoncer explicitement l’Évangile à ceux qui ne le connaissent pas et à ne pas négliger l’éducation dans la foi de chaque baptisé ;
  4. de garantir des expériences de première annonce et des exercices dans les diverses formes de catéchèse ;
  5. de les introduire à une connaissance détaillée et approfondie du Catéchisme de lÉglise catholique ;
  6. d’approfondir le Rituel de linitiation chrétienne des adultes, en tant qu’outil précieux pour la catéchèse et la mystagogie ;
  7. de faire connaître les orientations relatives à la catéchèse de leur propre Église particulière ;
  8. d’assurer dans le cadre des études, l’étude de la catéchétique, du Magistère en matière de catéchétique, de la pédagogie et des autres sciences humaines.
  9. Les évêques veilleront à intégrer ces éléments dans les projets de formation de leurs séminaristes et candidats au diaconat permanent. Ils accorderont en outre une attention appropriée à la formation catéchistique des prêtres, notamment dans le cadre de leur formation permanente. Une telle attention vise à promouvoir cette actualisation catéchético-pastorale nécessaire, qui permet aux prêtres de s’enraciner plus directement dans l’action catéchétique, et en même temps les aide à se sentir impliqués dans l’activité de formation des catéchistes.

CENTRES POUR LA FORMATION

Centres pour la formation de base des catéchistes

  1. Les centres de formation de base des catéchistes, à caractère paroissial, inter-paroissial ou diocésain, ont pour tâche de proposer une formation systématique fondamentale. Il est bon d’offrir une formation de base sur les contenus fondamentaux, présentés de manière simple, mais avec un style de formation adapté aux exigences actuelles. Cette formation, qui a l’avantage d’être systématique parce qu’elle garantit un cadre d’ensemble général, est en tout cas une formation de qualité, assurée par des formateurs spécialisés, dotés d’une bonne sensibilité et d’une expérience pastorale. En permettant également la connaissance et l’échange avec d’autres catéchistes, elle nourrit la communion ecclésiale.

Centres de spécialisation pour les responsables et animateurs de la catéchèse

  1. Les centres de spécialisation, à caractère diocésain, interdiocésain ou national, ont pour objectif de favoriser la formation des animateurs et des responsables de la catéchèse ou de catéchistes qui ont l’intention de se spécialiser parce qu’ils se consacrent à ce service de manière plus stable. Le niveau de formation de ces centres est plus exigeant et donc la fréquence se fait plus intense et se prolonge dans le temps. À partir d’une base de formation commune du point de vue théologique et anthropologique pour atteindre ensuite les laboratoires de formation à caractère plus expérientiel, ces centres se consacrent aux spécialisations catéchétiques jugées nécessaires pour répondre aux besoins particuliers du territoire ecclésial. En particulier, il est nécessaire d’avoir la capacité de promouvoir la formation de responsables qui soient à leur tour en mesure d’assurer la formation permanente des autres catéchistes et ressentent donc le besoin d’un accompagnement personnalisé des participants. Il peut être approprié que l’offre de ces centres, avec la collaboration d’autres offices pastoraux du diocèse ou de l’Église particulière, soit adressée aux responsables des différents secteurs pastoraux, et qu’ils se transforment en Centres pour la formation des acteurs pastoraux.

Centres supérieurs pour les experts en catéchèse

  1. Les centres supérieurs pour experts en catéchèse, à caractère national ou international, proposent aux prêtres, aux diacres, aux personnes consacrées et aux laïcs une formation catéchétique de niveau supérieur, afin de préparer des catéchistes capables de coordonner la catéchèse au niveau diocésain ou dans le domaine d’activité des congrégations religieuses. De plus, ces centres supérieurs forment les professeurs de catéchèse pour des séminaires, les maisons ou centres de formation pour les catéchistes et promeuvent la recherche catéchétique. Ils sont configurés comme de véritables instituts universitaires en termes d’organisation des études, de durée des cours et de conditions d’admission. Compte tenu de leur importance pour la mission ecclésiale, il est souhaitable que les instituts de formation catéchétiques déjà existants soient renforcés et qu’il en naisse de nouveaux. Les évêques doivent être particulièrement vigilants dans le choix des personnes à orienter et à soutenir au sein de ces centres académiques afin que leurs diocèses respectifs ne manquent jamais d’experts en catéchèse.

[1] CEC 30.

[2] BENOÎT XVI, exhortation apostolique post-synodale Verbum Domini (30 septembre 2010), 92.

[3] JEAN CHRYSOSTOME, In Mattheum, homélie 1, 2 : PG 57, 15.

[4] DGC 163.

[5] EN 17.

[6] AUGUSTIN D’HIPPONE, Confessions, 1, 1, 1 : CCL 27, 1 (PL 32, 661).

[7] DGC 55.

[8] FRANÇOIS, lettre encyclique Lumen fidei (29 juin 2013), 18 ; cf. THOMAS D’AQUIN, Summa theologiae, IIa-IIae, q. 2, a. 2.

[9] CEC 177.

[10] JEAN-PAUL II, lettre encyclique Fides et ratio (14 septembre 1998), 43.

[11] Ibid., 13.

[12] DGC 55.

[13] FRANÇOIS, lettre encyclique Lumen fidei (29 juin 2013), 19.

[14] Cf. CEC 166-167.

[15] Compendium du Catéchisme de lÉglise catholique, 13.

[16] VINCENT DE LÉRINS, Commonitorium primum, 23, 9 : CCL 64, 178 (PL 50, 668).

[17] BENOÎT XVI, exhortation apostolique post-synodale Verbum Domini (30 septembre 2010), 18.

[18] EN 14.

[19] EN 15.

[20] Cf. par exemple ANSELME DE CANTORBÉRY, Cur Deus homo, 2, 18 : PL 158, 425 : « Dieu s’est fait homme pour sauver l’homme. »

[21] Cf. par exemple GRÉGOIRE DE NYSSE, Oratio catechetica, 37 : Gregorii Nysseni Opera 3/4, 97-98 (PG 45, 97) : « Dieu en se manifestant s’est uni à la nature mortelle afin que l’humanité puisse être divinisée avec lui par sa participation à la divinité. »

[22] Cf. DGC 48.

[23] Cf. EN 21.

[24] DGC 56a ; cf. aussi RICA 68 et 113.

[25] Cf. DGC 56b.

[26] Cf. RICA 42 ; 65-69.

[27] DGC 56 c.

[28] Cf. RICA 42 ; 103-105.

[29] DGC 56 d.

[30] Cf. RICA 42 ; 236-243.

[31] EN 22.

[32] EG 1.17.

[33] Cf. EN 2 ; JEAN-PAUL II, Homélie lors de la messe au sanctuaire de la Sainte Croix (9 juin 1979) ; ID., exhortation apostolique Christifideles laici (30 décembre 1988), 34 ; CONSEIL PONTIFICAL POUR LA PROMOTION DE LA NOUVELLE ÉVANGÉLISATION, Anthologie de la Nouvelle Évangélisation. Textes du Magistère pontifical et conciliaire 19392012 (2012) ; EG 14-18.

[34] EG 280.

[35] Cf. EG 20-33.

[36] EG 120 ; cf. aussi la Ve CONFÉRENCE GÉNÉRALE DE L’ÉPISCOPAT LATINO-AMÉRICAIN ET DES CARAÏBES, Document dAparecida (30 mai 2007), 129-346.

[37] JEAN-PAUL II, lettre encyclique Redemptoris missio (7 décembre 1990), 33.

[38] EG 14.

[39] EG 14.

[40] BENOÎT XVI, Homélie lors de la messe de conclusion de la XIIIe Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques (28 octobre 2012).

[41] EG 14 ; cf. aussi BENOÎT XVI, Homélie lors de la messe dinauguration de la Ve Conférence générale de lépiscopat latino-américain et des Caraïbes (13 mai 2007).

[42] JEAN-PAUL II, lettre apostolique Novo millennio ineunte (6 janvier 2001), 56.

[43] Ibid.

[44] EG 69.

[45] JEAN XXIII, Discours douverture du concile œcuménique Vatican II (11 octobre 1962).

[46] BENOÎT XVI, lettre apostolique Ubicumque et semper (21 septembre 2010).

[47] EG 62.

[48] BENOÎT XVI, Discours aux participants à lAssemblée plénière du Conseil pontifical pour les communications sociales (28 février 2011).

[49] FRANÇOIS, Message pour la XLVIIIe Journée des communications sociales (24 janvier 2014).

[50] EG 15.

[51] JEAN-PAUL II, lettre encyclique Redemptoris missio (7 décembre 1990), 33.

[52] EG 23 ; cf. aussi JEAN-PAUL II, exhortation apostolique Christifideles laici (30 décembre 1988), 32.

[53] Cf. FRANÇOIS, bulle d’indiction du Jubilé extraordinaire de la miséricorde Misericordiae vultus (11 avril 2015), 12.

[54] FRANÇOIS, Discours aux participants à lAssemblée plénière du Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation (14 octobre 2013).

[55] AUGUSTIN D’HIPPONE, De catechizandis rudibus, 1, 14, 22 : CCL 46, 146 (PL 40, 327).

[56] PAUL VI, lettre encyclique Ecclesiam suam (6 août 1964), 67.

[57] Cf. Ibid., 73-79.

[58] Cf. EG 238-258.

[59] FRANÇOIS, Discours aux participants au Congrès international de la pastorale des grandes villes (27 novembre 2014).

[60] Le verbe grec katechein signifie « résonner », « faire résonner ».

[61] EG 165.

[62] EG 164.

[63] Sur le terme « Évangile », cf. BENOÎT XVI, Méditation au cours de la première congrégation générale de la XIIIe Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques (8 octobre 2012) : « Évangile signifie : Dieu a rompu son silence, Dieu a parlé, Dieu existe. Ce fait, en tant que tel, est salut : Dieu nous connaît, Dieu nous aime, Il est entré dans l’histoire. Jésus est sa Parole, le Dieu avec nous, le Dieu qui nous montre qu’Il nous aime, qui souffre avec nous jusqu’à la mort et qui ressuscite. Ceci est l’Évangile même. Dieu a parlé, Il n’est plus le grand inconnu mais Il s’est montré lui-même et c’est cela le salut. »

[64] Parmi les nombreuses formules du kérygme, à titre d’exemples, cf. : Jésus est le Fils de Dieu, « on lui donnera le nom d’Emmanuel, qui se traduit : “Dieu-avec-nous” » (cf. Mt 1, 23) ; « …le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile » (Mc 1, 15) ; « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle » (Jn 3, 16) ; « Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance » (Jn 10, 10) ; « Jésus de Nazareth… là où il passait, il faisait le bien et […] guérissait tous » (Ac 10, 38) ; le Seigneur Jésus est « ressuscité pour notre justification » (Rm 4, 25) ; « Jésus est Seigneur » (1 Co 12, 3) ; « le Christ est mort pour nos péchés » (1 Co 15, 3) ; le « Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi » (Ga 2, 20).

[65] EG 164.

[66] EG 165.

[67] EG 177.

[68] EG 34

[69] Ces personnes peuvent être appelées des presque catéchumènes : cf. CT 44.

[70] Cf. CEC 1231 et Ve CONFÉRENCE GÉNÉRALE DE L’ÉPISCOPAT LATINO-AMÉRICAIN ET DES CARAÏBES, Document dAparecida (30 mai 2007), 286-288.

[71] RICA 300.

[72] RICA 41 : « Cet itinéraire comporte des temps ou périodes que scandent d’importantes célébrations liturgiques ou étapes. Celles-ci sont comme des portes que les catéchumènes franchissent ou des degrés qu’ils montent. Elles sont au nombre de trois : a. l’entrée en catéchuménat ; b. l’appel décisif ; c. les sacrements de l’initiation. Au terme de leur préparation spirituelle, les catéchumènes reçoivent les sacrements par lesquels tout chrétien est initié. »

[73] Pendant cette période sont prévues des célébrations de la Parole de Dieu, des exorcismes, des bénédictions et d’autres rites. Cf. RICA 70125.

[74] En même temps que les consignes mentionnées, pendant cette période, le catéchumène vit les scrutins et les derniers rites préparatoires à la célébration des sacrements. Cf. RICA 126-201.

[75] Cf. RICA 202-243.

[76] EG 166.

[77] EG 166.

[78] EG 166. Cf. aussi RICA 39-41.

[79] EN 51.

[80] EG 164

[81] BENOÎT XVI, lettre encyclique Deus caritas est (25 décembre 2005), 1.

[82] DGC 66.

[83] CEC 1122

[84] Compendium du catéchisme de lÉglise catholique, 251.

[85] BENOÎT XVI, exhortation apostolique Sacramentum caritatis (22 février 2007), 17.

[86] Ibid., 18.

[87] DGC 67.

[88] BENOÎT XVI, exhortation apostolique post-synodale Verbum Domini (30 septembre 2010), 74. Toutes les initiatives qui placent l’Écriture sainte dans sa primauté pastorale, comme le Dimanche de la Parole de Dieu, doivent être valorisées : cf. FRANÇOIS, lettre apostolique Aperuit illis (30 septembre 2019).

[89] CT 5.

[90] En EN 44, la finalité de la catéchèse est d’« éduquer des habitudes de vie chrétienne ».

[91] À propos du processus de réception personnelle de la foi, cf. n° 396 de ce Directoire.

[92] DGC 59 ; cf. aussi CONGRÉGATION POUR LE CLERGÉ, Directoire catéchétique général (11 avril 1971), 20 et CT 43.

[93] DGC 82

[94] Sur l’appel à la sainteté dans le monde contemporain, voir : FRANÇOIS, exhortation apostolique Gaudete et exsultate (19 mars 2018).

[95] Ibid., 63.

[96] EG 168.

[97] DGC 85.

[98] Cf. CEC 2626-2649.

[99] Cf. CEC 435. La prière orientale du cœur, appelée aussi « prière de Jésus » dit : « Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, prends pitié de moi pécheur. » La formule prononcée avec la bouche est progressivement acceptée par l’intellect puis descend dans le cœur et crée un cœur intelligent, unifiant l’homme intérieur et le rendant intègre.

[100] FRANÇOIS, Audience générale (15 janvier 2014).

[101] BENOÎT XVI, lettre encyclique Deus caritas est (25 décembre 2005), 17.

[102] EG 175.

[103] BENOÎT XVI, exhortation apostolique post-synodale Verbum Domini (30 septembre 2010), 121.

[104] Cf. BENOÎT XVI, Discours aux participants à lAssemblée plénière du Conseil pontifical pour la promotion de la Nouvelle évangélisation (30 mai 2011).

[105] CEC 1074.

[106] CT 23.

[107] BENOÎT XVI, Exhortation apostolique Sacramentum caritatis (22 février 2007), 64.

[108] TERTULLIEN, Apologeticum, 50, 13 : CCL 1, 171 (PL 1, 603).

[109] JEAN-PAUL II, lettre encyclique Fides et ratio (14 septembre 1998), 99.

[110] CONGRÉGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI, instruction Donum veritatis (24 mai 1990), 7.

[111] EN 20.

[112] JEAN-PAUL II, lettre encyclique Fides et ratio (14 septembre 1998), 85.

[113] EG 167. Cf. CONSEIL PONTIFICAL DE LA CULTURE, La Via pulchritudinis, chemin privilégié dévangélisation et de dialogue (2006).

[114] CIC c. 759 ; cf. aussi CCEO c. 624 § 3. 2.

[115] CT 13

[116] DGC 219.

[117] Cf. FRANÇOIS, Homélie lors de la messe pour la Journée des catéchistes en lAnnée de la Foi (29 septembre 2013).

[118] Cf. EG 169-173 : le processus de formation, c’est-à-dire laccompagnement personnel des processus de croissance, facilite la maturation de l’acte de foi et l’intériorisation des vertus chrétiennes.

[119] JEAN-PAUL II, exhortation apostolique post-synodale Pastores gregis (16 octobre 2003), 26. Cf. DGC 222.

[120] CT 63 ; cf. aussi CDC c. 775 § 1 ; CCEO c. 623 § 1.

[121] Cf. aussi CIC c. 780.

[122] Cf. CONGRÉGATION POUR LE CLERGÉ, Directoire pour le ministère et la vie des prêtres (11 février 2013), 65. Cf. DGC 224.

[123] JEAN-PAUL II, Discours aux participants au congrès « Les prêtres et la catéchèse en Europe » (8 mai 2003), 3.

[124] CONGRÉGATION POUR L’ÉDUCATION CATHOLIQUE CONGRÉGATION POUR LE CLERGÉ, Directoire pour la vie et le ministère des diacres permanents (22 février 1998), 25.

[125] Ibid., 26.

[126] JEAN-PAUL II, exhortation apostolique Vita consecrata (25 mars 1996), 20.

[127] DGC 229.

[128] CEC 429.

[129] DGC 231.

[130] JEAN-PAUL II, exhortation apostolique Familiaris consortio (22 novembre 1981), 38.

[131] AL 200.

[132] AL 85.

[133] RICA 46.

[134] Cf. CDC c. 874 ; CCEO c. 685.

[135] Cf. FRANÇOIS, Audience générale (4 et 11 mars 2015).

[136] BENOÎT XVI, Discours aux participants de lassemblée plénière du Conseil pontifical pour la famille (5 avril 2008).

[cxxxvii] DGC 254.

[cxxxviii] DGC 237, cf. aussi CONGRÉGATION POUR LE CLERGÉ, Directoire catéchétique général (11 avril 1971), 31.

[cxxxix] DGC 237. Cf. EG 171 : « Plus que jamais, nous avons besoin d’hommes et de femmes qui, à partir de leur expérience d’accompagnement, connaissent la manière de procéder ».

[cxl] Cf. JEAN-PAUL II, Discours à la veillée de prière au terme de la XVe Journée mondiale de la jeunesse (19 août 2000) : le processus permettant d’expérimenter concrètement une maturation de l’acte de foi comme élément de transformation intérieure a été présenté par Jean-Paul II comme un laboratoire de la foi.

[cxli] EG 121.

[cxlii] DGC 239.

[cxliii] Concernant cet aspect particulier, cf. nos 88-89 (« Introduire à la vie communautaire ») de ce Directoire.

[cxliv] FRANÇOIS, lettre apostolique Vos estis lux mundi (7 mai 2019).

[cxlv] BENOÎT XVI, exhortation apostolique post-synodale Verbum Domini (30 septembre 2010), 74.

[cxlvi] EG 132 ; cf. aussi SYNODE DES ÉVÊQUES, XIIIe ASSEMBLÉE GÉNÉRALE ORDINAIRE, La nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne. Liste finale des propositions (27 octobre 2012), 17.

[cxlvii] Cf. DGC 243.

[cxlviii] 12. DGC 244.

[cxlix] Cf. CONGRÉGATION POUR LE CLERGÉ, Le don de la vocation presbytérale. Ratio fundamentalis institutionis sacerdotalis (8 décembre 2016), spécialement les nos 59, 72, 157b, 177, 181, 185.

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