« Nous mesurons à quel point la liturgie nous porte et revêt une dimension catéchétique »

 

Pauline Dawance, directrice du Service national de la catéchèse et du catéchuménat

Pauline Dawance, directrice du Service national de la catéchèse et du catéchuménat

  • Quelles sont les missions du Service national de la catéchèse et du catéchuménat (SNCC) ? Comment se sont-elles réorganisées en cette période de confinement ?

Le SNCC est au service des évêques et des diocèses dans leur responsabilité catéchétique à tous les âges. Il accompagne les équipes diocésaines de catéchèse et de catéchuménat, leur propose des formations, les conseille, partage les informations qu’il recueille, promeut leurs initiatives. Il exerce aussi pour la Commission des évêques qui suit la catéchèse et le catéchuménat pour ses pairs, des expertises des documents et productions catéchétiques.

Notre activité habituelle est destinée aux acteurs diocésains et non au grand public. La période de confinement nous a conduits à élaborer des propositions qui pouvaient être enrichies par les services diocésains ou reprises comme telles.

Notre première préoccupation a été pour les adultes catéchumènes dont la réception des sacrements de l’initiation chrétienne (baptême, confirmation, eucharistie) est différée à cause de la pandémie qui empêche les célébrations de se tenir avec une assemblée. Alertés par les témoignages de futurs baptisés inquiets, nous avons rappelé à nos réseaux que le temps du carême est de toutes façons caractérisé par un combat spirituel que la communauté chrétienne accompagne par des rites spécifiques. En l’absence de ce soutien spirituel, il a fallu mettre en place un accompagnement spécifique. Durant leur cheminement vers le baptême, les catéchumènes sont accompagnés en petit groupe et très souvent personnellement par un baptisé. Les accompagnateurs déploient actuellement tous les moyens pour se faire proches des catéchumènes dans la prolongation de leur cheminement : échanges, prière, partage de l’Écriture, temps en groupe … grâce aux outils numériques, aux mails ou tout simplement au téléphone. De leur côté, les évêques ont adressé des messages vidéos ou écrits aux catéchumènes de leur diocèse pour les encourager et les assurer de la place qu’ils avaient dans leur prière.

En parallèle, s’est posée la question du soutien des personnes et des familles en cette fin de carême, pour les jours saints et Pâques. À partir de trames de liturgies domestiques bâties par le Service national de la pastorale liturgique et sacramentelle, nous avons élaboré des propositions de célébrations de la Parole, en particulier en famille avec des enfants.

Les célébrations de la Parole sont au cœur de l’activité catéchétique. Elles obéissent à une dynamique rituelle : une entrée pour marquer sa disposition à être en présence de Jésus Christ, la réception du don de Dieu dans la proclamation de sa Parole, son appropriation par des gestes significatifs et sa reddition dans la prière et la vie de charité qui prolonge l’envoi après la conclusion. Cette structure est très accessible aux parents et aux enfants. Nous l’avons adaptée aux dimanches et aux jours saints avec des gestes marquants comme une proposition de bénédiction des rameaux, un repas ritualisé le Jeudi Saint, le lavement des pieds, un rite autour de la lumière pour la Vigile pascale… et le partage de la Parole de Dieu pour tous.

  • Quels conseils avez-vous pour les familles qui souhaitent maintenir une vie de foi durant le confinement ?

En l’absence de messes dominicales et des célébrations de la Semaine sainte, nous mesurons à quel point la liturgie nous porte et revêt une dimension catéchétique. Nous ne sommes ni liturgistes ni catéchètes et la présence d’une assemblée nous manque. Comment faire ? La famille a ses rites, les enfants y sont attachés, ce peut être un atout pour la vie de foi durant ce temps particulier. Une prière familiale simple et courte pour confier sa journée, ceux que l’on aime, ses chagrins, ses inquiétudes, remercier, demander avec ses propres mots et les prières de l’Église. Bénir, c’est-à-dire dire du bien avec le bénédicité, la bénédiction des enfants, des époux entre eux …

Une prière de bénédiction en famille

Nous vous proposons deux formes de prières de bénédictions, tirées du Livre des bénédictions, qui vous permettront, si vous le souhaitez, de bénir votre famille ou votre enfant, chez vous à la maison, autant de fois que vous voudrez.

La bénédiction de la famille peut être au cœur d’une prière axée sur l’action de grâce et la bénédiction de Dieu et/ou marquer la fin d’un temps de prière ensemble.

Pour la bénédiction d’un enfant, il est préférable de choisir un temps calme, par exemple le soir au coucher ou le matin pour démarrer la journée, en l’accompagnant d’un geste simple : la main sur la tête ou un signe de croix sur le front.

Une bénédiction des familles
« Nous te bénissons, Dieu notre Père, car tu as voulu que ton fils vive dans une famille humaine en partageant ses joies et ses peines.
Garde notre famille sous ta protection. Fortifie-la par ta grâce. Rends-nous paisibles et heureux.
Aide-nous à nous assister mutuellement dans l’épreuve et la souffrance.
Fais que nous vivions en ta présence dans la concorde et dans l’amour, en nous rendant service les uns aux autres, à l’exemple de ton fils,
Jésus notre Seigneur. »
(Tracer sur soi le signe de croix).
Amen.

La bénédiction d’un enfant par ses parents
« Que le Seigneur soit avec toi, qu’il te protège aujourd’hui (ou chaque jour),
Et que Dieu te bénisse, le Père, le Fils et le Saint-Esprit (tracer le signe de croix sur le front de l’enfant). »
Amen.

Ou bien :

« Que le Seigneur te bénisse et te garde, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. »
(Tracer le signe de croix sur le front de l’enfant.)
Amen.

On pourra profiter de ce temps donné pour instaurer des moments de relecture de la journée, de la semaine et plus tard de cette période entière.

Nous le savons, aucun de nous, les petits comme les grands, n’en ressortira comme il est entré dans cette expérience existentielle si singulière, partagée par des millions de personnes. Les chrétiens pourront la relire à la lumière de la Parole de Dieu et se rapprocher ainsi de l’expérience d’anamnèse qu’Israël fait depuis l’Exode et s’appuyer sur l’expérience millénaire de l’Église, attentive aux signes des temps … et nous pourrons enfin célébrer tous ensemble.

C’est cette célébration commune future de « libération » que nous pouvons préparer. Nous y apporterons nos chagrins, nos joies, nos découvertes, nos révoltes, nos remerciements, nos questions, tout ce qui aura fait nos vies durant cette période.

Pour cela, pourquoi ne pas réaliser un journal familial dans lequel chacun dans la famille peut écrire, dessiner, coller…dans le journal de bord.

Une proposition du diocèse de Lille  : fabriquer en famille une boîte à merveilles. Voici comment procéder :

  • Prends une boîte à chaussure (ou en carton), ouvre-la et colle à l’intérieur un beau papier de couleur, papier cadeau, papier peint ou dessins que tu auras fait.
  • Fais la même chose avec le couvercle et l’extérieur de ta boite.
  • Installe un bloc-note (ou post-it) et des crayons à côté.
  • Cette boîte servira à toute la famille pour y mettre, chaque jour, une chose belle, étonnante, fabuleuse, merveilleuse que chacun aura vécue dans la journée !Il sera un témoin à partager jour après jour pour garder ce qui constitue des traces des événement vécus pour en faire l’anamnèse et le porter devant le Seigneur ensemble. Un tel exercice fonde notre mémoire spirituelle sur laquelle s’appuyer au long de notre vie.

Sans attendre la fin du confinement, nous pourrons nous interroger sur notre foi : qu’avons-nous reçu ? Qui nous l’a transmis ? et nous, osons-nous parler de ce que nous croyons à nos proches ? de ce qui est difficile ? Nous avons d’ailleurs consacré un numéro de la revue L’Oasis à la notion de transmission « Papy, Mamie, racontez-moi ! ». Ce numéro peut d’ailleurs être feuilleté en ligne !

Ce numéro qui s’intéresse notamment à la prise en compte de la famille en catéchèse et en catéchuménat et donc à celle des grands-parents comprend un « jeu/animation » pour les catéchiste qui peut très bien être pris par des parents sur ce que l’on a reçu de ses grands-parents : « l’arbre des liens ».

Certains parents se sentiront peut-être démunis, éprouvés sur la longueur, découragés par leur difficulté à tenir des paroles d’espérance. Ces moments-là sont habités par le Seigneur qui nous porte toujours. Il nous soutient plus encore quand nous l’appelons à notre secours et qu’enfin nous nous abandonnons à lui, car « lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort. » (2 Co 12,10)

  • Comment les familles dont un des membres devait être baptisé lors de la Vigile pascale peuvent-elles le soutenir en attendant Pentecôte où les baptêmes seront reportés ?

Un proche peut soutenir, conjoint, grand-parent … il peut bénir le catéchumène, lire et échanger et prier avec la Parole de Dieu. Pour ceux qui se sentent isolés, dans une famille opposée ou indifférente à leur démarche, ils peuvent solliciter leur accompagnateur, le prêtre référent du groupe, leur futur parrain ou marraine, les autres catéchumènes de leur groupe et pourquoi pas le numéro vert que l’Église catholique a mis en place avec un réseau d’écoutants au service des personnes spirituellement isolées.

Propos recueillis par CP

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