Discours d’ouverture de l’Assemblée plénière de printemps 2026

Discours d’ouverture de l’Assemblée plénière de printemps 2026, prononcé le mardi 24 mars 2026 par Mgr Jean-Marc Aveline, Président de la Conférence des évêques de France, devant ses frères évêques qui s’apprêtent à vivre ensemble une semaine de travail et de prière.

Chers frères dans l’épiscopat,

C’est avec beaucoup de joie qu’au nom de Mgr Vincent Jordy, de Mgr Benoît Bertrand et de toute l’équipe du Secrétariat général, je vous souhaite la bienvenue pour cette nouvelle assemblée plénière de notre Conférence. Je salue également tous ceux qui nous rejoignent ce matin sur les ondes de KTO. Merci de vous associer de cette manière à la prière et au travail, de cette assemblée printanière, dans le cadre à la fois paisible et recueilli des Sanctuaires de Lourdes, où nous aurons la joie de célébrer demain la solennité de l’Annonciation du Seigneur.

L’Annonciation ! Te souviens-tu, Marie ? En cet instant d’éternité, tu aurais voulu arrêter le temps, retenir l’ange par le bout des ailes… Avant de te quitter, il t’avait confié le secret de la foi : « Rien n’est impossible à Dieu ». Et toi, tu lui avais offert le secret de ta joie : « Je suis la servante du Seigneur : que tout se passe pour moi selon ta parole ». Et sans que tu t’en aperçoives, la Parole en toi avait commencé à prendre chair. Et toi, figure de l’Église, tu la portes avec amour, cette Parole de Vie, de la crèche à la croix, de la mangeoire à la patène, pour reprendre la belle image de Mgr Paul Desfarges, archevêque émérite d’Alger, où le pape Léon se rendra après Pâques.

La mangeoire, comme la patène, en effet, accueillent le corps du Christ Jésus, dans la simplicité, la fragilité, la vulnérabilité et l’extrême confiance en l’humanité qui caractérisent tout autant le geste de Dieu dans l’Incarnation que celui de l’Église dans l’Eucharistie. Selon le postulateur de la cause de béatification des martyrs, le frère trappiste Thomas Georgeon, qui nous aidera vendredi à méditer sur les Martyrs d’Algérie au seuil de la Semaine Sainte, « tous les dix-neuf [martyrs] avaient en commun un même trait : un grand amour pour l’Eucharistie. Il est très significatif que cinq d’entre eux étaient été tués en allant à la messe ou en revenant. Ce n’est pas un Christ théorique qu’ils vivaient. C’est le Christ qui se donne dans son Corps eucharistique. »

Offrir d’être là, priants parmi d’autres priants, demander humblement l’hospitalité, solliciter l’amitié et y être fidèle, envers et contre tout : tels furent les gestes fondateurs qui ont permis à l’Église d’Algérie de rester présente au peuple algérien après que celui-ci eut obtenu son indépendance. La haute stature humaine et la grande profondeur spirituelle du cardinal Duval avaient encouragé et accompagné cette conversion intérieure de l’Église, lorsqu’elle dut abandonner les prérogatives que lui conférait la colonisation et faire la preuve de son amour pour le peuple algérien, dont elle s’engageait à partager le destin sans vouloir le contraindre à partager sa foi. Et lorsque s’abattirent sur l’Algérie les terribles épreuves de la décennie noire des années 1990, le cardinal Duval, encore lui, sut trouver les mots pour aider cette Église à ne pas fuir le destin de ce peuple, à rester là, à se tenir avec, cum-stare, dans la constance et la confiance, comme il y exhortait Christian de Chergé, prieur de Tibhirine.

Tout au long de cette petite semaine, comme à chacune de nos assemblées plénières, nous allons devoir aborder bien des sujets, tenter d’élaborer quelques discernements, échanger entre nous et avec des experts sur la situation du monde, comme ce soir avec M. Frédéric Encel, essayiste et géopolitologue, spécialiste du conflit israélo-palestinien. Mais le plus important, nous le savons tous d’expérience, c’est de pouvoir vivre tout cela ensemble, différents les uns des autres, mais profondément unis au Christ par la prière, l’écoute de sa Parole et la célébration de l’Eucharistie, dans une collégialité simple et fraternelle, à l’écoute de la vitalité, mais aussi des inquiétudes et des souffrances du peuple que Dieu nous a confié. Cum-stare : se tenir avec, rester avec, persévérer avec. C’est bien notre joie, comme évêques, même s’il nous en coûte parfois, lorsque les soucis s’accumulent ! Et comme il importe que nous apprenions à nous aider les uns les autres sur les chemins parfois austères de notre ministère.

Avant-hier soir, nous avons vécu le deuxième tour des élections municipales, un scrutin local mais très important, à quelques mois des Sénatoriales prévues en septembre prochain, et à un peu plus d’un an de l’élection présidentielle. Nous les connaissons bien, nous évêques, ces maires et conseillers municipaux de nos villages, de nos petites ou grandes villes, et nous savons que la plupart d’entre eux travaille avec acharnement et humilité, au service des autres, avec tous les soucis et tous les risques qu’une telle responsabilité implique. Il importe, me semble-t-il, que nous encouragions sans relâche ces serviteurs du quotidien, par notre écoute, nos paroles, et avant tout par notre prière.

Toutefois, en relisant cette séquence des élections municipales, dont chacun d’entre nous peut apprécier les conséquences pour son diocèse, je relève, pour ma part, la violence croissante dans laquelle semble irrésistiblement devoir sombrer, année après année, le débat public. Violence verbale d’abord, dans les hémicycles, sur les ondes ou les plateaux de télévision, et plus encore sur les réseaux sociaux. Créer les conditions d’un vrai débat sera sans doute l’un des enjeux importants, dans les mois qui viennent, en vue de l’élection présidentielle. Nous réfléchirons jeudi, en fin de matinée, sous la conduite de Mgr Jachiet, à la façon dont nous pourrons y participer.

Violence verbale donc, mais violence physique aussi, notamment avec la mort de Quentin Deranque, il y a quelques semaines, en marge d’une conférence politique à Lyon. Notre société, c’est évident, a un grand besoin d’apaisement. C’est souvent ce que nous disent les catéchumènes dans les lettres qu’ils nous envoient. Car la violence est partout, faisant chavirer, pour un rien, les barques de bien des vies. Dans une homélie sur la tempête apaisée, saint Augustin donnait un conseil à celui qui sent que la colère le gagne et que sa barque commence à prendre l’eau : fais comme les disciples sur le lac – écrit-il – « Réveille le Christ qui dort ». Car c’est lui, et lui seul, qui est notre paix et qui t’aidera à surmonter la violence qui couve en toi ! [1]

Ces questions, à coup sûr, concernent notre travail de fond sur l’éducation. Nous y sommes encouragés par le Saint-Père. Dans une lettre envoyée de sa part aux évêques de France à l’occasion de l’ouverture de notre assemblée, le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État, nous écrit : « Le Saint-Père a pris connaissance des sujets que vous avez l’intention de traiter et plusieurs ont suscité son intérêt. En particulier, vous allez aborder, en réponse à la lettre apostolique Dessiner de nouvelles cartes d’espérance, le thème de l’éducation, un thème qui avait particulièrement retenu l’attention du pape François en raison de son importance capitale tant pour l’avenir du monde que pour l’annonce de l’Évangile. » Nous ferons le point, dès la fin de cette matinée, sur ce sujet capital, et nous complèterons demain après-midi par quelques informations que nous donnera Mgr Rougé sur la situation de l’Enseignement catholique.

L’autre sujet, auquel nous consacrerons plusieurs séquences, concerne la lutte contre les violences sexuelles et tous les abus. En nous inspirant de la riche expérience de l’Instance nationale indépendante de reconnaissance et réparation (Inirr), dont nous avions voté la création en novembre 2021, après le rapport de la Ciase, et dont le mandat se termine à la fin du mois d’août 2026, il nous faut avancer sur la mise en place d’un dispositif qui ne soit plus « une réponse de crise à une situation de crise », comme le fut l’Inirr, mais qui soit pensé comme durable, même s’il devra sans doute être évalué et affiné au fil des années. Plusieurs questions se posent, que nous avons déjà abordées lors d’une assemblée en visio il y a quelques semaines. Il ne s’agit pas de s’engager à la légère, mais bien de prendre sereinement ensemble les décisions qui s’imposent pour continuer d’accueillir, d’écouter et d’accompagner les personnes victimes de violences sexuelles dans l’Église quand elles étaient mineures. J’ai assuré Madame Marie Derain de Vaucresson, lors d’une rencontre à Paris la semaine dernière, de notre très grande reconnaissance pour le travail accompli, de notre ferme résolution de le poursuivre dans les meilleures conditions, et de notre décision que le passage de relais puisse se faire au 1er septembre prochain, en mettant à profit cette assemblée de mars et les quelques mois qui suivront, pour que le statut et les modalités de travail de la nouvelle instance soient clairement définis. Mgr Laurent Percerou et Mgr Gérard Le Stang nous guideront dans ce travail dès le début de cet après-midi.

Jeudi matin, nous poursuivrons le travail engagé en novembre dernier, sous la conduite de Mgr Alexandre Joly, pour la mise en place d’un dispositif concernant les personnes qui ont été victimes d’abus dans l’Église alors qu’elles étaient majeures. « La prévention des abus n’est pas une tâche facultative, mais une dimension constitutive de la mission de l’Église, a rappelé le pape Léon le 16 mars lors de l’assemblée plénière de la Commission pontificale pour la protection des mineurs, présidée par notre frère Thibault Verny. Il s’agit de contribuer à instaurer, dans toute l’Église, une culture de l’attention, dans laquelle la protection des mineurs et des personnes en situation de vulnérabilité n’est pas considérée comme une obligation imposée de l’extérieur, mais comme une expression naturelle de la foi. » En lien avec ces problématiques, il nous faudra parler du Fonds Selam, et poursuivre la réflexion engagée lors de notre dernière assemblée sur le thème « Justice et miséricorde ». Car si l’Église a progressé dans l’ordre de la justice, et quand bien même il lui reste encore beaucoup de chemin à faire en ce sens – nous ne le savons que trop – il lui faut aussi avancer sur celui de la miséricorde, car le message évangélique sur lequel elle est fondée met en relation l’une avec l’autre.

Jeudi enfin, nous prendrons un temps d’échange sur le thème « Liturgie et Tradition » sous la conduite de Mgr Olivier de Cagny.  « Il est préoccupant que continue de s’ouvrir dans l’Église une douloureuse blessure concernant la célébration de la messe, le sacrement même de l’unité » écrit le cardinal Pietro Parolin dans la lettre qu’il nous adresse au nom du Pape. Nous savons tous l’urgence qu’il y a à écouter la soif spirituelle de tous les baptisés, de quelque façon qu’elle s’exprime, tout en tenant fermement le lien nécessaire à la grande Tradition de l’Église qui se déploie dans la communion avec tous les conciles, y compris le concile Vatican II. Ce sujet est suffisamment important pour que nous commencions à le porter ensemble, au fil de nos assemblées, en lien avec les travaux du Consistoire de juin prochain.

Mais tandis que nous nous réunissons pour avancer sur ces chantiers importants concernant l’Église et la société, notre assemblée est inévitablement marquée par une situation internationale qui, de jour en jour, se dégrade dangereusement. Voilà un peu plus de quatre semaines, maintenant, que le Moyen Orient est emporté dans la spirale d’une guerre sans merci. Une guerre dont on peine à percevoir quel est l’objectif ultime, mais dont le nombre de victimes innocentes, décédées, blessées ou déplacées, ne cesse de croître d’heure en heure ; une guerre d’usure, d’autant plus meurtrière que la robotisation croissante met de plus en plus à distance l’acte de donner la mort.

Il y a quelques années, alors que je présidais le Conseil pour le dialogue interreligieux au sein de notre Conférence, j’avais pu me rendre en Iran avec quelques-uns d’entre vous, invité par le gouvernement iranien pour promouvoir le dialogue entre chrétiens et chiites dans les universités et les lieux saints iraniens. J’avais été touché par l’hospitalité de ce peuple, par la finesse de cette grande et noble civilisation et par le courage de quelques responsables religieux que nous avions rencontrés et qui, dans l’angoisse et la discrétion, mais avec une impressionnante détermination, résistaient au régime en place. La capacité de résilience des peuples, en dépit de la corruption et de la violence de ceux qui les dirigent, est souvent édifiante et force le respect.

Aujourd’hui, force est de constater que, même si la protection aérienne ne se révèle pas toujours étanche (comme ce fut le cas ces derniers jours), le peuple israélien a toutefois des abris pour se protéger des missiles ennemis, ce qui ne l’empêche pas de vivre dans l’angoisse de sa sécurité immédiate et de sa survie à long terme. Le peuple iranien, de son côté, non seulement n’a pas d’abri, mais sait qu’il peut être pris pour cible, et sans scrupule aucun, par ceux-là même qui sont censés le protéger et qui peuvent devenir d’autant plus féroces qu’ils sentent que leur propre survie est menacée ! Il en va de même pour peuple libanais, sans cesse soumis au jeu des grandes puissances régionales, qui ne cherchent qu’à le diviser afin de faire taire son message, ce message que les papes successifs, depuis saint Jean-Paul II, ne cessent de mettre en valeur, parce qu’il témoigne qu’une fraternité est possible entre des personnes de religions différentes et que c’est là le seul chemin vers la paix ! Et permettez-moi de penser aussi aux familles les plus pauvres du peuple palestinien, notamment à Gaza et en Cisjordanie, emportées dans cette nouvelle tourmente alors qu’elles se trouvent déjà grandement affaiblies et se sentent dramatiquement abandonnées, d’autant plus que la lumière des médias et la vigilance de la communauté internationale sont maintenant attirées ailleurs et que l’action des organisations humanitaires sur place est encore gravement entravée.

« Je continue à suivre avec consternation la situation au Moyen-Orient, ainsi que dans d’autres régions du monde déchirées par la guerre et la violence – a dit le Pape lors de l’Angelus avant-hier. Nous ne pouvons rester silencieux face à la souffrance de tant de personnes sans défense, victimes de ces conflits. […] La mort et la douleur provoquées par ces guerres sont un scandale pour toute la famille humaine et un cri lancé vers Dieu ! Je réitère avec force l’appel à persévérer dans la prière, afin que cessent les hostilités et s’ouvrent enfin des chemins de paix fondés sur un dialogue sincère et sur le respect de la dignité de chaque personne humaine. »

Dès le début du conflit, j’ai envoyé des lettres d’amitié et de soutien aux différents responsables chrétiens de la région (entre autres : card. Louis Sako, patriarche des chaldéens à Baghdad en Irak, card. Pierbattista Pizzaballa, patriarche latin de Jérusalem, card. Dominique Mathieu, archevêque latin de Téhéran-Ispahan, card. Bechara Raï, patriarche maronite d’Antioche et de tout l’Orient à Beyrouth, Mgr Aldo Berardi, vicaire apostolique de l’Arabie septentrionale, à Bahrein et d’autres encore). Je cite quelques passages de leurs réponses, car elles vous sont aussi adressées : « Je vous remercie infiniment pour votre lettre. Vos mots touchants, votre prière, votre proximité et solidarité nous encouragent à rester fermes et confiants dans l’espérance. Les chrétiens en Irak et au Liban sont très préoccupés et ils ont peur. J’essaie d’être proche d’eux et de les encourager. Nous craignons une nouvelle escalade, et le risque de glisser vers une guerre régionale de grande ampleur » (Louis Sako) ; « Je vous remercie pour votre prière ainsi que toute l’Église qui est en France. Nous faisons appel, comme et avec le Saint-Père, à la diplomatie, sachant que la guerre ne résout rien, bien au contraire, elle engendre destruction, mort et déplacement de milliers de citoyens innocents » (Bechara Raï) ; « Je vous remercie de ce message d’encouragement, mais surtout de la prière de l’Église en France. Nous sentons la communion de l’Église universelle. Par raison de sécurité, nous avons dû prendre des décisions douloureuses concernant les messes, le catéchisme et les rassemblements. Nous confions notre futur à Notre-Dame d’Arabie, avec confiance et espérance. Je vous présente tous mes vœux, ainsi qu’à l’Église de Marseille et à la Conférence des évêques de France » (Aldo Berardi). Contrairement à ce que certains voudraient nous faire croire, Dieu ne se laisse pas enrôler par les puissances des ténèbres ! Il est toujours du côté des victimes. Il attend de nous la lumière de l’amitié et le courage de l’espérance. Il n’aime rien tant en ce monde que la liberté de son Église, comme l’écrivait autrefois saint Anselme de Cantorbéry ! Et n’oublions pas l’immense douleur du peuple ukrainien, ni toutes les victimes des autres conflits dans le monde. Cum-stare, avait bien dit le cardinal Duval !

La semaine dernière, j’étais à Rome pour la réunion du Bureau de coordination méditerranéenne. Il s’agit d’une petite instance que le pape François m’avait demandé de créer après les Rencontres méditerranéennes de Marseille. Nous avons eu une heure de réunion avec le pape Léon, très attentif à recueillir, sous le vacarme assourdissant et meurtrier des missiles et des drones, la petite voix de la fraternité, reliant des personnes, évêques et jeunes, issus de pays parfois en guerre les uns contre les autres. Ce léger murmure, aussi discret que celui qu’Élie entendit à l’Horeb, est cependant porteur de l’espérance que tisse l’Esprit pour établir entre nous « le lien de la paix ». Et nous avons prié avec le Pape, en préparant avec lui la prochaine rencontre des évêques et des jeunes de la Méditerranée, qui se tiendra à Barcelone du 9 au 12 juin prochain, à l’occasion de sa visite apostolique en Espagne.

Monaco ce samedi, Alger puis l’Afrique subsaharienne après Pâques, Barcelone en juin, Lampedusa en juillet… Et en France alors ? Rassurez-vous, nous y travaillons : j’ai encore abordé le sujet avec le Pape il y a quelques jours. Mais la visite d’un Pape n’est pas un trophée que l’on brandit. Elle est un encouragement à vivre au plus près de l’Évangile notre mission et notre communion. J’ai tenu à ce que nous puissions, mercredi puis vendredi, nous laisser toucher par le visage des bienheureux martyrs d’Algérie, assassinés il y 30 ans, et par le témoignage de cette petite Église, qui est comme un cadeau que Dieu fait à l’Église universelle, une « Église dans la mangeoire », féconde dans sa pauvreté, libre dans sa dépendance, joyeuse dans sa précarité.

Permettez-moi de terminer par le texte de deux Chapitres donnés à sa communauté par Christian de Chergé à la mi-février 1996, quelques semaines avant l’enlèvement, qui eut lieu dans la nuit du 26 au 27 mars. Ils font partie des derniers Chapitres qui ont été conservés. Ils expriment à mes yeux la profondeur spirituelle à laquelle Dieu, par sa grâce, peut conduire un homme, soutenu et fraternellement corrigé par sa communauté, et qui, dans sa charge de prieur, doit aussi affermir ses frères ! On n’est pas loin de notre responsabilité épiscopale ! Et ces derniers mots résonnent aussi pour nous comme un conseil et un encouragement, comme un abandon à la grâce et comme une lumière d’espérance.

« Il s’agit donc de “demeurer sur terre”, de garder les pieds sur terre, tout en ayant vue sur les “cieux”, en ne perdant pas de vue l’objectif, le terme : la tête des arbres ne pointe pas du côté de leurs racines. Il n’y a aucune raison que nous échappions à cette loi de la création qui aspire “aux choses d’en-haut”. Il nous revient d’en faire l’orientation d’un choix de liberté, d’un désir sans cesse renouvelé, dont la sève irrigue tous nos élans sans cesser d’être puisée dans le terreau du quotidien. L’arbre de la croix permet cette comparaison. Toutes les dimensions de l’homme s’y trouvent révélées, à la verticale, comme à l’horizontale des bras ouverts. Et si nous le contemplons inlassablement, c’est bien parce que la véritable croix n’est pas le bois du supplice qui donne la mort, mais cet arbre de vie en tout semblable à nous, dont la tête touche le ciel, et où chacun peut trouver à faire son nid par la brèche d’un cœur ouvert.

Parce que l’incarnation du Fils de Dieu est passée par là pour se dire, en plénitude de communion humaine, la mort, notre mort désormais, change de sens. Elle n’est pas le lieu d’une désintégration. Elle n’est plus déracinement, mais enracinement définitif là où la tête a pris pied. Ceci pour dire que notre mort est incluse dans le don, qu’elle ne nous appartient pas, et donc qu’elle ne peut être risquée que dans le même climat d’Évangile que tous nos autres instants offerts à Dieu. […] Le mystère pascal […] est ce lent passage de l’obéissance qui renonce à sa volonté pour ne plus goûter la vie que dans celle de Dieu. Gethsémani est notre lieu. »

Bonne montée vers Pâques, chers frères et sœurs !

Et à nous, chers frères évêques, bonne semaine de travail, à l’écoute de l’Esprit Saint !

Merci de votre attention.

+ Jean-Marc Aveline,
archevêque de Marseille et Président de la Conférence des évêques de France

[1] « De là aussi le fait qu’il [Jésus] dormait dans la barque ; et les disciples, sentant le danger, au bord du naufrage, s’approchèrent de lui et le réveillèrent ; le Christ se leva, commanda aux vents et aux flots ; et il se fit un grand calme (Mt. 8, 24-26). Ainsi en est-il de toi : les vents entrent dans ton cœur, oui, pendant que tu navigues, pendant que tu traverses cette vie comme une mer tempétueuse et dangereuse. Les vents entrent, les flots agitent et déportent la barque. Quels sont ces vents ? Tu as subi une criaillerie, tu te mets en colère ; la criaillerie, c’est le vent ; la colère, c’est le flot ; tu es en danger, tu te disposes à répondre, tu te disposes à rendre malédiction pour malédiction ; déjà la barque s’approche du naufrage ; réveille le Christ qui dort ! » (Sermo 81, 8)

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