Une délégation de la Conférence des évêques en Iran

Début janvier 2019, à l’invitation de l’Organisation de la Culture et des relations internationales, institution dépendante du gouvernement iranien, une délégation de la Conférence des évêques de France s’est rendue en Iran. Elle était menée par Mgr Jean-Marc Aveline, évêque auxiliaire de Marseille et président du Conseil pour les relations interreligieuses et les nouveaux courants religieux. Trois personnes, membres de ce conseil, l’accompagnaient : Mgr Robert Le Gall, archevêque de Toulouse, le P. Henri de la Hougue, sulpicien, théologien et islamologue, et le P Vincent Feroldi, directeur du Service national pour les relations avec les musulmans. Le but était d’aller à la rencontre des musulmans chiites et des chrétiens et de participer à plusieurs réunions académiques au sein des universités de Téhéran, Mashhad et Qom.

photo_delegation_mashhad_@henridelahougueUne première matinée se déroula à l’Ecole supérieure Sāmin al-a’imma de Téhéran qui venait d’ouvrir une section « Etudes françaises » et qui créera en septembre 2019 un Masters « Connaître les religions abrahamiques et les sectes et dialogue interreligieux » pour quatorze étudiantes femmes. Cet Institut, fondé par le Professeur Saeid Jazari Mamoei, accueille actuellement 140 étudiantes. Le thème de la rencontre était : « Femme, foi et solidarité dans l’Islam et le christianisme ».

Le dimanche de l’Epiphanie permit à la délégation de rencontrer toute la communauté chrétienne de rite latin lors d’une célébration très œcuménique puisque concélébrèrent le nonce apostolique, Mgr Léo Boccardi, l’archevêque de l’Eglise assyro-chaldéenne, Mgr Ramzi Garmou, l’évêque de l’Eglise arménienne catholique, Mgr Sarkis Davidian, et l’Administrateur apostolique de l’Eglise latine, le P Jack Youssef. Le lendemain, un autre temps fort spirituel fut la rencontre avec des fidèles musulmans, à l’issue de la prière du soir, dans une mosquée de quartier de Téhéran.

Pendant deux jours, au Centre international pour le dialogue interreligieux de Téhéran, situé dans un site magnifique, au pied des montagnes, d’où l’on peut apercevoir le Mont Damavand (5610 m), il fut question de « L’environnement et [de] son importance dans l’Islam et le christianisme ». Cela donna l’occasion à Mgr Aveline de partager quelques réflexions sur le dialogue, à savoir le dialogue comme un geste de Dieu, comme une rencontre spirituelle et comme un moyen pour des croyants d’assumer ensemble leur responsabilité à l’égard du monde.

Mgr Robert Le Gall partagea des réflexions dans la suite du Psaume 32 : « Toi que la beauté environne » et de l’Evangile des Béatitudes. Le P. Henri de La Hougue présenta le chapitre 10 du Compendium de la doctrine sociale de l’Église catholique sur l’environnement et le P. Vincent Feroldi développa une approche mystique de l’environnement dans la foi chrétienne à partir de son expérience personnelle.

Mashad

photo_qom_sanctuaire@henridelahougueMais, suite à une autre invitation envoyée par la Fondation Astan Quds Razavi, la délégation s’est rendue à Mashhad. C’était la première fois qu’une délégation officielle d’évêques était reçue en ce lieu saint de l’Islam où se trouve le tombeau du 8ème Imam, l’imam Reza. Lors de la visite du sanctuaire, tous furent frappés par le climat de prière et de simplicité qui régnait dans les différentes cours et mosquées. La dévotion pour l’imam Reza et notamment les centaines de mains tendues vers son tombeau en vue de recevoir la bénédiction du Saint Imam ne laissèrent personne indifférent. Tout portait à la prière. Il en fut de même lors des séances de travail consacrées à « L’éducation religieuse dans le Christianisme et l’Islam » lorsque toute l’assistance entendait la récitation psalmodiée du Coran, suivie du Livre de la Sagesse et d’un Psaume tirés de la Bible.

A la suite du colloque, la délégation découvrit l’organisation des bénévoles du sanctuaire, appelés « serviteurs », et reconnaissables par un uniforme de service. Ils sont 30.000 « serviteurs » du Mausolée pour plus de 100.000 candidats. Les « serviteurs » doivent s’engager à vivre un service auprès des plus pauvres et donner de leur temps ou des aumônes pour entrer dans cet « ordre ». Ils assurent le nettoyage et l’entretien le plus humble du sanctuaire. Ils servent aussi chaque jour 30.000 repas gratuits au restaurant du sanctuaire. Ces repas sont considérés comme sacrés, parce que directement issus de la générosité des pèlerins.

Après avoir partagé ce repas, la délégation de la CEF fut reçue en audience par l’ayatollah Raessi, responsable de l’administration des biens, des œuvres pieuses (waqf) et des revenus du sanctuaire de l’Imâm Reza.

Quant au séjour dans la ville de Qom où se trouve le grand sanctuaire de Fatima al-Maasouma, fille du septième imam chi’ite duodécimain Musa al-Kazim et sœur du 8ème imam Reza, il permit à la délégation de présenter au Directeur des écoles religieuse de Qom et aux femmes responsables de la pédagogie la formation des prêtres et des religieuses dans l’Eglise catholique. Ce fut aussi l’occasion de rencontrer quelques doctorants de l’Institut International pour les études islamiques, un petit institut en relation avec les représentants de plusieurs religions, et de travailler avec les enseignants et étudiantes de l’Université Jami’at al-Zahra, la plus grande université pour les femmes du monde chiite.

En conclusion, reprenons les paroles que Mgr Aveline adressa à ses hôtes à Mashhad : « Nous avons, chrétiens et musulmans, une grande responsabilité pour faire vivre ce dialogue et pour témoigner de la miséricorde de Dieu… On ne naît pas chrétien, on le devient. L’identité croyante grandit. Dieu ne nous aime pas tel que nous sommes, mais tel que nous le deviendrons par sa grâce… Mon souhait est que nous avancions ensemble, chrétiens et musulmans, comme nous le faisons aujourd’hui. Je vous encourage à continuer cette longue tradition du dialogue avec les chrétiens d’ici et d’ailleurs. Sachez que nous avons une fédération de plus de 300 universités catholiques dans le monde ; c’est une richesse. L’Iran ne doit pas être isolé sur le plan international. Le monde a besoin de la sagesse de l’Iran et l’Iran a besoin d’être ouvert aux sagesses du monde ».

Père Vincent Feroldi, Directeur du Service national pour les relations avec les musulmans,

Les chrétiens en Iran

photo_messe_teheran_epiphanie_190106_@henridelahougueEn Iran, pays de 82 millions d’habitants, les minorités religieuses sont reconnues par la Constitution de 1979. L’article 13 déclare en effet que « les Iraniens zoroastriens, juifs et chrétiens sont les seules minorités religieuses reconnues qui, dans les limites de la loi, sont libres d’accomplir leurs rites et cérémonies religieux et d’agir conformément à leur propre canon en matière d’affaires personnelles et d’éducation religieuse ». Il est précisé à l’article 14 que « le gouvernement et tous les musulmans ont le devoir de traiter les non-musulmans conformément aux normes éthiques et aux principes de justice islamique et d’équité, et de respecter leurs droits fondamentaux. Ce principe s’applique à tous ceux qui s’abstiennent de toute conspiration ou activité contre l’islam et la République islamique d’Iran ».

La liberté de culte existe pour les religions reconnues mais elle ne peut s’exercer que dans les églises habilitées par le gouvernement. Mais la liberté religieuse n’existe pas puisqu’un musulman ne peut se convertir.

Les minorités religieuses ont leurs représentants à l’Assemblée du Conseil islamique. Ils sont au nombre de cinq : un pour les Zoroastriens, un pour les Juifs, un pour les Assyro-chaldéens et deux pour les Arméniens.

Les 60.000 chrétiens vivant actuellement en Iran appartiennent à différentes Eglises :

  • quelque 50.000 chrétiens sont membres de l’Eglise apostolique arménienne (grégorienne), dont le berceau historique est la ville d’Ispahan où ils avaient été déportés sur ordre de Shah Abbas Ier au XVIe siècle ;
  • quelques milliers de fidèles dépendent de l’Eglise apostolique assyrienne (dite aussi nestorienne) ;
  • l’Eglise assyro-chaldéenne gère les diocèses de Téhéran (350 familles) et d’Ourmia (350 familles), ainsi que l’administration patriarcale d’Ahwaz (une quinzaine de familles) ;
  • l’Eglise arménienne catholique (100 familles) a un diocèse à Ispahan ;
  • l’Eglise latine a un archidiocèse à Ispahan, composée d’Occidentaux travaillant en Iran, de femmes philippines mariées à des Iraniens ou de Coréens. Ils sont moins d’un millier.

Quant aux Eglises évangéliques, accusées de faire du prosélytisme envers les citoyens parlant persan, elles sont durement réprimées.

Notons qu’il y a un nonce apostolique à Téhéran, actuellement Mgr Leo Boccardi, nommé en juillet 2013, et que la Bible et le catéchisme de l’Eglise catholique, traduits en persan, sont en vente dans les librairies spécialisées.

Le chiisme

qom_priere_ayatollah_Amoli_henridelahougueLe chiisme est une branche minoritaire de l’islam qui représente environ 12% de l’ensemble des croyants musulmans (170 millions dans le monde). Les chiites sont majoritaires en Iran, en Irak et à Bahreïn. Il existe aussi des communautés chiites au Liban, au Pakistan, au Koweït, au Yémen, en Syrie et en Arabie Saoudite. Plusieurs courants traversent le chiisme, en particulier les Duodécimains, la branche dominante, les Ismaéliens, les Zaidis et les Alaouites. L’islam chiite duodécimain est la religion officielle de l’Iran

Au cœur de la doctrine chiite se trouve l’imâmat. Le terme arabe imam signifie littéralement « celui qui dirige ». Mais les Chiites considèrent l’institution de l’imâmat comme étant la suite et la succession des prophètes. En fait, selon la doctrine chiite, l’imâmat complète la prophétie de Muhammad ; comme le Prophète, les Douze Imams (d’Ali jusqu’à Mahdi) sont des êtres « sans péché » et infaillibles, auxquels les fidèles doivent à la fois amour, dévotion et obéissance.

Les chiites considèrent que les Douze Imams sont descendants légitimes du Prophète de l’islam et de son pouvoir. Ils auraient hérité, de père en fils, de la science divine et seraient donc les seuls à pouvoir légitimement interpréter le texte coranique et assurer la direction religieuse, politique et morale de la communauté musulmane.

Selon certains hadiths chiites, « Dieu a formé les Douze Imams à partir de sa propre lumière, treize mille ans avant la création de l’univers. Puis, après leur création, il les a rassemblés, demandant que l’un d’eux accepte de se sacrifier pour permettre aux hommes de trouver le salut ». Selon ce même hadith, « seul Hussein a eu le courage d’assumer l’exigence divine, en acceptant de donner sa propre vie et celle de sa famille, massacrée avec lui à Karbala » en 670 de notre ère.

La particularité du chiisme réside dans sa vision duelle de la figure de l’Imam. L’Imam a deux dimensions, l’une cachée, métaphysique, et l’autre, manifeste et visible. Parmi ces Imams se trouvent bien sûr ceux du chiisme, mais aussi les différents messagers de Dieu qui ont jalonné l’histoire religieuse de l’humanité, comme Adam, Noé, Abraham, Moïse et Jésus. L’ensemble des Douze Imams constituent l’alpha et l’oméga de la doctrine.

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