Canonisations à Rome : témoignages de pèlerins de différents diocèses

Ce 15 mai 2022, dix nouveaux saints seront canonisés à Rome dont trois Français : César de Bus, Charles de Foucauld et Marie Rivier. Dans les diocèses, de nombreux pèlerins se préparent à vivre ces événements exceptionnels. Témoignages. Par Florence de Maistre.

“L’esprit de Dieu souffle sur notre diocèse

Le Père Christian Goudard, curé de la paroisse Saint-Agrève-en-Vivarais, participe au pèlerinage à Rome pour les deux canonisations du Père Charles de Foucauld et de Marie Rivier organisé par le diocèse de Viviers.

“C’est rare pour un diocèse de célébrer les canonisations de deux des leurs le même jour ! Pour moi, Charles de Foucauld est un frère dans le presbyterium : c’est très fort. J’ai toute une histoire avec lui. Sa figure m’a marquée dès l’enfance, lorsque mes parents m’emmenaient à l’abbaye Notre-Dame-des-Neiges [Charles de Foucauld prend l’habit des trappistes le 26 janvier 1890 ; ses reliques sont offertes à la vénération de tous ceux qui le souhaitent, ses archives sont également conservées à l’abbaye]. Pour un Ardéchois, c’est un homme dont on retient la fidélité. À chaque retour en France depuis le Sahara, il faisait toujours un détour pour voir le Père abbé de Notre-Dame-Neiges et par Viviers pour rencontrer l’évêque qui l’a ordonné prêtre [en 1901]. Dans son cœur, ce qu’il est, -c’est à dire surtout pas un ermite, mais un véritable homme de Dieu, un vrai missionnaire, précurseur dans ce que l’on peut aujourd’hui expérimenter en allant aux périphéries-, il le doit à la grâce de Notre-Dame-des-Neiges et à l’évêque de Viviers. Ici sa mémoire est bien vive. Celle de Marie Rivier aussi. En pleine révolution française, elle fonde une congrégation religieuse autour de la mission d’enseignement. Enfant, elle est paralysée à la suite d’une chute. Commence alors pour elle tout un dialogue avec la Sainte Vierge. Guérie, elle développe un grand charisme de pédagogie, met tout son zèle à recueillir des petites filles pour les faire jouer, puis prier ensemble. Malgré sa petite taille, 1,m31, c’est une femme pleine d’énergie et d’amour du Bon Dieu. Aujourd’hui internationale, la congrégation Sœurs de la présentation de Marie a sa maison provinciale dans notre diocèse avec d’autres communautés et établissements scolaires. Nous serons 150 diocésains à participer au pèlerinage à Rome, dont des jeunes de 18 – 25 ans et des scolaires. Le Saint-Père nous accorde une audience privée la veille des canonisations. Nous sommes dans une très grande joie. L’esprit de Dieu souffle sur notre diocèse. Dieu veut sans doute nous dire quelque chose qui reste à découvrir. Nous prions pour les vocations sacerdotales et pour les chrétiens soucieux de se nourrir de la parole de Dieu. Une grande fête est prévue en septembre prochain, en présence de l’archevêque de Rabat, pour se ressaisir de ces temps forts et les partager avec l’ensemble des diocésains.”

“Un appel à la sainteté

Maguelone Ponroy, mariée, mère de famille, enseignante en primaire, participe au pèlerinage à Rome pour la canonisation du P. Charles de Foucauld organisé par la paroisse saumuroise Charles-de-Foucauld (diocèse d’Angers).

“Cette proposition de pèlerinage s’inscrit dans une continuité. Lorsque la paroisse a été refondée, c’est assez naturellement que nous avons choisi le nom de Charles de Foucauld. Il est passé par Saumur lorsqu’il a rejoint l’école de cavalerie. Ce n’est pas cette période que l’on retient du saint, mais il est resté connu ici. L’aventure a commencé comme ça. Très vite, le curé de l’époque nous a proposé de prier pour demander un miracle par son intercession et faire avancer sa cause de canonisation. Nous étions en pleine neuvaine lorsque le miracle s’est produit, même si on ne l’a réalisé que bien après : dès que le jeune Charle [le miraculé], couvreur, est tombé du toit, son employeur nous a envoyé des sms pour le confier à notre prière ! Avec cette démarche de pèlerinage à Rome, nous souhaitons rendre grâce, continuer de prier pour la paroisse et toutes les personnes qui passent par Saumur, demander des vocations. Donner un élan missionnaire aussi. D’ailleurs notre curé nous a proposé de mettre des bannières à nos fenêtres pour interpeller les passants : Charles de Foucauld, bientôt saint ! Elles fleurissent ! Et deux grandes journées de fête sont prévues à Saumur pendant que nous serons à Rome. De notre côté, deux départs de 80 personnes chacun sont organisés. Le deuxième compte une cinquantaine de jeunes du lycée Saint-Louis où l’accident et le miracle ont eu lieu, ainsi que des enseignants et de membres du personnel administratif très marqués par la chute et la vision de Charle traversé par son morceau de bois. Je retiens le côté fraternel de Charles de Foucauld, frère de tous, comme un appel pour chacun dans sa vie de tous les jours à créer du lien pour faire connaître Jésus et revenir à lui. Je reste touchée par sa vie et cet appel à la sainteté. On voit bien comment sa rencontre avec le Seigneur l’a profondément transformé. Et si c’est vrai  pour lui, alors ça l’est aussi pour chacun d’entre nous. Il s’est entièrement donné à Dieu. Cet amour incommensurable l’a conduit à aimer de la même manière tous ceux qu’il rencontrait. Quel témoignage de vie pour aujourd’hui !”

“Nous attendons cette canonisation depuis 400 ans”

Raymond Escoffier, marié, père de famille et agriculteur à la retraite, réside à Cavaillon. Il participe au pèlerinage à Rome pour les deux canonisations du Père Charles de Foucauld et de César de Bus, organisé par le diocèse d’Avignon.

 “En 1985, les Pères de la doctrine chrétienne, congrégation fondée par César de Bus en 1592 sont revenus en France, ici à Cavaillon sa ville natale. C’est un évènement assez exceptionnel, historique et religieux. La congrégation, qui avait disparu de France depuis la Révolution française, a essaimé en Italie, au Brésil, en Inde, au Burundi. Ce sont des prêtres italiens et burundais, doctrinaires, qui sont chargés de notre paroisse. Comme nous appartenions à l’ancien Comtat Venaissin, terre pontificale, Cavaillon a connu de nombreux évêques italiens. Ce clin d’œil de l’histoire me touche personnellement. Nos bons Pères doctrinaires se succèdent. Certains reviennent en visite. Tous partagent la même affection pour leur fondateur. Nous vivons cette continuité, tissons des liens particuliers. C’est une nouvelle famille que nous avons ! Nous attendions cette canonisation depuis plus de 400 ans, son procès ayant débuté en 1615 ! Nous nous réjouissons d’y aller avec le diocèse, le voyage en car sera une bonne mise en condition avec d’autres personnes qui partagent la même sympathie que nous pour César de Bus. Cet homme d’une foi exceptionnelle a traversé nombre de difficultés : il a souffert sur le plan affectif et dans sa chair. Avant sa conversion, il a eu une jeunesse aisée à la fin du XVIe siècle à la cour du roi de France. Un peu comme Charles de Foucauld, ce sont des figures qui ont connu la vie sous tous ses aspects. Cela les rend très humains, proches de nous. César de Bus s’est consacré à l’évangélisation du petit peuple avec des moyens simples, comme ceux d’aujourd’hui : composition de cantiques, peinture d’objet religieux, distribution de croix aux enfants. Les prêtres d’aujourd’hui lui ressemblent ! Nous avons prié largement avec l’image de sa béatification (1975), et nous ne sommes pas prêts de nous arrêter : notre époque a encore beaucoup à demander à César de Bus. Il est plus que jamais actuel. Nous portons nombre d’intentions pour le monde. Il avait contribué à réaménager la cathédrale de Cavaillon après les pillages et les guerres de religion. Aujourd’hui à la faveur d’une grande restauration, la municipalité a décidé de fondre trois nouvelles cloches, les anciennes ayant disparues pendant les guerres de l’Empire. Elles ont été montées dans le beffroi ce 15 avril, jour anniversaire de la mort de César de Bus. L’une porte son nom, les deux autres ceux de Charles de Foucauld et de Pauline Jaricot (qui sera béatifiée à Lyon le 22 mai). Elles sonneront pour la première fois ce 15 mai ! Un écran géant retransmettra la canonisation pour ceux qui ne peuvent se joindre au pèlerinage. Les cloches continueront de sonner et de faire retentir la mémoire de ces figures de sainteté !”

“Vivre cette démarche dans un esprit de communion”

Monique Joanny, mariée, mère de famille et grand-mère, réside à Robion. Elle participe au pèlerinage à Rome pour les deux canonisations du Père Charles de Foucauld et de César de Bus, organisé par le diocèse d’Avignon.

“Je suis native de Robion, un village situé entre Cavaillon, là où César de Bus est né, et L’Isle-sur-la-Sorgue là où il a fondé les Pères de la doctrine chrétienne. J’ai une grande histoire avec mon village que je n’ai jamais quitté. Adjointe au maire, je suis également impliquée au service de la paroisse, notamment en catéchèse. Ce pèlerinage est une opportunité assez exceptionnelle : c’est la première fois que je vais à Rome et la première fois à une canonisation ! Je me réjouis d’y participer avec des membres de notre paroisse et nos quatre prêtres, de retrouver également d’autres personnes du diocèse d’Avignon. J’ai hâte de vivre cette démarche dans un esprit de communion. C’est vraiment une grande joie. César de Bus, un homme si humble, a beaucoup œuvré pour catéchiser les populations des campagnes rurales, en mettant la parole du Christ à leur portée. Avant l’annonce de sa canonisation, je ne connaissais pas bien sa vie. Mais depuis, et en tant que catéchiste, je suis heureuse d’approfondir son parcours et son message. Notre curé a préparé un livret “Une pensée par jour avec César de Bus” qui permet de mieux entrer dans sa spiritualité et son enseignement. Par exemple, ses phrases “Jésus-Christ est une fontaine inépuisable de grâces, qu’il présente et communique libéralement à tous” ou encore “Ceux qui veulent jouir des fruits de l’Eucharistie, doivent s’y présenter avec humilité, foi et charité me touchent beaucoup. Ça me transporte d’aller à Rome avec ces pensées. On a toujours l’image des saints avec leur grande auréole. La proximité de César de Bus, notre petit Cavaillonnais, quelqu’un de chez nous, me marque beaucoup. Sa canonisation permet de parler de sainteté, comme nous y sommes tous appelés. Elle est à notre porte, nous avons là, la figure d’un modeste prêtre de campagne, nul besoin de décrocher la lune ! J’ai tout à découvrir quant à la célébration de la canonisation, mais j’éprouve une grande joie à l’avance et je suis dans l’action de grâce.”

“La sainteté dépasse toutes frontières”

Sœur Silvia Castelnuovo, Italienne, est responsable de la petite communauté des sœurs Disciples de l’Évangile, présente à Viviers. Elle participe au pèlerinage à Rome pour les deux canonisations du Père Charles de Foucauld et de Marie Rivier organisé par le diocèse de Viviers.

“Nous sommes une congrégation de spiritualité foulcaudienne. En nous inspirant de Charles de Foucauld, nous consacrons du temps à la contemplation de façon à essayer de voir ce qui nous entoure avec les yeux et la Parole de Dieu. Nous souhaitons aussi vivre la vie de Nazareth, c’est-à-dire une vie simple, faite d’attention aux pauvres et aux petits, en valorisant toutes les personnes rencontrées, afin de cheminer ensemble avec Jésus Christ. Charles de Foucauld a vécu trois ans à Nazareth. Il partage une vie silencieuse et contemplative avec la sainte famille. En écrivant : “Sainte Vierge et saint Joseph, mettez-moi entre vous, comme votre petit enfant aux pieds du Seigneur”, il se replace en enfant de Dieu et frère de Jésus. Comme lui depuis Nazareth, il veut aller porter la Bonne Nouvelle au monde entier. Depuis sa reconnaissance comme saint en 2020, nous attendions que la situation sanitaire permette ce pèlerinage et cette canonisation ! Je me réjouis de la vivre avec d’autres sœurs et frères du diocèse et du monde entier, de partager ensemble ce don de grâces, afin de le répandre autour de nous. Avec Charles de Foucauld, nous découvrons que la sainteté dépasse toutes frontières. Nous vivons vraiment l’Église universelle et sa beauté. Quand, à Tamanrasset en particulier, Charles de Foucauld part à la rencontre des Touaregs, il s’intéresse d’abord à leur propre culture, langue, habitude, poésie, etc. Il a même écrit un dictionnaire en Touareg-Français en quatre volumes ! Il encourage à aller vraiment rejoindre l’autre tel qu’il est : chaque peuple porte la présence de Dieu et chaque peuple porte une richesse à partager. Nous avons à nous faire proche des autres et leur proposer l’espérance, mais notre vie doit aussi se laisser secouer par leurs paroles. Avec cette canonisation, nous formulons cette prière : que ce don de grâces à recevoir nous aide à progresser de plus en plus avec le Seigneur et avec les autres. Le lendemain de la canonisation, une messe d’action de grâce sera célébrée en la basilique Saint-Jean-de-Latran pour tous les passionnés de Charles de Foucauld. Avec des chants en arabe, français, italien, etc. l’universalité de l’Église sera bien valorisée. À Viviers, nous travaillons à mieux faire connaître toutes les ressources sur lui afin que son message touche tous ceux qui en ont besoin ! Déjà, je suis étonnée par le nombre de personnes qui se confient à Dieu le Père avec sa prière d’abandon. Que nos relations soutenues par Jésus Christ, nos frères et sœurs, accompagnent nos vies humaines et fassent grandir la foi !”

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