Didier au service de la rencontre à Verdun

Didier Rogé est diacre et délégué diocésain pour les familles

Diacre permanent pour le diocèse de Verdun, Didier Rogé est également délégué diocésain pour les familles depuis six ans. Une mission qu’il a débutée par la lecture de l’exhortation apostolique Amoris Laetitia sur l’amour dans la famille, dont l’Église fête les 10 ans cette année. Portrait. Par Florence de Maistre.

“Je suis touché par les rencontres avec ces personnes qui se relèvent. Cette personne divorcée que j’ai très bien en tête. Cette personne homosexuelle, que j’ai très bien en tête aussi. Je me réjouis avec elles de les voir épanouies au sein de l’Église où elles trouvent leur place”, confie Didier Rogé, responsable de la pastorale des familles du diocèse de Verdun depuis septembre 2020. Cette année-là, il fête ses quarante ans de mariage avec Sylvie et la fin de sa carrière d’enseignant en lycée professionnel. Spécialisé dans les filières des métiers du bois, Didier a passé une trentaine d’années en menuiserie et une dizaine d’années dans la construction en bois et charpentes. “J’étais bien dans le concret et en lien avec des jeunes attachants aux histoires de vie déjà lourdes. J’en ai vu se relever et s’éclater dans leur métier”, partage Didier. Parallèlement, l’enseignant est depuis longtemps engagé en Église. Il est directeur diocésain bénévole des pèlerinages pendant une douzaine d’années, jusqu’à son ordination diaconale en 2009.

“Dans ma mission de diacre, je croise les chemins de personnes que je n’aurais jamais rencontrées autrement, dans les préparations au sacrement ou dans les questions posées à la fin de la liturgie, mentionne-t-il. Didier devient pour quelques années le référent diocésain des servants d’autel, en même temps qu’il participe en paroisse aux préparations et célébrations de baptême et de mariage. “En recevant ces couples qui entrent dans la proposition de l’Église, on touche la fragilité de la foi dans la majorité des familles. Les demandes sont dans bien des cas plus d’ordre décoratif que du vrai désir de Dieu dans leur vie”, constate le diacre. Quand son évêque, lui exprime divers besoins, Didier choisit de s’engager à temps plein au service des familles du diocèse. Le conseil de l’évêque ? Commencer par lire La joie de l’amour, l’exhortation apostolique Amoris Laetitia du pape François sur l’amour dans la famille du 19 mars 2016.

Une attention aux personnes célibataires

“J’ai quelques difficultés de lecture, j’ai pris mon temps. J’ai mis six mois pour lire La joie de l’amour, à petites doses, en essayant de bien m’en imprégner. J’ai lu des pages magnifiques ! Celles sur la sexualité dans la vie conjugale m’ont le plus sidéré. Je reste impressionné par la largeur de vue du pape François et du synode des évêques au sujet de la famille. Tous les cas délicats sont des défis à relever pour que les couples soient vivants”, s’exclame Didier, en évoquant les situations des personnes divorcées ou les différences fondamentales des personnes homosexuelles. À l’été 2020, le diacre n’a pas encore reçu sa lettre de mission, qu’il est déjà investi coordinateur pour la province ecclésiale Besançon-Strasbourg. Il entre de plain-pied dans la démarche pastorale, son vocabulaire, ses intuitions et découvre les pratiques des différentes équipes. Il a la joie de travailler sur les questions de fond.

D’ailleurs, c’est en province qu’un projet dédié aux célibataires est développé depuis trois ans, en réponse à l’appel franc de plusieurs d’entre eux. Ils ne ressentent pas l’appel à la vie consacrée et n’ont pas rencontré celui ou celle avec qui former un couple. Ils se situent dans cette zone un peu douloureuse, l’âge avançant et le rêve d’enfant s’éloignant. “Dans certains lieux, les célibataires, qui n’ont pas choisi cet état de vie, rejoignent les équipes de veufs ou celles des divorcés. Leurs besoins sont pourtant différents. Ils demandent une attention particulière, hors des préjugés”, précise le responsable des familles de Verdun. La proposition, un week-end dans un sanctuaire pour se ressourcer rassemble une trentaine de trentenaires et plus des diocèses d’Alsace-Lorraine-Franche-Comté autour d’un témoin. Le prochain rendez-vous est prévu en novembre 2026 à la communauté d’Autrey avec le P. Olivier Bourion du diocèse de Saint-Dié.

Dans le diocèse, la pastorale de la préparation au mariage fonctionne bien, et des mouvements comme les AFC (Associations familiales catholiques) ou les END (Équipes Notre-Dame) prennent soin des couples et des familles. Sans se désintéresser de ces réalités, Didier a particulièrement à cœur de rejoindre aussi les personnes qui vivent des réalités différentes. Il glisse ça et là un mot dans une homélie. Il se rappelle bien la première personne à l’avoir interpellé : deux fois mariée et deux fois divorcée, intéresse-t-elle la pastorale diocésaine des familles ? “J’ai découvert une histoire d’une violence innommable. On ne peut pas rester les bras ballants ! On ne peut pas en rester à un discours qui enferme les personnes séparées dans une exclusion de l’Église. Qu’en serait-il de la Samaritaine, de la femme adultère et du Bon samaritain ?”, insiste le diacre.

Il l’assure de belles résurrections sont possibles à qui est proposé un accompagnement dans un partage sans a priori. L’écoute est première, dans le plus grand respect, en mettant de côté tout jugement ou toute recette toute faite. En cheminant avec délicatesse, Didier expérimente combien les questions abordées du pardon et des enfants apaisent les relations, libèrent d’une culpabilité intérieure, restaurent une estime de soi. “Il s’agit de guider vers un relèvement de la personne. Nous cherchons à monter une petite équipe et nous avançons à pas de fourmi. Nous avons dû mal à rencontrer celles et ceux qui vivent ces situations et à leur permettre de s’exprimer. L’Église leur propose un chemin de croissance !”, ponctue le diacre. De son côté, il s’est formé sur les violences conjugales et les féminicides : “Cela m’a vraiment ouvert l’esprit sur un point douloureux”.

Une attention aux personnes homosexuelles

L’idée ? Faire reculer les préjugés et permettre des chemins de foi. “On marche, on écoute. C’est beau et touchant d’entendre, avec amour et humanité, le désir de ces personnes de construire le bonheur de l’autre, de leur enfant, d’inviter le Christ dans leur couple. C’est dérangeant et déroutant aussi. Évitons les simplismes moraux. Il ne s’agit pas d’un désir pervers, mais d’une affectivité différente. Sortons des schémas pré-établis ! Ces démarches me donnent beaucoup à espérer”, partage Didier. Pour la prochaine édition, un temps de prière sera également proposé.

Déjà des mères et des grands-mères viennent trouver le diacre à l’issue de la messe. “Il faut que je t’embrasse ! Tu ne le sais pas, mais mon fils…” Une petite équipe s’est formée à la rencontre avec les personnes homosexuelles, autour de Didier qui peine à mobiliser sur ces thématiques. Il vit douloureusement l’attitude de certains chrétiens prêts à intervenir sur le bonheur en couple, mais fermés à ces réalités différentes. Même l’éducation affective, relationnelle et sexuelle (EARS) est délicate à mettre en place. Le projet pourtant soutenu par l’enseignement catholique n’a pas recueilli suffisamment d’inscrits pour être maintenu. “Les parents fuient le sujet. Pourtant, si l’on veut que nos enfants vivent heureux, si l’on veut éviter qu’ils soient abîmés par la pornographie. il faut leur proposer une éducation affective construite et respectueuse de la belle image de l’humanité que nous avons chez les chrétiens”, souligne le diacre au service des familles.

Reconnaître les personnes

Ses trois grands enfants et ses cinq petits-enfants vivent loin de Verdun. Entre les temps forts des retrouvailles, Didier et Sylvie disposent de grandes plages pour agir au quotidien. Elle est davantage investie en catéchèse, en liturgie et vient d’intégrer l’équipe d’animation pastorale de leur paroisse. “Nous nous trouvons rarement au même endroit au même moment, mais nous partageons de grand cœur”, s’amuse Didier. Hier, dans les rangs de la cathédrale, il a reconnu ce monsieur, divorcé, rencontré il y a peu. Et il a vu de la joie quand Didier s’est rappelé de son nom. Il confie encore : “Le regard lumineux de ces personnes encourage ma mission. C’est la joie de la Bonne Nouvelle ! Que le Seigneur nous libère de nos aveuglements et de nos surdités. Il y a tant de personnes à aider pour qu’elles se relèvent ! Que le Christ ressuscite dans nos vies !”

 Contact : Diocèse de Verdun

 

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