« La célébration de l’eucharistie entre tous les chrétiens est notre espérance et notre raison d’exister »

Selon le Père Emmanuel Gougaud, Directeur du Service national pour l’Unité des Chrétiens au sein de la Conférence des évêques de France, « la célébration de l’eucharistie entre tous les chrétiens est notre espérance et notre raison d’exister ». Témoignage.

10 septembre 2015 : P. Emmanuel GOUGAUD, dir. du service national pour l'unité des chrétiens (SNUDC). Conférence des évêques de France, Paris (75), France. September10th, 2015 : Fath. Emmanuel GOUGAUD, CEF, Paris, France.

La crise sanitaire et ses deux confinements n’ont pas permis aux fidèles de toutes les Chrétiennes de France de célébrer le repas du Seigneur. Cette impossibilité a suscité souffrances et amertumes chez des chrétiens pratiquants. Elle a suscité également tensions et divisions entre catholiques. De nombreuses et pertinentes réflexions sont proposées par les évêques, les théologiens, les universitaires de toutes les disciplines ainsi que par les services nationaux de la CEF. Nous ne prétendons pas renouveler la réflexion sur cette question. Plus encore, il faudrait étudier pourquoi de nombreux catholiques n’ont pas ressenti de tels troubles. Là réside en en effet le cœur du processus de sécularisation et la nécessité d’une Église. Il s’agit de repenser l’initiation chrétienne, la normalité de l’eucharistie afin de les rendre désirable, compréhensible et désirable.

Notre propos est de considérer la place de l’eucharistie dans la recherche de l’unité des chrétiens. La célébration de l’eucharistie entre tous les chrétiens est notre espérance et notre raison d’exister. L’incapacité actuelle est une immense souffrance et la raison de notre mission.

La célébration de l’eucharistie avec tous les chrétiens : souffrance, raison d’être, espérance

« Ô Sacrement de la piété, ô signe d’unité, ô lien de la charité ! » [1]. Saint Augustin manifeste ainsi son admiration pour le lien entre Eucharistie et unité.  Cette exclamation offre une synthèse de la Lettre de saint Paul aux Corinthiens: « Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain » (1 Co 10, 17). L’Eucharistie est le sacrement et la source de l’unité de l’Église. Cela est proclamé dès les origines de la tradition chrétienne, en prenant appui précisément sur le signe du pain et du vin.

Cette vision eucharistique de l’unité de l’Église est très souvent analysée par les Pères de l’Église et les théologiens du Moyen-Âge. Le Concile de Trente en résume la doctrine en enseignant que Jésus donne l’Eucharistie à son Église « comme symbole de son unité et de la charité par lesquelles il a voulu que tous les chrétiens soient intimement unis entre eux » [2]. La compréhension de l’eucharistie comme sacrement de l’unité n’est pas quelque chose d’accessoire. Ce n’est pas là quelque chose qu’on pourrait dire encore et en plus à côté des vérités dogmatiques de la présence réelle ou du sacrifice. Malheureusement, une certaine théologie occidentale a progressivement isolé et séparé Jésus de son Père et de son peuple. On a donc polarisé l’Eucharistie sur le mode de présence du Christ à la messe. La présence réelle a progressivement été réduite à la conversion substantielle du pain et du vin. On a oublié la Parole de Dieu et l’assemblée chrétienne. Au contraire : l’unité de l’Église est ce pour quoi l’eucharistie existe ! Le Catéchisme de l’Église catholique résume de manière efficace : « Ceux qui reçoivent l’Eucharistie sont unis plus étroitement au Christ. Par là même, le Christ les unit à tous les fidèles en un seul corps : l’Église » [3].

Il faut déplorer que les chrétiens soient divisés précisément dans le sacrement de l’unité. Les chrétiens ne peuvent pas encore célébrer ensemble le repas du Seigneur. En effet, pour l’Église catholique et l’Église orthodoxe, la célébration de la messe et/ou de la Divine liturgie dans une communauté manifeste l’unité de l’Église. D’autre part,  les sacrements font participer aux moyens de grâce. Si la communion eucharistique est inséparablement liée à l’expression visible de la pleine communion ecclésiale, par conséquent, la participation aux sacrements et à l’Eucharistie,  est réservée aux fidèles en pleine communion. Cependant, l’Église catholique permet dans certaines circonstances, de façon exceptionnelle et à certaines conditions, le don de ces sacrements à des chrétiens d’autres Églises. Pour une explication plus détaillée, nous renvoyons au dernier document du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens : L’évêque et l’unité des chrétiens. Vademecum œcuménique paru en décembre 2020.

Au nom de la pleine compréhension du lien entre eucharistie et unité de l’Église, il n’est donc malheureusement pas encore possible de célébrer ensemble l’Eucharistie. Tous les chrétiens ne peuvent pas encore se rassembler autour de l’unique Table du Seigneur et participer à l’unique Repas du Seigneur. Cette blessure profonde affecte et mutile le Corps du Seigneur. Elle une profonde souffrance pour tous les chrétiens ayant pleinement compris le désir d’unité du Christ et le sens de l’Eucharistie. Elle est un scandale. Nous n’avons pas le droit d’en prendre notre parti. Les chrétiens continuent de célébrer l’Eucharistie, la succession de Jésus-Christ, séparément. Des avancées intermédiaires et courageuses sont faites dans la situation œcuménique actuelle. Elles doivent amener à la communion dans l’eucharistie, le sacrement de l’unité, sont d’autant plus importants.

Avec un peu d’humour, nous constatons l’œcuménisme du COVID-19 : il frappe partout et tout le monde, sans distinctions d’Églises et même de religions. Notre réponse saura-t-elle être aussi œcuménique ? En août 2020, Le Conseil pontifical pour le Dialogue interreligieux et le Conseil œcuménique des Églises ont publié un document de réflexion afin d’inviter les chrétiens mais aussi les autres religions à travailler ensemble : « Le défi mondial que représente la réponse à cette pandémie nous appelle à une plus grande sensibilisation et coopération œcuménique et interreligieuse », peut-on lire dans ce texte[4].

Faire ensemble tout ce qu’il est possible de faire ensemble.

Il s’agit d’un axiome œcuménique fondamental. Il n’est pas encore assez mis en valeur. Les Églises doivent toujours davantage mutualiser leurs réflexions, leurs initiatives spirituelles, leurs actions de solidarité. Le pape François nous rappelle que tout est lié. Il voit dans le COVID-19 une conséquence d’une certaine manipulation humaine de la nature et du vivant. Si tout est lié pour aboutir à l’apparition de la pandémie, tout doit être lié également pour lui répondre. Les chrétiens doivent être un signe et un modèle dans la mise en commun de leurs ressources puisqu’un seul baptême et une seule foi les unit déjà. Cet œcuménique pratique contribue à accélérer la célébration commune de l’Eucharistie.

Cela est d’autant plus nécessaire et urgent que le contexte de la pandémie peut malheureusement diffuser une méfiance vis-à-vis d’autrui, du Chinois à mon voisin, susceptibles de me contaminer. Devant la peur diffusée subrepticement par les médias, les chrétiens doivent donner le spectacle de leur amour fraternel en dépit de leur différence.

En France, l’Église catholique est majoritaire parmi les chrétiens. Elle doit donc porter ce souci en étant force de propositions vis-à-vis des autres confessions chrétiennes. Cela demande audace, créativité, humilité et imagination. Il convient de dépasser des attitudes autoréférentielles en refusant de tout faire tout seul. Il s’agit également de faire preuve d’humilité vis-à-vis des autres Églises, plus petites et toujours un peu jalouse de manifester leur spécificité confessionnelle dans la société française.

Durant la pandémie, des initiatives œcuméniques ont eu lieu dans les domaines de la prière et de la charité. Elles sont encore trop peu nombreuses. Les ministres ordonnés et les laïcs en responsabilité dans l’Église catholique doivent avoir le réflexe de regarder ce qui se vit chez les autres chrétiens et de leur proposer des actions communes. En ce sens, la pandémie peut être un formidable accélérateur oecuménique.

[1] Saint Augustin, Commentaire sur l’Évangile de saint Jean : In Iohannis Evangelium 26, 13.

[2] Paul VI, Mysterium fidei cf. Concile de Trente, Decretum. de SS. Eucharistia, préambule et ch. 2.

[3] CEC, n. 1396.

[4]https://www.vaticannews.va/fr/eglise/news/2020-08/dialogue-interreligieux-solidarite-pandemie.html?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=NewsletterVN-FR

Le texte, en anglais, est disponible : https://www.oikoumene.org/fr/press-centre/news/index/wcc-pontifical-council-for-interreligious-dialogue-release-serving-a-wounded-world-document-1

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