Commentaires du dimanche 28 décembre 2025

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
dimanche 28 décembre 2025

Fête de la Sainte Famille


LECTURE DU LIVRE DE BEN SIRA LE SAGE 3,2-6.12-14 

3, 2 Le Seigneur glorifie le père dans ses enfants,  

il renforce l’autorité de la mère sur ses fils.  

3 Celui qui honore son père obtient le pardon de ses péchés,  

4 celui qui glorifie sa mère est comme celui qui amasse un trésor.  

5 Celui qui honore son père aura de la joie dans ses enfants,  

au jour de sa prière il sera exaucé.  

6 Celui qui glorifie son père verra de longs jours,  

celui qui obéit au Seigneur donne du réconfort à sa mère… 

12 Mon fils, soutiens ton père dans sa vieillesse,  

ne le chagrine pas pendant sa vie.  

13 Même si son esprit l’abandonne, sois indulgent,  

ne le méprise pas, toi qui es en pleine force.  

14 Car ta miséricorde envers ton père ne sera pas oubliée  

et elle relèvera ta maison  

si elle est ruinée par le péché

————————————————————————————————————————————— TRANSMETTRE LES VALEURS FAMILIALES A TOUT PRIX 

Ben Sira dit encore bien d’autres choses sur le respect dû aux parents ; et s’il éprouve le besoin d’y insister, c’est  parce qu’à son époque, l’autorité des parents n’était plus ce qu’elle avait été : les mœurs étaient en train de  changer et Ben Sira ressentait le besoin de redresser la barre. Nous sommes au deuxième siècle av.J.C., vers  l’année 180. Ben Sira tient une école de Sagesse (on dirait « Philosophie » aujourd’hui) à Jérusalem ; on est sous  la domination grecque : les souverains sont libéraux et les Juifs peuvent continuer à pratiquer intégralement leur  Loi ; (la situation changera un peu plus tard avec Antiochus Epiphane) ; mais c’est cette tranquillité, justement,  qui inquiète Ben Sira, car, insidieusement, de nouvelles habitudes de penser se répandent : à côtoyer de trop  près des païens, on risque de penser et de vivre bientôt comme eux. Et c’est bien ce qui pousse Ben Sira à  défendre les fondements de la religion juive, à commencer par la famille. Car si la structure familiale s’affaiblit,  qui transmettra aux enfants la foi, les valeurs, et les pratiques du Judaïsme ?  

Notre texte d’aujourd’hui est donc avant tout un plaidoyer pour la famille parce qu’elle est le premier sinon le  seul lieu de transmission des valeurs. 

C’est aussi un commentaire magnifique, une variation sur le quatrième commandement. Les plus âgés d’entre  nous le connaissent sous la forme du catéchisme de leur enfance : « Tes père et mère honoreras afin de vivre  longuement ». Et le voici dans sa forme primitive au livre de l’Exode : « Honore ton père et ta mère, afin d’avoir  longue vie sur la terre que te donne le SEIGNEUR ton Dieu » (Ex 20,12) ; et le livre du Deutéronome ajoutait  « (afin d’avoir longue vie) et bonheur » (Dt 5,16). 

Le texte que nous lisons aujourd’hui a donc été écrit vers 180 av.J.C. ; et puis, cinquante ans plus tard, le petit fils de Ben Sira a traduit l’œuvre de son grand-père et il a voulu préciser les choses : il a donc ajouté deux  versets pour justifier ce respect dû aux parents : son argument est le suivant : nos parents nous ont donné la vie,  ils sont donc les instruments de Dieu qui donne la vie : « De tout ton cœur, honore ton père, et n’oublie pas les  douleurs de ta mère. Souviens-toi que tu leur dois d’être né, comment leur rendras-tu ce qu’ils ont fait pour toi  ? » (Si 7,27-28). 

Bien sûr, ce commandement rejoint le simple bon sens : on sait bien que la cellule familiale est la condition  primordiale d’une société équilibrée. Actuellement, nous ne faisons que trop l’expérience des désastres 

psychologiques et sociaux entraînés par la brisure des familles. Mais, plus profondément, j’entends aussi là que  notre rêve d’harmonie familiale fait partie du plan de Dieu. 

LA RÉCONCILIATION AVEC LE PROCHAIN, SEUL CHEMIN DE RÉCONCILIATION AVEC  DIEU 

Cette défense des valeurs familiales ne nous étonne donc pas : mais dans le texte de Ben Sira on a un peu  l’impression d’un calcul : « Celui qui honore son père obtient le pardon de ses péchés, celui qui glorifie sa mère  est comme celui qui amasse un trésor. Celui qui honore son père aura de la joie dans ses enfants, au jour de sa  prière il sera exaucé. Celui qui glorifie son père verra de longs jours… » Même chose pour le commandement :  « Tes père et mère honoreras afin de vivre longuement » ; comme si on nous disait « si tu te conduis bien, Dieu  te le revaudra ».  

Or, il n’est jamais question de calcul avec Dieu, puisqu’avec lui tout est grâce, c’est-à-dire gratuit ! Ce qu’on  veut nous dire, c’est que chaque fois que Dieu nous donne un commandement, c’est pour notre bonheur. 

Si vous en avez le courage, reportez-vous au livre du Deutéronome, en particulier au chapitre 6, celui dont est  extraite la plus célèbre prière d’Israël, le « Shema Israël » (Ecoute Israël) ; vous serez étonnés de l’insistance de  ce texte pour nous dire que la loi est chemin de bonheur et de liberté. Voici quelques versets du Deutéronome :  « Tu feras ce qui est droit et bon aux yeux du SEIGNEUR, afin d’être heureux et d’entrer pour en prendre  possession, dans le bon pays que le SEIGNEUR a juré de donner à tes pères… » (Dt 6,18) 1.  

Revenons à Ben Sira ; nous y lisons une phrase un peu étonnante : « Celui qui honore son père obtient le pardon  de ses péchés ». Tout d’abord, on peut penser qu’une telle phrase prouve que ce texte est récent ; on sait bien  qu’il a fallu des siècles de pédagogie de Dieu, par la bouche de ses prophètes, pour que l’on découvre que le seul  chemin de réconciliation avec Dieu n’est pas le sacrifice sanglant comme on le croyait primitivement ; le seul  chemin de réconciliation avec Dieu, c’est la réconciliation avec le prochain. On entend là comme un écho de la  célèbre phrase du prophète Osée « C’est la miséricorde que je veux et non le sacrifice » (Os 6,6). 

En quelque sorte, Ben Sira nous dit : « Vous voulez être sûrs d’honorer Dieu ? C’est bien simple, honorez vos  parents : être filial à leur égard, c’est être filial aussi à l’égard de Dieu. » On sait que sur les dix  commandements, deux seulement sont des ordres positifs : le commandement sur le sabbat et celui-ci sur le  respect des parents. « Souviens-toi du jour du sabbat pour le sanctifier… », « Honore ton père et ta mère » ; tous  les autres commandements sont négatifs, ils indiquent seulement des limites à ne pas dépasser : « Tu ne  commettras pas de meurtre, tu ne commettras pas d’adultère, tu ne commettras pas de vol. » 

Mais c’est bien un ordre positif qui résume tous les commandements : vous le trouvez dans l’Ancien Testament  au Livre du Lévitique : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lv 19,18) ; or, notre premier prochain, au  vrai sens du terme, ce sont nos parents. En cette période de fêtes où des liens familiaux se resserrent ou se  redécouvrent, ce texte de Ben Sira est donc bien trouvé.  

————————————————————————————————————————————— Note 

1 – Inversement, le même livre affirmait : « Maudit qui méprise son père et sa mère ! » (Dt 27,16). Et ce  commandement était assorti de peines très sévères : la peine de mort, en particulier, pour celui qui avait « frappé  son père ou sa mère » même si ses coups n’avaient pas entraîné la mort (Ex 21,15). La même sanction était  prévue pour celui qui « maudissait » son père ou sa mère (Ex 21,17). Rappelons-nous, il n’est pas si loin le  temps où le Droit français prévoyait des sanctions particulièrement sévères pour les parricides. 

Complément 

La lecture liturgique ne nous propose que les versets 2 à 6 et 12 à 14 du chapitre 3 du livre de Ben Sira ; on peut  se demander pourquoi elle supprime plusieurs versets au beau milieu du texte ? Les voici, ils ne font que donner  plus de vigueur à l’ensemble : « Celui qui craint le Seigneur honorera son père et servira ses parents comme des  maîtres. Honore ton père en acte et en parole, afin que sa bénédiction vienne sur toi. Car la bénédiction d’un père 

affermit la maison de ses enfants, mais la malédiction d’une mère en sape les fondations*. Ne te glorifie pas en  rabaissant ton père, car l’abaissement de ton père n’est pas une gloire pour toi. La gloire d’un homme vient de la  notoriété de son père, une mère méprisée fait la honte de ses enfants. » 

N.B.* Je cite ici le verset 9 « la bénédiction d’un père affermit la maison de ses enfants, mais la malédiction  d’une mère en sape les fondations » d’après la version grecque en usage dans notre tradition chrétienne ; mais le  texte primitif hébreu (de Ben Sira lui-même) disait : la bénédiction d’un père enracine, mais la malédiction d’une  mère arrache la plantation. » Voici la note de la TOB (Traduction Œcuménique de la Bible) : « Le grec a  transposé la métaphore agraire de l’hébreu, en une comparaison citadine, plus intelligible pour des lecteurs  grecs. » Bel exemple d’adaptation à un auditoire. 

PSAUME 127 (128) 

1 Heureux qui craint le SEIGNEUR 

et marche selon ses voies ! 

2 Tu te nourriras du travail de tes mains :  

Heureux es-tu ! A toi, le bonheur ! 

3 Ta femme sera dans ta maison  

comme une vigne généreuse, 

et tes fils, autour de la table,  

comme des plants d’olivier. 

4 Voilà comment sera béni  

l’homme qui craint le SEIGNEUR. 

5 De Sion, que le SEIGNEUR te bénisse ! 

Tu verras le bonheur de Jérusalem tous les jours de ta vie. 

————————————————————————————————————————————— DIEU NOUS A CRÉÉS POUR LE BONHEUR  

Si vous avez la curiosité d’aller lire ce psaume dans votre Bible, vous verrez qu’on l’appelle « Cantique des  montées » : ce qui veut dire qu’il a été composé pour être chanté pendant le pèlerinage, dans la montée vers  Jérusalem. Vu son contenu, on peut penser qu’il était chanté à la fin du pèlerinage, sur les dernières marches du  Temple. Dans la première partie, les prêtres, à l’entrée du Temple, accueillent les pèlerins et leur font une  dernière catéchèse : « Heureux l’homme qui craint le SEIGNEUR et marche selon ses voies ! Tu te nourriras du  travail de tes mains : Heureux es-tu ! A toi le bonheur ! Ta femme sera dans ta maison comme une vigne  généreuse, et tes fils autour de la table comme des plants d’olivier ». Une chorale ou bien l’ensemble des  pélerins répond : « Oui, voilà comment sera béni l’homme qui craint le SEIGNEUR ».  

Alors les prêtres prononcent la formule liturgique de bénédiction : « De Sion, que le SEIGNEUR te bénisse ! Tu  verras le bonheur de Jérusalem tous les jours de ta vie, et tu verras les fils de tes fils » (versets 5 et 6 qui ne sont  que partiellement retenus pour notre chant au cours de cette fête). 

Au passage, nous lisons une formule qui pourrait en révolter plus d’un : « Tu te nourriras du travail de tes mains  : Heureux es-tu ! A toi le bonheur ! » Il faut croire que les problèmes de chômage n’existaient pas ! L’objet de  la bénédiction peut nous sembler bien terre à terre ; mais pourtant l’insistance de toute la Bible sur le bonheur et  la réussite devraient nous rassurer. Notre soif de bonheur bien humain, notre souhait de réussite familiale  rejoignent le projet de Dieu sur nous… sinon, l’Eglise n’aurait pas fait du mariage un sacrement !!! Dieu nous a 

créés pour le bonheur et pour rien d’autre. REJOUISSONS-NOUS ! 

Et le mot « HEUREUX » revient très souvent dans la Bible ; il revient si souvent, même, qu’on pourrait lui  reprocher d’être bien loin de nos réalités concrètes ; ne risque-t-il pas de paraître ironique face à tant d’échecs  humains et de malheurs dont nous voyons le spectacle tous les jours ? Vous avez remarqué sûrement combien ce  psaume, lui aussi, multiplie les mots « heureux », « bonheur », bénédiction » : « Heureux qui craint le  SEIGNEUR et marche selon ses voies !… Heureux es-tu ! A toi, le bonheur !… Voilà comment sera béni 

l’homme qui craint le SEIGNEUR. Tu verras le bonheur de Jérusalem tous les jours de ta vie. » 

En réalité, le mot « heureux » ne prétend pas être un constat un peu facile, comme si, automatiquement, les  hommes droits et justes étaient assurés d’être heureux… Il suffit d’ouvrir les yeux pour voir des hommes faire du  bien et ne récolter que du malheur. Il s’agit en réalité du seul bonheur qui compte, c’est-à-dire la proximité de  Dieu. En fait, le mot « Heureux » a deux facettes ; il est à la fois un compliment et un encouragement ; André  CHOURAQUI, dont la traduction était toujours très proche du texte hébreu, traduisait le mot « Heureux » par  « En marche ». Sous-entendu « vous êtes sur la bonne voie, bravo, et courage, continuez ! » La particularité du  peuple d’Israël est d’avoir su très tôt que son Dieu l’accompagne dans son désir de bonheur et lui ouvre le  chemin. Ecoutez le prophète Jérémie : « Moi, je connais les pensées que je forme à votre sujet – oracle du SEIGNEUR – , pensées de paix et non de malheur, pour vous donner un avenir et une espérance. » (Jr 29,11).  

Et toute la Bible en est tellement convaincue qu’elle affirme qu’il faut avoir une langue de vipère pour mettre en  doute les intentions de Dieu envers l’homme et la femme qu’il a créés pour leur bonheur. (C’est le sens du récit  du Paradis terrestre). Saint Paul, qui était un expert de l’Ancien Testament, a résumé en quelques mots les  intentions de Dieu : il les appelle « le dessein bienveillant de Dieu ». 

HEUREUX SEREZ-VOUS SI VOUS LE FAITES 

Il y a toujours donc deux aspects dans le mot biblique « Heureux » : c’est d’abord le projet, le dessein de Dieu,  qui est le bonheur de l’homme, mais c’est aussi le choix de l’homme, en ce sens que le bonheur (le vrai bonheur  qui est la proximité avec Dieu) est à construire : le chemin est tracé, il est tout droit : il suffit d’être fidèle à la loi  qui se résume dans le commandement d’aimer Dieu et l’humanité ; Jésus a simplement suivi ce chemin-là.  « Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’au bout » (Jn 13,1). Et il invite ses disciples à  le suivre, pour leur bonheur : « Heureux êtes-vous si vous le faites ». (Jn 13,17) 

Mais là où notre texte se complique un peu, c’est avec la formule « Heureux l’homme qui craint le  SEIGNEUR » ; elle peut même sembler paradoxale : peut-on en même temps craindre et être heureux ? André  Chouraqui, encore, traduisait ce verset de la manière suivante : « En marche, toi qui es tout frémissant de Dieu ».  C’est le frémissement de l’émotion et non pas de la peur. Nous connaissons cela déjà, parfois, lorsque devant un  grand bonheur, nous nous sentons tout petits.  

L’homme biblique a mis longtemps à découvrir que Dieu est amour ; mais dès lors qu’il a découvert un Dieu  d’amour, il n’a plus peur. Le peuple d’Israël a eu ce privilège de découvrir à la fois la grandeur du Dieu qui nous  dépasse infiniment ET la proximité, la tendresse de ce même Dieu. Du coup, la « crainte de Dieu », au sens  biblique, n’est plus la peur de l’homme primitif (parce qu’on ne peut pas avoir peur de Celui qui est la Bonté en  personne, si j’ose dire) ; la « crainte de Dieu » est alors l’attitude du petit enfant qui voit en son père à la fois la  force et la tendresse. Le livre du Lévitique utilise d’ailleurs exactement le même mot hébreu pour dire « Chacun  de vous doit craindre sa mère et son père » (Lv 19,3), ce qui veut bien dire qu’à la fin de l’histoire biblique la  « crainte » de Dieu est synonyme d’attitude filiale. 

La foi, c’est d’abord la certitude fondamentale que Dieu veut le bonheur de l’homme et qu’il nous suffit donc de  l’écouter, de le suivre avec confiance et humilité. Le suivre signifiant être fidèle à la loi, tout simplement. La  phrase « Heureux qui craint le SEIGNEUR et marche selon ses voies ! » est en fait une répétition : pour  l’homme biblique « craindre le SEIGNEUR » et « marcher selon ses voies » sont synonymes. 

Quand tous les habitants de Jérusalem seront fidèles à ce programme, alors elle accomplira sa vocation d’être,  comme son nom l’indique, la « ville de la paix ». C’est pourquoi notre psaume anticipe un peu et affirme : « Tu  verras le bonheur de Jérusalem tous les jours de ta vie.

LECTURE DE LA LETTRE DE SAINT PAUL APOTRE AUX COLOSSIENS 3,12-21 

12 Frères, puisque vous avez été choisis par Dieu,  

que vous êtes sanctifiés, aimés par lui,  

revêtez-vous de tendresse et de compassion,  

de bonté, d’humilité, de douceur et de patience.  

13 Supportez-vous les uns les autres,  

et pardonnez-vous mutuellement 

si vous avez des reproches à vous faire.  

Le Seigneur vous a pardonné : faites de même.  

14 Par-dessus tout cela, ayez l’amour, 

qui est le lien le plus parfait.  

15 Et que, dans vos cœurs, règne la paix du Christ  

à laquelle vous avez été appelés  

vous qui formez un seul corps.  

Vivez dans l’action de grâce. 

16 Que la parole du Christ habite en vous dans toute sa richesse ;  

instruisez-vous et reprenez-vous les uns les autres  

en toute sagesse ;  

par des psaumes, des hymnes et des chants inspirés,  

chantez à Dieu, dans vos cœurs, votre reconnaissance.  

17 Et tout ce que vous dites, tout ce que vous faites,  

que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus,  

en offrant par lui votre action de grâce à Dieu le Père.  

18 Vous les femmes, soyez soumises à votre mari ;  

dans le Seigneur, c’est ce qui convient.  

19 Et vous les hommes, aimez votre femme,  

ne soyez pas désagréables avec elle.  

20 Vous les enfants, obéissez en toute chose à vos parents ;  

cela est beau dans le Seigneur.  

21 Et vous les parents, n’exaspérez pas vos enfants ;  

vous risqueriez de les décourager. 

————————————————————————————————————————————— NE PAS CONFONDRE SAINTE FAMILLE ET CONTE DE FÉES 

La liturgie d’aujourd’hui nous invite à contempler la Sainte Famille. Au cœur de la fête, une famille toute  simple : Joseph, Marie et Jésus. C’est la famille terrestre de Dieu : c’est pour cela, d’ailleurs, qu’on l’appelle la  « sainte » famille, car le mot « saint » désigne précisément Dieu et lui seul. 

Ceci dit, ne nous y trompons pas, cette famille « sainte » n’a pas vécu dans les nuages : tout ce que les  évangélistes nous disent de l’enfance de Jésus n’a rien d’un conte de fées ! Joseph perturbé devant la grossesse  miraculeuse de Marie, les misérables conditions de la naissance de l’enfant, l’exil forcé en Egypte, et, quelques  années plus tard, le fameux pèlerinage à Jérusalem où l’enfant est perdu et retrouvé… et l’évangile nous dit  clairement que ses parents n’y comprenaient rien. Tout cela pour dire que cette « sainte famille » a été une vraie  famille, avec des problèmes comme tout le monde en connaît. 

Voilà qui nous rassure ! Et si, dans sa lettre aux Chrétiens de Colosses, Saint Paul fait des recommandations de  patience et de pardon… c’est bien qu’il en faut ! Nous en savons quelque chose…

Quelques mots sur Colosses et les Colossiens, d’abord : la ville de Colosses est en Turquie, à 200 km à l’est  d’Ephèse ; Paul n’y est jamais allé : c’est un de ses disciples, Epaphras, un Colossien, qui s’est lui-même,  d’abord, converti au Christianisme, et qui, ensuite, a fondé une communauté chrétienne dans sa ville. 

On ne sait pas très bien ce qui a décidé Paul à écrire à ces Chrétiens. D’après le contenu de la lettre, on sait  seulement que Paul est en prison et qu’il a reçu des nouvelles un peu inquiétantes : la foi chrétienne est en danger. Le ton de sa lettre est mélangé : tantôt c’est l’éblouissement de Paul lui-même, devant le projet de Dieu  : c’est le théologien émerveillé, le mystique, le converti du chemin de Damas qui parle ! Tantôt ce sont des  mises en garde très fermes pour dire à ces Chrétiens : « N’écoutez pas n’importe qui, ne vous laissez pas  détourner de la vraie foi » et il n’y va pas de main morte ! Par exemple, il leur dit : « Prenez garde à ceux qui  veulent faire de vous leur proie par une philosophie vide et trompeuse, fondée sur la tradition des hommes, sur  les forces qui régissent le monde, et non pas sur le Christ. » (Col 2,8). 

Donc le ton de la lettre, le style est changeant. Mais, dans le fond, son message est toujours le même : pour lui,  le centre du monde et de l’histoire, c’est Jésus-Christ ; et quand il parle aux Chrétiens de leur vie concrète, il les  invite d’abord à contempler Jésus-Christ : « Revêtez-vous de tendresse et de compassion …que, dans vos cœurs, règne la paix du Christ… vivez dans l’action de grâce… tout ce que vous dites, tout ce que vous faites, que ce  soit toujours au nom du Seigneur Jésus… » Voilà la clé du comportement nouveau des baptisés : tout faire au  nom du Seigneur Jésus puisqu’ils sont le Corps du Christ. 

FAITES TOUT AU NOM DU SEIGNEUR JÉSUS 

On se souvient que, dans la lettre aux Corinthiens, Paul parlait déjà de la communauté chrétienne comme d’un  corps composé de plusieurs membres. Dans cette lettre aux Colossiens (notre lecture d’aujourd’hui), il pousse  plus loin la comparaison : le Christ est la tête et nous sommes son Corps qui se construit progressivement  jusqu’à la fin des temps. C’est pour cela qu’il dit « Supportez-vous les uns les autres » dans le sens où les divers  éléments d’une construction s’étaient mutuellement et soutiennent l’ensemble.1 

Dernière remarque : il arrive que certaines femmes en entendant ce texte réagissent à la phrase « Vous les  femmes, soyez soumises à votre mari ; dans le Seigneur, c’est ce qui convient. » Mais nous aurions tort de nous  en agacer : et ceci pour deux raisons. Premièrement, c’était probablement une phrase habituelle à l’époque  puisqu’on la trouve aussi dans la première lettre de saint Pierre (1 P 3,1), et lui, on ne l’a jamais accusé de  misogynie ! 

Deuxièmement, la soumission au sens biblique n’a rien à voir avec de l’esclavage ! Dans une société fondée sur  la responsabilité du père de famille, ce qui était le cas au temps de Paul, c’est lui (le père de famille) qui, de  droit et de fait, a le dernier mot ; Paul commence donc par dire la phrase que tout le monde attend : « femmes  soyez soumises à vos maris » mais il continue par une phrase extrêmement exigeante adressée aux maris, et  celle-là, on ne l’attendait pas ! « Et vous les hommes, aimez votre femme, ne soyez pas désagréables avec elle. »  

Pour lui, il va de soi que l’époux chrétien est, dans toutes ses paroles, inspiré uniquement par l’amour et le souci  des siens ; dans un tel contexte, la femme n’a aucune raison de se rebiffer devant des paroles qui ne sont que  tendresse et respect ; on retrouve là le thème biblique habituel de l’obéissance : le croyant n’a aucun mal à  mettre son oreille sous la parole de Dieu (c’est le sens du verbe « obéir-obaudire ») parce qu’il sait que Dieu est  Amour.  

————————————————————————————————————————————— Note 

Toutes les vies, toutes les destinées s’appuient les unes sur les autres. Saint Pierre et saint Paul comparent les  communautés des hommes à des constructions de pierres vivantes qui doivent leur solidité à leur cohésion. Se  « supporter » ne veut donc pas dire accepter en soupirant les inévitables défauts des uns et des autres, mais, plus  positivement, s’étayer mutuellement, compter les uns sur les autres pour tenir debout dans la vie. 

EVANGILE DE JESUS-CHRIST SELON SAINT MATTHIEU 2,13-15.19-23 

————————————————————————————————————————————— 

13 Après le départ des Mages,  

voici que l’Ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph  

et lui dit :  

« Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère,  

et fuis en Egypte :  

Reste là-bas jusqu’à ce que je t’avertisse,  

car Hérode va rechercher l’enfant,  

pour le faire périr. »  

14 Joseph se leva ;  

dans la nuit, il prit l’enfant et sa mère,  

et se retira en Egypte,  

15 où il resta jusqu’à la mort d’Hérode.  

pour que soit accomplie 

la parole du Seigneur prononcée par le prophète :  

« D’Egypte, j’ai appelé mon fils »… 

19 Après la mort d’Hérode,  

voici que l’ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph en Egypte  

20 et lui dit :  

« Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère,  

et pars pour le pays d’Israël,  

car ils sont morts,  

ceux qui en voulaient à la vie de l’enfant. »  

21 Joseph se leva,  

prit l’enfant et sa mère,  

et il entra dans le pays d’Israël.  

22 Mais, apprenant qu’Arkélaüs régnait sur la Judée  

à la place de son père Hérode,  

il eut peur de s’y rendre.  

Averti en songe,  

il se retira dans la région de Galilée  

23 et vint habiter dans une ville appelée Nazareth, 

pour que soit accomplie la parole dite par les prophètes :  

« Il sera appelé Nazaréen. » 

————————————————————————————————————————————— MOISE ET JESUS, DEUX RESCAPES, DEUX LIBERATEURS 

L’aventure de la « Sainte Famille » en Egypte fait spontanément penser à une autre aventure d’une autre  famille, douze siècles auparavant sur cette même terre d’Egypte. Le peuple d’Israël y était en esclavage. Le  Pharaon avait ordonné de tuer tous les garçons à la naissance. Un seul avait échappé, celui que sa mère avait  déposé sur le Nil dans une corbeille bien calfeutrée : Moïse. Cet enfant, sauvé de la cruauté du tyran allait  devenir le libérateur de son peuple… Et voilà que l’histoire se renouvelle : Jésus a échappé au massacre… Il va  devenir le sauveur de l’humanité. Matthieu nous invite certainement à faire le rapprochement : à nous de  découvrir que Jésus est le nouveau Moïse ; ce qui veut dire que l’une des promesses de l’Ancien Testament est  accomplie ; car Dieu avait dit à Moïse : « Je ferai se lever au milieu de leurs frères un prophète comme toi ; je  mettrai dans sa bouche mes paroles, et il leur dira tout ce que je lui prescrirai. » (Dt 18,18).

Deuxième signe de l’accomplissement des Ecritures d’après Matthieu : la phrase « D’Egypte, j’ai appelé mon  fils ». C’est une citation du prophète Osée ; elle signifiait la très grande tendresse de Dieu qui agissait envers  Israël comme un père : voici la phrase d’Osée : « Oui, j’ai aimé Israël dès son enfance, et pour le faire sortir  d’Egypte, j’ai appelé mon fils ». (Os 11,1)1. Le prophète parlait bien du peuple d’Israël tout entier ; mais Saint  Matthieu, lui, l’applique à Jésus seul… Comme si Jésus représentait en quelque sorte le peuple élu tout entier.  C’est peut-être une manière de nous dire : « Jésus est le Nouvel Israël. C’est lui qui accomplit l’Alliance que  Dieu avait proposée à son peuple ». Le titre de « fils de Dieu » était également appliqué à chaque roi le jour de  son sacre et était devenu peu à peu un des titres du Messie ; en l’appliquant à Jésus, Matthieu nous signale  certainement Jésus comme le Messie.  

Enfin, les contemporains de Jésus ne pouvaient pas imaginer que le Dieu unique ait un fils, mais quand  l’écrivain Matthieu rédige son évangile, longtemps après la Résurrection de Jésus et la venue de l’Esprit Saint  sur les croyants, ceux-ci ont découvert que ce titre de Fils de Dieu appliqué à Jésus voulait dire encore beaucoup  plus : il est vraiment Fils de Dieu, et Dieu lui-même, au sens de notre credo actuel : « Il est Dieu, né de Dieu,  engendré non pas créé… consubstantiel au Père et par lui tout a été fait ». 

Troisième signe de l’accomplissement des Ecritures d’après Matthieu : « (Joseph) vint habiter dans une ville  appelée Nazareth, pour que soit accomplie la parole dite par les prophètes : Il sera appelé Nazaréen. » Le petit  problème pour nous c’est que jamais dans les Ecritures il n’est dit que le Messie sortira de Nazareth ! Et  d’ailleurs le nom même de Nazareth n’est jamais cité dans l’Ancien Testament, ce qui veut dire tout simplement  qu’il ne s’était jamais passé quoi que ce soit d’important dans ce village avant le temps de Jésus. Est-ce cela  justement qui intéresse Matthieu ? Une fois de plus Dieu a surpris les hommes, il a choisi ce qui apparaissait  insignifiant.  

IL SERA APPELÉ NAZARÉEN 

D’autre part, il ne faut pas l’oublier, l’oreille juive de Matthieu est très sensible aux assonances : or le mot  « Nazareth » est très proche du mot hébreu « Netser » qui signifie « rejeton » et qu’on appliquait au Messie,  rejeton attendu sur la souche de David. C’est très proche aussi du mot « nazir », ces juifs très pieux qui se  consacraient à Dieu et prononçaient des voeux. L’homme de Nazareth méritait bien au moins ce titre-là. Enfin, 

le mot Nazareth peut être rapproché d’un verbe (natsar) qui signifie « garder » : Jésus comme Marie méritent  bien le nom de « gardiens » (de l’Alliance). Quand Matthieu écrit la dernière rédaction de son évangile, les  Chrétiens sont traités du terme de Nazaréens qui n’a rien de flatteur dans la bouche de leurs adversaires (on en a la preuve dans le livre des Actes des Apôtres) ; l’évangéliste trouve certainement bon de leur rappeler que leur  maître portait le même titre qu’eux et que ce titre que l’on voulait péjoratif était en réalité magnifique. C’est  donc peut-être un message d’encouragement et de réconfort que Matthieu leur adresse, du genre : « Jésus, lui  aussi, était traité avec mépris, comme vous, et c’était pourtant bien lui le Fils de Dieu ». 

Voici donc déjà dans notre texte d’aujourd’hui trois titres de Jésus : « Nazaréen », « nouvel Israël, « nouveau  Moïse ». Maintenant, pour comprendre la portée du message de Matthieu, il faut regarder la composition de ce  passage : vous l’avez remarqué, on pourrait dire qu’il y a deux actes dans ce récit. Premier acte : ce qu’on a  appelé « la fuite en Egypte » ; deuxième acte : le retour d’Egypte. Et, curieusement, ces deux actes sont  construits exactement de la même façon.  

L’auteur rappelle d’abord le contexte historique. Dans un cas, c’est « Après le départ des Mages », dans l’autre  « Après la mort d’Hérode » ; puis, chaque fois, une apparition : l’ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph  la nuit, et lui donne un ordre : la fuite, puis le retour. Joseph se lève et obéit. Et, dans les deux cas, l’auteur  conclut : « Pour que soit accomplie la parole dite par le prophète » (ou « par les prophètes »)». Cette  construction en parallèle montre bien qu’il faut aussi mettre les deux citations en parallèle. « D’Egypte, j’ai  appelé mon fils » … « Il sera appelé Nazaréen ».  

Ce rapprochement entre le titre peu flatteur de « Nazaréen » et le titre de « Fils de Dieu » est donc certainement  voulu par Matthieu. Manière de nous dire : « Préparez-vous, ce Messie ne se présente pas comme on  l’attendait ».

Du coup nous comprenons mieux pourquoi nous lisons ce texte pour la fête de la Sainte Famille : Jésus est Fils  de Dieu et pourtant il sort de ce pays perdu de Nazareth. On ne peut pas trouver de paradoxe plus étonnant…  Mais c’est bien le nôtre : chacun d’entre nous, chacune de nos familles vit une histoire divine dans la réalité la  plus banale de son histoire humaine.  

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1 – La citation de la phrase du prophète Osée n’est pas exactement la même dans le texte hébreu et dans sa  traduction en grec ; mais cette différence est très instructive. En hébreu, on peut lire « Dès l’Egypte, je l’appelais  mon fils » ; ce qui veut dire : « Dès ce temps-là, alors qu’il était esclave en Egypte, j’aimais ce peuple comme un  père aime son fils ». En grec, la phrase est devenue : « D’Egypte j’ai appelé mon fils », c’est-à-dire « je l’ai  libéré, je l’ai fait sortir d’Egypte ». Ces deux manières de comprendre la phrase du prophète Osée ne sont pas  contradictoires, elles se complètent. Israël a fait l’expérience de l’amour paternel ET libérateur de Dieu. 

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