Vivre la fraternité avec la famille Bartimée

Au sein de l’ensemble paroissial Castanet-Tolosan, dans le diocèse de Toulouse, la famille Bartimée rassemble des personnes en grande précarité et des paroissiens qui souhaitent partager des temps simples de convivialité et de rencontre : tisser la confiance. Par Florence de Maistre.

frat-bartimee-maisonfrat-castanet-2019“Les paroles du pape et son encyclique Fratelli tutti nous semblent tellement familières ! Oui, nous nous retrouvons à 100 % dans ses propos, en écho avec ce que nous vivons. C’est très réjouissant, quelle espérance !”, lance Nicole Vaissière, à l’origine de la famille Bartimée. Ce groupe, service de la paroisse Castanet-Tolosan, réunit des personnes en situation d’exclusion, de grande solitude, de tous âges, croyants ou non, avec des personnes qui ne sont ni animateurs, ni accompagnateurs, mais des compagnons. “Nous ne cherchons pas à résoudre les problèmes : nous partageons un chemin ensemble, vivons des temps d’amitié sous le regard du Christ. Nous méditons la Parole de Dieu et nous voyons qu’elle est bonne pour tous. Elle permet à ceux qui n’ont pas l’habitude de s’exprimer de partager des choses essentielles”, poursuit Nicole Vaissière.

Initialement engagée au sein de la fraternité Bonne Nouvelle Quart-Monde, Nicole s’étonne de ne voir aucun pauvre ni malade présent aux dimanches autrement, “comme s’ils n’avaient ni existence, ni même la foi”, se rappelle-t-elle. Alors en 2011, avec l’accord et le soutien du curé de sa paroisse, elle lance une équipe Bartimée (Marc 10, 46-52), qui grandit petit à petit. Les personnes en précarité ont choisi ce nom, car il signifie “fils de l’Honoré”. Elles manifestent leur soif de dignité, ce droit fondamental qu’évoque le pape dans Fratelli tutti. Aujourd’hui, la proposition touche une trentaine de famille, qui se retrouvent un dimanche par mois : c’est la journée Bartimée. Messe, repas, partage autour de la Parole, ateliers de loisirs créatifs sont au programme. Toutes les occasions sont naturellement bonnes pour se retrouver, vivre un temps festif ou spirituel. Dans le quartier, on se croise et se rencontre facilement. La famille Bartimée participe à la commission diocésaine “Place et parole des pauvres”, ainsi qu’aux rendez-vous du réseau Saint-Laurent.

Mots pour maux

Le 17 octobre dernier, pour la journée mondiale du refus de la misère, des membres de Bartimée ont partagé leur témoignage au cours d’une veillée de prière à Toulouse, organisée par le service diocésain de la diaconie. Le dimanche d’avant, le grand groupe s’était réuni pour lancer son nouveau projet : monter une pièce de théâtre sur le Bartimée d’hier et d’aujourd’hui. “Quelle joie d’être ensemble ! Le projet de théâtre répond à un grand souhait. Les membres de Bartimée ont beaucoup à dire, tous se voient comme le copain de Bartimée et crient avec lui sur le bord de la route ! En 2021, nous fêterons nos dix ans. Nous devrions jouer pour le colloque théologique À l’école des plus pauvres”, précise Nicole. Cette année, il est aussi prévu d’approfondir ensemble l’encyclique Laudato Si’. “On serait étonné de voir comme ils sont à vifs sur ce sujet. Les aider à trouver les mots, leur permettre de s’exprimer, structurer sa pensée, enrichir ses idées à l’écoute des autres : c’est le programme du P. Joseph Wresinski [fondateur d’ATD Quart Monde]”.

Le retour du confinement a modifié les projets pour la Journée mondiale des pauvres, ce 15 novembre. “Cette journée correspond à une attente des plus pauvres. C’est une évidence : il faut se garder de parler pour eux, mais leur donner la parole !”, insiste Nicole. Les deux ensembles paroissiaux Saint-Orens et Castanet-Tolosan proposent, en lien avec le Secours catholique local, avec des personnes de la diaconie et le P. Daniel Brouard-Derval, curé de la paroisse, une rencontre en visioconférence avec les témoignages en direct de personnes en situation de précarité ou d’exclusion. “Nous souhaitons nous mettre simplement, gratuitement à l’écoute des pauvres de notre secteur, de leurs combats mais aussi de leur espérance. Avec amitié, malgré cette distance imposée. La préparation de cette visio nous fortifie déjà dans notre désir de fraternité, avec le souci d’inclure les très pauvres comme acteurs”, assure Nicole. Les difficultés liées à la situation sanitaire sont réelles, mais la volonté persévérante des compagnons n’est pas entamée. Coûte que coûte, ils répondent à l’appel du pape “Tends ta main aux pauvre” et s’engagent pleinement.

Cœur à cœur

“La communauté chrétienne est appelée à s’impliquer dans cette expérience de partage, sachant qu’il ne lui est pas permis de la déléguer à qui que ce soit” (Fratelli tutti §4) Service paroissial, la famille Bartimée puise sa force dans la communauté. Toutes deux s’encouragent mutuellement, en se souciant des activités des uns et des autres, en échangeant des nouvelles et en se rendant service. “Le pauvre est un choix ! C’est toucher la chair du Christ ! Nous ne pouvons pas avancer sans eux, il n’y a pas d’écologie intégrale sans eux”, soutient Nicole. “Les plus démunis font tomber les masques. Avec eux, nous sommes dans un cœur à cœur. On est obligé de se dépouiller, de se déplacer : c’est une attitude précieuse dans notre foi, que l’on peut adopter aussi au sein de notre famille, en paroisse, etc. Ces relations nous transforment ! L’Église a déjà tout dit : c’est à chacun de parcourir le chemin pour former une communauté qui se nourrisse vraiment de la diversité ses membres. J’écoute, je donne, je reçois : ensemble ! À partir de et avec les plus pauvres pour être sûr de n’oublier personne : c’est un chemin de foi vraiment incarné, avec par-dessus tout la joie !”

Nicole de confier encore : “Il y a de la part de ces gens, familiers de la souffrance (Isaï), cabossés, cette volonté, cette attente et ce désir de toucher le cœur des autres. Ils ont une force inouïe, ce qui n’empêche ni les difficultés, ni l’incompréhension de leur histoire personnelle. Nous sommes analphabètes en ce qui concerne le soutien aux plus fragiles, pour reprendre les mots du pape (Fratelli tutti § 64). Nous sommes des témoins impuissants face aux mécanismes destructeurs en marche : difficile d’être orgueilleux sur ce chemin-là ! C’est dire à quel point nous avons besoin d’apprendre humblement d’eux, de sortir de nous-même pour trouver en autrui un accroissement d’être (Fratelli tutti § 88). Il y a du bonheur à être chrétien si on suit ce chemin !”

* Propositions de célébrations, temps de prière, d’enseignement, de convivialité avec des personnes éloignées de l’Église.

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