L’écoute comme premier pas vers la restauration : témoignages de baptisés qui accompagnent les victimes de violences sexuelles dans l’Eglise

En mars 2025, à Lourdes, un point d’étape a été réalisé sur la lutte contre les violences sexuelles dans l’Église. À cette occasion, nous vous présentons six portraits de référents diocésains ainsi que de membres de cellules d’écoute et de prévention, engagés activement dans cette mission essentielle.

soeur Kim Tran Thi du diocèse de Bayeux-Lisieux

Sœur Kiêm Tran Thi, responsable cellule d’accueil et d’écoute du diocèse de Bayeux-Lisieux

Qu’avez-vous retenu des rapports 2023 des groupes de travail « post-ciase » remis aux évêques de France ?

L’Église avance à son propre rythme dans la reconnaissance des abus commis en son sein, elle a instauré des procédures visant à reconnaître le statut des victimes, s’efforçant ainsi de répondre aux attentes exprimées par le passé. Aujourd’hui, elle affronte ses questions d’abus. Elle ne nie plus sa responsabilité.

Que pensez-vous de la session de mars 2025 qui est un point d’étape sur la lutte contre les violences sexuelles dans l’Église ?

Il est essentiel d’inclure, aux côtés des évêques, des experts issus de divers horizons tels que des laïcs, des religieux et des victimes. La richesse de la session réside dans la diversité des intervenants participant aux tables rondes.

Qu’est-ce qui vous a motivé à vous engager dans votre diocèse ?

Il y a 6 mois, le 1er octobre 2024, j’ai été appelée par Mgr Jacques Habert, pour mes compétences car j’ai un diplôme universitaire (DU) de formation « Ifomene – Institut de formation à la médiation et à la négociation » à l’Université Catholique de Paris (ICP). Je bénéficie aujourd’hui d’une formation continue grâce au soutien de mon évêque, qui m’offre les moyens nécessaires pour approfondir mes connaissances dans ce domaine. Nous travaillons principalement sur l’écoute, mais il est désormais essentiel de renforcer la prévention dans toutes les cellules des diocèses. Chaque diocèse devrait disposer d’une cellule dédiée à la prévention, afin d’assurer une vigilance accrue et un accompagnement efficace.

Pascale Carrère du diocèse de Gap-Embrun

Pascale Carrère, responsable de cellule veille dans le diocèse de Gap-Embrun

Qu’avez-vous retenu des rapports 2023 des groupes de travail « post-ciase » remis aux évêques de France ?

Des chiffres consternants et édifiants sur la réalité des abus en France. J’ai retenu un langage volontaire sur ce qu’il y a à mettre en place.

Que pensez-vous de la session de mars 2025 qui est un point d’étape sur la lutte contre les violences sexuelles dans l’Église ?

Le lieu (NDLR. Cité Saint-Pierre à Lourdes) est tellement porteur. Je suis profondément touchée par la présence significative de nombreux laïcs et des femmes, ce qui témoigne d’une volonté de l’Église d’avancer sur ce sujet dans une dimension globale de l’Église. Je suis frappée par la présence de nombreux journalistes, car c’est à la fois un témoignage de confiance et une prise de risques aussi bien pour les organisateurs que pour eux.

Qu’est-ce qui vous a motivé à vous engager dans votre diocèse ?

Mon évêque, Mgr Xavier Malle m’a contactée pour me proposer de rejoindre la cellule de veille. Après avoir assisté pendant un an à toutes les réunions en tant qu’observatrice, j’ai accepté d’en prendre la responsabilité. Assistante sociale de profession, j’ai travaillé avec une association dédiée aux enfants en danger, où j’étais chargée de recueillir leur parole et d’assurer la formation des bénévoles à l’écoute active. Cette expérience m’a préparé à répondre à cet appel inattendu, d’autant plus que je ne m’attendais pas à être sollicitée pour un poste de responsable. Deux raisons ont motivé mon engagement : ma profonde communion avec les personnes ayant tant souffert et mon désir de contribuer à la réparation et à la reconstruction. Malgré les blessures profondes que traverse mon Église, mon amour pour elle reste intact et nourrit ma volonté d’agir.

Corinne Vaillant-Lanotte du diocèse de Bourges

Corinne Vaillant-Lanotte, membre de la cellule d’écoute du diocèse de Bourges

Qu’avez-vous retenu des rapports 2023 des groupes de travail « post-ciase » remis aux évêques de France ?

Je suis impressionnée par les travaux de groupe. Le rapport de la CIASE a constitué une avancée majeure pour moi, pour l’Église et pour la société contemporaine. Il a permis de mettre en lumière des faits intolérables. En alertant sur l’ampleur des abus sexuels au sein de l’Église, ce rapport a également proposé des mesures concrètes et des pistes de réflexion pour en tirer les leçons. Cette démarche rappelle celle entreprise par l’Éducation nationale dans les années 1990, lorsqu’elle avait pris conscience des violences existantes en son sein et instauré des dispositifs de protection et de prévention. De manière similaire, le travail de la CIASE a mis en évidence la nécessité pour l’Église de reconnaître ces violences et d’agir. Ce rapport a déclenché une prise de conscience collective, tant chez les clercs que chez les laïcs, sur l’ampleur du problème. Comme le dit si bien l’Évangile : « Heureux ceux qui recherchent la justice et la paix ». C’est un appel qui résonne aujourd’hui plus que jamais comme une priorité pour nous tous.

Que pensez-vous de la session de mars 2025 qui est un point d’étape sur la lutte contre les violences sexuelles dans l’Église ?

Il est remarquable de voir des clercs et des laïcs, des hommes et des femmes, se réunir avec une véritable volonté d’avancer ensemble pour libérer la parole des victimes, protéger les enfants et les personnes vulnérables. Mon objectif est d’accompagner les adultes responsables d’enfants afin de prévenir toute forme de violence et de garantir un environnement sécurisé et bienveillant.

Qu’est-ce qui vous a motivé à vous engager dans votre diocèse ?

Dans ma vie professionnelle, j’ai eu l’opportunité de travailler auprès d’enfants et d’adolescents ayant vécu des psychotraumatismes. Il m’est paru légitime de contribuer à ce travail de transparence, de justice et d’accompagner dans la réparation, en toute humilité, au regard des souffrances exprimées non seulement par les victimes, mais aussi par les chrétiens qui ont vu une face sombre de leur église. C’est aussi une injustice pour tous ceux qui consacrent leur vie au Christ, aux femmes et aux hommes de notre époque, avec amour et compassion.

Joelle Malergue du diocèse de Clermont

Joëlle Malergue, déléguée épiscopale pour la prévention et la lutte contre les abus, diocèse de Clermont

Qu’avez-vous retenu des rapports 2023 des groupes de travail « post-ciase » remis aux évêques de France ?

Il est important que ces rapports aient été diffusés à la connaissance de tous. L’Eglise s’est cachée pendant un moment. Aujourd’hui, elle se montre en vérité. En témoignant, les victimes ont placé leur confiance en cette institution, espérant ainsi ouvrir la voie à un processus de réconciliation.

Que pensez-vous de la session de mars 2025 qui est un point d’étape sur la lutte contre les violences sexuelles dans l’Église ?

À mon arrivée, j’éprouvais quelques appréhensions, car on ne sait jamais à quoi s’attendre. Cependant, cette session a su refléter fidèlement la réalité tout en instaurant un climat de sérénité. Les témoignages des victimes n’ont été ni culpabilisants ni agressifs, mais au contraire porteurs d’une énergie constructive. Ils ont permis à chacun de progresser de manière positive, dans une démarche collective orientée vers le bien-être de tous.

Qu’est-ce qui vous a motivé à vous engager dans votre diocèse ?

Mgr Kalist m’a directement contactée pour cette mission, ce qui a été une véritable surprise. En raison de mon engagement au sein de l’aumônerie dans l’enseignement public, il a pensé à moi et a souhaité me rencontrer personnellement. J’ai accueilli cet appel comme une grande marque de confiance. Dans le cadre de cette mission, j’interviens auprès des catéchistes et des animateurs d’adolescents qui œuvrent auprès des mineurs, ainsi qu’auprès des personnes engagées dans les équipes d’animation paroissiales. Chaque intervention dure généralement entre 15 et 20 minutes. Par ailleurs, au sein du diocèse, nous avons élaboré un outil de prévention sous forme de livret. Ce document fournit des points d’attention essentiels et détaille les démarches à suivre pour accompagner les personnes victimes.

M. Guillaume Robert du diocèse de Rouen

Guillaume Robert, coordinateur pastorale jeune et référent du diocèse de Rouen

Qu’avez-vous retenu des rapports 2023 des groupes de travail « post-ciase » remis aux évêques de France ?

Je suis profondément touché par la symbolique de la lumière et de l’ombre, qui résonne en moi à plusieurs niveaux. En effet, tout comme dans l’Église, il existe en chacun de nous une dualité entre ombre et lumière. C’est une invitation personnelle à passer au crible : faire la lumière, révéler la part d’ombres et dissiper les ténèbres.

Que pensez-vous de la session de mars 2025 qui est un point d’étape sur la lutte contre les violences sexuelles dans l’Église ?

On est au pied d’une montagne. On dissipe les nuages. On prend compte de l’ampleur de la tâche. Dieu est pédagogique dans cette Révélation puisqu’il nous montre le chemin à gravir. On peut être effrayés par moments par nos limites et nos faiblesses sur les chemins à parcourir. Pour éviter de céder au découragement, je trouve du réconfort dans les paroles du Pape François : « Je n’appelle pas des gens capables, mais je rends capable les gens que j’appelle. »

Qu’est-ce qui vous a motivé à vous engager dans votre diocèse ?

« Avance en eau profonde ». C’est le Christ qui m’appelle à la rencontrer dans la souffrance de l’Autre, dans sa nuit pour lui révéler la lumière de Pâques.

Cécile Cordellier du diocèse de Besançon

Cécile Cordellier, coordinatrice de la cellule d’écoute du diocèse de Besançon

Qu’avez-vous retenu des rapports 2023 des groupes de travail « post-ciase » remis aux évêques de France ?

J’ai constaté des progrès significatifs depuis 2021, notamment une réelle prise en compte des recommandations du rapport de la CIASE. Ces avancées se traduisent par des propositions concrètes alignées sur les préconisations formulées. C’est aussi une expérience enrichissante de la synodalité, marquée par une écoute mutuelle et un cheminement collectif au sein de l’Église.

Que pensez-vous de la session de mars 2025 qui est un point d’étape sur la lutte contre les violences sexuelles dans l’Église ?

Je suis profondément honorée et heureuse de participer à cet événement, et je remercie chaleureusement pour cette invitation. Le fait que l’Assemblée plénière des évêques accueille plus de 400 invités, soit trois invités pour un évêque, est un signal fort d’ouverture et de dialogue. Nous sommes pleinement conscients des nombreux défis qui restent à relever, mais il est tout aussi important de célébrer les avancées déjà accomplies.

Qu’est-ce qui vous a motivé à vous engager dans votre diocèse ?

Servir l’Église est pour moi une véritable vocation. Avocate de profession, j’ai mis ma carrière entre parenthèses pour me consacrer pleinement à des missions pastorales. C’est avec une grande joie que j’ai répondu à l’appel du vicaire général du diocèse de Besançon, qui souhaitait mobiliser mes compétences juridiques. Ce rôle me motive particulièrement lors des rendez-vous d’écoute, car ils permettent de contribuer à la réparation des victimes.

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