L’Europe, symbole de fraternité et de réconciliation

Mgr Jean-Pierre Grallet, archevêque de Strasbourg, nouvellement élu représentant de la Conférence des évêques de France à la COMECE (Commission des Épiscopats de la Communauté Européenne) partage son regard sur l’Europe et ses défis.

Quelle relation entretenez-vous avec l’Europe ?

 

Grallet Jean-Pierre - StrasbourgJe suis très sensible à tout ce qui peut permettre la construction européenne. Strasbourg, métropole européenne, accueille le parlement européen, le Conseil de l’Europe, la Cour européenne des droits de l’homme, et également l’0bservateur permanent du Saint-Siège auprès du Conseil de l’Europe, Mgr Aldo Giordano. Mais je porte le souci de la construction européenne au-delà de la présence de ces institutions : la dimension européenne fait partie intégrante de la vie diocèse de Strasbourg, une pastorale lui est dédiée. Le 18 juin dernier, j’ai eu la joie de célébrer une messe pour l’Europe, en présence du Cardinal Dominik Duka, archevêque de Prague (République Tchèque) et de Mgr Aldo Giordano. Nous fêtions le 1150e anniversaire de l’arrivée des saints Cyrille et Méthode, patrons de l’Europe, en Grande-Moravie. Nous avons rendu grâce à Dieu pour ces saints évangélisateurs et pour la contribution du peuple slave à la construction européenne.

Quels sont les points d’attention de la COMECE?

Les épiscopats d’Europe s’intéressent à l’Union, car on ne peut pas évangéliser sans prendre en compte les conditions de vie des populations. Les lois européennes influencent notre manière de vivre aujourd’hui. Parmi les questions discutées à la COMECE, nous rappelons, à l’approche des prochaines élections, la centralité de la personne humaine dans toutes les décisions. Nous rappelons également la nécessité d’intégrer la diversité historique, humaine et culturelle de l’Europe occidentale et orientale. Nos autres points d’attention sont : la justice sociale, « l’écologie humaine » selon Benoît XVI, la solidarité et l’aide aux pays les plus pauvres, le dialogue œcuménique. L’un des prochains défis est de permettre le dialogue interreligieux. Les catholiques doivent d’abord être responsables de leur foi et de la fraternité universelle à construire avec tous, avant d’entrer en dialogue avec ceux qui ont une foi différente. Ces domaines sont assez considérables et pris très au sérieux par la COMECE.

Quels signes d’espérance observez-vous ?

La cathédrale de Strasbourg a été annexée par les Nazis et désaffectée au culte. Un camp de concentration a été ouvert sur le sol alsacien. La population a été incorporée dans les troupes hitlériennes. Et voici que les Alsaciens sont les plus fervents acteurs de la réconciliation : c’est un des miracles de l’après-guerre ! Le signe d’espérance, nous le vivons, c’est cette fraternité des peuples. Mais la crise affecte toute l’Europe et nous malmène. Populisme, scepticisme, l’Union serait la cause de tous les maux. Il faut plutôt aider les chrétiens à réaliser que tout progrès pour une entente, pour une entraide, est quand même signe d’espérance. L’Europe doit être force de proposition, symbole de fraternité et de réconciliation. Nous devons en être les acteurs responsables et modestes, face aux égoïsmes et aux défis internes importants. Autre signe majeur : les hordes de touristes sur la place de la cathédrale de Strasbourg. Ils viennent voir un signe de foi et de transcendance. Ils aiment aussi visiter les Institutions européennes. Elles représentent des peuples qui se sont rassemblés pour mieux vivre.

Comment les chrétiens peuvent-ils œuvrer à la construction européenne ?

En s’appuyant les grands principes de la doctrine sociale de l’Église, et en s’attachant aussi bien au respect des personnes qu’au souci du bien commun. L’absolue dignité de la personne humaine doit toujours être équilibrée par l’exigence collective. Il faut tenir les deux, si l’on veut prévenir toute radicalisation ou piétinement. À tous les chrétiens de France et d’ailleurs, je veux dire : soyons des citoyens responsables et solidaires. Évitons les slogans et les replis égoïstes. Ayons la patience des constructions lentes, persévérons ! L’Europe doit aussi se soucier de ses deux dimensions occidentale et orientale, « deux poumons indissociables » pour reprendre les mots de Jean-Paul II. Ouvrons les fenêtres et les portes ! Notre Europe grandira en étant solidaire, soucieuse des uns et des autres au sein de l’Union et en dehors. Dans la maison européenne, nous n’avons qu’une seule terre, qu’un seul sol : c’est pour cela que nous sommes solidaires !

 

L’Europe en débatDu 24 au 27 juin 2013,  à Bruxelles, la COMECE célèbre le 10e anniversaire d’Ecclesia in Europa, exhortation apostolique du Pape Jean-Paul II. Prières à la chapelle de l’Europe, débats et conférences autour de saints européens ou de figures emblématiques nourriront la réflexion. Ces quatre jours permettront d’appréhender avec de nouvelles clés l’actualité politique de l’Union européenne.Le 19 août 2013, à Espelette, Mgr Grallet participera à la conférence « Chrétiens pour le bien commun de l’Europe ? », aux côtés du cardinal Roger Etchegaray, Président émérite des conseils pontificaux Justice et Paix et Cor Unum.

Sur le même thème

  • drapeau_union_européenne

    Europe

    « Dire Europe, doit vouloir dire ouverture ». Cette phrase de Jean Paul II (Ecclesia in Europa n°111) reste emblématique de la vision de l’Église pour l’Europe. Une vision qui mérite d’être mieux connue et comprise aujourd’hui. C’est parce que le projet européen est avant tout un projet de paix et de réconciliation qu’il a […]

  • comece1

    Qu’est-ce que la COMECE ?

    La COMECE est la Commission des Episcopats de la Communauté Européenne. Cette Commission est composée d’évêques délégués par les conférences épiscopales des Etats membres de l’Union européenne et possède un Secrétariat permanent à Bruxelles.

  • logo_cef_rvb_horizontal

    La France et l’Allemagne prennent ensemble leurs responsabilités

    Déclaration conjointe à l’occasion du
    40e anniversaire du Traité de l’Élysée

  • Conférence épiscopale allemande et CEF

    Déclaration des Conférences épiscopales française et allemande à l’occasion de l’anniversaire de la signature du Traité de coopération franco-allemande

    Déclaration commune des Conférences épiscopales française et allemande à l’occasion de l’anniversaire de la signature du Traité de coopération franco-allemande (Traité de l’Elysée – 22 janvier 1963).

  • johanna_touzel_comece

    L’Europe est notre histoire et notre avenir

    En visite à Paris, la Porte-parole de la Commission des Episcopats de la Communauté Européenne (COMECE) a rappelé que 80% des lois appliquées en France étaient décidées à Bruxelles. Alors que le fonctionnement de l’Union est en cours de réforme, elle alerte les chrétiens sur l’urgence de prendre part au débat européen et les invite, en partenariat avec la société civile, à monter en France une « Alliance pour le dimanche ».

  • robert_schuman_largeur

    Robert Schuman (1886-1963)

    Après avoir été plusieurs fois ministre des Affaires étrangères et président du Conseil, ce parlementaire catholique mosellan est devenu l’un des Pères de l’Europe. Le procès diocésain en vue de sa béatification a été clôturé le 29 mai 2004.

  • 15 Juin 2013 : Commémoration officielle du 50ème anniversaire de l'installation de la sépulture de l'Abbé Franz STOCK, pionnier de la réconciliation franco-allemande, en l'église Saint-Jean-Baptiste de Rechèvres, à Chartres.(28) France.

June 15th, 2013 : Official commemoration for the 50th anniversary of the installation of the burial of Father Franz STOCK in Saint-Jean-Baptist Church. Chartres (28) France.

    Franz Stock, figure de la réconciliation franco-allemande

    Le diocèse de Chartres célèbre le 50e anniversaire du transfert de la sépulture de Franz Stock (1904-1948) en l’église Saint-Jean-Baptiste de Rechèvres à Chartres. Rencontre avec Mgr Michel Pansard, évêque de Chartres, pour évoquer la figure de ce prêtre allemand hors du commun.