Bayonne : golf et sport pour tous

l'abbé René-Sébastien Fournié, prêtre et golfeur

En route vers Paris 2024 ! Les prochains Jeux olympiques sont l’occasion de partir à la découverte d’un sport et à la rencontre d’une communauté qui se mobilise autour de l’évènement international de l’été. Éclairages sur le golf, ainsi que sur la fête du handisport et du sport adapté à Bayonne. Par Florence de Maistre.

“J’essaie d’aller jouer au golf toutes les semaines ou au moins tous les dix jours, mais une partie dure environ quatre heures. C’est très chronophage : le devoir pastoral passe toujours avant”, lance l’abbé René-Sébastien Fournié, 51 ans, prêtre coopérateur de la paroisse du Christ Sauveur à Pau, responsable de KT-Essence (catéchèse pour étudiants et jeunes adultes), et professeur de théologie au grand séminaire de Bayonne. Sport de précision et d’endurance, le golf s’est largement démocratisé ces dernières années en développant ses parcours en bordure de ville, en lisière de forêt ou aux abords de l’océan. En France, le nombre de licenciés progresse régulièrement depuis ces dix dernières années et fait de cette pratique en plein air la septième activité sportive du pays.

Escrimeur depuis l’enfance, l’abbé René-Sébastien goûte tour à tour au golf, au surf et au ski. Depuis sa nomination à Pau, il s’est éloigné des côtes basques et de ses spots de glisse pour conserver essentiellement le plaisir d’arpenter les greens et de dévaler les pentes enneigées. “Le golf, c’est d’abord un sport de contemplation dans la nature. Oscar Wilde disait que c’est une belle balade gâchée par une petite balle blanche ! Cela fait sourire ceux qui ne le pratiquent pas, mais c’est aussi un sport très physique, surtout lorsque le même mouvement est répété plusieurs fois de façon intensive. Tout au long du parcours, on marche environ 8 km. Le mental a également une part importante comme dans toutes les disciplines de lancer”, poursuit le vicaire de la paroisse de Pau.

Une école de patience et d’humilité

Le principe ? Envoyer à l’aide d’un club une petite balle blanche dans les 18 trous que compte généralement le parcours avec le moins de coups possibles. Certains sont de longues distances, d’autres des coups d’approche. Tous demandent souplesse, tonicité et puissance. Le club utilisé diffère selon le terrain : prairies, hautes herbes, zones ensablées, etc. L’Écosse est la première nation à éditer les règles du jeu en 1744. Il devient discipline olympique aux Jeux de 1900 et 1904, avant de revenir à Rio en 2016, puis à Tokyo en 2020. C’est la formule du stroke-play qui est retenue pour les JO à Paris. Il s’agit d’effectuer quatre fois le parcours de 18 trous en quatre jours. Le gagnant est celui qui additionne le moins de coups joués.

abbé René-Sébastien Fournié lors d'une séance de golf“Quand on essaie de forcer, on rate son coup. Il y a mille points de détails qui comptent : tel élan, telle position. Tout le corps est en jeu. Cela demande énormément de concentration, de lâcher prise et une maîtrise de soi permanente”, explique l’abbé Fournié. Le combat est double. Contre la nature, les vents, les obstacles. Et contre soi-même pour rester avant tout calme et détendu. Le golf serait-il une école de patience et d’humilité ? Oui indiscutablement, comme pour toutes les disciplines sportives et pour l’art du putt et du swing en particulier. Autre point fort : le golf cultive encore l’esprit de partage. Si le P. René-Sébastien reconnaît qu’il préférait plus jeune jouer seul par orgueil et par défi envers lui-même, il apprécie désormais de jouer en équipe ! Soit les uns contre les autres, soit alliés contre une autre équipe. Il y a deux ans, avec trois camarades jeunes professionnels et étudiants, il a participé à une compétition au sein d’un club. De cette journée mémorable, il retient essentiellement l’ambiance toute fraternelle.

Être présence d’Église quel que soit le terrain

Parmi les grandes figures du golf, l’abbé Fournié évoque la légende de Severiano Ballesteros. L’histoire du jeune garçon issu des milieux très pauvres d’Espagne, qui par amour d’une jeune fille de la haute société, décide de devenir champion de golf, lui a été confirmée plusieurs fois et l’émeut toujours. En s’entraînant sur la plage avec un équipement de fortune sur des boîtes de conserve, le jeune Seve accède à ses rêves : il devient l’un des plus talentueux joueurs de golf au monde et épouse l’élue de son cœur. Outre la persévérance, le P. René-Sébastien retient l’idée du sport comme ascenseur social. “J’ai eu la chance de jouer quelques fois au golf Chantaco à Saint-Jean-de-Luz, qui a gardé ce même esprit. C’est l’un des plus anciens de la côte basque, toujours dirigé par un membre de la famille Lacoste. Autrefois, les enfants de bergers portaient les sacs des golfeurs pour gagner quelques sous. Ils se constituaient ainsi petit à petit un carnet d’adresses. Ce sont aujourd’hui de vieux monsieurs toujours inscrits au club. C’est une très belle histoire de mobilité sociale”.

Sur sa combinaison de surf, l’abbé Fournié avait cousu un col romain. Il skie en soutane et dit lui-même qu’il ressemble à un pasteur anglican lorsqu’il enfile sa tenue de golfeur. Quelques soient les terrains, “c’est important de marquer la présence de l’Église y compris dans les activités sportives. Je suis là au milieu de vous dans la joie ou dans les épreuves. Au ski, c’est flagrant, je reçois tous les jours un bonjour, une remarque gentille, un mot bienveillant”, souligne-t-il. La flamme olympique passera à Pau le 20 mai en fin de journée, juste devant l’église Saint-Martin. Le curé a prévu de faire sonner les cloches à toute volée et le vicaire de grimper dans le clocher avec quelques jeunes adultes pour bénéficier d’une vue en surplomb. Plus tôt, la flamme effectuera, en ce lundi de Pentecôte, tout un parcours dès 8h à Biarritz, puis Anglet, Saint-Jean-de-Luz, Bayonne et Hasparren. À noter, le grand rendez-vous populaire autour du sport pour tous sera manifesté en particulier lors d’un passage de relais au sein de l’Institut médico-éducatif Le nid basque à Anglet. Nicolas Bachoffer, double champion du monde de para-triathlon et président de Handisport Pays Basque, et son épouse Stéphanie, joueuse de handi-basket, porteront la flamme olympique sur 200 m à Biarritz. Ils ont tous deux participé à la grande journée de fête organisée par la pastorale des personnes handicapées, le samedi 4 mai dernier à Bayonne.

Handi JO : une fête autour du sport paralympique

Que faire ici autour de l’évènement et de la dynamique des Jeux olympiques ? Nous nous doutions bien que la flamme passerait par chez nous, c’est le département de Tony Estanguet ! Et j’ai voulu saisir l’occasion. Je me suis rapproché du lycée catholique Largenté, au départ pour ces belles infrastructures sportives, et aussi de différentes associations : tous ont répondu présents pour imaginer une journée de fraternité et de fête autour du sport paralympique pour tous”, lance l’abbé Philippe Haristoy, responsable de la pastorale des personnes handicapées du diocèse de Bayonne, Lescar et Oloron. Pour une première, quelle réussite ! Cette grande journée s’est déroulée le samedi 4 mai au sein de l’ensemble scolaire Largenté à Bayonne. Elle a réuni près de 300 personnes : enfants, adultes, personnes en situation de handicap, personnes valides, élus, etc. Intitulée Handi JO, elle a été d’emblée placée sous ce jeu de mots. Handi comme handicap, signifie aussi grand en basque. JO, comme Jeux olympiques, est aussi l’onomatopée prononcée par le joueur de pelote quand il engage la partie. “Toute personne aussi faible soit-elle est grande, c’est l’Évangile !”, souligne le responsable de la pastorale des personnes handicapées. Quant au sens de l’engagement, l’expérience vécue en cette journée montre qu’il s’incarne très concrètement.

“Nous avons atteint nos objectifs de mixité, de pratiques sportives, de réunion d’acteurs différents, le tout dans une belle transversalité. Nous avons donné un beau témoignage d’Église qui rassemble autour du handicap mais sans le réduire à lui-même. Il y a certes une attention portée aux plus fragiles, mais aussi une idée du partage. Le défi est bel et bien relevé”, assure Philippe Mayté, chef d’établissement coordinateur de Largenté. Tout au long de la journée, à partir de 10 h, une initiation aux pratiques de handisport (handicap moteur) et de sport adapté (déficience mentale) a été proposée : basket fauteuil, tir à l’arc, rugby, joëlette, pelote, tennis de table, etc. Nombreux sont ceux qui sont venus pour expérimenter ces activités sportives accompagnées par des spécialistes de chaque discipline, les tester, s’amuser, ressentir des sensations différentes. “J’ai testé le tir à l’arc aux côtés du champion de France du para-tir, ça rend humble”, sourit le directeur de l’ensemble scolaire Largenté.

Un enrichissement mutuel

Outre ces temps sportifs, deux tables rondes ont rassemblé près de 80 personnes chacune, souvent membres d’une association sportive ou d’accompagnement des personnes handicapées. La première a permis d’échanger autour du bénévolat et de l’inclusion. Pour la seconde, les valeurs du sport et du handisport, l’abbé Haristoy a largement puisé dans le Documents épiscopat Église et sport, Un terrain de rencontres. “Il y a eu de beaux échanges et une belle transversalité. Ces personnes qui œuvrent au service du même public ont rarement l’occasion de se rencontrer : c’était l’une des richesses de cette journée”, souligne Philippe Mayté. La chapelle de l’établissement scolaire est restée ouverte toute la journée et le circuit proposé y permettait un passage assez naturel pour ceux qui le souhaitaient. Un temps de prière a rassemblé une centaine de personnes en fin d’après-midi autour de la Parole du Bon samaritain et de quelques citations de l’encyclique Fratelli tutti. “C’était très simple, mais cela a fait sens pour tout le monde, dans le respect de chacun”, confie Philippe Mayté. Lorsqu’il s’est tourné vers les lycéens pour les remercier de leur participation et de leur disponibilité, ce sont les jeunes eux-mêmes qui ont d’abord spontanément et joyeusement dit merci au chef d’établissement pour ce qui leur a été permis de vivre. “Les élèves ont non seulement rendu service, agi pour la bienfaisance, mais ils ont bien ressenti cet enrichissement mutuel. Pour notre communauté éducative, leurs témoignages sont très forts. Des graines ont été semées”, partage le chef d’établissement scolaire, qui imagine d’ores et déjà une prochaine édition de l’évènement.

De fait, il était initialement prévu que le lycée ne mette que ses locaux à la disposition de l’organisation de cette journée Handi JO. Et puis très vite, comme l’école s’efforce réellement de faciliter l’inclusion et de prendre le sujet du handicap à bras le corps, en choisissant de le vivre comme une chance et non comme une contrainte, son chef d’établissement a trouvé opportun de s’investir dans cette fête, d’en être réellement partie prenante, et de vivre un vrai temps fort en lien avec le thème d’année 2023-2024 justement proposé par la tutelle des Ursulines : “Nos différences en dialogue vers une vie nouvelle”. Les associations Handisport basque et Olagarroa ont été les partenaires de cette grande journée. Elle a reçu le parrainage de Patrice Lagisquet, joueur et entraîneur de rugby, et président fondateur de l’association Chrysalide qui accompagne les enfants en situation de handicap et leurs familles, et également le soutien de la Ville de Bayonne, sans oublier la participation de la radio France Bleue. Cette diversité des acteurs réjouit l’abbé Philippe Haristoy, car elle répond à l’une des missions la pastorale des personnes handicapées. En plus de l’inclusion et du compagnonnage, elle a le souci de créer des liens avec les mouvements et services d’Église, mais aussi avec les organismes de la société civile pour permettre à des projets communs de voir le jour. “Nous menons tous le même combat pour valoriser la place des personnes handicapées. Rencontrons-nous, développons nos liens, partageons nos expériences” !

Contact

Diocèse de Bayonne : https://diocese64.org/

Largenté, établissement scolaire : https://largente.eu

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