Monseigneur Percerou, évêque de Moulins : “nos paroisses témoignent d’une belle vitalité malgré les difficultés !”

Monseigneur Laurent Percerou est l’évêque de Moulins depuis 2013. Il nous explique les forces et les faiblesses de ce diocèse rural de 350 000 habitants, au cœur de la France, aux marches de l’Auvergne.

17 septembre 2018 : Mgr Laurent PERCEROU, évêque de Moulins et président du Conseil pour la pastorale des enfants et des jeunes (CPEJ).

17 septembre 2018 : Mgr Laurent PERCEROU, évêque de Moulins et président du Conseil pour la pastorale des enfants et des jeunes (CPEJ).

À votre arrivée en 2013, vous avez fait le constat d’une pratique religieuse en baisse, d’un clergé vieillissant, mais également de la présence de deux séminaristes et de beaux lieux de foi et d’histoire : quel regard portez-vous sur ces sept années écoulées ?

Lorsque je suis arrivé en 2013, mon prédécesseur Mgr Roland avait provoqué un audit de la situation socio-économique et pastorale du diocèse. Il avait débouché sur le rapport « Avenir du diocèse » dans lequel une petite équipe diocésaine envisageait des scenarii de réforme du diocèse.

L’audit faisait été d’un certain nombre d’éléments inquiétants, notamment la difficulté à boucler le budget annuel. Le diocèse de Moulins n’est pas différent des autres diocèses ruraux de France. Je viens du diocèse de Chartres, qui même s’il bénéficie du dynamisme francilien, vit aussi une réalité économique et financière qui demeure un point de vigilance permanent. Nous devons répondre de la gestion de nos biens devant les diocésains qui participent financièrement à la vie de l’Église, pour sa mission.

De 2013 à 2016, j’ai visité l’ensemble des paroisses du diocèse, puis je me suis lancé dans le “Bishop Tour”, deux ans de visites auprès de la jeunesse, celle rejointe par l’Église catholique à travers les aumôneries et les mouvements, mais plus largement toute la jeunesse de l’Allier.

Voeux de Monseigneur Percerou aux diocésains

Vœux de Monseigneur Percerou aux diocésains

Dans un diocèse rural comme celui de Moulins, nous sommes confrontés aux réalités humaines du département : vieillissement de la population et donc des communautés catholiques, peine à renouveler les équipes de bénévoles, manque de vocations. La génération des 18-30 ans est absente du diocèse. Les étudiants sont à Clermont, à Lyon ou à Paris et ne reviennent pas forcément travailler dans le Bourbonnais une fois diplômés, bien qu’ici un profond attachement à l’histoire de la région et au diocèse soit à l’œuvre. Deux exemples de ce fort attachement : chaque année 500 personnes viennent écouter les vœux de l’évêque aux diocésains et la cathédrale se remplit à chaque messe chrismale ! Lors de nos tournées pastorales, le vicaire général et moi-même nous réjouissons de voir les communautés catholiques très engagées et heureuses d’être visitées.

L’une des forces du diocèse réside en sa répartition autour de trois pôles urbains moyens, Moulins au nord, Montluçon à l’ouest et Vichy au sud-est, qui fait que les populations, même rurales, ne sont jamais très loin d’un centre d’activité économique et donc spirituelle. Grâce à ces trois pôles, l’Église diocésaine rayonne encore sur les villages ruraux.

Nous avons une attention particulière pour la ruralité

Le diocèse de l’Allier et ses 350 000 habitants, au cœur de la France, aux marches de l’Auvergne, vit essentiellement de l’élevageNous avons pour projet de mettre en place une mission rurale. Composée d’acteurs du monde rural, elle sera chargée d’accompagner les acteurs de la ruralité, tout particulièrement les chrétiens qui y sont engagés. Cette mission s’inspirera de la lettre pastorale “Espérer au cœur du monde rural” rédigée par les évêques d’Auvergne en février 2019.

Nous misons également beaucoup sur le rassemblement national Terre d’espérance qui se tient dans la Drôme en avril 2020 et auquel une délégation diocésaine participera.

 

Le projet pastoral diocésain 2019 “Amis dans le Seigneur” est le fruit d’une longue réflexion. Pour quelles raisons l’avez-vous engagée ? 

Depuis mon arrivée en 2013 et même avant en Eure-et-Loir, j’ai la conviction qu’il ne faut pas se laisser enfermer dans le paradoxe auquel sont confrontés les diocèses ruraux : nous constatons que l’Église est limitée en moyens financiers et humains mais il nous faut tenir l’exigence de la mission. Comment faire ? C’est tout l’objet de la très belle encyclique du pape Paul VI, Evangelii nuntiandi : l’Église est missionnaire ou elle n’est pas ! Elle n’avance que lorsqu’elle est habitée par l’appel du Christ à porter l’Évangile à tous. Un diocèse rural comme le nôtre meurt s’il ne demeure pas en état de mission, un peu comme le cycliste qui tombe quand il s’arrête de pédaler….

En janvier 2018, j’ai donc lancé une réflexion diocésaine baptisée “En mission au plus près de tous”. Nous avons donc d’abord élaboré, avec quelques laïcs engagés qui connaissent bien le territoire, un dossier de travail sur la mission avec quelques rappels théologiques et scripturaires, des récits d’expériences missionnaires en Bourbonnais et des questionnaires invitant les diocésains à prendre la parole : notre notre Église était missionnaire ? Quels moyens pourraient être mis en œuvre pour se faire proche de tous ? En mars 2019, une journée synodale rassemblant 250 diocésains délégués des paroisses, services, mouvements et communautés religieuses, a été organisée afin de communiquer les expressions de ceux qui avaient répondu aux questionnaires et, à partir de celles-ci, de déterminer les grandes orientations du diocèse. Un pré-projet diocésain a été soumis en mai 2019 à un groupe-test de 80 personnes, puis présenté aux prêtres du diocèse et à des jeunes catholiques. A partir de là, le projet pastoral a été rédigé et promulgué lors du rassemblement diocésain du 29 juin 2019. Il est intitulé « Amis dans le Seigneur ».

Ce projet pastoral s’appuie sur l’amitié que le Christ nous propose et sur l’appel à vivre cette amitié avec nos frères et sœurs en humanité. Le thème de l’amitié court tout au long de l’histoire de la spiritualité chrétienne, de saint Benoit à saint Ignace de Loyola en passant par sainte Thérèse d’Avila.

Dieu se fait notre Ami en Jésus-Christ. Quels moyens prenons-nous pour rencontrer cet ami ?

Le projet a deux parties. Dans une première partie, il donne quelques repères pour grandir en « amis dans le Seigneur ». Dans une seconde partie, il donne quelques orientations pour que diocèse rejoigne les « périphéries » si chères au pape François. J’insiste fort sur le fait que nous avons à vivre en « amis dans le Seigneur » les uns avec les autres, malgré nos sensibilités ecclésiales différentes. N’oublions pas que ce qui nous rassemble, c’est notre amitié en Christ et que les dons et les charismes qui sont donnés à chacun ont quelque chose à apporter à la vie de notre Église diocésaine et à l’annonce de l’Évangile.

 

Où en sommes-nous aujourd’hui ? Quels sont les dossiers diocésains en cours ? 

Lors de la présentation des vœux aux diocésains début 2020, nous avons pointé les dossiers sur lesquels nous travaillons en ce moment : la mise en place de petites fraternités évangéliques de partage de la Parole de Dieu et l’élaboration d’une pastorale pour les migrants, les mineurs isolés et les familles qui les accueillent. L’équipe en charge du pilotage du projet pastoral se réjouit autant de la démarche synodale que du résultat !

Depuis l’Assemblée plénière de novembre 2019, j’ai pu revoir mes deux invités diocésains en charge des questions écologiques, ils ont d’ailleurs constitué une petite équipe de travail, nous souhaitons vraiment engager le diocèse dans la labellisation “Église Verte”.

Dans le diocèse de Moulins comme dans les autres diocèses ruraux, le curé ne peut pas être dans sa trentaine de clochers à la fois ! Sans vouloir à tout prix l’uniformité des paroisses, nous cherchons à valoriser les réalités locales afin de mettre les paroissiens sur la route de l’Évangile. Nous travaillons donc à la mise en place de relais paroissiaux de proximité, c’est à dire des équipes de catholiques qui reçoivent mission d’être présence d’Évangile dans leur village, d’animer la liturgie, d’être le lien entre les fidèles et les pouvoirs publics locaux. Dans certains endroits, ces équipes ont été chargés d’organiser la visite pastorale du curé dans leur secteur : un repas avec les habitants, une visite dans une entreprise ou une exploitation agricole, une célébration de messe. Tous ces temps partagés entre les habitants et leur pasteur renforcent la présence de l’Église sur le territoire. Je souhaite également qu’on valorise le ministère des diacres, véritables ambassadeurs de la proximité. On en compte 20 dans le diocèse !

Le projet pastoral encourage le déploiement de tiers lieux, c’est-à-dire des espaces de rencontres entre personnes aux compétences variées, dans lesquels ces personnes peuvent échanger et partager de façon informelle. Ils sont en plein développement aujourd’hui :  les jardins partagés, les fablab ou les ressourceries… Ils expriment un besoin de rencontre, de restauration du « lien social » mis à mal dans une société individualiste et ultra-libérale. L’occupation des ronds-points par les gilets jaunes en 2018 l’a d’ailleurs confirmé. Nous hébergeons à la maison diocésaine une association non confessionnelle « Bouge-toi Moulins ! », qui est un « tiers lieu » : elle incube des projets de jeunes moulinois. Vous avez là un grand nombre de personnes de tous âges et de tous milieux qui se forment les uns et les autres et font communauté. Qu’est-ce qui empêcherait que l’Eglise catholique crée de tels lieux ? Nous expérimentons actuellement dans le quartier populaire des Ailes à Vichy la réhabilitation par une communauté lazariste d’un relais paroissial tombé en déshérence dans les années 80. Les gens pourraient venir y demander des conseils, partager des savoirs, participer à l’Eucharistie. Dans une société éclatée qui se déshumanise, de tels lieux communautaires et fraternels sont nécessaires pour manifester cette amitié qui trouve sa source en Jésus-Christ.

 

Une autre des préoccupations diocésaines : la famille. Comment accompagner au mieux les familles dans leur chemin de foi ?

Il faut que nous développions tous les outils pour continuer à accompagner les familles après le mariage : soutien à la vie de famille, aide à la parentalité, Journées des Familles.

Conformément au chapitre 8 d’Amoris laetitia, nous sommes en train de mettre en place un parcours d’accompagnement pour les personnes divorcées et engagées dans une nouvelle union, pour les intégrer au mieux dans les communautés catholiques.

percerouNous sommes une Église catéchuménale, qui a acté le fait qu’une grande majorité des habitants de son territoire n’a plus les mots de la foi. Le dynamisme d’une Église aujourd’hui ne se mesure plus seulement au nombre de fidèles réguliers mais à sa capacité à toucher les périphéries pour témoigner qu’en Jésus-Christ, Dieu a pris racine dans nos vies. Un bon exemple est le catéchisme. Si le nombre d’inscriptions au catéchisme s’effondre, c’est que notre proposition ne rejoint plus les familles. Il nous faut donc inventer d’autres pistes pour « aller vers » ces familles.

Un mot sur le pèlerinage de la Paix à Souvigny ?

Souvigny est la fille aînée de Cluny, première fondation de l’ordre à la fin du Xème siècle. Jusqu’à la Révolution, c’était un des plus grands lieux de pèlerinage de France, puisque étaient enterrés là deux grands abbés réformateurs de Cluny, saint Mayeul et son disciple saint Odilon. Pourquoi vénérait-on alors ces deux grands saints ? Au cœur de l’an mille, un siècle de désordres et de famines, ces deux pères abbés ont œuvré au rayonnement de la paix et de la réconciliation sociale. “Paix, justice, miséricorde” était leur credo. Saint Odilon est le propagateur de la “Trêve de Dieu” qui, imposée aux grands seigneurs et aux populations lors de certains temps forts liturgiques, contribua largement à apaiser le climat social médiéval. Leur œuvre de pacification les a amenés à porter des traités de paix aux souverains de l’Europe entière et c’est au cours de l’un de ces voyages comme ambassadeur de paix que saint Odilon est mort à Souvigny.

La prieurale de Souvigny, une des plus grandes églises du Bourbonnais, montre encore aujourd’hui l’histoire des vagues successives de pèlerinages, puisque la primitive église romane est devenue un vaisseau à cinq nefs. Ce lieu est chargé d’une spiritualité on-ne-peut-plus contemporaine, celle de la recherche de la paix et de la miséricorde. En avril 2016, lors de l’année de la Miséricorde justement, nous avons décidé de réveiller ce lieu avec la restauration du grand pèlerinage aux saints abbés Mayeul et Odilon qui a rassemblé 2500 pèlerins. En 2017, la prieurale de Souvigny a été érigée en sanctuaire de la Paix qui fait partie de l’association des villes sanctuaires, une grande fierté pour le diocèse ! Entre chaque grand pèlerinage de la Paix, fixé au mois de mai au plus près de la date de la saint Mayeul, un recteur et une communauté d’oblates du cœur de Jésus sont chargés de la vie spirituelle du lieu et de l’accueil des pèlerins. Souvigny est en effet situé sur un chemin secondaire de Saint-Jacques de Compostelle qui relie Vézelay à Notre-Dame du Port, le GR 300. Ce lieu commence à prendre toute sa place au cœur de la vie diocésaine. Rendez-vous donc « Aux racines de la Paix », lors du prochain grand pèlerinage, les 1er, 2 et 3 mai 2020 !

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