Vivre les piliers du Carême avec les enfants

Appel à la conversion personnelle, le Carême peut aussi être un temps privilégié pour éveiller les enfants à la prière, au jeûne et à la pratique de la charité. De nombreux parcours à colorier, adaptés aux plus jeunes, permettent de visualiser leur progression vers Pâques. Voici quelques idées de gestes comme autant de petits cailloux d’amour à semer sur le chemin qui mène vers le Christ Ressuscité. Par Florence de Maistre.

prier avec les enfants pendant le Carême

Cinq idées de prière

1- Merci Seigneur pour toutes tes merveilles !

Dès le matin sur le chemin de l’école, les enfants peuvent se mettre sous le regard du Seigneur et commencer la prière par un signe de croix. Facile, si le trajet se fait en voiture ! À pied ou dans les transports en commun, une petite croix dessinée par le pouce droit au creux du poignet gauche marque cette volonté d’ouvrir son cœur. Le début de la journée est propice à la louange : chacun accueille les merveilles de Dieu qui l’entourent. Chacun exprime son merci au Seigneur : pour cette nouvelle journée offerte, pour le soleil ou les nuages, pour les fleurs sur un balcon et les grandes herbes des champs, pour les oiseaux du ciel, pour la joie de retrouver les copains de classe, etc. Ces évocations peuvent se conclure par ces mots : loué sois-tu Seigneur pour toutes tes créatures, loué sois-tu Seigneur pour toutes tes merveilles !

2- Pardon Seigneur quand je m’éloigne de toi

Chamailleries dans la fratrie ou à l’école, manque d’écoute ou d’obéissance, manifestation d’énervement et colère. Toutes ces attitudes, tous les mots qui les accompagnent sont à déposer dans le silence ou à partager lors de la prière du soir en famille. L’enfant comprend que lorsqu’il tape ou se moque, il blesse non seulement l’autre mais aussi Jésus qui veut donner tout son amour. Exprimer son regret, c’est déjà reconnaître le mal commis avant de se tourner vers la source de tout amour. Un geste tendre, une demande de pardon, un dessin coloré sont tout indiqués pour renouveler les cœurs. Le Carême est également un temps privilégié pour initier un dialogue personnel avec un prêtre et, en fonction de l’âge de l’enfant, recevoir le sacrement de réconciliation. La démarche peut être préparée au calme avec un support : autour d’un grand soleil, l’enfant reconnaît les bontés de Dieu dans sa vie, du côté des nuages, il note ce qu’il regrette et souhaite confesser.

3- S’il te plaît, Seigneur, apporte la paix et la joie dans le cœur de tes enfants !

La prière du s’il te plait est le moment où l’on confie au Seigneur ses intentions personnelles. Il est bon d’aider les enfants à ouvrir leur cœur en pensant aux personnes de leur entourage et en les présentant au Seigneur : ce copain dont les parents se séparent, cet oncle qui cherche un emploi, une maman de l’école qui attend un bébé, la maîtresse un peu débordée, papi qui est à l’hôpital, la caissière qui supportent les mécontents, le curé dont la tâche s’est alourdie avec le regroupement des paroisses, les voisins qui ne connaissent pas Dieu, etc. Les enfants aiment citer leurs proches, tous ceux qui interviennent dans leur quotidien ou ceux qu’ils ne voient pas souvent, mais avec qui ils partagent de bons moments. C’est aussi l’occasion d’ouvrir la prière à la dimension universelle de l’Église et de confier les peuples des pays en guerre. L’actualité ne manque pas de lieux où implorer la lumière et la miséricorde du Seigneur.

4- Jésus, je t’aime !

Prier, c’est dire bonjour à Dieu, merci et pardon, mais surtout lui dire je t’aime. Encore plus pendant cette période du Carême. Et si, au lieu de jouer, de regarder un dessin animé ou une bande dessinée, on décidait de prendre vraiment quelques instants gratuits pour lui, avec lui ? Quelques minutes de silence en sa présence… Mission impossible dans le remue-ménage du quotidien ! Pourquoi ne pas aménager un petit oratoire avec une image du Sacré-Cœur de Jésus, où chacun pourrait quand bon lui semble lui dire librement les mots qu’il a sur le cœur ? Ou bien choisir un moment en famille, allumer une bougie et proposer un fond musical. Certaines paroisses offrent la possibilité d’adorer Jésus présent dans son eucharistie, le sacrement de l’amour. Adorer le Saint-Sacrement est le lieu du cœur à cœur par excellence, pour les enfants aussi. La démarche est très simple, il suffit d’accepter le rendez-vous, d’être là comme il est là, lui ouvrir son cœur, l’accueillir et se laisser guider.

5- Parle Seigneur !

Lire la Bible, mettre à l’écoute de la Parole, est encore une forme de prière possible à développer avec les enfants en temps de Carême. Avant le repas, en guise de bénédicité, on peut choisir un verset des lectures du jour où piocher une mini-carte dans les coffrets de paroles bibliques. Une version courte qui place tout de même la Parole au cœur de la vie quotidienne et qui offre un sujet d’échange profond à table. Une autre idée est d’instituer les samedis de Carême une lecture de l’Évangile du lendemain de façon à ce qu’enfants et plus grands y soient attentifs au cours de la messe dominicale. Des pistes de réflexion à partager avec les petits et des coloriages sont disponibles en ligne pour accompagner cette lecture de la Bonne Nouvelle.

jeûner avec les enfants pendant le Carême

Cinq idées de jeûne avec des enfants

1- Respecter l’art de la table

Rappelons que les enfants ne sont pas soumis aux règles du jeûne alimentaire pendant le Carême. C’est néanmoins le bon moment et le bon lieu pour leur expliquer le sens de la pénitence et les aider à faire leurs premiers pas. Oui, il s’agit d’éprouver la faim pour mieux désirer accueillir la joie du Christ mort et ressuscité. Cela peut sans doute se traduire aussi dans le mieux manger : en respectant davantage la nourriture et les codes de bonne conduite à table. L’enfant peut choisir d’essayer de résister à l’envie de se resservir d’un bon plat, s’il est gourmand. Où s’efforcer à finir son assiette, s’il a tendance à traîner à table et à gâcher. Il peut être encouragé à mâcher chaque bouchée plus longtemps pour l’apprécier davantage, à se retenir de parler en même temps, à adopter une bonne posture de l’ensemble de tout son corps. Des progrès qui ne passeront pas inaperçus à l’heure des repas !

2- Participer à une rencontre bol de riz

En paroisse, avec le Secours catholique ou le CCFD-Terre solidaire : il y a forcément une opération bol de riz près de chez vous ! En d’autres lieux, le menu frugal se résume à du pain et une pomme. Dans tous les cas, sauf si la soirée risque de se terminer tard, les enfants sont les bienvenus à ces rencontres. Ils apprécient d’agir comme les grands, bénéficient, eux aussi, de la dimension communautaire et de partage. Pour peu qu’ils y retrouvent quelques camarades, le moment devient même festif ! Souvent une œuvre humanitaire est soutenue au cours de ces soirées, permettant à tous de toucher du doigt d’autres réalités de vie. On pourra se laisser surprendre par ce que les enfants retiennent et voir comment cela nourrit leur propre prière : pour les enfants qui n’ont pas accès à l’eau potable, ceux qui marchent de nombreux kilomètres pour aller à l’école, ces familles qui ont perdu toutes leurs récoltes, etc.

3- C’est dans la boîte !

Un anniversaire à l’école et tous les efforts concernant les sucreries s’envolent ! Au début du temps de Carême, on peut décider de choisir une boîte vide, qui deviendra le trésor des petits gourmands. L’enfant est invité à la décorer et à la personnaliser. Il y dépose au fil des semaines et jusqu’à Pâques les bonbons, le chocolat du goûter, toutes les confiseries qu’en temps ordinaire, il mange sans même y penser. En choisissant de les mettre de côté, il manifeste son désir d’être plus disponible à l’instant présent et aux personnes plutôt qu’à ce qu’il met dans sa bouche pour son seul plaisir. Quelle joie au terme du Carême de découvrir son butin ! Une joie décuplée en le partageant en fratrie, avec les cousins ou les voisins !

4- Plus de jeux en extérieur

Si le jeûne, c’est moins de quelque chose que l’on aime ou que l’on aime faire, c’est aussi plus d’autres choses à (re)découvrir. Se priver d’écran, de dessins animés ou de jeux vidéo se transforme facilement en plus de jeux et d’activités en extérieur. D’autant qu’avec le printemps naissant, qu’il est bon de sortir ! Corde à sauter, jeux de ballon, échasses, mais aussi confection de bouquets de pâquerettes et de violettes, observation des insectes, sortie à vélo : toutes les idées sont bonnes pour sortir du canapé, bouger, reconnecter les enfants à la nature, en humer tous les parfums !

5- Plus de politesse

Comme le pape Léon XIV a encouragé les catholiques à faire le jeûne des paroles qui heurtent et blessent le prochain, les enfants aussi peuvent s’y entraîner. En commençant par utiliser les mots de la politesse, “car ce qui déborde de la bouche, c’est ce qui déborde du cœur”, (Luc 6, 39-45). Bonjour, merci, s’il te plait : ces mots élémentaires ne sont pas toujours au rendez-vous dans la bouche des plus jeunes. Tout comme certaines formules interrogatives qui n’en sont plus : “je peux avoir ceci, cela ?” Jouons donc au bien parler avec nos enfants, aidons-les à se décentrer et au lieu de commencer par je, utilisons les est-ce, les pourrais-je, etc., qui expriment d’abord de la considération pour l’autre plutôt que de vouloir se l’accaparer.

cinq idées de geste de charité avec les enfants

Cinq idées de geste de charité

1- Rendre service à la maison

La vie quotidienne offre mille et une occasions de pratiquer la charité : un enfant qui participe activement aux tâches de la maison, soulage de fait ses parents. À chacun de choisir pour le temps de Carême, le service qu’il souhaite développer en veillant qu’il soit bien à sa portée. À la cuisine : mettre le couvert, débarrasser et remplir le lave-vaisselle, nettoyer les miettes de la table. Dans la salle de bains : essuyer les résidus de dentifrice ou de savon autour du lavabo, déposer son linge sale dans la panière dédiée, étendre sa serviette de toilette mouillée. Dans la chambre : ramasser les jouets qui trainent par terre, faire son lit, ranger ses vêtements. À l’extérieur : laver la voiture, arracher les mauvaises herbes, donner à manger à son chien ou son chat. Autant de gestes qui peuvent donner lieu à des petits rituels et s’accomplir avec le sourire.

2- Partager son goûter

Il y a des enfants qui, à l’heure de la récré, comparent, voire échangent leurs goûters. Nombreux sont ceux qui le partagent aussi spontanément quand le copain a oublié le sien. Pensons à les féliciter pour leur gentillesse ! Et si l’on changeait de regard sur le SDF que l’on croise régulièrement pour le considérer comme un copain, lui aussi, et lui réserver une part de goûter ? Les enfants qui aiment cuisiner avec leur maman peuvent se mettre en cuisine. Quel plaisir de peser, verser et mélanger les ingrédients pour préparer un gâteau simple à offrir aux personnes de la rue ou aux équipes de maraudes qui vont à leur rencontre : une belle façon de donner du temps, de la considération et un peu de douceur !

3- Écrire à une personne seule

L’usage est assez répandu en période de Noël et des vœux de nouvelle année, il est tout aussi bienvenu au cours du Carême. Il s’agit de passer à l’acte : penser à une personne seule ou malade, c’est bien. Le lui dire, encore mieux. Lui envoyer un mot, une carte, un dessin, laisse aussi une heureuse trace. Les enfants sauront bien à qui il souhaite transmettre ce petit coucou : tatie qui est maintenant en maison de retraite, parrain qui vit à l’autre bout de la France, mamie toute seule dans sa vieille maison, etc. Papiers colorés, pliages, gommettes, quelques mots tracés par la main de l’enfant, un dessin de moutons, de petites poules et d’œufs multicolores : c’est toute la joie de Pâques qui s’invite dans une enveloppe ! Une bonne activité créative pour renouer des liens distendus, sans oublier la joie de se hisser sur la pointe des pieds pour glisser le courrier dans la grosse boîte jaune !

4- Donner ses anciens vêtements

Trier les vêtements trop petits, ceux qui peuvent encore faire des heureux, ceux qui iront au recyclage est une action simple et utile. Réalisée avec le cœur et avec l’assentiment des enfants, elle prend tout son sens en temps de Carême. C’est du temps passé à vérifier les tailles, la propreté, l’état du linge et c’est une éducation au recyclage et au don d’y associer les plus jeunes. Certains sont attachés à leurs habits : il y a le pull fétiche, le tee-shirt reçu en cadeau, le pantalon choisi pour la rentrée des classes, le polo avec un motif à la mode. Ceux qui ont déjà un peu grandi sont heureux de pouvoir transmettre leurs affaires à d’autres enfants qui seront sans doute heureux de les porter aussi. Des vestiaires solidaires, en lien avec le Secours catholiques ou d’autres associations caritatives, attendent vos dons partout en France. À noter, la démarche est tout aussi généreuse, quant au tri de jeux d’enfants : ces puzzles premiers âges avec lesquels les plus grands ne jouent plus, ces livres de bébé en tissus, ces boîtes de loto complètes, mais délaissées.

5- Répandre la joie

Dans les cartables et les poches de blouson, il y a tout un monde improbable : des petits riens, trois morceaux de papiers griffonnés des plus importants, car offerts par le voisin de classe ou la copine du cours de danse. Des attentions à soigner pendant le temps de préparation à Pâques ! Invitons les artistes en herbe à fabriquer de jolies petites cartes pas plus grandes qu’une carte de visite pour semer la joie autour d’eux. Sur du papier cartonné, choisir de dessiner un smiley ou un cœur. D’écrire un mot gentil, un compliment en jouant avec des tampons et des stylos à paillettes. Le tout est à offrir tout autour d’eux : le meilleur ami, mais aussi un camarade triste, la dame de la cantine, l’entraîneur de foot, la surveillante de la cour d’école, le catéchiste. Ces cartes peuvent aussi créer la surprise et décorer la table du dimanche !

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