Témoignages de prêtres diocésains

Ce mois-ci, nous vous proposons de découvrir à travers divers témoignages la figure du prêtre diocésain en dressant leurs portraits à travers leurs vies, leurs espoirs ou leurs difficultés.

père delepoullePère André Delepoulle, 96 ans, vicaire épiscopal émérite pour la région Dunkerquoise. Vit en maison de retraite « Ma maison », les Petites sœurs des pauvres à Dunkerque.

L’appel

« J’ai le sentiment que le Seigneur m’appelait et que si je m’y refusais, je serais comme ce jeune homme de l’Évangile, parti tout triste parce qu’il se dérobait à l’appel du Seigneur. En interviewant tout un ensemble de séminaristes au gré de mes rencontres, j’étais frappé par l’extrême variété des déclics. Pour ma part, le déclic s’est déclenché lors d’une veillée de prières scoutes en montagne, où nos prières étaient très intenses, c’est à ce moment que le déclic s’est produit; quant au terreau, il a été fait pour moi de ma participation à des mouvements comme la JEC, le scoutisme et surtout j’ai reçu une forte éducation religieuse très ouverte grâce à ma famille, et un prêtre de mon collège. Mon entourage était très fortement surpris de ma décision de rentrer au séminaire au point que la mère d’un de mes amis à qui je faisais part de cette nouvelle m’a adressé un vif reproche croyant qu’il s’agissait d’une plaisanterie de ma part, qu’elle trouvait déplacée. »

 Le séminaire

« Ayant choisi par prudence de commencer le séminaire immédiatement après le bac pour asseoir, consolider une vocation naissante, encore fragile, au lieu de m’investir dans des études, je me suis imposé une coupure importante après mes deux premières années de séminaire. Cette coupure de trois ans dont une année chez « Chantier de jeunesse » et deux années dans l’armée française où je devais, au milieu des jeunes de ma génération, contribuer à libérer notre pays. Ces trois années ont une grande importance par rapport à ma vocation. »

Son parcours

« J’ai été ordonné prêtre en 1947, en la Cathédrale Notre-Dame de Paris. De 1947 à 1952, j’ai été vicaire dans la cité de baraquement des Glacis (Dunkerque) – quartier qui n’était pas une paroisse mais doté d’un chapelain, aidé par le vicaire (moi-même). Dans ma vie de prêtre, cette responsabilité sacerdotale au milieu des baraquins tous sinistrés, aux maisons détruites, revenant de l’exode qui leur avait été imposée du fait de la guerre, a eu une importance considérable dans ma vie de prêtre, qui me marque encore aujourd’hui. De 1952 à 1954, j’étais aumônier fédéral puis diocésain de la Jeunesse Ouvrière catholique (JOC) à Lille. De 1962 à 1992, j’ai été nommé curé de la paroisse Saint Martin, Doyen de Dunkerque centre et Archiprêtre. C’est le nom de l’époque, pour l’ensemble du Dunkerquois. Depuis 1992, je suis prêtre ainé, chargé de quelques missions. »

Le rôle du prêtre

“Le rôle du prêtre est très bien défini dans un texte très beau du Concile Vatican II. « Les joies, les espoirs des hommes de ce temps, leurs tristesses, leurs angoisses, sont les joies, les espoirs, les tristesses, les angoisses des disciples du Christ et il n’y a rien de vraiment humain qu’il leur soit étranger.”

Le quotidien

« Le quotidien d’un prêtre est très divers. Dire « très divers » n’est pas suffisant. Il est fait d’un ciel constellé de très nombreuses étoiles. A nous de le gérer au mieux, compte tenu des priorités qui nous sont données, compte tenu de notre santé et du temps à laisser à la prière.”

Les obligations

« Je pensais déjà à l’époque, qu’à côté des prêtres liés par le vœu de chasteté, il devait y avoir des hommes mariés dont le couple a fait preuve de solidité.Il faut assurer au peuple de Dieu la nourriture spirituelle, que L’Église se doit de leur procurer en tant que baptisés. Tandis que les prêtres liés par le célibat se donnent corps et âme comme missionnaires. »

Les liens avec l’évêque

« J’ai eu des liens très forts avec les évêques, vu les responsabilités reçues, en particulier avec le Cardinal Liénart qui m’avait demandé lors de la grande crise des prêtres ouvriers, d’accompagner ceux d’entre eux qui appartenaient au diocèse de Lille. »

Le cœur de la mission

« Le don pastoral que j’ai reçu me semble être la très grande facilité de contact avec les personnes, qu’elles soient proches de l’Eglise ou éloignée d’elle. C’est ainsi qu’à deux reprises, lors de funérailles civiles d’hommes politiques, de deux maires, j’ai été amené à parler au cimetière et j’essayais de le faire comme prêtre, tout en m’efforçant de respecter les convictions de chacun. »

La solitude du prêtre

« Concernant la solitude, j’ai très peu ressenti la solitude à l’époque du ministère actif. Par contre elle menace au moment du statut de prêtre aîné. »

Les prêtres émérites

« J’aime le mot « Prêtre ainé » et je déteste le mot « Prêtre en retraite ». Prêtre avec des responsabilités allégées, oui ! Prêtre en retraite, non ! Je pense que l’Église ne fait pas suffisamment appel à ceux d’entre eux qui sont volontaires et désireux de continuer à travailler à la mesure de leurs santés et de leurs aptitudes. Il y a maintenant des avancées dont je me réjouis avec d’autres d’ailleurs. Par exemple, le code de droit canonique offre des possibilités dans le cadre de nominations d’administrateurs. Ces possibilités sont de plus en plus utilisées, ces nominations éviteraient certaines souffrances et surtout la perte de reste d’énergies sacerdotales, encore très utiles pour le peuple de Dieu et le monde. »

Son regard sur ses années de sacerdoce

«Je porte un regard passionnant sur mes années de sacerdoce. Des amitiés avec d’autres prêtres dans le travail en commun. La rencontre avec des chrétiens engagés, ayant une foi merveilleuse, des conversions, des retours, opérés par la grâce du Seigneur. La générosité de certains apôtres, militants, etc…»

Comment avez-vous eu l’idée de créer la chapelle conteneur Saint-André-des-Marins ?

“A Dunkerque, à côté du vieux port de Dunkerque ouest, le nouveau Port immense a été crée à 15 km, accessible aux plus grands navires auxquels il fallait donner, selon les mots de Bergson : « une supplément d’âme à ce corps qui avait si rapidement beaucoup grandi ». J’avais rêvé d’un espace de silence, de prières pour ceux qui le voulaient, au sein du foyer du marin, crée pour accueillir ces derniers lors de leurs escales beaucoup trop courtes. Il n’a pas été possible d’envisager ce projet au sein-même du foyer. Alors nous avons envisagé de placer non loin un lieu, un espace ouvert à tous, avec la présence eucharistique et la possibilité d’y célébrer la messe, en particulier pour nombreux marins philippins très pratiquants et pour les nombreux chauffeurs de camions polonais, très pratiquants eux aussi. Mais il fallait que cette chapelle puisse être déplacée pour permettre une extension éventuelle du port maritime. D’où l’appel à des conteneurs facilitant cette mobilité. Et en même temps, constituant un symbole très fort dans ce lieu où les conteneurs sont manipulés à longueur de journée.Un ami qui avait bénéficié comme aviateur des chapelles au cœur des aéroports, a tenu à financer ce projet qui a vu le jour grâce à lui.”

triquetPère François Triquet, 33 ans, vicaire à Cambrai sur deux paroisses.

L’appel

« La première fois où je me suis posé la question d’être prêtre, je participais à un rassemblement de scouts. À la messe, plusieurs séminaristes s’apprêtaient à devenir prêtre. Je n’en avais jamais rencontré. Devenir prêtre ne fut pas une révélation mais une réflexion car j’étais en terminale. Au début, la vocation était une possibilité comme tant d’autres. Mais un pèlerinage à Lourdes à la fin de ma première année d’étude m’a fait prendre conscience que je voulais devenir prêtre. Le dernier jour, en priant dans la grotte, j’ai eu la certitude que le Seigneur m’appelait à lui donner ma vie. Quand je suis rentré, j’en ai parlé à un prêtre qui m’a répondu qu’il me restait encore deux années d’études et qu’il fallait prendre le temps de discerner ensemble. Au bout de deux années d’études, quand j’ai obtenu mon diplôme, je suis allé voir mon évêque car je me sentais prêt et il m’a envoyé au séminaire de Lille. »

L’engagement

« J’ai reçu une éducation chrétienne. J’allais à la messe avec mes parents, j’étais servant d’autel, et scout. Quand j’ai annoncé à mes parents mon souhait de devenir séminariste, ils ne l’ont pas accepté. Je me suis alors demandé si c’était vraiment ce que le Seigneur voulait. Un prêtre m’a précisé : « Il t’a fallu trois ans pour discerner, tu ne peux pas leur laisser moins de trois ans. Effectivement, trois ans après, ce fut un grand changement. Aujourd’hui, ils sont très heureux. Les parents ont également un chemin de discernement dans ce parcours de vocation. »

Les prérogatives d’un ministère

« Quand je me suis posé la question de devenir prêtre, je ne connaissais pas les prérogatives d’un ministère. Je l’ai découvert au fur et à mesure et cela a fait partie de mon discernement. Le Seigneur m’a appelé à lui donner toute ma vie entièrement. Pour moi, la question du célibat n’a pas été vu comme une difficulté mais comme un appel à consacrer toute ma vie. »

Sa nomination

« Je suis en poste depuis septembre 2012, j’ai été ordonné le 13 mai 2012 à Cambrai par Monseigneur Garnier. Je suis en ville, pas sur un immense territoire comme certains prêtres peuvent l’être. C’est de la petite ville. C’est mon premier poste, je suis sur deux paroisses à la fois. L’année prochaine, je vais reprendre des études à l’Institut catholique de Paris à la demande de mon évêque. C’est une preuve de confiance de sa part aussi de me demander de suivre cette formation. »

Le rôle du prêtre

« Comme ministre du sacrement, le prêtre est donné à la communauté dans laquelle il est envoyé pour la faire vivre par les sacrements. Mais il est aussi là pour éveiller ou réveiller la situation des baptisés. C’est l’un des enjeux aujourd’hui, celui de faire prendre conscience à chaque baptisé qu’il est par son baptême disciple missionnaire et qu’il doit vivre sa vocation au sacerdoce baptismal. Aujourd’hui, les baptisés doivent prendre conscience qu’ils ont un rôle à jouer dans l’Eglise, dans la paroisse pour l’annonce de l’Evangile et qui n’est pas propre de la mission des prêtres. »

« La crise des vocations »

« Je n’aime pas le terme de « crise des vocations ». Certes, nous sommes moins nombreux mais je suis convaincu que le Seigneur appelle encore. Etant donné qu’il y a beaucoup moins de baptisés, de confirmés et d’engagés dans leur foi, il y en a automatiquement moins d’appelés au sacerdoce et à la vie consacrée. »

Son quotidien

« J’ai la chance de vivre en fraternité avec un autre prêtre. Tous les matins, Nous nous retrouvons pour le petit-déjeuner suivi d’un temps d’adoration et des Laudes avant de célébrer l’Eucharistie avec la paroisse à 8h30. À partir de 9h commence ma vie différente chaque jour. Mon quotidien, c’est la pastorale ordinaire : ça peut être de la rencontre avec des élèves dans une école primaire, dans des collèges et lycées, de la célébration de funérailles, de l’accompagnement de personnes ou la préparation au mariage… Par ailleurs, ce qui est important pour moi et même vital dans mon ministère est une pause mensuelle de 24h dans un Foyer de Charité pour m’arrêter, me poser auprès d’une communauté et de prier pour me recentrer sur le Christ. »

Son regard sur les autres religions, athées, agnostiques…

« j’essaye d’adopter une démarche bienveillante envers eux, de l’accueillir comme un frère. J’écoute ce qu’ils ont à dire. Quand il y a des remarques provocantes, je les entends. Une fois que les remarques provocantes sont dites, on peut rentrer dans un dialogue. Déjà, quand il y a de la provocation, il faut laisser la personne s’exprimer. Par exemple, la semaine dernière, il y avait des jeunes assis sur les marches de l’Eglise. Certains étaient rentrés pour se mettre à l’abri dans le porche. Je suis allé les voir, je leur ai expliqué que c’était un lieu de prières et un lieu d’église. J’ai laissé le jeune s’exprimer. Il me disait qu’il ne savait pas prier. J’étais dans la bienveillance de l’accueillir. Parfois et notamment chez les plus jeunes, ils ont une méconnaissance de la foi et une fausse image. Je témoigne alors de comment j’ai pu rencontrer le Seigneur. Ils étaient réceptifs. J’ai simplement pris du temps de leur parler. Il n’y a eu aucun affront. »

Les liens avec l’évêque

« Comme c’est le lieu du siège épiscopal (Cambrai), j’ai l’occasion de le croiser régulièrement par rapport à certains autres prêtres. Pour la radio RCF, j’assure toutes les trois semaines un entretien avec l’évêque. Mais il est aussi très disponible si j’ai quelque chose à lui demander. En lui envoyant un email ou en l’appelant. »

Son regard sur le sacerdoce

« Je porte un regard de joie sur cinq années de sacerdoce. La joie dans les rencontres, les diversités et les activités. Et en même temps, une action de grâce. Cinq ans, ça peut paraitre très court mais en même temps, on réalise plein de choses. Je n’aurais jamais cru être capable de faire tout cela en rentrant au séminaire. »