P. Olivier Ribadeau Dumas : « La foi nourrit mon humanité »

olivier_ribadeau_dumas_largeurA 50 ans, le P. Olivier Ribadeau Dumas a été nommé Secrétaire Général Adjoint de la Conférence des évêques de France. Issu d’une famille catholique pratiquante de sept enfants, la foi a toujours été pour ce prêtre du diocèse de Paris quelque chose « de naturel et qui déploie notre humanité ».

« Ma vie de prêtre et le désir de suivre le Christ, c’est la plus belle façon par laquelle Dieu est venu me chercher pour vivre ma vie d’homme ». Cette conviction, le P. Olivier Ribadeau Dumas l’affiche avec le sourire depuis son arrivée le 1er septembre 2011. Pour se lancer dans cette nouvelle mission qui l’invite à se réinventer un mode de vie, il s’appuie sur cette parole du Christ : « Je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu’ils l’aient en abondance » (Jean 10, 10).

Pouvez-vous retracer vos débuts ?

Mon parcours a été marqué par un ancrage local dans différentes paroisses et, en même temps, des activités transversales. J’ai été nommé vicaire à St-Jacques-St-Christophe de la Villette (XIXe). C’était la plus grosse paroisse de Paris. En 1994, elle est partagée en deux et je suis devenu curé de la nouvelle paroisse, Notre-Dame des Foyers, jusqu’en 1998. J’ai donc eu l’expérience, jeune, de pouvoir être curé, qui plus est, de fonder quelque chose. Ce fut une expérience très importante. Rejoindre ces quartiers de l’Est parisien, c’était découvrir d’autres réalités, d’autres manières de vivre sa foi, de la comprendre, de la célébrer, dans une diversité des cultures intéressante. L’église est située en face la mosquée Adda’wa. La dimension du dialogue interreligieux – entre religieux mais aussi de coexistence au sein d’une même société avec des coutumes et des cultures différentes – a marqué le début de mon ministère. Parallèlement, j’ai été aumônier de collèges. D’abord adjoint, je suis passé responsable du FRAT à Lourdes, pour les 15-18 ans, en 1994 et 1996. En 1995, j’ai été nommé coordinateur de la pastorale des jeunes du diocèse de Paris puis délégué des évêques d’Ile-de-France pour la préparation des Journées Mondiales de la Jeunesse à Paris en 1997. Là encore, cela reste une expérience très forte.

Puis vous repassez Rive gauche…

En 1998, le cardinal Lustiger me demande de rejoindre la Mission étudiante. Je vais à St-Germain-des-Prés, la paroisse étudiante de Paris dont je deviendrai curé en 2001. Changement radical ! J’ai été aumônier de Paris II – Assas, puis responsable de l’ensemble des aumôneries parisiennes (CEP), et enfin coordinateur des aumôneries d’Ile-de-France (MECI). C’est une paroisse vivante. La messe du dimanche soir rassemble près de 1400 étudiants et jeunes professionnels. C’est très stimulant. Avec eux, j’ai essayé de développer l’intelligence de la foi, le sens de la célébration chrétienne, leur engagement dans la vie. De belles années. En 2005, Mgr André Vingt-Trois, archevêque de Paris, m’a nommé curé de St-Jean-Baptiste de Grenelle (XVe). C’est une paroisse qui compte beaucoup de familles avec des jeunes enfants, beaucoup de célibataires aussi. C’est un lieu de grande créativité, signe d’un désir profond des chrétiens d’avoir une part active dans la vie de la paroisse, dans l’annonce de l’Evangile mais aussi dans l’insertion dans la société. J’en veux pour preuve la création d’une bagagerie pour les SDF et du « carrefour des familles », un lieu d’accueil et d’écoute. J’étais curé avec une équipe de jeunes prêtres. J’ai eu beaucoup de chance d’avoir dans tous mes ministères des séminaristes ou des jeunes prêtres, ce qui pour moi était vraiment enrichissant.

Vous avez été vicaire épiscopal pour la solidarité…

C’est un domaine que je ne connaissais pas du tout. Je reste émerveillé de l’engagement des chrétiens car pour moi, la charité n’est pas un appendice de la foi : c’est le cœur de la foi. Je l’ai souvent dit : la richesse de l’investissement des chrétiens est une force extraordinaire pour l’Eglise. Ce ministère a été une révolution copernicienne dans ma vie de prêtre. Découvrir comment les pauvres nous évangélisent, voir que la personne, aussi défigurée soit-elle, a une dignité intangible, a été quelque chose de très fort. Je reste extrêmement marqué par des visages de personnes sans domicile, bouleversé par des rencontres de migrants. J’ai découvert quelque chose du visage du Christ. Jésus nous le dit : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Matthieu 25, 40). Une autre expérience choc a été le contact avec les détenus. En tant que référent de la maison d’arrêt de la Santé (XIVe), j’ai pu travailler avec les aumôneries de prison. Célébrer avec les détenus était bouleversant.

Quelles sont vos nouvelles missions ?

Je serai secrétaire de la Commission pour les ministres ordonnés et les laïcs en mission ecclésiale. Je suivrai aussi la vie consacrée, les questions de protection sociale du clergé, la Commission épiscopale pour la Mission de France et le Conseil pour la pastorale des enfants et des jeunes. Je ne le vis pas comme un travail de bureaucrate. Je demeure pasteur pour que le Royaume de Dieu puisse grandir. Je les aborde aussi dans le souci du service et j’ai conscience d’être parisien. J’ai à découvrir de nouvelles réalités et diversités. J’ai le souhait d’un travail commun qui respecte les responsabilités de chacun. J’arrive à un moment particulier car à la prochaine Assemblée plénière (Lourdes, 4-9 novembre 2011), plusieurs commissions seront renouvelées.

Quel regard portez-vous sur les grands « dossiers » en cours : Familles 2011, anniversaire de Vatican II, Diaconia 2013 ?

Ils sont extrêmement importants parce qu’ils signifient la vitalité de l’Eglise. J’ai bien vu comment des événements à l’organisation desquels j’ai pu contribuer ont dynamisé le tissu de notre Eglise. J’y crois beaucoup. Je suis convaincu que cela n’épuise pas toute la richesse qui se vit sur le terrain. Tout cela est au service de réalités locales. Si nous avons à découvrir d’autres modes de visibilité et de rassemblements, il y a une vitalité très grande dans l’Eglise qui est en France. Il faut que nous apprenions par ces rencontres, à montrer que l’Evangile est au service de notre humanité et du bonheur de l’homme.
 

Bio express. Né le 1er avril 1961, P. Olivier Ribadeau Dumas a suivi des études de droit : « Je désirais être avocat, défendre des causes, chercher la vérité ». En 1984, il entre à la Maison Saint Augustin pour une année de discernement. Il est formé au Séminaire français de Rome, plus particulièrement en théologie morale – qui permet « de déployer pleinement notre humanité ». Il est ordonné en 1990 par le cardinal Jean-Marie Lustiger, alors archevêque de Paris.

 

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