Nostra Aetate, le tournant historique du Concile Vatican II

photo montrant un groupe d'évêques pendant une session de Vatican II

Nostra Aetate est une déclaration importante du concile Vatican II, promulguée le 28 octobre 1965 par le pape Paul VI. C’est l’un des documents les plus significatifs du XXe siècle pour l’Église catholique en matière d’ouverture et de dialogue avec le monde.

Nostra Aetate marque un tournant dans l’histoire de l’Église catholique, car c’est le premier texte à examiner officiellement les relations avec les religions non chrétiennes. Elle reconnaît ce qui est « vrai et saint » dans les autres religions et encourage le dialogue interreligieux, en particulier avec le judaïsme et l’islam. Cette déclaration a eu un impact significatif sur l’approche de l’Église catholique envers les autres confessions religieuses, ouvrant la voie à une ère de dialogue et de compréhension mutuelle.

Origine et développement

En 1947, la conférence de Seelisberg réunit des personnalités juives et chrétiennes pour étudier les causes de l’antisémitisme chrétien. L’historien français juif Jules Isaac rencontre en 1960 le pape Jean XXIII, lui remettant un dossier plaidant pour des modifications positives dans l’enseignement chrétien concernant les Juifs. Jean XXIII confie au cardinal Augustin Bea la tâche de rédiger un texte sur les Juifs dans le cadre de la préparation du Concile Vatican II. Initialement, le projet ne devait concerner que les rapports entre christianisme et judaïsme, mais il fut élargi par la suite aux autres religions non chrétiennes.

Nostra Aetate a été signée par le pape Paul VI le 28 octobre 1965. Le document a été approuvé par les Pères du Concile avec 2 221 voix pour et 88 contre. C’est le plus court des documents de Vatican II, mais il est considéré comme fondateur du dialogue interreligieux catholique contemporain.

Après la signature du pape Paul VI, le document porte également les signatures des Pères conciliaires. Parmi les signataires mentionnés, on trouve le cardinal Antonio Caggiano, archevêque de Buenos Aires et le cardinal Pietro Ciriaci.

image du Pape Paul VI entouré d'évêque, au Vatican

Deux modifications liturgiques majeurs

Modification de la prière pour les juifs du vendredi saint

1959 on priait le vendredi saint pour « pro perfidis judaeis », les juifs « infidèles » selon le terme latin, mais malheureusement traduit par « perfides » en français. Différentes modifications ont été opérées par Jean XXIII dès 1959 puis par Paul VI pour aboutir à la formule actuelle « Prions pour les Juifs à qui Dieu a parlé en premier, qu’ils progressent dans l’amour de son nom et la fidélité de son alliance ». L’enjeu n’est plus de dénoncer l’infidélité des juifs mais de souligner le mystère de leur élection première.

Lecture de l’Ancien Testament

Jusqu’au concile Vatican II, on ne lisait l’Ancien Testament qu’à certaines fêtes. En octobre 1964, à la demande du pape Paul VI, une lecture de l’Ancien Testament est intégrée dans la liturgie de la Parole chaque dimanche. Le Concile n’a pas seulement voulu élargir la connaissance biblique des fidèles. Il a voulu que la Bible soit lue comme un tout unique, où Ancien Testament et Nouveau Testament s’appellent et s’éclairent mutuellement dans la personne du Christ. En faisant prendre conscience de l’ancrage biblique des textes des Évangiles, ces lectures de l’Ancien Testament mettent en évidence le lien intime qui lie les deux religions.

basilique Saint-Pierre, Concile Vatican IILes principaux objectifs de Nostra Aetate

      • Promouvoir le dialogue interreligieux : Nostra Aetate vise à établir des relations plus ouvertes et fraternelles entre l’Église catholique et les religions non chrétiennes,
      • Reconnaître la valeur des autres religions : La déclaration affirme que l’Église reconnaît ce qui est « vrai et saint » dans les autres traditions religieuses, notamment l’hindouisme, le bouddhisme et l’islam,
      • Améliorer les relations avec le judaïsme : Un accent particulier est mis sur la relation unique entre le christianisme et le judaïsme, mettant fin à l’accusation de déicide dirigée contre le peuple juif,
      • Encourager la fraternité universelle : Nostra Aetate appelle à la construction d’un monde plus humain et plus fraternel, s’opposant à toute forme de discrimination basée sur la race, la couleur, la condition ou la religion,
      • Réexaminer l’approche de l’Église envers les non-chrétiens : La déclaration invite l’Église à reconsidérer sa position vis-à-vis des croyants d’autres religions dans un esprit d’ouverture et de respect,
      • Promouvoir la paix et la compréhension mutuelle : En encourageant le dialogue et la reconnaissance mutuelle, Nostra Aetate vise à favoriser la paix entre les différentes communautés religieuses,

Nostra Aetate et Jean-Paul II

La fraternité entre juifs et catholiques est une des priorités de Jean-Paul II. Dès le début de son pontificat, le 12 mars 1979, en recevant les dirigeants d’organisations juives mondiales, il présente un carnet de route pour renouveler le dialogue entre juifs et chrétiens.

Lors de son déplacement en Allemagne à Mayence, en novembre 1980, le Pape rencontre les représentants de la communauté juive et affirme que « Quiconque rencontre le Christ rencontre le judaïsme », puis rappelle que la première alliance conclue par Dieu avec le peuple d’Israël n’a jamais été révoquée : il récuse ainsi la théorie de la substitution qui a largement nourri l’antijudaïsme chrétien.

Le 13 avril 1986, Jean-Paul II effectue la première visite d’un pape à la synagogue de Rome. Dans la continuité de Nostra Aetate, il annonce : « vous êtes nos frères préférés et, d’une certaine manière, on pourrait dire, nos frères aînés » et dénonce l’antijudaïsme chrétien. Le 30 décembre 1993, avec l’« Accord fondamental », le Pape reconnaît officiellement l’État d’Israël et, parallèlement, réclame la création d’un État palestinien avec des garanties de sécurité pour Israël.

Lors du Grand Jubilé de l’an 2000 à Jérusalem, Jean-Paul II se rend à Yad Vashem, le mémorial de la Shoah, puis au Kotel, où il prie longuement et dépose entre les pierres une demande de pardon à Dieu pour toute les fautes de l’Église envers les juifs au long des siècles.

L’héritage à long terme de Nostra Aetate

Nostra Aetate continue de se manifester aujourd’hui, car le texte reste une référence dans les enseignements actuels de l’Église comme le Directoire pour la catéchèse. Elle a conduit à de nombreuses initiatives de dialogue et d’enseignements des papes successifs.

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