Bruno et Stéphanie, une lecture fondatrice

diocèse de Limoges : portrait de Bruno Pennel, diacre permanent

Diacre permanent pour le diocèse de Limoges, Bruno Pennel œuvre avec son épouse Stéphanie au service de la pastorale familiale de la Haute-Vienne et de la Creuse depuis sept ans. Leur première intuition ? Étudier en équipe l’exhortation apostolique Amoris Laetitia sur l’amour dans la famille, dont l’Église fête les 10 ans cette année. Portrait. Par Florence de Maistre.

“En relisant ces derniers mois, je m’aperçois que le travail initial de lecture, de réflexion et d’approfondissement de l’exhortation apostolique Amoris Laetitia s’accomplit pleinement dans les projets en cours”, assure Bruno Pennel, 61 ans, responsable avec Stéphanie, son épouse, du service de la pastorale familiale du diocèse de Limoges. Mariés depuis trente-quatre ans, Bruno et Stéphanie ont quatre enfants dont un marié l’an dernier. Le nid s’est vidé, mais le couple ne manque pas d’activités ! Stéphanie est secrétaire de la paroisse Saint-Martial à Limoges. Quant à Bruno, il est directeur des systèmes d’information et numérique (DSIN) pour un ensemble de concessions automobiles et poids lourds : il est appelé à se déplacer dans la Creuse, la Haute-Vienne, les Deux-Sèvres et la région parisienne. En 2019, il est ordonné diacre permanent par Mgr Pierre-Antoine Bozo, alors évêque de Limoges, et se voit confier avec son épouse la mission de la pastorale familiale diocésaine. “Juste avant mon ordination, j’avais soufflé à mes accompagnateurs que cette pastorale-là me faisait peur ! Mais avec Stéphanie nous avons été, il y a quelques années, chefs de groupe pour les Scouts unitaires de France. Chez eux, ce service se vit en couple et c’est très beau. Il semble assez logique qu’il en soit de même pour la pastorale familiale, même si je me sens assez inefficace”, reconnaît le diacre.

Pour débuter leur mission, les responsables diocésains de l’accompagnement des familles choisissent de former une équipe avec deux autres couples et une personne séparée membre de la Communion Notre-Dame de l’Alliance. Au rythme d’une rencontre par mois, ils étudient Amoris laetitia, puis le document “Itinéraire catéchuménal pour la vie conjugale. Orientations pastorales pour les Églises particulières”, publié en 2022 par le dicastère pour les laïcs, la famille et la vie. “Nous avons prié, réfléchi, élargi ensemble les points de vue sur les sujets touchant à la famille”, précise Bruno. Le couple missionné se lance ensuite dans l’organisation d’une journée de rassemblement des familles, autour de différents témoignages et interventions. La première édition à Limoges est un succès. La seconde touche moins de familles. La troisième est annulée, faute de participants. “Nous avons été déçus. La formule ne correspond sans doute pas aux attentes. Nous avons aussi été confrontés aux difficultés propres aux populations locales et en particulier au manque de passage entre les zones de la Haute-Vienne et de la Creuse”, pointe le diacre. En revanche, les acteurs de la pastorale des familles (Associations familiales catholiques (AFC), Vivre et aimer, le Cler, etc.) sont, de leur côté, toujours demandeurs d’échanges. Ils se réunissent pour des temps de partage de leurs activités.

Écouter et soutenir les familles

Peu de temps après, Bruno et Stéphanie ont été secoués par un décès et une séparation au sein de leur équipe. Ils n’ont pas souhaité en appeler une nouvelle, afin d’assimiler ce vécu. Mais depuis quatre ans, ils sont mobilisés par un projet initié par l’Enseignement catholique diocésain : l’ouverture d’une maison des familles. C’est au cours d’une consultation des parents d’élève sur la réaffectation des fonds à la suite de la fermeture et fruits de la vente d’une école diocésaine que l’idée à germer. Ce que les parents appellent de leurs vœux ? Un lieu d’écoute et de soutien pour les familles ! Mgr Bozo encourage alors le directeur interdiocésain de l’Enseignement catholique du Limousin de l’époque à se rapprocher de la pastorale familiale. S’ensuivent de nombreuses démarches, études de faisabilité, rencontres des instances sociales locales, etc. La maison, adossée au tiers-lieu du Parvis des Clarisses, est sur le point d’ouvrir à Limoges. “Il est temps qu’elle ouvre et en même temps, il fallait ces années pour mûrir et voir aboutir ce projet ! La maison des familles répond pleinement à l’appel d’Amoris Laetitia et au soin à apporter aux familles. Elles sont torpillées en permanence : elles ont tellement besoin d’être soutenues !”, lance le DSIN.

L’écoute intégrale, gratuite et anonyme est l’activité première de la maison. Entre bienveillance et attention inconditionnelle, cette écoute est placée sous l’égide des Accueils Louis et Zélie. Plusieurs formations diocésaines ont été dispensées en ce sens et une quinzaine de bénévoles aguerris adhère déjà au projet. “Les familles blessées, les personnes accueillies pourront ensuite être aiguillées vers un accompagnement spécifique : conseil conjugal, médiation familiale, soutien psychologique, etc. Nous allons relancer tous les acteurs de la pastorale pour organiser d’autres activités”, explique Bruno, qui se réjouit que l’ensemble des chefs d’établissement scolaire soient prescripteurs pour les familles. Il imagine déjà organiser des évènements dédiés aux grands-parents, fêter la Saint-Valentin autrement, proposer du soutien scolaire.

Renouveler la préparation au mariage

S’il sert de son mieux les familles du diocèse, Bruno reste sans cesse interpellé par sa mission diaconale. Les couples éloignés de l’Église qui demandent à s’y marier le mettent mal à l’aise. “Tout compte fait, Amoris Laetitia résonne chez moi autour des questions de la responsabilité de l’Église. Nous mettons certains couples dans des situations délicates, faute d’une préparation mieux discernée”, souligne le diacre. Trois axes de travail ressortent de la rencontre menée avec les prêtres du doyenné de Limoges autour du document proposé par le dicastère pour la famille : le besoin d’une formation pour les équipes de préparation au mariage, l’organisation d’un week-end pour les fiancés, l’accompagnement des équipes pour inviter les fiancés à un discernement vocationnel. En novembre dernier, une trentaine de personnes a participé à la journée de formation organisée en lien avec le responsable de la pastorale liturgique et sacramentelle du diocèse. “Les retours sont positifs, les indicateurs montrent un fort intérêt pour les sujets abordés. Nous renouvellerons cette formation en y intégrant plus de temps d’échange”, rapporte le délégué pour les familles. Les autres points d’attention seront mis en œuvre en leur temps.

Du Congrès Mission de La Rochelle Bruno et Stéphanie ont rapporté des idées pour initier des week-ends pour les fiancés. Elles restent à adapter. L’ouvrage est toujours sur le métier. Déjà la maison des familles apporte une vraie réponse aux questions que le diacre se pose. “Parmi les couples que je rencontre en vue de leur mariage, je vois des personnes en recherche et je reçois quelques témoignages touchants. Mais nous avons du mal à les accompagner par la suite. Je vois des ménages qui reviennent vers moi pour baptiser leur enfant. Il s’agit avant tout de créer du lien. L’Esprit travaille et œuvre ! La difficulté est d’agir en espérant sans préjuger des résultats”, confie le diacre. Il ancre toutes ses démarches, toutes les personnes rencontrées dans sa prière quotidienne, “la seule qui puisse nous faire tenir. Je confie également tout ce qui semble être un échec mais qui est peut-être juste un moyen de nous aider à comprendre comment progresser”. L’équilibre de vie est parfois à ajuster, le curseur à repositionner. Bruno sourit : “Nous avons la chance d’avoir une maison de campagne à 60 km de Limoges : c’est notre petit coin de paradis” !

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