Acompagnateurs d’aumôneries étudiantes : « les jeunes ont une soif de profondeur qui est à soigner »

Nés en l’an 2000 ou après, les étudiants qui se retrouvent à l’aumônerie catholique partagent cette soif de progresser ensemble sur le chemin de vie. Ils encouragent aumôniers et animateurs à inventer de nouvelles propositions.
Par Florence de Maistre.

“Les étudiants sont une génération en quelque sorte cabossée, j’emploie un mot fort. En tous cas malmenée par l’histoire : après les attentats, le covid-19 et maintenant la guerre. C’est surtout une génération en recherche de sens et de fraternité. À la suite des confinements, le répondant a été d’autant plus vif. Depuis la rentrée universitaire, c’est manifeste : nous sentons une volonté de s’engager, de progresser ensemble, de vivre sa foi avec d’autres”, partage le P. Emmanuel Ecker, aumônier de la Mission étudiante catholique à Metz. Lieux de rencontre, de convivialité, d’éveil et d’approfondissement de la vie chrétienne, les 220 aumôneries étudiantes en France, offrent aussi aux jeunes un lieu d’engagement dans un esprit de service et de prise de responsabilité. Quelles que soient les structures associatives et leur taille, les étudiants sont invités à s’investir aux côtés d’une équipe accompagnatrice. Ils sont force de proposition et agissent.

Fin janvier, 2500 étudiants des aumôneries de toute la France devaient vivre à Rouen le 4e grand rassemblement Ecclesia campus autour du thème “Témoins de l’essentiel”. La situation sanitaire a finalement empêché l’événement, mais de nombreux jeunes se sont saisis de ce week-end pour vivre un temps fort malgré tout. “Les étudiants en responsabilité ont mis sur pied un rallye automobile à la découverte des grands enclos paroissiaux, ce beau patrimoine breton. C’était une organisation de dingue, réussie en quinze jours seulement ! Nous étions une trentaine de participants”, rapporte Alix Delleur, adjointe à l’aumônier des étudiants de Brest. À Metz, les étudiants ont invité leurs voisins Strasbourgeois pour une rencontre inter-aumônerie. Un pèlerinage sur les traces des saints dijonnais a rassemblé une trentaine d’étudiants de Côte d’Or. “Ce sont les jeunes eux-mêmes qui ont souhaité vivre cette démarche en se rendant d’une église à l’autre. Nous avons dépensé pas mal d’énergie, avec cette belle expérience à la clé”, souligne le P. Matthieu Delestre, oratorien, aumônier des étudiants du diocèse de Dijon.

Un lieu d’Église

L’accueil et l’accompagnement proposés aux étudiants au sein des aumôneries s’efforce de répondre aux besoins des jeunes. Celui d’être ensemble est sans doute le premier. “Il s’agit de tisser un lien de confiance pour que les étudiants se sentent à l’aise. D’essayer de les faire grandir dans la foi, grandir dans leur vie d’homme et de femme. Nous veillons au cadre, à mettre Dieu au centre de leur vie. Les profils des jeunes sont différents, certains ont une foi mûre, d’autres sont en pleine découverte. De belles dynamiques se vivent”, poursuit Alix Delleur. Ici et là, la diversité des étudiants se caractérise par des jeunes catholiques fervents issus des mouvements d’Église, des nouveaux convertis issus d’horizons divers, milieux matérialistes ou musulmans, et des étudiants étrangers, venus d’Afrique dans leur grande majorité. “Je vois trois grandes attentes principales selon les jeunes. L’approfondissement de la foi ou sa découverte. La dimension fraternelle, le partage de moments de convivialité. Et enfin, l’expérience spirituelle”, relève le P. Emmanuel Ecker.

La formule messe hebdomadaire, suivie d’un repas et d’un temps d’enseignement est souvent le temps fort de la semaine. Le P. Matthieu Delestre de noter actuellement, une plus grande affluence à la messe des étudiants, ces derniers étant de plus en plus attentifs à la beauté de la liturgie. “Ceux qui veulent vivre en chrétien aujourd’hui aspirent à un moment de grande qualité. Ils ont une soif de profondeur qui est à soigner. Ils prennent en charge les chants, dans la mouvance d’Ecclésia cantic, avec des mini-choeurs à capella, ce qui marque pas mal l’évolution du répertoire. Nul besoin que ça swingue !”, précise l’aumônier des étudiants de Dijon. Après le partage du repas, la soirée se poursuit sur des modes différents qui alternent : topo, témoignage, jeux ou encore louange.

Mieux comprendre la foi

Dans la semaine ou le mois, d’autres rendez-vous invitent à approfondir sa formation de chrétien et son engagement. À Dijon, le “Studio J” comme Jeune, Jésus ou Joyeux est un module de dix séances autour d’un partage biblique ou d’un temps fort de l’histoire de l’Église où les jeunes eux-mêmes apportent le fruit de leurs recherches sur un sujet tiré au sort. “C’est un bouillon de culture que l’on entretient et auquel je tiens. J’y invite les jeunes en demande de sacrement. Nous nous plongeons ensemble dans la démarche. En une soirée, on se rend compte des continuités”, explique le P. Matthieu Delestre. À Metz, les mardis “apéro-catho” abordent de grands textes bibliques. “Souvent il y a là des étudiants, qui ne sont pas de grands pratiquants, avec lesquels on passe de très beaux moments et échangeons en profondeur. C’est touchant comme ils perçoivent vite le contexte de l’écriture et le cœur du message”, confie l’aumônier des étudiants de Metz. Les aumôneries situées dans les villes qui bénéficient d’une faculté de médecine ou d’une école d’infirmières organisent plus spécifiquement des soirées autour de la bioéthique.

Donner de son temps, se mettre au service des personnes en difficultés, fait également partie des propositions. À Dijon, un groupe d’étudiants en lien avec la société Saint-Vincent-de-Paul est actif. L’aumônier de souligner que ces étudiants œuvrent également au sein de l’association de solidarité de l’université, mais c’est auprès de l’aumônerie qu’ils trouvent un supplément de sens. Particularité brestoise, la quarantaine d’étudiants qui vit dans les huit colocations de l’aumônerie signe une charte qui engage chacun à participer à l’animation des messes ainsi qu’à de nombreux services : patronage, soutien scolaire, activités auprès de personnes handicapées. Sans oublier le pôle aide alimentaire, avec la collecte de denrées deux fois par semaine et la distribution d’une quarantaine de colis le dimanche matin pour les étudiants en précarité et les étudiants étrangers qui comptaient sur des jobs d’appoint et, qui dans le contexte sanitaire, se trouvent dans des situations impossibles. “En mêlant le côté enrichissement spirituel et le côté entraide, on essaie de tourner les étudiants vers les périphéries, vers cette ouverture, ce regard de charité, précise Alix Delleur. L’année est également rythmée par des projets ponctuels : préparation des JMJ, week-end de prière, mission.

Servir la joie

Les amitiés qui naissent à l’aumônerie, les moments informels où les jeunes se retrouvent à l’improviste autour d’un verre ou d’un pique-nique ont, au regard de l’actualité, ce goût d’une confiance en la vie. “Il y a un vrai enjeu autour de la question de l’espérance. Je sens des chrétiens habités. Quelques fois, ils m’édifient. Aurais-je été aussi fort, joyeux, non pas insouciant mais léger à leur âge dans le contexte que nous traversons ? Comme tout le monde, ils partagent l’inquiétude ambiante, mais sans se laisser miner. Ce qui me réjouit le plus ? Ces amitiés vraies, ce compagnonnage qu’ils développent et qui participe de leur force”, évoque le P. Ecker. Et s’ils se savent minoritaires dans la société, cela ne freine pas leur ferveur et leur recherche d’être plus fort. Le P. Delestre reprend : “toute la question est de convertir cette communion en obéissance à l’Église avec d’autres personnes différentes et avec le Seigneur. C’est encore à creuser et à travailler. Par leurs requêtes et leurs attentes, les jeunes eux-mêmes me tirent vers le haut !”

Voir les étudiants grandir, prendre leur envol, trouver un équilibre malgré les fragilités et les vies déjà cabossées est une des grandes joies des accompagnateurs des aumôneries étudiantes. “C’est beau de les voir évoluer au cours de l’année universitaire, dévoiler le meilleur d’eux-mêmes, se mettre au service des frères, se découvrir eux-mêmes. On est toujours surpris par ce qui nous attend”, indique Alix Delleur, en soulignant le chemin d’humilité, de prière et de travail d’équipe qu’implique la mission auprès des étudiants. Leur joie est aussi celle des aumôniers. Le P. Emmanuel Ecker ponctue : “C’est une de mes plus grandes joies que d’être au service de la joie que les étudiants ont de croire, de se retrouver et d’approfondir ensemble. Ce qui me fait avancer ? Ils veulent vivre de l’espérance !”

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