Trois figures qui ont marqué le Secours catholique

Le Secours catholique Caritas – France souffle ses 80 bougies. Nombreux sont ceux qui s’inscrivent à la suite du fondateur visionnaire de l’œuvre, Mgr Jean Rodhain, animés par le même esprit de charité et d’engagement au service des plus démunis. Focus sur trois personnalités : Denis Viénot, François Soulage et Véronique Fayet. Par Florence de Maistre.

Denis Viénot, secrétaire général du Secours catholique de 1991 à 1998
“Le Secours Catholique, c’est 50 % d’action, 50 % de sensibilisation. Mgr Jean Rodhain [fondateur de l’œuvre] voyait juste avec cette formule. Sensibiliser, c’est en effet rendre capable de réactions. Il y a en plus du sensible, du délicat dans le mot sensibiliser. Ce 50-50 est une des originalités du Secours catholique. Nos bénévoles sont des acteurs avec les personnes en difficulté, nos Caritas des acteurs avec les peuples de l’Est et du tiers monde. C’est à partir de l’action concrète d’aide de court terme et de promotion de long terme que nous voulons sensibiliser”, écrit Denis Viénot en 1993 dans Messages, le mensuel du Secours catholique. Il en est alors le secrétaire général depuis deux ans, et déjà fort de dix-huit années au service de l’association caritative. Marié et père de deux filles, il entre au Secours catholique à 29 ans. Il y exerce d’abord des responsabilités administratives et d’encadrement auprès des jeunes, avant de devenir directeur administratif et financier, puis directeur de l’aide internationale. Il assure la fonction de secrétaire général du Secours catholique de 1991 à 1998, tout en étant également trésorier de Caritas internationalis pendant douze ans.
Ces années voient l’ex-yougoslavie se déchirer : l’ONG française se mobilise pour l’accueil des réfugiés et l’aide aux populations locales. Le réseau Caritas internationalis est présent au Rwanda au lendemain du génocide. Résolument proche des pauvres dans un esprit de partenariat et non d’assistanat, animé par la passion du plaidoyer, Denis Viénot déploie ses engagements. Il intègre la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) dès 1996. Président de Caritas Europa de 1999 à 2005, il est le premier laïc à la tête de Caritas Internationalis en 2005. En 2010, il publie La justice dans la peau (éd. DDB). Il y défend avec force la cause des plus faibles et des plus démunis sur tous les continents, partage son témoignage et sa réflexion géopolitique. Un an après, le voilà nommé secrétaire général de Justice et paix France. L’homme de liens et de conviction l’assure : “Travailler avec d’autres est une façon de témoigner. Je suis pour un désenclavement de l’Église”. Depuis 2012, il est président de la sous-commission Racismes, discriminations et intolérance, et rapporteur permanent Lutte contre le racisme de la CNCDH.

François Soulage, Président du Secours catholique de 2008 à 2014
“Il fallait y croire, pour lancer la démarche Diaconia 2013. Il fallait avoir envie de faire bouger l’Église de France sur cette question de la Diaconie et du service du frère (…) Il fallait croire que la parole des plus pauvres et des plus précaires puisse éclairer notre manière de vivre notre foi. Que cette parole nous rappelle que le Christ s’est fait pauvre parmi les pauvres. Qu’à travers la personne en précarité, c’est le Christ lui-même qui nous apparaît et nous appelle à construire le royaume”, écrit François Soulage, dans la préface de l’ouvrage Quand l’Église se fait Fraternité (Patrice Sauvage, éd. Franciscaines, janv. 2016). Le président du Secours catholique de 2008 à 2014 se saisit de la première encyclique de Benoît XVI Deus caritas est sur la triple mission de l’Église et engage la grande démarche Diaconia 2013. Le Secours catholique est pleinement mobilisé et les diocèses fortement impliqués pendant trois ans. L’idée ? Que le service auprès des plus fragiles redevienne l’affaire de tous les baptisés !
L’homme s’inscrit dans la lignée du fondateur Jean Rodhain. “Il s’agit ici d’évangéliser, c’est-à-dire de faire découvrir aux communautés de vie dans lesquelles chaque chrétien est présent, la force de l’Évangile qui nous met en route. Il s’agit donc de rendre nos pratiques évangéliques et non d’évangéliser les personnes”, lance le président, qui multiplie les rencontres sur le terrain et dans la France entière. Lorsqu’il accepte sa nomination à la présidence nationale du Secours catholique, il a 64 ans, est marié et père de trois enfants. Expert de l’économie solidaire, il a présidé l’Institut de développement de l’économie sociale (Ides), ainsi que deux autres structures au service des hommes et des territoires. Depuis son expérience du scoutisme et l’animation du patronage de sa paroisse, il s’engage à tous les niveaux du municipal au national, en passant par le diocésain. Il a été, sous le mandat de Michel Rocard dont il est proche, délégué interministériel à l’économie sociale. Soucieux de travailler sur les causes de la pauvreté, il insiste aussi sur le sens de l’action : “Tout notre travail est de montrer que si on doit venir immédiatement en aide à ceux qui en ont besoin, c’est pour pouvoir construire avec chaque personne accompagnée un projet de vie”.
À lire
Justice et charité – François Soulage entretiens avec Christophe Henning, éd. DDB 2012
Le pari de la fraternité – Guy Aurenche et François Soulage entretiens avec Aimé Savard, éd. de l’Atelier 2012

Véronique Fayet, Présidente du Secours catholique de 2014 à 2021
“Ce qui m’a frappé au début, c’est qu’il y a justement une histoire forte et une culture commune qui vient de loin, des valeurs partagées par l’ensemble des acteurs. (…) J’ai ressenti à mon arrivée ce sillon très profond, cette recherche permanente de l’association, depuis 1946, à être inventive, toujours à l’écoute du monde, à évoluer et s’adapter. Cet enracinement dans l’histoire est très sensible dans la maison. (…) On sent – par-delà les changements et les évolutions – une grande continuité”, confie Véronique Fayet à François Mabille in Le Secours catholique (1946-2016), publié aux éd. du Cerf à l’occasion du soixante-dixième anniversaire de la première ONG catholique française. 2014 voit pour la première fois une femme nommée présidente du Secours catholique. Véronique Fayet restera à la tête de l’œuvre pendant sept ans, en s’appuyant sur la formule de Jean Rodhain : “La charité d’aujourd’hui doit être la justice sociale de demain”. Mariée, mère de quatre enfants, elle s’engage d’abord à 26 ans aux côtés du P. Joseph Wresinski, au sein du mouvement des droits de l’Homme ATD Quart Monde.
Dix après, en 1989, elle entre en politique au service de la ville de Bordeaux. Conseillère municipale, puis adjointe au maire, alors Alain Juppé, elle assume différents mandats pendant 25 ans. Elle accepte également la présidence du Forum français pour la sécurité urbaine, puis la vice-présidence de Bordeaux Métropole ainsi que celle du Conseil national des villes. Elle est conseillère régionale d’Aquitaine de 2004 à 2015. Alors qu’elle a décidé de quitter la politique, elle vit sa nomination à la présidence du Secours catholique comme un appel. Sa réponse sera notamment marquée par une présence auprès des migrants de la nouvelle jungle à Calais, par la première intervention du département urgence en zone urbaine et la mobilisation de 250 bénévoles pendant trois mois à la suite des inondations meurtrières à Nice, par la création de Caritas habitat une agence immobilière sociale, et encore par un fort soutien à l’action des Caritas sur le continent européen tout comme en Jordanie, au Liban et en Turquie. Depuis février 2022, Véronique Fayet est présidente de Kaori, une association créée par le Secours catholique, qui propose une vision alternative de la finance dans le prolongement de l’encyclique du pape François Laudato si’.
