Les bénédictines de Wisques, insérées au cœur de la vie diocésaine

A quelques kilomètres de Saint-Omer, dans la campagne audomaroise, les moniales de Wisques vivent selon la règle de Saint Benoît, écrite au VI° siècle. Rencontre avec ces religieuses qui ont récemment élu leur nouvelle mère abbesse.

Vous avez élu votre nouvelle mère abbesse en juin dernier. Pourquoi ? Comment se déroule cette élection pas comme les autres ? Quel est le rôle de la mère abbesse au sein de la com­munauté ?

Abbaye de WisquesEffectivement, nous venons de vivre un événement communautaire important, d’autant plus mar­quant qu’il se produit rarement : l’Abbesse, chez nous, est élue ‘à vie’ ! Cependant quand l’âge ou la santé le demandent nos constitutions prévoient qu’elle puisse déposer sa charge. Chez les Chartreux cela s’appelle ‘faire miséricorde’ ! C’est ce qui s’est passé en juin dernier : notre précédente Abbesse Mère Marie-Élisabeth a présenté sa démission pour raison d’âge et de diminution de ses forces et notre Père Abbé-Président l’a acceptée ! C’est un moment émouvant et fort, car l’Abbesse – comme son nom l’indique d’ailleurs – est vraiment la Mère de la Communauté. Le 25 juin, à l’église – c’est-à-dire sous le regard du Seigneur – nous avons donc choisi par bulletin secret notre nouvelle Abbesse. C’est un peu comme pour l’élection d’un Pape : il n’y a pas de candidats, mais dans la prière, sous la mouvance de l’Esprit, chacune exprime son choix libre. Une fois le résultat proclamé (il faut 2/3 des voix) on reçoit des mains de Dieu sa nouvelle Mère, comme celle-ci reçoit de Dieu le dépôt précieux de la Communauté.

S’en est suivi une bénédiction abbatiale. En quoi cette cérémonie consiste-t-elle ? Quels en sont les moments forts ?

La cérémonie de bénédiction abbatiale a eu lieu le 8 septembre suivant, en la fête de la Nativité de Notre Dame. Une journée magnifique, présidée par notre évêque Mgr Jaeger, assisté de Dom Dupont, Père Abbé de Solesmes et Président de notre Congrégation. Étaient aussi présents tous les moines de l’Abbaye saint Paul de Wisques – notre monastère a la chance d’avoir dans son voisinage une Abbaye de moines qui sont de notre Congrégation – et de nombreux prêtres amis. Les fidèles étaient au rendez-vous : plus de 300… du jamais vu chez nous, il a fallu retransmettre la cérémonie sur grand écran dans deux autres lieux proches de l’église pour que chacun puisse participer. Le jour de son élection, Mère Anne-Laetitia, notre nouvelle Abbesse, avait déjà reçu la Croix dans tous les sens du terme : à la fois la charge de gouverner la Communauté et la Croix qu’elle porte autour de son cou et qui la distingue des autres sœurs. Le jour de sa Bénédiction, elle a reçu une grâce spéciale de l’Église en vue de cette mission. Au cœur d’une Messe solennelle, la prière chantée sur elle par l’évêque lui confère la bénédiction efficace de Dieu : « … nous te supplions humblement de bénir et de fortifier ta servante… comble-la des dons de ton Esprit : qu’elle soit ardente pour ta Gloire et le service de ton Église, qu’elle y entraîne ses sœurs sans relâche. » à partir de ce moment-là elle est investie par la grâce de Dieu en vue de sa charge. L’évêque lui remet alors la Règle – écho de l’Évangile, l’anneau – symbole de fidélité à Dieu et à la Communauté, et la Crosse – houlette du Bon Berger.

Bien que vous viviez cloîtrée, vous disposez d’une petite maison d’accueil : que viennent chercher les personnes qui viennent faire une halte spirituelle à Wisques ?

Abbaye de WisquesNous sommes des moniales intégralement vouées à la vie contemplative, mais cela ne veut pas dire repliées sur elles-mêmes ! Bien au contraire, plus on s’approche de Dieu, plus on s’approche des hommes. Saint Benoît avait bien compris cela puisque dans sa Règle écrite au 6e siècle il consacre tout un chapitre à l’accueil des hôtes. Il organise ce service avec soin : un moine y est préposé. Et le motif de cet accueil est en harmonie avec la raison d’être du monastère : c’est le Christ que l’on reçoit ! Cependant cet accueil doit être proportionné aux possibilités du monastère afin que soit sauvegardée la vie contemplative de la Communauté et de chacune des moniales.

Se rendre au monastère ou venir faire un séjour à l’hôtellerie est toujours l’occasion d’une rencontre. Avec le silence d’abord et la beauté de notre vie ordonnée à la Gloire de Dieu. Même ceux qui ne croient pas en Dieu se disent ‘touchés’ par quelque chose qui les interpelle, les ouvre à la transcendance.

Durant tout le mois d’octobre s’est déroulé à Rome le Synode des évêques sur les jeunes. Ces derniers ont à de nombreuses reprises fait part de leur désir d’être accompagnés dans la dé­couverte de la foi et le discernement de leur vocation. Avez-vous l’occasion d’être ces accom­pagnatrices ?

Nous avons bien sûr suivi avec grand intérêt les travaux du synode sur les jeunes, la foi et le discernement. Nous recevons souvent des jeunes en quête d’orientation, ne serait-ce qu’à l’occasion de la révision de leurs examens à l’hôtellerie. Les conversations avec la sœur hôtelière peuvent alors être d’un grand prix sur leur chemin de discernement vocationnel, tel qu’il a été défini au synode. Mais notre rôle est surtout celui de témoin : témoin de Dieu, de sa fidélité, du bonheur qu’il y a à tout donner.

Par quels autres biais participez-vous à la vie du diocèse d’Arras ? En quoi la vie contempla­tive s’inscrit-elle pleinement dans cette vie diocésaine ? Que percevez-vous de cette dernière depuis Wisques ?

Chaque année notre évêque vient passer une journée avec nous, c’est un rendez-vous très attendu. L’après-midi est consacrée à une rencontre où il passe en revue la vie de l’Église en France et dans notre diocèse, ses soucis et ses joies de pasteur. Il sait que ces intentions seront portées dans notre prière. Le 24 juillet, nous avons une journée d’Adoration du Très Saint Sacrement pour le diocèse où nous déposons de manière spécifique tout cela dans le Cœur du Seigneur. Mais en fait, c’est chaque jour, dans notre grand œuvre de la liturgie, que nous participons – à notre manière cachée – à la vie du diocèse. Les prêtres qui viennent chez nous pour une journée-désert ou les agents pastoraux qui nous confient leurs intentions le savent bien !

Beau signe aussi de notre insertion au cœur de la vie diocésaine : notre site internet est abrité dans celui du diocèse !

Le jour de la Bénédiction abbatiale, au cours de son homélie, notre évêque a redit en termes chaleureux son estime et la valeur irremplaçable de la vie contemplative : « Mes sœurs, ne préférant rien au Christ, avec l’aide de la Vierge Marie, vous n’avez rien de plus grand et de plus précieux à offrir à notre famille diocésaine, à notre Église, à notre société qu’un cœur dilaté par l’amour du Christ et la charité fraternelle. Nous le recevons avec joie et reconnaissance et nous lui ouvrons le nôtre et celui du monde. »

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