Dans les coulisses de la création de la BD « Une plume au-dessus de la mitraille »

Audrey Cassan, l’archiviste diocésain, et Jean Capelain, le graphiste diocésain, ont travaillé pendant trois années sur la bande-dessinée : « Une plume au-dessus de la mitraille », issue des témoignages de prêtres du diocèse d’Arras qui ont vécu la Grande Guerre. Un ouvrage publié dans le cadre de « Faites la paix ».

Une plume au-dessus de la mitraille- Audrey Cassan et Jean Capelain5L’histoire commence il y a cinq ans avec le souhait de Vincent Blin, vicaire général du diocèse d’Arras, que le diocèse prenne part, à sa manière, aux commémorations du centenaire de la Première Guerre mondiale. Audrey Cassan, archiviste diocésain, se penche alors sur les témoignages de prêtres dont elle dispose dans son fonds d’archives. Une mine d’or qui ne laisse pas indifférent Jean Capelain, graphiste diocésain.

Passionné de bande-dessinée et s’étant frotté à l’exercice avec un ouvrage sur Notre-Dame Panetière en 2004, Jean Capelain invite Audrey Cassan à se lancer dans l’aventure : écrire une bande-dessinée sur le parcours de prêtres du diocèse d’Arras durant la Grande Guerre. C’est ainsi qu’est née Une plume au-dessus de la mitraille, présentée lors de l’évènement Faites la paix durant deux soirées à l’église Saint-Nicolas-en-cité d’Arras, avec des musiciens et des comédiens.

« Je pensais que j’aurais simplement à donner de la matière à Jean et débroussailler un peu le terrain, mais finalement je me suis impliquée bien plus que cela ! », sourit aujourd’hui la passionnée d’histoire, dont de nombreuses soirées, week-end et vacances ont été consacrés à la préparation des textes de la bande-dessinée. « Après avoir sélectionné les témoignages des prêtres parmi tous ceux dont nous disposions, il a fallu adapter ce mode de récit en dialogue de BD sans pour autant dénaturer ou trop interpréter le propos initial », explique Audrey Cassan, pour qui c’était une première.

Place ensuite à l’écriture du scénario de BD. Un travail mené par Jean Capelain, expert en la matière pour avoir travaillé pour le papa d’Astérix, Uderzo, pendant plusieurs années : « J’ai été l’encreur technique pour Le fils d’Astérix », précise celui qui a également participé à la réalisation de BD publicitaires avec les Schtroumpfs, qui a créé des ouvrages pour le service de catéchèse du diocèse d’Arras et une publication sur l’aviateur Louis Blériot.

Souci du détail très fort

Une plume au dessus de la mitrailleJean Capelain et Audrey Cassan ont souhaité privilégier l’authenticité des récits : « Seul le jeune coulonneux Jean-Baptiste et son pigeon sont des personnages de fiction, à l’image d’un fil conducteur permettant le passage d’un récit à un autre. Mais le rôle des pigeons voyageurs dans la Grande Guerre est vrai. »

Perfectionnistes, l’archiviste et le dessinateur l’ont aussi été dans la préparation et la réalisation des dessins, avec un souci du détail très fort : « L’église de Chérisy que l’on voit, c’est la vraie. Cela a été difficile de retrouver des visuels d’origine, confie Jean Capelain. Tous les éléments que l’on voit dans les vignettes sont réels, à quelques exceptions près. Les rues, les décors… Tout correspond. Quant aux armes, c’est en réalisant la BD que j’ai repéré les différences entre les fusils allemands, anglais et français ! » Le dessinateur est même allé jusqu’à chercher sur Internet des images de la Lituanie des années 14-18 pour reproduire au mieux les décors dans les vignettes correspondantes.

Une précision d’horloger qui donne un rendu final conforme aux souhaits initiaux d’Audrey Cassan et Jean Capelain. « Ma seule frustration est le manque de pages…, souffle le dessinateur. Le scénario était tellement riche, grâce à l’incroyable travail de documentation d’Audrey, que j’ai dû compresser les images, plus nombreuses par page que dans une BD classique. » Il y a aussi certaines parties des témoignages de Joseph Pichonnier, Pierre Cimetière, Jules Devine, Henri Bonnel ou Justin Honoré qu’il a fallu « sacrifier ».

Jean Capelain ne compte pas les heures passées à imaginer, dessiner et améliorer chacune des cases de la BD, ni celles que son fils Vianney a consacrées à la mise en couleur de la publication. « Cela nous a tellement motivés ces dernières années que mon fils n’attend qu’une chose : que nous nous lancions dans un nouveau projet de BD ! »

Tiphaine Malfait

Quand des prêtres racontent leur guerre

La bande-dessinée est issue des témoignages de cinq prêtres du diocèse d’Arras qui ont vécu la Grande Guerre. L’abbé Joseph Pichonnier a suivi son régiment jusqu’aux portes de Verdun où il a été capturé. Le séminariste Pierre Cimetière a été arrêté en tentant de rejoindre Arras. Il a connu les camps en Allemagne et une marche forcée jusqu’en Lituanie. L’abbé Jules Devine a vécu avec les Allemands qui occupaient son village de Chérisy. L’abbé Henri Bonnel a été témoin de la vie des soldats hindous dans son village de Ames. Enfin, l’abbé Justin Honoré était infirmier. On le suit de Bordeaux à Bralos en Grèce. Un fil rouge laisse dialoguer deux pigeons voyageurs, l’un allemand appelé Morgenstern, l’autre français appelé Deo-Gratias.

Une plume au-dessus de la mitraille ?

« Le titre de la BD a été assez dur à trouver, avouent Audrey Cassan et Jean Capelain. C’est une des premières choses qu’on nous a demandé quand on s’est lancés dans le projet, mais cela n’est pas venu tout de suite… On a travaillé sur l’ouvrage pendant des années sans même penser au titre ! » Puis est arrivée cette idée de « plumes », en référence aux pigeons voyageurs communiquant dans le fil rouge de la BD. « Ce n’est que bien après que je me suis rendu compte qu’il y avait aussi ce jeu de mots avec la plume pour écrire ! », s’amuse Jean Capelain. L’expression « au-dessus de la mitraille », quant à elle, a été inspirée par le film Omer Denis, un prêtre sous la mitraille, documentaire réalisé à partir de carnets rédigés pendant la Grande Guerre par le prêtre Omer Denis.

 

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