Commentaires du dimanche 11 janvier 2026

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
dimanche 11 janvier 2026

Fête du baptème du Seigneur


FETE DU BAPTEME DU SEIGNEUR – A  

LECTURE DU LIVRE DU PROPHETE ISAIE 42,1-4.6-7 

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Ainsi parle le SEIGNEUR :  

1 Voici mon serviteur que je soutiens,  

mon élu qui a toute ma faveur.  

J’ai fait reposer sur lui mon esprit ;  

aux nations, il proclamera le droit. 

2 Il ne criera pas, il ne haussera pas le ton,  

il ne fera pas entendre sa voix au-dehors.  

3 Il ne brisera pas le roseau qui fléchit ;  

il n’éteindra pas la mèche qui faiblit,  

il proclamera le droit en vérité.  

4 Il ne faiblira pas, il ne fléchira pas,  

jusqu’à ce qu’il établisse le droit sur la terre,  

et que les îles lointaines  

aspirent à recevoir ses lois. 

6 Moi, le SEIGNEUR, je t’ai appelé selon la justice,  

je te saisis par la main, je te façonne,  

je fais de toi l’alliance du peuple,  

la lumière des nations : 

7 tu ouvriras les yeux des aveugles,  

tu feras sortir les captifs de leur prison,  

et de leur cachot, ceux qui habitent les ténèbres. 

—— LE JUGE DONT NOUS N’AVONS RIEN À CRAINDRE 

La difficulté de ce texte vient de sa richesse ! Comme beaucoup de prédications des prophètes,  celle-ci est très touffue : beaucoup de choses sont dites en quelques phrases. Je vais essayer de  décomposer le texte. 

Pour commencer, visiblement, il comprend deux parties : c’est Dieu qui parle d’un bout à l’autre,  mais, dans la première partie, il parle de celui qu’il appelle « son serviteur » (« Voici mon serviteur  que je soutiens… »), tandis que, dans la seconde, il parle directement à son serviteur (« Moi, le  SEIGNEUR, je t’ai appelé »). 

Je m’attache d’abord à la première partie : première remarque, je devrais dire premier étonnement :  le mot « droit » (au sens de jugement) revient trois fois. « Aux nations, il proclamera le droit… il  proclamera le droit en vérité. Il ne faiblira pas, il ne fléchira pas, jusqu’à ce qu’il établisse le droit  sur la terre. » 

Or c’est peut-être là que nous allons avoir des surprises, car ce jugement, curieusement, ne  ressemble pas à un verdict ; pourtant, spontanément, pour nous, le mot « jugement » est souvent  évocateur de condamnation, surtout quand il s’agit du jugement de Dieu. Mais ici, il n’est pas  question de condamnation, il n’est question que de douceur et de respect pour tout ce qui est  fragile, « le roseau qui fléchit », « la mèche qui faiblit » : « Il ne criera pas, il ne haussera pas le  ton, il ne fera pas entendre sa voix au-dehors. Il ne brisera pas le roseau qui fléchit ; il n’éteindra  pas la mèche qui faiblit ».  

Autre caractéristique de ce jugement, il concerne toute l’humanité : tout le développement sur le jugement est encadré par deux affirmations concernant les nations, c’est-à-dire l’humanité tout  entière ; voici la première : « Aux nations, il proclamera le droit » et la deuxième : « Il ne faiblira  pas, il ne fléchira pas, jusqu’à ce que les îles lointaines aspirent à recevoir ses lois. » 

On ne peut pas mieux dire que la volonté de Dieu est une volonté de salut, de libération, et qu’elle  concerne toute l’humanité. Il attend avec impatience « que les îles lointaines aspirent à recevoir ses  lois », c’est-à-dire son salut. 

Tout cela veut dire qu’à l’époque où ce texte a été écrit, on avait compris deux choses :  premièrement, que le jugement de Dieu n’est pas un verdict de condamnation mais une parole de  salut, de libération. (Dieu est ce « juge dont nous n’avons rien à craindre » comme le dit la liturgie  des funérailles). Deuxièmement, que la volonté de salut de Dieu concerne toute l’humanité. Enfin,  dernier point très important, dans le cadre de cette mission, le serviteur est assuré du soutien de  Dieu : « Voici mon serviteur que je soutiens… J’ai fait reposer sur lui mon esprit ». 

VOICI MON SERVITEUR ISRAËL 

La deuxième partie du texte reprend ces mêmes thèmes : c’est Dieu lui-même qui explique à son  serviteur la mission qu’il lui confie : « Tu ouvriras les yeux des aveugles, tu feras sortir les captifs  de leur prison, et de leur cachot, ceux qui habitent les ténèbres. » Ici, non seulement il n’est pas  question de condamnation, mais le jugement est un véritable « non-lieu » ou même plus  exactement une levée d’écrou ! L’image est forte : vous avez entendu le lien entre le mot  « cachot » et le mot « ténèbres ». Je m’explique : les cellules des prisons de l’époque étaient  dépourvues de fenêtres ; sortir de prison, c’était retrouver la lumière du jour, au point d’en être  ébloui après un long temps passé dans l’obscurité.  

Le caractère universel de la mission du serviteur est également bien précisé. Dieu lui dit : « Je fais  de toi la lumière des nations ». Enfin, le soutien de Dieu est également rappelé : « Moi, le  SEIGNEUR, je t’ai appelé… je te saisis par la main ». 

Evidemment, une question se pose tout de suite : de qui parle Isaïe ? Une telle description d’un  serviteur de Dieu, investi d’une mission de salut pour son peuple et pour toute l’humanité, et sur  qui repose l’esprit de Dieu, c’était exactement la définition du Messie qu’on attendait en Israël.  C’est lui qui devait instaurer le règne de Dieu sur la terre et apporter à tous le bonheur et la liberté.  

Qui est ce serviteur, investi d’une telle mission ? Le prophète Isaïe qui prêchait au sixième siècle  avant notre ère, pendant l’Exil à Babylone, ne nous précise pas l’identité de ce serviteur : sans  doute cela était-il trop évident pour avoir besoin d’être dit. Heureusement pour nous, lorsque la  Bible hébraïque a été traduite en grec, à partir du 3ème siècle (cette traduction que nous appelons la  Septante), les traducteurs juifs ont éclairé ce point. 

Voici le début de notre texte dans la Septante : « Ainsi parle le Seigneur : Voici mon serviteur,  Jacob, que je soutiens, mon élu, Israël, en qui j’ai mis toute ma joie ».  

Alors on comprend mieux l’intention du prophète lorsqu’il adressait cette prédication à ses  contemporains : l’auteur (qu’on appelle le Deuxième Isaïe) a vécu et prêché au temps de l’Exil à  Babylone donc au sixième siècle av.J.C. C’était une période particulièrement dramatique et le  peuple d’Israël croyait être condamné à disparaître et n’avoir plus aucun rôle à jouer dans  l’histoire. Alors le prophète Isaïe a consacré toutes ses forces à redonner courage à ses  compatriotes, à tel point qu’on appelle son œuvre « le livre de la consolation d’Israël ». Or, une  bonne manière de remonter le moral des troupes consistait à leur dire : tenez bon, Dieu compte  encore sur vous, le petit noyau que vous formez est appelé à être son serviteur privilégié dans son projet de salut du monde.  

Déjà, le prophète Michée, au huitième siècle, avait eu l’intuition que le Messie ne serait pas un  individu, mais un être collectif ; désormais, avec cette prédication d’Isaïe, l’idée d’un Messie collectif s’affirme de plus en plus.  

Le jour de son Baptême dans le Jourdain, Jésus est venu prendre la tête de ce peuple. 

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Compléments 

– La lecture liturgique ajoute la première phrase : « Ainsi parle le SEIGNEUR » probablement pour  compenser la suppression du verset 5 au milieu du texte. 

– Voici le verset 5 : « Ainsi parle Dieu, le SEIGNEUR, qui crée les cieux et les déploie, qui  affermit la terre et ce qu’elle produit ; il donne le souffle au peuple qui l’habite, et l’esprit à ceux  qui la parcourent. » La deuxième partie du livre d’Isaïe (celle qu’on appelle « le livret de la  consolation d’Israël) est riche d’évocations superbes de la Création : c’est dans les périodes les  plus difficiles que l’on développe ce thème de la puissance créatrice de Dieu et de son amour pour  ses créatures : c’est le meilleur argument pour garder l’espoir. Sa puissance créatrice et sa fidélité  sont le meilleur gage de notre libération.

 FETE DU BAPTEME DU SEIGNEUR – A 

PSAUME 28 (29) 

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1 Rendez au SEIGNEUR, vous les dieux, 

Rendez au SEIGNEUR gloire et puissance.  

2 Rendez au SEIGNEUR la gloire de son Nom, 

adorez le SEIGNEUR, éblouissant de sainteté

3a La voix du SEIGNEUR domine les eaux, 

3c le SEIGNEUR domine la masse des eaux. 

4 Voix du SEIGNEUR dans sa force,  

voix du SEIGNEUR qui éblouit. 

3b Le Dieu de la gloire déchaîne le tonnerre. 

9c Et tous, dans son temple, s’écrient : « Gloire ! » 

10 Au déluge, le SEIGNEUR a siégé ;  

il siège, le SEIGNEUR, il est roi pour toujours ! 

—– LA VOIX DU SEIGNEUR DOMINE LES EAUX 

Pour nous faire entendre l’importance de l’événement du Baptême de Jésus dans le Jourdain, la  liturgie nous offre un psaume grandiose. Pour bien l’entendre dans toute sa force, commençons par imaginer la violence d’un orage : les vents déchaînés ont balayé le pays tout entier, du Liban et de  l’Hermon au Nord jusqu’au désert de Qadèsh au Sud. Nous en avons entendu un écho, déjà : « Le  Dieu de la gloire déchaîne le tonnerre » ; mais ce thème se retrouve surtout dans les versets  centraux de ce psaume, que nous n’avons pas entendus ; je vous les lis : « Voix du SEIGNEUR :  elle casse les cèdres. Le SEIGNEUR fracasse les cèdres du Liban ; il fait bondir comme un poulain  le Liban, le Siryon comme un jeune taureau (le Siryon est un autre nom de l’Hermon). Voix du  SEIGNEUR, elle taille des lames de feu (ce sont les éclairs bien sûr) ; voix du SEIGNEUR, elle  épouvante le désert ; le SEIGNEUR épouvante le désert de Qadesh…. Voix du SEIGNEUR qui  affole les biches en travail, qui ravage les forêts… ». 

Mais où donc la voix de Dieu a-t-elle ainsi résonné dans le désert ? Au Sinaï, bien sûr. Rappelez-vous la description du livre de l’Exode au moment où Dieu proposait son Alliance à Moïse : « Le  troisième jour, dès le matin, il y eut des coups de tonnerre, des éclairs, une lourde nuée sur la  montagne, et une puissante sonnerie de cor ; dans le camp, tout le peuple trembla. Moïse fit sortir  le peuple hors du camp, à la rencontre de Dieu, et ils restèrent debout au pied de la montagne. La  montagne du Sinaï était toute fumante, car le SEIGNEUR y était descendu dans le feu ; la fumée  montait, comme la fumée d’une fournaise, et toute la montagne tremblait violemment. La sonnerie  du cor était de plus en plus puissante. Moïse parlait, et la voix de Dieu lui répondait. » (Ex 19,16- 

19). Et vous savez que le targum (la traduction en araméen du texte hébreu) du livre de l’Exode  compare la voix de Dieu à des flammes de feu : chaque parole de Dieu donnant à Moïse les dix  paroles des commandements (le Décalogue) était comme du feu. Je vous en lis un passage : « Le  premier commandement, lorsqu’il sortait de la bouche du Saint – Béni soit son nom ! -, c’était  comme des étincelles, des éclairs et des lampes de feu, une lampe de feu à sa droite et une lampe  de feu à sa gauche. Il volait et filait dans l’air des cieux… Puis il revenait et se gravait sur les tables  de l’Alliance… » 

Au passage, on notera dans notre psaume l’emploi répété (« litanique » pourrait-on dire) du nom de  Dieu révélé au Sinaï : le mot « SEIGNEUR » (le fameux nom en quatre lettres YHVH) apparaît à  presque toutes les lignes (dix-huit fois pour l’ensemble du psaume !) 

Autre rapprochement suggéré par ce psaume : nous avons entendu ici trois fois l’expression « voix  du SEIGNEUR » ; dans l’ensemble du psaume, elle est répétée sept fois, ce qui n’est pas un chiffre  anodin, évidemment : cela fait immédiatement penser à la Création. Le poème du premier chapitre  de la Genèse répète indéfiniment « Dieu dit… et cela fut ». Manière de dire que la Parole de Dieu  est efficace, et elle seule ; traduisez : les idoles ne parlent pas et ne font rien, elles en sont bien  incapables. Nous avons déjà eu l’occasion de voir que le poème de la création ne manque pas  d’envoyer quelques pointes contre les idoles. 

LE ROYAUME DES CIEUX S’EST APPROCHÉ 

Ceci nous amène à un autre thème de ce psaume qui est la royauté de Dieu : car, s’il fallait résumer  ce psaume, on pourrait dire « Dieu seul est roi ; toute autre royauté est usurpée, lui seul mérite  hommages et adoration. Bientôt tous le reconnaîtront et se soumettront. » Tous, à commencer par  son peuple, bien sûr, mais aussi et surtout, les usurpateurs qui ont osé revendiquer une gloire qui ne  revient qu’à Dieu seul : « Rendez au SEIGNEUR, vous les dieux, (sous-entendu les faux-dieux),  rendez au SEIGNEUR gloire et puissance. » La pointe anti-idolâtrique est très nette : et l’orage est  souvent utilisé dans la Bible pour décrire la venue du règne de Dieu, le jugement final de Dieu sur  le monde, quand enfin disparaîtront les puissances du mal. La domination universelle de Dieu sera  enfin manifestée. 

Comme elle le fut (autre image) sur les eaux déchaînées du déluge : « La voix du SEIGNEUR domine les eaux, le SEIGNEUR domine la masse des eaux… Au déluge, le SEIGNEUR a siégé ».  Le prophète Isaïe emploie les mêmes images pour annoncer la victoire finale de Dieu : « Oui, les  vannes d’en-haut s’ouvriront, les fondements de la terre trembleront. La terre se brise, se brise en  morceaux ! La terre éclate, elle vole en éclats ! La terre frémit, frémit tout entière !…Ce jour-là, il  arrivera que le Seigneur viendra sévir là-haut, contre l’armée d’en haut, et sur la terre contre les  rois de la terre…La lune rougira, le soleil se couvrira de honte. Car, sur le mont Sion et à Jérusalem, le Seigneur de l’univers régnera : devant les anciens resplendira sa gloire. » (C’est un extrait de ce  que l’on appelle l’Apocalypse d’Isaïe : Is 24,18… 23). 

Autre harmonique de ce psaume à propos de la domination de Dieu sur les eaux, toujours : où  donc, en-dehors de la création, en-dehors du déluge, où donc Dieu a-t-il dominé la masse des eaux  ? Lors de la sortie d’Egypte, bien sûr, lors de la traversée de la Mer, lorsque le peuple s’enfuyait  d’Egypte, « la maison de servitude ». Et c’est le plus grand titre de gloire de Dieu. Désormais, le  peuple élu, libéré gratuitement par son Dieu, prend à témoin les autres nations : leurs dieux n’ont plus qu’à s’incliner ! Vous avez remarqué l’insistance sur le mot « gloire » qui revient quatre fois :  « Rendez au SEIGNEUR, vous les dieux, rendez au SEIGNEUR gloire et puissance. Rendez au  SEIGNEUR la gloire de son Nom… Le Dieu de la gloire déchaîne le tonnerre. Et tous, dans son  temple, s’écrient : Gloire ! » 

Dernière remarque : oui, dans le temple, déjà, les croyants rassemblés chantent à pleins poumons la  gloire de Dieu, comme les y invite ce psaume ; mais pour le reste de l’humanité, ce n’est pas  encore le cas ! Lorsque le psaume affirme : « Il siège, le SEIGNEUR, il est roi pour toujours ! »,  c’est encore une anticipation. Mais on ne doute pas qu’un jour viendra où Dieu sera enfin reconnu  roi par tous ses enfants.  

Du coup, nous comprenons mieux le choix de ce psaume pour la fête du Baptême du Christ : avec  Jésus, « Le Royaume des cieux s’est approché ».

FETE DU BAPTEME DU SEIGNEUR – A 

LECTURE DU LIVRE DES ACTES DES APOTRES 10,34-38 

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En ces jours-là, quand Pierre arriva à Césarée,  

chez un centurion de l’armée romaine,  

34 il prit la parole et dit :  

« En vérité, je le comprends,  

Dieu est impartial : 

35 il accueille, quelle que soit la nation, 

celui qui le craint et dont les œuvres sont justes.  

36 Telle est la Parole qu’il a envoyée aux fils d’Israël,  

en leur annonçant la bonne nouvelle de la paix par Jésus Christ, 

lui qui est le Seigneur de tous. 

37 Vous savez ce qui s’est passé à travers tout le pays des Juifs,  

depuis les commencements en Galilée,  

après le baptême proclamé par Jean :  

38 Jésus de Nazareth,  

Dieu lui a donné l’onction d’Esprit Saint et de puissance.  

Là où il passait, il faisait le bien 

et guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du diable, 

car Dieu était avec lui. » 

—— QUAND L’ESPRIT-SAINT FAIT BOUGER LES LIGNES 

C’est presque une révolution : Pierre est en train d’enfreindre toutes les convenances ; le voilà chez  un païen, le centurion romain, Corneille. Il faut dire que l’Esprit Saint lui a carrément forcé la main  !  

Je vous rappelle les événements. Imaginez deux maisons distantes de cinquante kilomètres, la  maison de Corneille à Césarée, celle de Simon, le tanneur, à Joppé (autrement dit Jaffa ou Tel  Aviv). C’est dans la maison de Simon que loge l’apôtre Pierre, qui a quitté provisoirement  Jérusalem pour ce qu’on pourrait appeler une tournée missionnaire.  

Dans ces deux maisons, il se passe des choses étranges et tout à fait inattendues : cela commence à  Césarée. Corneille est un officier de l’empire romain (on dirait aujourd’hui un italien) en garnison  à Césarée-sur-mer, c’est-à-dire sur la côte méditerranéenne du pays des Juifs. Aux yeux des Juifs,  c’est un homme estimable, pieux, un de ceux qu’on appelle les « craignant Dieu ». Ce qui veut dire concrètement qu’il est pratiquement converti au Judaïsme, ou au moins très sympathisant, mais  sans aller jusqu’à la circoncision. Il est connu aussi pour ses générosités et ses aumônes envers la  synagogue de Césarée. Voici donc Corneille dans sa maison. 

Un beau jour, vers trois heures de l’après-midi, il a une vision : un ange de Dieu est devant lui et  l’appelle : « Corneille ! » Il répond tout frémissant : « Qu’y a-t-il, Seigneur ? » L’ange lui explique  : « Tes prières et tes aumônes sont montées devant Dieu pour qu’il se souvienne de toi. Et  maintenant, envoie des hommes à Jaffa et fais venir un certain Simon surnommé Pierre ; il est logé  chez un autre Simon qui travaille le cuir et dont la maison est au bord de la mer. » (Ac 10,4-6). 

L’ange à peine disparu, Corneille choisit deux hommes de confiance et il les envoie à Joppé  escortés d’un soldat. Et les voilà partis pour Joppé ; ils en ont pour une bonne journée de marche.  

Le lendemain, juste un peu avant qu’ils n’arrivent à destination, c’est à Joppé qu’il se passe des  choses étranges : Pierre est monté faire ses prières sur la terrasse vers midi. Mais c’est presque  l’heure de déjeuner et la faim le prend ; et voilà qu’il a une vision, lui aussi : du ciel descend une  espèce de nappe remplie de toutes sortes d’animaux ; et une voix dit : « Debout, Pierre, offre-les en  sacrifice, et mange ! » Impossible pour un bon Juif d’obéir à un ordre pareil ! D’abord, il faudrait  distinguer soigneusement parmi tous ces animaux ceux qui sont purs (c’est-à-dire permis par la  Loi) et ceux qui ne le sont pas ; alors Pierre répond instinctivement : « Certainement pas, Seigneur  ! Je n’ai jamais pris d’aliment interdit et impur ! » Et la voix reprend : « Ce que Dieu a déclaré pur,  toi, ne le déclare pas interdit. » (Ac 10,13-15). 

AUX YEUX DE DIEU, PERSONNE N’EST INFRÉQUENTABLE 

En d’autres termes, à qui est-ce de décider de ce qui est pur ou impur ? Est-ce bien aux hommes  d’en décider ? Paul, plus tard, dans la lettre aux Romains, dira : « Je le sais, et j’en suis persuadé  dans le Seigneur Jésus : aucune chose n’est impure en elle-même. » (Rm 14,14). 

Pierre a certainement du mal à se rendre à ces arguments-là puisque Luc précise que la même  scène se reproduit trois fois. Et il ajoute que Pierre ne comprend toujours pas, même une fois la  vision définitivement disparue.  

C’est à ce moment-là, précisément, que les envoyés de Corneille frappent à la porte, au rez de  chaussée ; et là-haut, sur la terrasse, l’Esprit Saint dit à Pierre « on te demande en bas, suis ces  hommes sans hésiter, c’est moi qui les envoie. » Vous devinez la suite : Pierre descend, rencontre  les envoyés de Corneille, leur demande ce qui les amène ; puis il leur offre l’hospitalité ; et dès le  lendemain, il prend la route de Césarée ; je remarque au passage qu’il ne part pas tout seul, il  emmène quelques Chrétiens avec lui ; il se doute que l’affaire est importante puisque l’Esprit Saint  s’en est mêlé, et s’il y a des décisions à prendre, on est toujours plus avisés à plusieurs. Encore une  journée de marche, donc, pour Césarée où l’on arrive le lendemain. 

L’arrivée chez Corneille est superbe : Corneille a convoqué le ban et l’arrière-ban ; quand Pierre  arrive, Corneille se jette à ses pieds ; mais Pierre a cette phrase magnifique :  

« Lève-toi. Je ne suis qu’un homme, moi aussi. » (Ac 10,26). Puis, devant tout le monde, il dit ce  qu’il a enfin compris de sa vision à Joppé : « A moi, Dieu a montré qu’il ne fallait déclarer interdit ou impur aucun être humain. » Sous-entendu, jusqu’ici, moi, Pierre, le Juif, je croyais être fidèle à  l’Alliance de Dieu en m’interdisant tout contact avec les païens. Désormais, je comprends que, aux  yeux de Dieu, personne n’est infréquentable. Et c’est pour cela que, pour la première fois de ma  vie, je m’autorise, moi le Juif, à franchir le seuil de la maison d’un païen. Puis Corneille raconte  pourquoi il a fait venir Pierre, sur l’ordre de l’ange de Dieu. Et c’est à ce moment-là que Pierre  entame le discours dont nous avons entendu le début tout à l’heure : « En vérité, je le comprends,  Dieu est impartial : il accueille, quelle que soit la nation, celui qui le craint et dont les œuvres sont  justes. »

—— Compléments 

Vous savez la suite : Pierre était peut-être parti pour faire un long discours, comme le matin de la  Pentecôte, mais l’Esprit Saint, encore une fois, le devance : « Pierre parlait encore quand l’Esprit  Saint descendit sur tous ceux qui écoutaient la Parole. Les croyants qui accompagnaient Pierre, et  qui étaient juifs d’origine, furent stupéfaits de voir que, même sur les nations, le don de l’Esprit  Saint avait été répandu. En effet, on les entendait parler en langues et chanter la grandeur de Dieu.  » Alors Pierre en tire la conclusion qui s’impose et il fait ce qui ne lui serait jamais venu à l’idée  sans toutes ces interventions de l’Esprit Saint, il accepte de les baptiser : « Quelqu’un peut-il  refuser l’eau du baptême à ces gens qui ont reçu l’Esprit Saint tout comme nous ? » Et il donna  l’ordre de les baptiser au nom de Jésus Christ. »  

Le programme que Jésus a fixé à ses apôtres le jour de l’Ascension est en train de s’accomplir ; il  leur avait dit : « Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et  jusqu’aux extrémités de la terre. » (Ac 1,8). 

L’élection d’Israël n’est pas niée pour autant : Pierre rappelle « Telle est la Parole qu’il (Dieu) a  envoyée aux fils d’Israël » ; mais désormais tous peuvent accéder à la foi en Jésus-Christ.

 FETE DU BAPTEME DU SEIGNEUR – A 

EVANGILE DE JESUS-CHRIST SELON SAINT MATTHIEU 3,13-17 ———————————————————————————————————————- 

13 Alors paraît Jésus.  

Il était venu de Galilée jusqu’au Jourdain 

auprès de Jean,  

pour être baptisé par lui.  

14 Jean voulait l’en empêcher et disait :  

« C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi,  

et c’est toi qui viens à moi ! »  

15 Mais Jésus lui répondit :  

« Laisse faire pour le moment,  

car il convient  

que nous accomplissions ainsi toute justice. »  

Alors Jean le laisse faire. 

16 Dès que Jésus fut baptisé,  

il remonta de l’eau, 

et voici que les cieux s’ouvrirent : 

il vit l’Esprit de Dieu  

descendre comme une colombe et venir sur lui.  

17 Et des cieux, une voix disait :  

« Celui-ci est mon Fils bien-aimé, 

en qui je trouve ma joie. » 

—— QUAND JESUS VIENT PRENDRE LA TETE DES PECHEURS 

Le Baptême de Jésus est sa première manifestation publique : il n’est encore, à son arrivée au bord  du Jourdain, (pour beaucoup à l’exception de quelques-uns) que Jésus de Nazareth, et Matthieu  l’appelle seulement Jésus : « Alors paraît Jésus. Il était venu de Galilée jusqu’au Jourdain auprès  de Jean, pour être baptisé par lui. » Son Baptême sera le premier dévoilement aux yeux de tous de ce qu’il est réellement. 

La scène est très courte, mais chaque mot, chaque image compte. Je commence par les images. Il y en a trois : la marche de Jésus depuis la Galilée et jusqu’aux rives du Jourdain, un peu au nord de la  Mer Morte. Jésus accomplit la même démarche que beaucoup des membres de son peuple :  Matthieu raconte que les gens de « Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain se  rendaient auprès de lui (Jean-Baptiste) et ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain en  reconnaissant leurs péchés. » 

La deuxième image nous montre le geste de recul de Jean-Baptiste ; et le dialogue s’instaure entre  les deux hommes ; Jean finit par s’incliner devant l’insistance du nouveau-venu. Alors on voit  Jésus descendre dans le Jourdain pour y être baptisé. 

Puis c’est la dernière scène, grandiose : les cieux s’ouvrent, une colombe vient se poser sur le  nouveau baptisé. Pour commencer, lorsque les cieux s’ouvrent, on comprend que la grande attente  d’Israël est enfin comblée. Cette grande attente, Isaïe l’exprimait ainsi : « Ah ! Si tu déchirais les  cieux, si tu descendais… Ainsi tu manifesterais ton Nom à tes ennemis… » (Is 63,19-64,1). Quant à  la colombe, pour un Juif, elle représente évidemment l’esprit de Dieu, celui qui planait sur les eaux  de la Création, celui qui devait un jour reposer sur le Messie lorsqu’il viendrait enfin pour sauver  son peuple et l’humanité tout entière. L’apôtre Pierre le rappellera dans son discours chez Corneille  (que nous lisons en deuxième lecture ce dimanche) : « Vous savez ce qui s’est passé à travers tout  le pays des Juifs, depuis les commencements en Galilée, après le baptême proclamé par Jean :  Jésus de Nazareth, Dieu lui a donné l’onction d’Esprit Saint et de puissance. ». (Ac 10,37-38). 

Quant aux paroles, il y en a trois également. Tout d’abord, le refus de Jean-Baptiste : « C’est moi  qui ai besoin d’être baptisé par toi, et c’est toi qui viens à moi ! » Il semble bien que Jean-Baptiste,  lui, ait tout de suite compris qui était Jésus. Il reconnaît en lui celui dont il a dit : « Moi, je vous  baptise dans l’eau, en vue de la conversion. Mais celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. »  (Mt 3,11). 

La deuxième parole, c’est la réponse de Jésus : « Laisse faire pour le moment, car il convient que  nous accomplissions ainsi toute justice. » (c’est-à-dire que nous soyons accordés au projet de  Dieu). 

Alors Jean-Baptiste se laisse convaincre. Lui aussi veut de tout son cœur être accordé au projet de  Dieu. Sa première réaction était empreinte d’humilité, mais elle exprimait les vues humaines. Une  question analogue, d’ailleurs, nous brûle les lèvres : pourquoi donc Jésus a-t-il choisi de demander  le baptême de Jean-Baptiste ? Pourquoi se mettre en quelque sorte à l’école d’un autre ? Pourquoi,  surtout, prendre place au rang des pécheurs ?  

JESUS, FILS DE DIEU, HOMME PARMI LES HOMMES 

Jésus, lui, dit les vues de Dieu. « Ce qui est juste », dans l’Ancien Testament, c’est ce qui est  conforme au projet de Dieu, aux pensées de Dieu. Jean-Baptiste voulait distinguer Jésus du reste  des hommes. Mais ce ne sont pas les vues de Dieu. Le mystère de l’Incarnation, c’est cela  précisément : Jésus vient s’intégrer complètement à l’humanité. L’étonnement de Jean-Baptiste dit  assez la singularité de Jésus ; homme parmi les hommes, il n’est pourtant pas comme les autres :  lui, le non-pécheur, va prendre la tête des pécheurs. 

La troisième parole, c’est celle de Dieu lui-même : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je  trouve ma joie. » Pour percevoir la richesse de cette phrase apparemment si simple, il faut la  décomposer. L’expression « Celui-ci est mon Fils » désigne aussitôt Jésus comme le Messie-roi  que la majorité des Juifs attendaient en Israël. Car le titre de « fils de Dieu » était appliqué à  chaque roi le jour de son sacre. De la part de Dieu, le prophète disait au nouveau souverain : « Tu  es mon fils, aujourd’hui, je t’ai engendré » en souvenir de la promesse adressée jadis au roi David par le prophète Nathan : « Moi, je serai pour lui un père ; et lui sera pour moi un fils » (2 S 7,14). Attribuer ce titre de « fils de Dieu » à Jésus, fils du charpentier de Nazareth, c’était donc proclamer  que, malgré toutes les apparences, le vrai roi-Messie qu’on attendait, c’était lui. 

La fin de la phrase dit tout autre chose : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma  joie. » Cette expression est la reprise d’une prophétie d’Isaïe qui disait de la part de Dieu : « Voici  mon serviteur que je soutiens, mon élu qui a toute ma faveur. J’ai fait reposer sur lui mon esprit ».  Et la suite du texte énonçait la mission de ce serviteur, c’était exactement celle du Messie. (Nous  avons entendu cela dans la première lecture de ce dimanche). 

A la figure de Messie-roi, s’ajoute donc celle de Messie-serviteur : une fois de plus, on est frappés  de l’insistance du Nouveau Testament sur ce thème. Il faut dire que Jésus a dérouté nombre de ses  contemporains : il ressemblait si peu à l’idée que l’on se faisait du Messie. La figure du Serviteur  d’Isaïe a été pour eux l’un des grands textes qui ont nourri leur méditation ; on en trouve des traces  et des allusions dans de nombreux textes du Nouveau Testament. 

A la suite de cette annonce d’Isaïe, certains Juifs avaient compris que le Messie ne serait pas un  individu isolé mais un peuple. Alors on comprend mieux pourquoi Jésus ne craint pas de prendre  place dans la file de ses frères juifs qui s’approchent de Jean-Baptiste pour demander le Baptême.  Serviteur annoncé par Isaïe, Jésus n’est pas un Messie solitaire : déjà là, dès le début de sa vie  publique, il se veut solidaire. Par notre Baptême, à notre tour, nous sommes intégrés au Corps du  Christ en train de se construire. 

——- Compléments 

Après avoir entendu la voix qui déclare : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma  joie », nous comprenons mieux la présence de la colombe qui symbolise l’Esprit Saint : nous  venons d’assister au sacre du Messie

La présence de l’Esprit sur les eaux du Baptême dit bien qu’il s’agit d’une nouvelle création ; et  ces eaux ne sont pas n’importe lesquelles : dans le Jourdain, Jésus est le nouveau Josué qui mène  son peuple vers la vraie Terre promise, celle qu’habite l’Esprit. 

Matthieu nous offre ici une magnifique représentation de la Trinité : Jésus est déclaré « Fils »,  l’Esprit est reconnu sous la forme de la colombe, et le Père invisible mais présent se manifeste par  sa Parole : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie ». « Il vous baptisera dans  l’Esprit Saint et le feu » avait prédit Jean-Baptiste : par notre Baptême, c’est dans le feu de l’amour  trinitaire que tous, nous sommes réellement plongés.

En 2025, nous sommes en année liturgique C