« Vatican II, une vie pour aujourd’hui et pour demain ! » par Mgr Grallet

Homélie de Mgr Jean-Pierre Grallet, archevêque de Strasbourg, pour la messe anniversaire du concile Vatican II, le 14 octobre 2012, à Strasbourg. Une célébration retransmise en direct par Le Jour du Seigneur, à l’occasion des États généraux du christianisme (12-14 octobre 2012), sur le thème « Que croire aujourd’hui ? »

Mgr Jean-Pierre Grallet

Qu’avons-nous répondu au diacre, Frères et Sœurs ? Non pas seulement oui, amen ou louange à la Parole… mais louange à Toi, Seigneur Jésus !
Ce rappel simple et essentiel que la Parole de Dieu, c’est le Christ lui-même, le Concile Vatican II a voulu le faire avec force.

En répondant au jeune homme : « pour avoir la vie éternelle, observe les commandements… puis donne tout et suis moi » (1), le Christ, Parole de Dieu, le touche au cœur. Oui, « elle est vivante, la Parole de Dieu, énergique et plus coupante qu’une épée pénétrant au plus profond de l’âme » (2). Voilà ce que rappelèrent, il y a 50 ans, les Pères du Concile : « Que toute la prédication et la religion chrétienne elle-même soit nourrie et régie par la Parole de Dieu » (3).

Mais au fait, qu’est-ce que le Concile Vatican II ?

Ce fut la réponse faite par 2400 évêques du monde entier, au Pape Jean XXIII, les invitant à porter collégialement le souci de l’Église Catholique, mais aussi des hommes et des femmes de leur temps, car il ne saurait y avoir « rien d’humain qui ne trouve écho dans leur cœur » (4). Souci d’aggiornamento, retour à l’essentiel de la foi et de la vie de l’Église, souci de vérité et de fraternité…

Soyons donc reconnaissants aux pères et théologiens du Concile ! À Strasbourg, nous le sommes pour nos pasteurs Mgr Weber et Mgr Elchinger qui firent tant pour la Parole de Dieu, l’œcuménisme et le rapport fraternel envers les juifs…

Que serions-nous aujourd’hui, sans cet événement providentiel du Concile, « boussole fiable » (5), « grande force pour le renouveau de l’Église », selon notre Pape Benoît XVI (6) ?

L’Église fut donc invitée à un profond renouvellement, en fidélité aux racines de sa foi et en docilité à l’Esprit Saint qui, sans cesse, l’anime.

De l’œuvre immense du Concile, soulignons trois démarches essentielles ; vers le Christ, vers l’Église, vers les hommes de ce temps.

Vers le Christ : le Christ est Parole, Verbe de Dieu. La Parole de Dieu occupe une place centrale dans la vie du chrétien et dans la liturgie.

La réforme liturgique fut faite pour aider les fidèles à mieux comprendre le mystère de la foi, à y participer davantage (7), et à s’unir au Christ. « À cette union avec le Christ, lumière du monde, de qui nous procédons, par qui nous vivons, vers qui nous tendons, tous les hommes sont appelés » (8).

Vers l’Église : l’Église n’est pas d’abord organisation mais corps du Christ, sanctifié par l’Esprit, peuple de Dieu en marche vers le Père.

Si les prêtres ont « une fonction indispensable de pères et de docteurs… au milieu des baptisés, ils sont des frères parmi leurs frères, membres du Corps du Christ dont la construction est confiée à tous » (9). Tous, « quel que soit leur état ou leur forme de vie, sont appelés à la sainteté, perfection de la charité » (10).

L’œcuménisme devient tâche essentielle de l’Église afin que tous les chrétiens confessent une même foi. Bonheur de goûter à la même Parole de Dieu et de prier le même Père… Persévérons, malgré les embûches, laissons-nous réconcilier, ensemble, avec Dieu !

Vers les hommes d’aujourd’hui : « Leurs joies et leurs espoirs, leurs tristesses et leurs angoisses » (11) sont les nôtres. Nous devons être fraternels envers tous les hommes quels qu’ils soient : comme nous, ils sont enfants de Dieu, aimés de Lui, créés à son image (12).

Avec les croyants non chrétiens, nous sommes invités « au dialogue et à la collaboration, avec prudence et respect, tout en témoignant de notre propre foi » (13). Liberté religieuse, dialogue interreligieux, respect des consciences sont affirmés. L’Église reconnaît les racines juives de sa foi et invite à une attitude définitivement positive à l’égard de ses « frères aînés » (14).

Ce Concile, concluait Paul VI, « fut un appel amical et pressant conviant l’humanité à retrouver, par la voie de l’amour, ce Dieu dont on a pu dire : « S’éloigner de Lui, c’est périr ; se tourner vers lui, c’est ressusciter… habiter en lui, c’est vivre » (15).

Vatican II, une vie pour aujourd’hui et pour demain !

Mgr Jean-Pierre Grallet, archevêque de Strasbourg
14 octobre 2012

Références bibliques : Sagesse 7, 7-11 ; Psaume 89 ; Lettre aux Hébreux 4, 12-13 ; Evangile selon saint Marc 10, 17-30.

Notes : (1) Mc 10,17,21 ; (2) Heb 4,12 ; (3) Dei Verbum 21 ; (4) Gaudium et Spes 1 ; (5) Jean-Paul II, Novo Millenio ineunte, 2001 ; (6) Benoît XVI, Porta Fidei, 2012 ; (7) cf Sacrosanctum Concilium 1 ; (8) Lumen Gentium 3 ; (9) Presbyterorum Ordinis 9 ; (10) Lumen Gentium 40 ; (11) Gaudium et Spes 1 ; (12) cf Nostra Aetate 5 ; (13) Nostra Aetate 2 ; (14) Nostra Aetate 4 ; (15) Paul VI, citant Saint-Augustin, discours de clôture du 8.12.1965

 

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