Sommet des consciences pour le climat : entre intériorité et enjeu universel

Card. Peter Turkson, Président du Conseil pontifical Justice et Paix, au CESE.
À cinq mois de la COP21, Conférence internationale sur le climat, Paris a accueilli un évènement exceptionnel, le « Sommet des consciences», le 21 juillet 2015. Une quarantaine d’autorités religieuses, spirituelles et morales se sont retrouvées au Conseil économique, social et environnemental (CESE), pour échanger en leur âme et conscience sur les enjeux posés par les changements climatiques. Par Estelle Grenon, coordinatrice de la Cop 21 pour l’Eglise catholique en France.
Pourquoi vous sentiriez-vous concernés ? Pourquoi l’êtes-vous ? Comment agissez-vous ? Et comment inspirez-vous d’autres personnes à agir ? Telles étaient les questions posées lors des tables rondes.
Croiser le religieux, le spirituel au politique : expérience rare mais fructueuse
L’idée du colloque était de croiser les regards, de nourrir l’expertise des politiques avec la profondeur de vue des autorités religieuses, spirituelles et morales. De nombreux intervenants ont ainsi souligné le partage des responsabilités. Le climat requiert la mobilisation de l’individu comme du collectif, du religieux comme du politique, des jeunes comme des plus âgés, des pays développés et de ceux en voie de développement, des villes comme des campagnes, des entreprises ainsi que des associations et organisations.
« Les solutions ne pourront pas venir que des gouvernements mais de la participation active des individus, sociétés civiles, entreprises. L’homme doit se confronter au challenge climatique avec son ingéniosité, sa foi et sa bravoure » Kofi Annan, ancien Secrétaire Général des Nations Unies.
« Relier les principes et l’action, les changements et la tradition, la politique et l’éthique, l’économie et l’écologie, le ciel et la terre » Marina Silva, ancienne candidate à l’élection présidentielle au Brésil.
Inviter à l’altruisme, la générosité, la solidarité : liens entre générations et entre cultures
A la tribune, les prises de parole se sont accordées pour considérer la nature comme don -pour certains confié par Dieu- à transmettre aux générations à venir. Nos gestes ont des conséquences sur les cultures, la survie de peuples dans leur environnement naturel. Se préoccuper du climat revient ainsi à vivre une expérience d’altruisme pour cohabiter sur la planète. Par un élan de responsabilité, l’homme a le pouvoir de réconcilier l’humanité.
« La Terre n’est pas à nous, c’est un trésor qu’on nous a confié et dont il faut être digne » Proverbe africain, cité par Kofi Annan.
« Le pape François veut que nous comprenions que le climat est un bien commun destiné à tous » Cardinal Peter Turkson, Président du Conseil pontifical Justice et Paix.
« Nous ne devons pas laisser une friche en héritage à nos enfants mais un véritable jardin » Cardinal Peter Turkson
Les périls climatiques menacent la paix et favorisent le terreau du fanatisme
Les autorités présentes au Sommet ont invoqué une solidarité intellectuelle et morale pour la paix. Elles ont reconnu que les questions du climat sont intrinsèquement liées aux enjeux de développement durable, aux flux migratoires, à la santé.
« S’engager pour le climat, c’est s’engager à lutter contre la pauvreté, l’intolérance, le manque de dignité humaine » Irina Bokova, Directrice générale de l’Unesco.
« Attention à ce que le fatalisme des uns ne développe pas le fanatisme des autres » Nicolas Hulot (photo), Envoyé spécial du Président Hollande pour la protection de la planète.
Entre souvenirs de nature et désir d’avenir pour la Terre
En invoquant leurs souvenirs d’enfance dans la nature, les orateurs ont partagé quelques-unes des raisons de leur engagement. Ils refusent d’injurier l’avenir en ne vivant que dans le présent. Sans l’argument de l’ignorance ou du doute quant à l’urgence d’agir, ils ont témoigné de leur conscience que des décisions d’aujourd’hui dépend une large part de notre avenir.
« L’écologie intégrale affirme que l’humanité ne peut être séparée de son environnement » Cardinal Peter Turkson
« La beauté du monde permet la création. Le combat pour le respect de la nature est commun avec le combat pour la culture et pour la pensée » François Hollande,Président de la République française.
Appel à une conversion écologique : intérieure et extérieure
Le patriarche Bartholomée (photo) a été salué pour sa grande détermination à faire consonner foi et écologie. Pour lui, le respect de la terre touche au plus profond de notre conscience.
Il a lancé un cri d’alerte, un éveil à l’espérance et un appel à la conversion des cœurs. Il a donné ces trois mots clés : « éduquer », « convertir » et « glorifier », pour dépasser l’inertie de nos habitudes et saisir l’interdépendance de l’humanité et de la nature. Il a évoqué son désir de « libérer la nature d’un agir humain prédateur ».
« La conversion de l’être intérieur est le point de départ de la conversion extérieure » Bartholomée, Patriarche œcuménique de Constantinople (Eglise orthodoxe).
« Le Sommet prend acte de la contribution de l’encyclique Laudato Si’ » François Hollande
« Le principal obstacle au changement se trouve dans notre cœur » Cardinal Peter Turkson
Appel à une déclaration universelle des devoirs de l’humanité
« Il est temps de penser à une déclaration universelle des devoirs de l’homme envers les formes de vie qu’il menace », Abdou Filali Ansary, Directeur de l’Institut pour l’Étude des Civilisations Musulmanes.
« Il est de notre devoir d’agir pour le climat afin de vivre en paix et harmonie avec la nature » Kofi Annan
Pourraient figurer dans les devoirs : la promotion des énergies renouvelables, le recyclage, la protection des milieux naturels, la préservation des modes de vie traditionnels, le soutien aux pays à bas revenus pour prendre les devants dans la transition énergétique…
Défense de la sacralité de la vie de l’homme : ni consommateur ni robot !
L’encyclique du pape François a été très citée à la tribune du Sommet des consciences. Chacun s’est dit prêt à agir et à prêcher la défense de la vie humaine, menacée de destruction par le réchauffement du climat et le consumérisme. L’appel du pape François invite à une conversion écologique indissociable d’une fraternité universelle.
« La crise climatique est une opportunité pour redécouvrir nos valeurs loin du consumérisme » Rabbin David Rosen, Directeur international des Affaires Interreligieuses de l’American Jewish Committee.
« Les hommes ne sont pas des robots créés pour gagner de l’argent. J’en appelle à une nouvelle civilisation » Muhammed Yunus, fondateur de la 1ère institution de microcrédit, prix Nobel de la paix en 2006.
Appel à l’espérance et à un retour à la terre
Le père Rigobert Minani-Bihuzo, Directeur du réseau des centres sociaux jésuites en Afrique, et le photographe engagé Sebastiao Salgado, fondateur de « Instituto Terra » au Brésil, ont tous deux souligné les vertus de la forêt comme poumon de l’humanité pour réguler le climat. De par les milliers d’espèces végétales qu’elle abrite, la forêt est source de soin, d’alimentation et de sacralité. Elle est un lieu à préserver. Des membres de peuples d’Amazonie (photo) ont fait lever l’hémicycle par leur affirmation d’être peuples du changement et non victimes.
« Je crois que la Cop21 sera un succès parce que je l’espère » Laurent Fabius, Ministre des Affaires étrangères et du Développement international, paraphrasant Léon Blum (1872-1950), homme d’État français.
Le Sommet a pris le temps d’interroger nos consciences, éclairées par les religions, spiritualités et sagesses. Chacun est venu avec sa diversité, ses tenues traditionnelles, ses signes religieux distinctifs. Un souffle d’espérance a soufflé sur Paris. Je suis dans l’action de grâce pour l’engagement des intervenants, la dynamique collective perçue et la beauté des intermèdes artistiques.
Rejoignez l’appel des consciences sur WhydoIcare.org !
Estelle Grenon, coordinatrice de la Cop 21 pour l’Eglise catholique en France