Que fait l’Eglise pour les personnes âgées ? Rencontre avec le Père Jean-Marie Onfray

Comment les services de la Conférence des évêques de France, mais aussi, les diocèses, les mouvements et les associations catholiques se mobilisent pour accompagner nos aînés, ébranlés par la pandémie de Covid-19 qui sévit actuellement ?

Rencontre avec le Père Jean-Marie Onfray, directeur adjoint du Service National Famille et société, en charge du pôle Santé-Justice.

En quoi la situation des EHPAD est-elle spécifique, d’une façon générale et plus particulièrement dans le contexte du Covid-19 ?

 P. Jean-Marie OnfrayLe « H » de EHPAD signifie « hébergement ». Ce n’est pas un lieu médicalisé, à la différence des hôpitaux.  Le « D » signifie que les résidents sont dépendants, soit pour se lever, soit pour se laver, soit pour s’alimenter, ce qui nécessite une très grande disponibilité des personnels accompagnants.

Normalement lorsque les EHPAD sont confrontés à un problème médical, ils renvoient vers les urgences de l’hôpital. Ce n’est plus possible actuellement à cause de la crise du COVID-19. Aujourd’hui les EHPAD doivent donc être médicalisés sans en avoir les moyens.

Les résidents cumulent les problèmes de très grande dépendance et une vulnérabilité susceptible d’entrainer des problèmes médicaux pour lesquels ces établissements ne sont pas du tout équipé. Ils n’ont pas de masque ni de sur-combinaison et ne peuvent pas protéger leurs personnels.

Les EHPAD sont trop vécus, aujourd’hui encore plus qu’avant la crise, comme des « mouroirs », c’est-à-dire des lieux dans lesquels il ne faut surtout pas aller. Il faut changer de perspective et réhabiliter ces lieux de vie. Habituellement, l’âge moyen d’entrée en EHPAD est de 87 ans. Ce sont des lieux dédiés aux grandes fragilités auxquelles les familles s’adressent quand elles ne peuvent plus faire autrement.

Les personnes hébergées en EPHAD sont susceptibles d’attraper le COVID-19, car elles sont fragiles. Vient s’ajouter à cela le fait que si elles l’attrapent dans ce lieu qui n’est pas médicalisé, on ne les enverra pas à l’hôpital puisqu’on sait qu’elles ne seront pas prises en charge de façon prioritaire. En effet, parmi les critères de discrimination pour la réanimation figurent l’âge du patient et son degré d’autonomie.

Par ailleurs, le personnel étant très présent et très proche des résidents pour la toilette et pour l’alimentation, le risque de contamination est bien plus fort que dans des résidences classiques pour séniors par exemple.

Comment l’Eglise soutient-elle les résidents et le personnel des EHPAD ?

 Il y a environ 7000 EHPAD en France, un des enjeux de notre présence habituellement, c’est d’avoir des équipes présentes qui vont à la rencontre des résidents et qui les écoutent en lien avec le personnel. Actuellement, c’est interdit aux visiteurs.

Pour traverser cette crise, certains évêques ont écrit aux personnels par le biais des équipes d’aumônerie. C’est très important car ce personnel se sent « très oublié » par rapport aux médecins, aux soignants ou aux infirmières par exemple. L’enjeux est de soutenir ce personnel « invisible » qui est plus dans l’accompagnement que dans le soin.

Concernant les résidents, les aumôneries écrivent ou font parvenir des courriers de paroissiens, d’enfants ou de jeunes. Pour éviter les risques de contamination, les courriers sont stockés une journée avant d’être distribués. Avec le confinement, les initiatives se multiplient sur les réseaux sociaux mais les résidents ne sont pas suffisamment autonomes pour avoir accès à Internet.

L’initiative du diocèse de Moulins, par exemple, de publier un livret à destination des résidents en EHPAD permettra aux résidents de vivre les différentes étapes de la semaine Sainte. La télévision, ne retransmet pas l’ensemble des célébrations mais les aumôneries peuvent relayer les fréquences des radios comme RFC, Radio Notre Dame et d’autres qui retransmettront en direct les célébrations de la Semaine Sainte de leur diocèse.

 Avez-vous des préconisations ou des pistes pour améliorer la situation ?

En France, jusqu’à cette crise du COVID-19, la question de la santé n’était pas prioritaire ni dans l’Eglise, ni dans la société. Depuis plus d’un an il y avait des grèves mais rien ne changeait.

J’espère qu’il va y avoir une prise de conscience. Les questions de santé sont centrales et on ne peut pas « abandonner nos vieux ». Dans notre société, dans notre pays, des dizaines de milliers d’aînés meurent trop souvent seuls, sans personne parce que les familles sont éclatées et parfois très éloignées géographiquement. Les personnes les plus âgées sont oubliées, en particulier celles qui sont très dépendantes et c’est pire pour les personnes atteintes d’Alzheimer avec lesquelles il ne peut pas y avoir de vrai dialogue.

Le confinement que nous vivons à cause du COVID-19, c’est le confinement psychologique que vivent un grand nombre de personnes très âgées et dépendantes ainsi que beaucoup de personnes handicapées et prisonnières.

Si on peut changer nos comportements et redonner une place centrale aux plus fragiles, on aura fait un très gros effort évangélique et un très gros effort sociétal.

L’Eglise devrait rappeler à tout adulte qu’il faudrait passer au moins une heure par semaine avec une personne très âgée (85 à 100 ans). On ne peut pas vivre sans cette exigence intergénérationnelle qui est nouvelle car liée à l’allongement de la durée de vie. Nous devons être inventifs pour nouer des liens avec la « quatrième génération », celle des plus anciens.

D’ici 2030, la population française va augmenter de 7% et celle des plus de 85 ans de 74% avec l’arrivée des baby-boomers.

Sur le terrain, le Service de présence aux personnes très âgées manque de bénévoles. Après la période de confinement, les jeunes retraités vont peut-être réaliser que plutôt que de voyager loin, il est intéressant de voyager dans la relation avec les personnes plus âgées que soi.

La question du grand âge rejoint la question du déchet et de l’exclusion qui est au cœur de l’Encyclique Laudato Si du pape François (qui est sociale avent d’être écologique). L’exclusion est une réalité humaine avant d’être une réalité matérielle. Il y a un lien entre écologie intégrale et santé. Protéger la nature est essentiel, mais il faut protéger l’homme de lui-même et de son côté pervers qui conduit à oublier ceux qui ne sont pas rentables.

Propos recueillis par Virginie Topcha

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