Année jubilaire : l’expérience de la rencontre avec la Mission de France

Du jubilé des jeunes à la prochaine rencontre de Taizé, la Mission de France propose aux 18 – 35 ans une expérience d’Église pèlerine, entre rencontres diverses et partages profonds. Une démarche qui encourage à vivre sa foi dans la confiance et la simplicité au quotidien. Retour sur les temps forts de l’année sainte “Pèlerins d’Espérance”. Par Florence de Maistre.
“C’est bien de vivre un grand rassemblement au nom de sa foi et d’être ainsi signe d’espérance. C’est encore mieux si ce moment fort peut se déployer. J’ai beaucoup aimé la démarche proposée par la pastorale des jeunes de la Mission de France, qui a inscrit le jubilé à Rome dans un temps plus long. Les jeunes se sont mis en marche à la rencontre de témoins et reviennent porteurs de quelque chose à faire germer autour d’eux. Ce qu’ils ont vécu continue à irriguer les jours à venir”, partage Anne Soncarrieu, déléguée générale de la prélature de la Mission de France. Du 28 juillet au 5 août dernier, un groupe composé de cinquante jeunes professionnels, étudiants et leurs accompagnateurs de la Mission de France s’est mis en route vers Rome, en réponse à l’invitation du pape. En passant par Pontigny, cathédrale de la prélature dans le diocèse d’Auxerre, mais aussi par Turin, Assise, Briançon et encore Ivry-sur-Seine, ils ont mis leurs pas dans ceux de différents témoins d’espérance d’hier et d’aujourd’hui. Ils se sont découverts eux-mêmes témoins pour leurs contemporains. Ce pèlerinage est né de la dynamique d’une équipe, soit une petite dizaine d’étudiants et jeunes professionnels, engagée pour la Mission de France au service des jeunes de 18 – 35 ans proches ou non de ce diocèse atypique.
De Lille, Lyon, Angers et du bassin parisien, cette équipe de jeunes, représente la diversité de la Mission de France et se rassemble pour vivre un projet, partager la Parole et relire leur vie. Elle a reçu une lettre de mission de l’évêque du diocèse transversal au service des autres diocèses français, afin d’aller à la rencontre de ses contemporains, d’entrer en dialogue, vivre un compagnonnage avec eux. “Ils sont envoyés par l’Église dans le monde pour y vivre leur baptême. Ce sont les jeunes de cette petite équipe nationale qui ont souhaité vivre le jubilé non pas comme une parenthèse d’été, mais comme un véritable temps de ressources et de rencontres inattendues avec d’autres jeunes dans la dynamique de la Mission de France. Un élan qui se poursuit après le rendez-vous estival”, indique le P. Guillaume Roudier, prêtre de la Mission de France, technicien informatique dans une entreprise internationale du numérique, co-responsable de la pastorale des jeunes avec Soizic-Marie Vasseur, professeur d’Histoire-géographie et responsable de la Com’ de l’espérance, un habitat partagé pour les jeunes, à Ivry-sur-Seine. L’année jubilaire a été marquée par tout un chemin de préparation vers le grand rendez-vous du jubilé des jeunes. “Nous avons réfléchi autour de la bulle d’indiction du jubilé Spes non confondit et mis en place le projet d’été, en approfondissant la façon dont le pape François nous appelle à être signe et lieu d’espérance. Il y a bien sûr l’étape romaine, mais aussi les questions écologique, migratoire, d’éducation. Nous ne nous inscrivons pas dans une mission d’évangélisation, mais dans une démarche où l’Église s’évangélise elle-même dans le dialogue et la rencontre avec le monde. Les jeunes le voient comme un lieu de conversion pour chacun”, précise Soizic-Marie.
Aller de l’avant
Première halte de ce pèlerinage jubilaire : Pontigny, dans le diocèse d’Auxerre, lieu source de la Mission de France. Là, les participants ont pris le temps de faire connaissance les uns avec les autres, jeunes adultes de tous horizons invités par l’équipe du pôle jeunes, laïcs et prêtres. Dans l’abbatiale cistercienne, ils ont veillé et prié avec les chants de Taizé avant de vivre un temps d’envoi et de reprendre la route en car. Ils ont abordé l’étape turinoise autour du thème de l’éducation populaire avec la figure de Don Bosco et celle de Pier Giorgio Frassati, canonisé le 7 septembre dernier. Au sein du groupe, nombreux sont ceux à s’être rendus compte qu’ils avaient déjà accepté des responsabilités auprès de plus jeunes qu’eux, dans l’enseignement ou les mouvements comme le scoutisme. En rencontrant Fr. Mike, un avocat canadien devenu Salésien, ils ont découvert comment au cœur d’une activité professionnelle, chacun peut être rejoint par un chemin pastoral. “Nous partons de ce que les jeunes portent déjà pour nourrir une réflexion développée et les interpeller : qu’est-ce que je fais de ce que j’ai reçu ? Il faut comme au rugby faire une passe arrière”, souligne l’enseignante. À Assise, c’est évidemment la paix, le dialogue interreligieux et la sobriété qui se sont invités dans les échanges et les discussions. Les jeunes ont été guidés par un frère franciscain sur les hauts-lieux du site. Ils ont également suivi les traces du jeune saint Carlo Acutis, un modèle très inspirant pour eux. L’hospitalité leur a été offerte par des familles sur place, de façon à se laisser interpeller sur le fait d’être pèlerin.
À Rome, le groupe s’est joint au million d’autres jeunes venus du monde entier. Mais à la différence des 20 000 jeunes français qui ont franchi la porte sainte de la basilique Saint-Jean-de-Latran, c’est celle de Saint-Paul-hors-les-Murs que les pèlerins de la Mission de France ont choisi. Une façon d’honorer l’apôtre de la mission et cette posture d’Église en sortie. Mgr Dominique Blanchet, évêque de Créteil, installé comme nouveau prélat de la Mission de France le 12 juillet dernier, est venu là à leur rencontre. “Sa disponibilité pour passer la porte sainte avec le groupe était un beau signe de fraternité que les jeunes ont grandement apprécié. Le pique-nique tout simple a été l’occasion pour les jeunes d’interroger avec lui les signes de l’espérance en notre monde et dans l’Église et de partager l’expérience de la route jusqu’à Rome. Au cœur de ce jubilé à Rome, il a semblé important que notre prélat partage la joie de notre groupe : des jeunes ayant choisi de vivre cette aventure missionnaire avec la Mission de France, alors même qu’ils ne se connaissaient pas avant et venant de lieux d’Église très différents”, développe le P. Guillaume. Juste avant le début de la grande célébration à Tor Vergata, alors qu’il se tenait parmi les évêques au plus près du pape Léon, Mgr Blanchet leur a adressé un message vidéo, leur signifiant toute sa proximité et sa communion spirituelle malgré les foules qui les séparaient. Sur la route du retour en France, en témoins d’espérance, les jeunes lui ont également adressé un message.
Revenir différent
En écho au thème du jubilé, Mgr Blanchet a cité la petite espérance de Charles Péguy : “La Foi voit ce qui est. La Charité aime ce qui est. L’Espérance voit ce qui n’est pas encore et qui sera”. Puis il a poursuivi : “L’espérance est une ancre jetée dans le cœur de Dieu qui ne lâche pas”. Des mots simples qui ont marqué les jeunes pèlerins. Partageant un dialogue qu’il avait eu avec une personne non croyante, Mgr Blanchet a tenu à affirmer également devant les jeunes : “Le dialogue est une porte, et l’espérance nous pousse à agir dans le monde”. En leur adressant cette invitation : “Les jeunes en Église, ce n’est pas demain. Vous êtes l’aujourd’hui de l’Église ! Ayez de l’ambition, ayez de l’audace pour elle !” Ce que les jeunes retiennent encore de ce temps fort romain ? Le signe très fort et porteur de sens de la multitude rassemblée au regard du monde fractionné et divisé. Cent quarante-six pays présents, les drapeaux ukrainiens et russes flottants côte à côte : plus qu’un symbole ! “C’est aussi pour nombre de jeunes qui sont sur les écrans, une toute autre manière de penser le réseau monde et la vie en Église”, poursuit le prêtre accompagnateur. Le groupe de pèlerins a ensuite repris la route en passant par Briançon. Une escale frontalière et montagnarde, où il a été question d’écologie et de migration avec le P. Thierry Sauzay, prêtre du diocèse de Versailles engagé avec la MDF, guide de montagne et actif au sein d’une association d’accueil de migrants. Les jeunes, déjà unis par les temps forts partagés, ont touché du doigt les enjeux de la migration. Certains ont livré leurs propres expériences. “Au sein du groupe des jeunes du Togo et de l’Ouganda ont déjà traversé plusieurs pays pour faire leurs études ou pour trouver du travail. Notre diversité nous appelle à une plus grande communion universelle”, confie Soizic-Marie.
Enfin, c’est à Ivry-sur-Seine, dans la maison de Madeleine Delbrêl qui fait mémoire de trente ans d’œuvre d’espérance au quotidien avec ses équipières que le groupe a été, à son tour, envoyé en mission. Ni conclusion de la démarche, ni terminus du voyage, ce temps d’action de grâces a ouvert une nouvelle étape du projet, celle que la Mission de France aime appeler “la pastorale du lundi matin”. “Quand le pèlerinage a-t-il commencé ? Porte d’Italie lorsque le groupe s’est formé sous le même drapeau ? Dix mois avant derrière nos ordinateurs ? Autour du Pape ? Le lendemain du retour ? Les mots de Madeleine Delbrêl résonnent beaucoup en moi : Un jour de plus commence, Jésus en moi veut le vivre. Je reste marquée par les moments vécus avec les jeunes, qui maintiennent notre regard ouvert sur le monde qui nous entoure”, lance l’accompagnatrice du groupe. Il s’agit désormais de vivre l’espérance dans les jours ordinaires, avec ces quelques apostrophes en guise d’aiguillon : que reste-t-il de l’expérience forte, que puis-je mettre en œuvre, comment suis-je déplacé sur mon propre lieu de vie et dans mon rapport avec ceux que je rencontre qui sont les visages de Dieu ? “Les jeunes ont conscience de leur responsabilité de témoin de l’espérance là où ils vivent. Le pape Léon a insisté pour la faire éclore dans nos gestes du quotidien. Nous nous sommes mis en route en réponse à l’invitation du pape François et avons été confirmés dans l’espérance par le pape Léon : une belle manière de vivre la transition de l’évêque de Rome”, ponctue le P. Guillaume.
Ils croient en des alternatives d’avenir. Ils sont très heureux de se mobiliser de façon intergénérationnelle avec les paroissiens pour la rencontre de Taizé
Faire germer l’espérance
L’année jubilaire continue à se déployer et porte déjà des signes de fécondité. Les jeunes sont invités à reprendre la démarche pèlerine en participant à la 48e rencontre européenne de jeunes, organisée par la communauté oecuménique des frères de Taizé. Elle se tient cette année à Paris et en Île-de-France du 28 décembre au 1er janvier 2026. En poursuivant le “pèlerinage de confiance sur la terre”, initié par frère Roger, fondateur de la communauté de Taizé, elle soutient les jeunes engagés dans une recherche de paix, d’unité et de solidarité. Des milliers d’Européens, âgés de 18 à 35 ans, sont attendus dans les églises et les maisons franciliennes, pour vivre ce passage symbolique de la nouvelle année dans la prière et le partage. D’accueillis cet été, les jeunes accompagnés par la Mission de France vont devenir accueillants cet hiver en se mettant au service de l’évènement, en partenariat avec les paroisses d’Ivry-sur-Seine ! “L’espérance, le dialogue oecuménique, la paix : comment les mettons-nous en œuvre dans ce temps marqué par les conflits et les tensions ? Les jeunes sont le visage et les prophètes de l’espérance. Ils croient en des alternatives d’avenir. Ils sont très heureux de se mobiliser de façon intergénérationnelle avec les paroissiens pour la rencontre de Taizé. C’est un des premiers fruits de cette année jubilaire”, assure le prêtre de la Mission de France. D’autres effets de cette année sainte apparaissent, moins visibles, moins exceptionnels mais bien réels.
La redécouverte de la joie de lire les Écritures en est un. Outre les parcours du croyant et les groupes de lecture partagée proposés par la Mission de France qui existent déjà à Ivry-sur-Seine, Lyon ou Marseille sur des modalités propres, un week-end sera proposé aux étudiants et jeunes professionnels les 18 et 19 avril 2026. Entre approfondissement biblique et question du sens du travail, chacun sera appelé à observer la façon dont l’Écriture le rejoint et comment elle s’invite au rendez-vous du lundi matin. “Avant de s’exercer à une lecture croisée, nous laisserons place à la parole de chacun pour mieux nous rendre compte que chaque parole compte : la parole de chacun est attendue et nécessaire. Quelles que soient nos questionnements sans réponse immédiate, nous en sommes convaincus : le Seigneur nous accompagne. Telle est notre espérance. La Parole de Dieu est lieu d’approfondissement de la foi et nourriture de l’espérance”, insiste le co-responsable de la pastorale des jeunes. Autre lieu de relecture : la prochaine université d’été de la Mission de France. Elle se tiendra du 11 au 14 juillet 2026 à Lourdes autour du thème “Dans un monde bouleversé rendre compte de notre espérance”. Deux cent cinquante personnes sont déjà attendues. Elles portent au quotidien le souci de travailler avec d’autres et partagerons leurs façons de vivre la mission. Les jeunes pourront y trouver également leur place. Le P. Guillaume Roudier relève : “Il faut entendre ô combien la parole des jeunes ! Leurs préoccupations sont, comme le dit le concile, celles de toute l’Église. Écoutons leur désir de vivre leur foi au quotidien ! Ils ont aussi une vraie pertinence pour parler du monde, de la vie affective, du numérique, du sens du travail. Ils nous invitent à nous réinterroger. Ils nous invitent à nous convertir et c’est une joie !”
présentation de la Mission de France
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