ARCO, film d’Ugo Bienvenu (2025)
Fiche de l’Observatoire Foi et Culture du 14 janvier 2026, OFC 2026, n°4 sur ARCO, d’Ugo Bienvenu (2025)

Ce film présenté en salles en octobre 2025 est le premier long métrage d’Ugo Bienvenu, jeune réalisateur français né en 1987, bien connu des amateurs de bandes dessinées d’anticipation. Dessiné suivant une ligne claire, sans 3D ni IA, il place Bienvenu dans le sillage de Laloux et de Laguionie. Retenu par plusieurs fondations, ce film porte la marque et l’espoir de la génération Z. La violence des hommes y est absente, et on cherchera en vain un gros méchant qui veut détruire ou dominer le monde, comme dans tant de (mauvais) dessins animés. Si le film peut être vu par de jeunes spectateurs, l’histoire n’est pas dépourvue de tension dramatique.
Arco est le nom d’un des personnages principaux du film : un jeune garçon de 10 ans né au… XXXe siècle. A son époque, les hommes vivent en respectant la nature, dans des îlots artificiels au-dessus de la surface de la terre, qui, elle, est en jachère après avoir été ravagée par les catastrophes climatiques. Ils ont développé la faculté de voyager dans le temps, grâce à une combinaison arc-en-ciel, et un cristal mystérieux qui orne leur casque, qui va jouer le rôle du MacGuffin chez Hitchcock. Désobéissant à ses parents, Arco tente seul ce voyage, et, ayant perdu son cristal, se retrouve malgré lui prisonnier d’un monde passé fort peu accueillant, en 2075, qui pourrait être notre futur proche. Les hommes subissent alors des aléas climatiques dévastateurs, et s’en protègent par des outils technologiques. Une armée de robots est là pour réparer les destructions générées par les dérèglements climatiques, et pour mille autres tâches.
Dans son malheur, engendré par sa désobéissance, Arco rencontre Iris, une enfant de son âge. Elle décide de l’aider à rentrer chez lui, ce qui entraîne de multiples péripéties dans lesquelles la conscience d’Iris va s’éveiller, l’amenant à espérer d’un avenir meilleur, et d’y travailler activement. Tel est l’enjeu principal du film : si nous avons sali la nature et le monde qui nous entoure, nos enfants, par leur capacité créatrice, ont les forces et l’intelligence pour construire un avenir meilleur. Parallèlement à ce thème central, de multiples thématiques sérieuses traversent le film, traitées avec fraicheur, poésie et humour.
L’arc-en-ciel et ses couleurs sont régulièrement présents. La combinaison d’Arco est arc-en-ciel, il dessine un arc-en-ciel lorsqu’il se déplace dans le ciel, etc. L’arc-en-ciel n’est pas seulement la porte ouverte vers le futur, il est aussi le signe de la transcendance, l’annonce d’un espoir au milieu des cendres et des destructions.
La famille joue aussi un rôle déterminant. En apparence, celle d’Arco et celle d’Iris sont semblables : un père et une mère aimants, une grande sœur pour Arco et un petit frère pour Iris. Mais leurs réalités sont profondément différentes. Les parents d’Iris vivent au loin, et, absents, ont délégué le quotidien des enfants à un robot qui leur sert de nounou, Mikki. Ils prennent leurs décisions à distance, sans comprendre la situation, ni les sentiments d’Iris. Au contraire les parents d’Arco vivent auprès de lui, et voyant sa disparition, vont sacrifier des années de vie pour retrouver leur fils perdu. Notons au passage le sympathique personnage de Mikki, ce robot nounou qui, lui aussi, se sacrifie pour sauver Arco et Iris des flammes. Il est le personnage central de plusieurs œuvres d’Ugo Bienvenu, dont la bande dessinée d’anticipation multi-primée Préférence système parue en 2019, et le beau court-métrage Sphere of existence, réalisé en 2018, qui propose une profonde méditation sur la mort.
Le rapport à la nature est régulièrement évoqué, sans entrer dans une maladroite leçon d’écologie. La nature a été blessée par les hommes, ses équilibres sont rompus, elle semble tomber dans une implosion destructrice. Et pourtant elle peut être réconciliée, comme l’illustre un beau plan du film montrant des oiseaux perchés sur les bras d’Arco qui sait les écouter et leur parler.
Enfin l’idée que l’amour implique parfois le sacrifice apparait aussi à plusieurs reprises. Dans le sacrifice des parents d’Arco, d’abord, mais aussi à travers les paroles et les actes de plusieurs personnages secondaires du film. Aimer quelqu’un, ce n’est pas le posséder mais être prêt à tout pour lui.
Sans grandiloquence, sans combat final d’apocalypse, le film se conclut par une belle touche d’espoir : en voyant l’arc-en-ciel devenu si rare à son époque, Iris a fait le vœu que change le monde. Et après le retour d’Arco dans son temps, elle va se consacrer à imaginer et construire le monde de demain, comme on le découvre succinctement avec les dernières images du film. Les enfants ne sont pas des robots programmés, mais la source de l’espoir car ce sont eux les artisans de l’avenir.
Vincent Aucante

