Assemblée plénière de mars 2026 : votes et décisions

C’est à l’école des dix-neuf bienheureux d’Algérie, dont l’Église le trentième anniversaire du martyre en 2026, que les évêques de France ont vécu leur Assemblée plénière de printemps. Le témoignage des martyrs leur a été proposé comme le fil rouge spirituel de leur rencontre, depuis le discours d’ouverture du cardinal Jean-Marc Aveline, Président de la Conférence des évêques de France, jusqu’à la méditation finale du frère Thomas Georgeon, postulateur de la cause en béatification des bienheureux, en passant par la visite de l’exposition Appelés deux fois, installée à Lourdes pour l’occasion, et du temps d’adoration eucharistique qui l’accompagnait. « Tous les dix-neuf [martyrs] avaient en commun un même trait : un grand amour pour l’Eucharistie. Il est très significatif que cinq d’entre eux aient été tués en allant à la messe ou en revenant. Ce n’est pas un Christ théorique qu’ils vivaient. C’est le Christ qui se donne dans son Corps eucharistique. »

Au nom du Christ qui donne sa vie, Mgr Pierre Claverie, évêque d’Oran assassiné en 1996, aimait à rappeler que la mission de l’Église se situe sur les « lignes de fracture de l’humanité ». Cette fracture, les évêques ont reconnu l’avoir perçue de façon vive et parfois inquiétante à l’occasion des élections municipales. Les échéances de 2027 risquent de l’accentuer fortement. C’est pourquoi, dans la perspective de l’élection présidentielle, les évêques envisagent de prendre la parole et d’agir concrètement, au plan national et en diocèses. À la lumière de la Doctrine sociale de l’Église, il s’agira pour eux d’éclairer les consciences sur les enjeux politiques. Un groupe de travail, piloté par deux évêques référents, va se mettre en place pour animer cette mobilisation.

Les martyrs d’Algérie rappellent que toute personne humaine est infiniment digne ; que chaque homme, chaque femme est un frère, une sœur pour qui le Christ est mort. Malheureusement, des membres de l’Église, plutôt que de prendre soin de la vie, l’ont blessée et bafouée et il arrive encore que certains l’abîment. C’est pourquoi, désormais riches de l’expérience de l’Instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation (Inirr), dont les évêques de France avaient voté la création en novembre 2021 et qui termine son mandat le 31 août 2026, ils ont résolument travaillé à la mise en place de RENAITRE, dispositif permanent d’accueil, d’écoute et d’accompagnement des personnes victimes d’un clerc ou d’un laïc missionné par un évêque quand elles étaient mineures.

Pour y parvenir, les évêques ont consacré plusieurs séquences de travail à ce sujet, en commençant par relire l’engagement progressif de l’Église dans la lutte et la prévention contre les violences sexuelles, approfondir le volet canonique et juridique de ce travail et s’imprégner du regard international de la Commission pontificale pour la protection des mineurs, partagé par son Président, Mgr Thibault Verny, archevêque de Chambéry et évêque de Maurienne et de Tarentaise. Ils se sont ensuite attelés à l’élaboration du dispositif lui-même, en ont discuté par groupe de province puis en hémicycle, à plusieurs reprises. A l’issue d’un processus collégial, la mise en œuvre du dispositif RENAITRE, réunissant à la fois un réseau de proximité appuyé sur les cellules diocésaines d’accueil et d’écoute, et une instance nationale indépendante, compétente et impartiale, a été votée comme une évidence. Dans les semaines et mois à venir, l’organisation de ce nouveau dispositif et de ses modalités plus précises se poursuivront, en vue d’une mise en œuvre à partir du 1er septembre 2026. Pour permettre à l’Inirr d’accompagner toutes les personnes qui l’auront sollicitée jusqu’au 31 août de cette année, un nouvel appel pour abonder le fonds Selam a aussi été validé.

Le dispositif RENAITRE s’inscrit dans une approche intégrale, comprenant

      • le travail de protection et de prévention de la Conférence des évêques de France (Conseil national pour la protection des mineurs ; Accueil, conseil et conciliation Emprises et dérives sectaires, etc.)
      • le volet judiciaire, avec le Tribunal pénal canonique national ; il avait fait un bilan de son activité le 12 mars dernier, cinq ans après l’Assemblée plénière de mars 2021 où sa création avait été évoquée pour la première fois.
      • le suivi des auteurs, auquel les évêques ont consacré une séquence sur le thème « Justice et Miséricorde »
      • ou encore le dispositif Adultes qui a aussi fait l’objet d’un point d’étape, sa mise en œuvre ayant été annoncée pour le premier semestre 2026.

>> en savoir plus sur le dispositif RENAITRE

D’Alger à Tizi Ouzou, de Bab El Oued à Belouizdad, les martyrs d’Algérie s’impliquaient généreusement auprès des plus jeunes, à travers des actions éducatives ou culturelles. A l’écoute de la Parole de Dieu et des grandes figures de fondateurs-éducateurs, l’Église est l’héritière d’un patrimoine éducatif irrigué de la sève de l’Évangile. Durant cette Assemblée plénière de printemps, les évêques ont avancé sur un chemin particulier choisi pour les trois prochaines années. En dialogue avec la société civile, ils souhaitent ainsi approfondir les trois priorités éducatives exprimées par le Pape Léon XIV dans sa lettre apostolique Dessiner des nouvelles cartes d’espérance : la vie intérieure, la question du numérique, l’éducation à la paix désarmée et désarmante. Par l’animation locale et collégiale d’une réflexion sur le thème « Défis éducatifs aujourd’hui : intelligence, conscience et liberté », ils souhaitent participer à renouveler l’engagement éducatif des diocèses, des familles, des mouvements, des patronages, des établissements scolaires, etc. La feuille de route de ce thème triennal a été présenté.

« La mangeoire, comme la patène, accueillent le corps du Christ Jésus, dans la simplicité, la fragilité, la vulnérabilité et l’extrême confiance en l’humanité qui caractérisent tout autant le geste de Dieu dans l’Incarnation que celui de l’Église dans l’Eucharistie » a rappelé le cardinal Jean-Marc Aveline dans son discours d’ouverture. A chaque messe, Dieu se rend présent à nous, plus intime à nous-mêmes que nous-mêmes. La célébration de l’Eucharistie est donc « le sacrement même de l’unité », comme le souligne le cardinal Pietro Parolin dans le courrier qu’il a adressé aux évêques au nom de Léon XIV. C’est pourquoi, à quelques mois du consistoire convoqué par le pape, les évêques ont pris le temps d’approfondir le sujet de la liturgie et de la Tradition. Le souci de la communion est au cœur de leur prière et de leur ministère.

Enfin, à l’occasion de diverses questions libres ou courtes séquences, ils ont échangé des informations sur la situation des radios chrétiennes, rencontré le nouveau président de la Corref, et évoqué l’Enseignement catholique et l’engagement de la Conférence sur la question de la fin de vie. Un dernier temps a été l’occasion de faire le point sur le fonctionnement de la Conférence et les nouveaux chantiers qu’elle ouvre, comme celui de la transformation numérique des diocèses.

Outre la mise en œuvre du dispositif RENAITRE, les évêques ont aussi voté, conformément à la demande de la Commission épiscopale francophone pour les traductions liturgiques (CEFTL), les modifications concernant deux mots de la prière du Magnificat. A partir du premier dimanche de l’Avent, soit le 29 novembre 2026 à l’office de vêpres, le mot « miséricorde » remplacera le mot « amour » au verset 50 (« Sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent ») et le mot « descendance » remplacera le mot « race » au verset 55 (« et de sa descendance à jamais »). Ils ont aussi donné leur accord pour que l’archevêque de Rennes engage des démarches en vue de la transformation de l’église Saint-Méen de Cancale en Basilique Sainte-Jeanne-Jugan.

« Vis le jour d’aujourd’hui, Dieu te le donne, il est à toi Vis-le en lui. Le jour de demain est à Dieu, Il ne t’appartient pas. Ne porte pas sur demain le souci d’aujourd’hui. Demain est à Dieu : remets-le lui […] Le passé, Dieu le pardonne. L’avenir, Dieu le donne. Vis le jour d’aujourd’hui en communion avec Lui. » Cette prière de Sœur Odette a été retrouvée sur un petit billet qu’elle portait sur elle le jour de son assassinat. Un écho lointain à la confiance exprimée par Marie à l’Ange : « Qu’il me soit fait selon Ta parole ! » La fête de l’Annonciation a été au cœur de cette Assemblée plénière, qui a conduits les évêques, avec tout le peuple de Dieu qui leur est confié, jusqu’au seuil de la Semaine Sainte. C’était le sens de la conclusion de cette Assemblée, assurée par le frère Thomas Georgeon : en méditant sur la dynamique pascale de la communauté, en particulier celle de Tibhirine, il a offert un enseignement sur la fraternité comme chemin pour percevoir, par-delà le mystère de la souffrance, la joie de la Résurrection.

suivre l'Assemblée

ça peut aussi vous intéresser

Abus : que fait l'église ?