Mgr de Metz-Noblat : « C’est le Christ qui est vainqueur »

Ordonné évêque de Langres le 16 mars 2014, Mgr Joseph de Metz-Noblat participe à sa première Assemblée plénière à Lourdes. Il en expérimente toutes les dimensions : les séances plénières comme les couloirs.
 

Première Assemblée, premières impressions ?

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Il y a deux temps : les plénières et les couloirs. J’ai apprécié que cela commence, sur les questions d’actualité, par un dialogue franc, clair, avec des explications et des interpellations paisibles, sans aigreur. On sent le respect des personnes qui s’exprime. Avec 100 personnes présentes, il est normal qu’il y ait une diversité d’avis. On ne peut pas imaginer une unanimité sur tout. C’est humainement irréalisable. Par contre, ce qui est intéressant, c’est qu’au-delà des différences il y ait une volonté, non pas d’uniformité mais de communion. Nous sommes parfois tentés de vouloir faire de l’unité une uniformité. Or il s’agit bien d’être en communion, même si nous ne partageons pas le même avis sur tout. Nous savons nous respecter les uns les autres. Nous ne nous battons pas dans l’hémicycle ! Quand je pense à l’Assemblée nationale avec ses mouvements d’humeur, ses sifflets… Rien de cela : Il y a un respect réciproque.

Ensuite, il y a les couloirs. On peut se retrouver par affinités, par sujets de préoccupation. Les conversations peuvent être plus approfondies. Pour l’instant, j’en suis à découvrir les membres de l’Assemblée et du collège épiscopal. Il s’agit pour moi d’entrer une dynamique française. Dans le Directoire sur le ministère des évêques, il est bien rappelé que l’évêque n’est jamais seul. La réalité du collège épiscopal passe à travers une réalité nationale. Bien sûr, cela va au-delà, parce que l’Eglise est catholique, c’est-à-dire universelle, et qu’il y aura aussi des contacts avec d’autres évêques. J’ai été vice-président international de l’Union apostolique du clergé, une fraternité sacerdotale qui veut aider les prêtres diocésains à grandir en sainteté dans l’exercice de leur ministère. Par exemple, l’année dernière, j’étais en Inde pour l’installation de l’évêque de Jalandhar, dans le Penjab.

A quels thèmes abordés êtes-vous particulièrement attentif ?

En découvrant mon diocèse, certains sujets peuvent me préoccuper, notamment la question du clergé. Mais comme le font remarquer les évêques, elle n’est pas unique. Il ne faudrait pas se focaliser seulement sur la question du clergé mais plutôt sur l’ensemble de la dynamique de la vie chrétienne. La question de l’évangélisation est intéressante. Nous allons la traiter par le biais de la préparation au mariage. Comment l’Eglise est-elle présente dans les grands moments de la vie humaine pour permettre qu’ils soient vécus selon l’évangile ? Pour beaucoup, le mariage en est un. Comment découvrir que l’évangile n’est pas quelque chose « à côté » mais que la foi est « au cœur de la vie », comme me le disait récemment une de mes nièces.
 

Comment allez-vous à la découverte du diocèse de Langres ?

Je lancerai à la rentrée prochaine des visites pastorales. Pour l’instant, quand je repère dans l’agenda diocésain une conférence ou une rencontre, j’y vais. J’ai commencé à voir les prêtres, notamment âgés, les communautés religieuses. Avant même l’ordination, j’avais rassemblé sur une journée tous les acteurs principaux – religieux, religieuses, laïcs en mission ecclésiale, prêtres, puis diacres. La semaine après, j’ai pu échanger avec les agents pastoraux du diocèse : prêtres et diacres, membres des équipes de coordination paroissiale (EAP). Le thème était : « Réalisations, défis et craintes ». Cela m’a permis d’avoir un bon aperçu de ce qui se vit. A partir de tout cela, à l’automne prochain, je pourrai donner quelques axes pastoraux et réinsister sur l’annonce du Christ. Une tentation est celle du remaniement des structures pour qu’elles soient toujours plus adaptées. Mais on ne peut pas sans cesse rester enfermé dans la structure. Elle est là pour annoncer l’Evangile. Un défi – déjà évoqué dans les médias locaux – est celui de la proximité. Le diocèse de Langres, c’est une poussière de villages avec une moyenne de 150 habitants, 3 villes principales – deux de 25.000, une de 10.000 – et quelques bourgs de 1500/2000 habitants. Comment exprimer cette proximité de l’Eglise ?
 

Quel souvenir gardez-vous de votre ordination épiscopale ?

Ce fut un grand moment de ferveur ecclésiale. J’étais dans une grande sérénité. Les fidèles ont été très surpris de me voir dans la cathédrale saluer des gens une heure et demie avant. Ils pensaient que je serais en prière quelque part, tendu. J’étais certainement un peu tendu mais ma famille m’a dit qu’à partir de la moitié de la célébration, une fois l’acte d’ordination posé, on sentait que j’étais moins crispé. Ce qui a été fort, c’est l’enthousiasme des 2500 personnes qui étaient là. Tous ceux qui me font un écho de l’ordination me disent la joie profonde qui les a habités, quels qu’ils soient : les catholiques habituels comme ceux qui venaient par amitié. Ceux qui n’avaient pas trop l’habitude de rentrer dans une église sont repartis requinqués. Je pense que l’Esprit Saint était véritablement à l’œuvre.
 

Expliquez-nous votre devise épiscopale.

« Dans le monde, vous trouverez la détresse, mais gardez confiance, j’ai vaincu le monde » (Jn 16,33). En relisant l’évangile selon Saint Jean, cela m’est apparu comme quelque chose de fort. De fait, nous sommes dans une situation difficile pour l’Eglise, même si ce n’est pas la première fois. Le Christ nous prévient dès le départ : « Ne croyez pas qu’être chrétien est quelque chose de facile ». Cela rebute parfois certaines personnes qui espéraient être à l’abri de tout. Mais nous ne sommes pas mis sous une espèce de cloche ! La baraka, la bénédiction divine, ne nous extirpe pas de la difficulté même du monde. Le message du Christ est qu’Il a vaincu le monde. Pas nous, Lui. Voilà pourquoi Il nous invite à nous attacher à Lui. Etre chrétien, c’est reconnaître que le Christ nous permet de dépasser les difficultés de la vie terrestre – non pas d’y échapper – ou de les vivre intérieurement, comme Lui-même les vit puisqu’Il connaît l’échec, l’abandon, la trahison et que pourtant Il est victorieux. Ma devise est à la fois un message pour moi et pour les fidèles auxquels je m’adresse. Il faut y croire ! Une mission d’évêque n’est pas facile. Il ne faut pas que j’oublie que c’est le Christ qui est vainqueur. Comme le dit Saint Paul : « Ce n’est pas moi, c’est la grâce de Dieu avec moi ».

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