Le retour des rogations ?

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Un dimanche matin du mois de mai, à Druras, un joli village rural ensoleillé de Haute-Garonne. C’est l’époque des Rogations, le Père François, à l’issue de la messe, fait la bénédiction du matériel agricole, du bétail et des semences. « Par temps de famine, cette messe était vitale pour les agriculteurs, explique le Père François, aujourd’hui, c’est la reconnaissance du travail agricole. Instaurer et conserver cette messe est un retour nécessaire à nos racines. Sans les agriculteurs, nos champs seraient des champs de ronce, ils nourrissent les hommes et entretiennent le patrimoine rural qu’est la terre.». Cette bénédiction se clôture par un repas champêtre sur la place du village.

Depuis l’après-Guerre, avec la mécanisation de l’agriculture (qui faisait ses miracles toute seule !) et l’exode rural qui a largement appauvri les paroisses de campagne, la prière des « rogations » avait disparu, parfois vue comme une superstition (« peut-on vraiment prier pour demander la pluie ? »). Mais voilà qu’un peu partout en France, en Bretagne, en Bourgogne, en Languedoc, en Alsace, depuis quelques années, la pratique des Rogations, timidement mais sûrement, refait surface.

C’est une prière très ancienne qui a accompagné dans nos pays, pendant des siècles, l’évangélisation du monde rural. Elle aurait été inventée par saint Mamert, évêque de Vienne en Gaule méridionale au Ve siècle. C’était une époque de calamités, à la conquête de la province par les Burgondes s’ajoutaient des incendies, des tremblements de terre, et Mamert voulait relever le courage de son peuple. Il décréta trois jours de prières, juste avant l’Ascension, pendant lesquels on marcherait en procession dans la campagne en chantant des psaumes ! Toute la Gaule se passionna pour cette prière des « rogations » (littéralement, des demandes) et elle devint universelle. Tous les habitants de chaque village processionnaient, demandant à Dieu de protéger les semences, les récoltes, de bénir les travaux des hommes par sa pluie et son soleil. Au VIe siècle, saint Césaire raconte que la procession, en Arles, durait six heures entières et que le clergé, fatigué par la longueur des chants, faisait chanter les femmes pour respirer un instant !

Aujourd’hui, les rogations n’ont plus n’ont plus une place fixe dans le calendrier liturgique postconciliaire, mais dès 1969, mission avait été donnée aux conférences épiscopales de chaque pays d’en organiser le déroulement en fonction des besoins. Chaque pasteur peut donc se montrer inventif. En France actuellement, lorsque des évêques, des curés de paroisses rurales, des communautés, proposent à nouveau des « rogations », c’est souvent sous la forme d’une messe suivie de procession (ou de processions conclues par une messe). Les « trois jours » d’autrefois dans le même lieu sont répartis sur trois lieux différents d’une même paroisse, offrant aux gens la possibilité d’une bénédiction plus proche de leurs lieux de travail. Dans pas mal de cas, la messe est le moment de bénir les fruits de la terre, blé, vigne, ou toutes sortes de fruits, que les gens apportent.

Dans un monde rural en difficulté (pour ne pas dire en grande souffrance), il est bien évident que les prières de bénédictions de la terre, des moissons, des vignes etc. peuvent être une belle manière pastorale d’accompagnement et une marque d’intérêt de l’Eglise pour les agriculteurs. A l’heure écologique et aussi à l’heure de « l’Eglise verte », bénir la terre et ses fruits, c’est penser la Création et la vie spirituelle ensemble, très concrètement. Cinq ans après Laudato Si’, les rogations… s’imposent !

Le missel romain offre des formulaires de messe pour le temps des semailles (n°27), ou pour les récoltes (n°30). Le livre des bénédictions contient aussi de belles prières que chacun, prêtres ou laïcs peut prier sur les lieux de son travail. Par exemple : Dieu, qui dans ta providence dès le commencement du monde as prescrit à la terre de produire l’herbe et des fruits de toute sorte, toi qui donnes au semeur la semence et le pain pour la nourriture, nous t’en prions : permets que cette terre, enrichie par ta largesse et cultivée par le travail des hommes, produise du fruit en abondance pour que ton peuple se réjouisse des biens que tu lui accordes, et qu’il te rende grâce ici et dans l’éternité. Par Jésus, le Christ notre Seigneur. Amen

Frère Dominique-Marie Dauzet,
Service National de la Pastorale Liturgique et Sacramentelle

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