Homélie du dimanche 17 mars

Dimanche 17 mars 2024
Cinquième dimanche de Carême

Références bibliques
Lecture du prophète Jérémie. 31. 31 à 34 : « Je l’inscrirai dans leur cœur. »
Psaume 50 : « Renouvelle et affermis en moi mon esprit. »
Lettre aux Hébreux : 5. 7 à 9 : « Il a appris l’obéissance par les souffrances de sa passion. »
Évangile selon saint Jean : 12. 20 à 33 : « Là où je suis, là aussi sera mon serviteur. »

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LE GRAIN TOMBE EN TERRE

Nous sommes tous et chacun, d’une manière ou d’une autre, en « quête de sens » pour la réalisation de notre existence et de notre personnalité. Mais nous ne pouvons pas la mettre en œuvre seul. Ce ne serait bientôt qu’un repli sur soi-même et donc une solitude. Il nous faut accepter et assumer le fait que nous vivons dans un monde auquel nous sommes intimement liés, qu’il s’agisse de la nature, de notre corps, des hommes nos frères.

Il n’y a de vie et de vitalité qu’en harmonie avec eux tous. Seul un échange permanent, lucide et généreux est créateur de vie et cet échange nécessite bien des sacrifices pour unir nos points de vue et nos orientations, pour communier en une même réalisation. « Qui garde sa vie pour lui, la perdra. »

En s’incarnant, le Verbe de Dieu, notre nature, avec toutes ses composantes, y compris sa déchéance et ses limites, hormis le péché et tout ce qui y incline. Nous l’avons vu lors des tentations au désert.

Il assume cette condition d’homme, y compris la souffrance et la mort, pour lui communiquer la Vie éternelle au contact de sa divinité. Ce contact déifiant de la divinité du Christ avec son humanité ne doit pas être compris d’une façon purement physique, comme mécanique.

Le rôle décisif revient ici à la volonté humaine du Christ, parfaitement libre et intimement pénétrée par l’agir divin incréé. Il avait traduit cela, à 12 ans, dans sa réponse à la Vierge Marie. : « Je dois être aux affaires de mon Père ».

QU’IL ME SUIVE

« Là où je suis sera mon serviteur », c’est-à-dire ce que sera notre vie en Christ dès que nous sommes ses serviteurs. Ce n’est pas à entendre au sens de « demain, plus tard, un jour, au-delà de notre mort. » Selon le contexte, c’est aujourd’hui. C’est placer notre vie là où vit et comme il vit.

Il nous faut donc reprendre sa pensée pour la faire nôtre, partager les décisions de sa volonté pour les transposer dans notre comportement, entendre sa parole pour la communiquer à nous-mêmes et à nos frères, accomplir ses gestes d’amour pour que les nôtres soient porteurs de grâce comme le furent les siens. La divinisation du chrétien comme celle de l’humanité du Christ se réalise par l’amour qui est union des volontés divine et humaine.

Et c’est là que nous sommes confrontés à la croix, parce qu’elle est l’acte plénier qui assume l’humanité. Selon le mot à mot du texte grec de saint Jean : « Il a appris, de ce qu’il a souffert, l’obéissance, et, parvenu à son accomplissement, il devint pour tous qui lui obéissent cause du salut éternel. » Le terme grec « obéissance » s’entend au sens actif, ce n’est pas une soumission aveugle, c’est un consentement. De même « Accomplissement » ne signifie pas réaliser, mais conduire à son terme, à sa fin, à son but. (teleiôtheis dit saint Jean)

MAINTENANT JE SUIS BOULEVERSE

« Là où je suis. «  En évoquant devant ses disciples  la situation où il se trouve à cette heure, ce qui l’attend et le conduira aux souffrances de la Passion, le Christ est troublé, bouleversé. « Là où je suis.» …. »Que puis-je dire ? » …C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure … » Il nous faut méditer en une prière silencieuse et contemplative la volonté de Jésus en ce moment où s’interfèrent en Lui les volontés humaine et divine afin que la Gloire de Dieu soit accomplie.

Dieu se sert des événements de notre humanité pour agir à sa guise à nos yeux, mais l’amour en est la raison d’être. Le Christ, Verbe de Dieu, partage cet amour trinitaire. L’espérance devrait être au cœur des épreuves, mais elle est difficile à vivre, même si nous savons que le matériel s’unit au spirituel.

La voix qui se fait entendre s est alors non seulement une confirmation de la mission salvatrice, elle est aussi le témoignage de la communion du Père et du Fils dans une même volonté. Le Père avait ratifié au Jourdain la volonté de Jésus de s’identifier pleinement aux hommes pécheurs. Au Thabor, à la Transfiguration, il avait confirmé aux trois apôtres et à son Église, la nature humano-divine de celui à qui ils s’étaient donné. Aujourd’hui, devant la foule, au seuil de la Passion, le Père donne, à ceux qui en sont et seront les témoins, le sens de la vie de Jésus, menée sur les routes de Palestine, puis jusqu’au Calvaire.: »Je l’ai glorifié. Je le glorifierai encore. »

EN QUÊTE DE SENS

L’acceptation de la souffrance et de la mort par le Christ a été un acte humano-divin, capable de changer radicalement leur sens. Il n’a pas assumé une nature humaine idéale. Il a assumé notre nature « en état de mort ». « Il fallait ramener de la mort à la vie notre nature entière », dit saint Grégoire de Nysse (5ème siècle)

Il nous faut donc mettre la croix de Jésus au centre de notre vie. La croix de Jésus n’est pas seulement un instrument de souffrance, mais aussi et surtout un instrument de victoire, celle du don total d’une volonté par delà les conditions humaines. Ce sont ses dernières paroles : »Tout est accompli. » (Jean 19. 24), et pour nous les transmettre, saint Jean reprend le même terme, mais cette fois avec le verbe à l’indicatif passé, le Christ a tout réalisé.

Il nous faut mettre la croix au centre de notre vie, car elle fait du sacrifice de Jésus le centre de notre vie, de notre volonté, de nos sentiments. Regarder les hommes et les choses du point de vue de la croix, se persuader que rien n’est plus important au monde que le sacrifice du Christ éternellement présent et offert, c’est une vision qui exige de notre part un changement radical de notre vie.

Le jour où l’homme comprend la « centralité » de la croix, rayonnante et sanglante, il comprend pourquoi Jésus a répété « Ne fallait-il pas que le Christ souffrit pour entrer dans sa gloire ? » (Luc 24. 26) La mise au tombeau est le dernier acte de son humanité dans le même temps qu’elle les prémices de la Résurrection.

C’est en cela que s’accomplira notre « quête de sens. »

« Morts au péché, vivants pour Dieu dans le Christ Jésus … de même que le Christ  a été ressuscité d’entre les morts par la gloire du Père, de même nous aussi nous marchons en nouveauté de vie. « (Romains 6. 4) « Là où je suis, sera aussi mon serviteur. »

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« Que ta grâce nous obtienne, Seigneur, d’imiter avec joie la charité du Christ qui a donné sa vie par amour pour le monde. » (prière d’ouverture de la messe)

année liturgique B