Miséricorde : « Quand le cœur de Dieu se penche sur la misère de l’homme »

Porte Sainte de la Cathédrale du MansHomélie de Mgr Yves Le Saux, évêque du Mans, pour l’entrée dans l’année jubilaire de la Miséricorde, le 12 décembre 2015.

Nous entrons ensemble dans cette année du jubilé de la miséricorde. Nous sommes invités « manière plus pressante à fixer notre regard sur la miséricorde, afin de devenir nous aussi signe efficace, de l’agir du Père » (Pape François), invités à entrer dans la compréhension plus profonde de la miséricorde de Dieu, à l’accueillir dans nos vies pour devenir nous-mêmes témoins de la miséricorde.
Qu’est-ce que la miséricorde ? La miséricorde vous le savez, c’est le cœur de Dieu qui se penche sur la misère de l’homme. Plus précisément, ce sont les entrailles de Dieu qui sont bouleversées pour reprendre l’expression de l’Ancien Testament. « Vais-je t’abandonner, Éphraïm, et te livrer, Israël ? Vais-je t’abandonner comme Adma, et te rendre comme Seboïm ? Non ! Mon cœur se retourne contre moi ; en même temps, mes entrailles frémissent. Je n’agirai pas selon l’ardeur de ma colère, je ne détruirai plus Israël, car moi, je suis Dieu, et non pas homme : au milieu de vous je suis le Dieu saint, et je ne viens pas pour exterminer. » (Osée 11, 8-9). Dieu se révèle en Jésus bouleversé par la détresse humaine. En Jésus, Dieu rejoint la détresse de l’homme et la traverse. La miséricorde se révèle dans le mystère pascal. Jésus prend sur lui tout ce qui nous sépare de Dieu. Il rejoint toutes les solitudes, les situations d’angoisse, toutes les trahisons : celles dont nous avons souffert et celles dont nous avons fait souffrir les autres. Il rejoint toutes les victimes injustement violentées, mais aussi tous les bourreaux, les méchants. Il rejoint tous ceux qui ont le sentiment d’être abandonnés de Dieu. Dans la passion et sur la croix, l’amour miséricordieux se sert de la détresse humaine, du péché, du mal qui est dans le monde pour manifester un amour plus grand par la force du pardon.
La mort et la résurrection constituent alors la limite divine imposée au mal. En Jésus, le mal est vaincu par le bien, la haine par l’amour, la mort par la résurrection. La miséricorde est la limite que Dieu impose au mal : « la puissance de la croix du Christ est toujours plus que tout le mal dont l’homme pourrait avoir peur ».
Jésus est la miséricorde du Père. Jésus, dans l’Evangile nous parle de la miséricorde en particulier dans les paraboles. Il manifeste la miséricorde par ses gestes, il console les affligés, il guérit les malades, il s’approche des exclus mais plus encore, il est en personne la miséricorde de Dieu.
Le croyons-nous ? En cette année, nous sommes conviés à adhérer par la foi au Christ miséricordieux. Mais je pense souvent au propos de Jésus : « Quand le Fils de l’homme viendra sur terre, trouvera-t-il la foi sur terre ? » (Luc 18,8).
Comment vivre cette année de la miséricorde ?
En premier lieu, accueillir la miséricorde dans nos vies.
Nous aussi, nous faisons parfois l’expérience que nous sommes perdus, que les forces du mal l’emportent en nous. Nous sommes confrontés à des détresses extérieures et aussi à l’intérieur de notre propre cœur. Y-a-t-il quelqu’un qui peut me sauver ? Me pardonner ? Nous prenons la mesure de notre péché. Vous savez un jour, il nous faut reconnaître que nous ne sommes pas mieux que les autres, que nous ne pouvons rien faire sans la miséricorde de Dieu. Nous aussi, nous avons été complices du mal, orgueilleux, jaloux.
Il nous faut nous aussi accueillir dans nos vies personnelles la puissance de la rédemption et de la miséricorde de Dieu, renouveler notre rencontre avec le Christ, prendre le risque de le laisser s’approcher de nous « Quand quelqu’un fait un petit pas vers Jésus, il découvre que celui-ci attendait déjà sa venue à bras ouverts » nous dit le Pape François dans La Joie de l’Evangile. Il continue en citant lePape Paul VI : C’est le moment pour dire à Jésus Christ « Seigneur, je me suis laissé tromper de mille manières. J’ai fui ton amour. Cependant, je suis ici une fois encore pour renouveler mon alliance avec toi, j’ai besoin de toi. Rachète-moi de nouveau Seigneur, accepte-moi encore entre tes bras rédempteurs. » Dieu ne se fatigue pas de pardonner, c’est nous qui nous fatiguons de demander la miséricorde.
Laissons-nous en cette année visiter jusqu’au plus profond de nos cœurs par la tendresse et la consolation de Dieu, laissons-nous guérir. Prions que nous soit accordée à tous la grâce du repentir, la douloureuse et joyeuse grâce de prendre la mesure de notre pauvreté et de la miséricorde infinie de Dieu à notre égard pour pouvoir affirmer avec Saint Paul : « Le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pêcheurs, dont je suis moi le premier. Et si j’ai obtenu miséricorde, c’est pour qu’en moi le premier Jésus-Christ manifeste sa patience faisant de moi un exemple pour ceux qui doivent croire en lui. » (1Tm 1, 12-17).
Vivre la miséricorde entre nous.
Pendant cette année, comment allons-nous prendre les moyens de nous faire miséricorde entre nous, nous demander pardon, nous pardonner les uns aux autres ? Vous le savez parfois dans nos familles, dans nos groupes, nos paroisses, nos mouvements, nos relations, il y a des conflits, des blessures. Combien de jugements hâtifs, de paroles excessives et indiscrètes, de médisances qui peuvent transformer nos communautés en déserts stériles ?
Prions le Seigneur qu’il nous accorde la charité inventive et délicate pour trouver des chemins de manifestation de la miséricorde entre nous, pour que nos communautés, nos associations, nos mouvements soient des oasis de miséricorde dans un désert d’indifférence, qu’elles soient « un témoignage de communion fraternelle qui devienne attrayant et lumineux. Que tous puissent admirer comment vous prenez soin les uns des autres, comment vous vous encouragez mutuellement et comment vous vous accompagnez. »
Il me semble qu’il y a là un défi majeur. Tous, nous avons des gestes à poser, du chemin à faire.
Les œuvres de miséricorde. Dans l’Evangile de ce troisième dimanche de l’Avent, une question traverse le texte : que devons-nous faire ? Les foules, les publicains, le soldat demandent à Jean le Baptiste : que devons-nous faire pour manifester notre désir de conversion et nous préparer à recevoir le Messie ?
Il me semble que les réponses de Jean rejoignent la démarche du Jubilé. Accueillir la miséricorde ne peut pas rester de l’ordre de l’intuition généreuse. Cela se manifeste concrètement par des gestes, des actes. Le Pape nous invite avec force à ces œuvres de miséricorde.
La tradition catéchétique de l’Eglise dénombre sept œuvres de miséricorde corporelle et sept œuvres de miséricorde spirituelle. Les œuvres de miséricorde corporelle consistent à nourrir ceux qui ont faim, donner à boire à ceux qui ont soif, accueillir les étrangers, vêtir ceux qui n’ont pas de vêtements, visiter les malades et les prisonniers, ensevelir les morts. Les œuvres de miséricorde spirituelle consistent à instruire ceux qui sont dans l’ignorance, conseiller ceux qui sont dans le doute, consoler les affligés, réprimander les pêcheurs, pardonner à celui qu’on offense, supporter l’injustice avec patience, prier pour les vivants et les morts.
L’invitation est claire et concrète. Alors, sortons de nous-mêmes, approchons-nous de nos frères et sœurs. C’est ainsi que nous devenons ressemblants à Dieu.
La seconde lecture dans la lettre aux Ephésiens nous invite à la Joie « Soyez toujours dans la joie. Que votre bienveillance soit connue de tous. Ne soyez inquiets de rien ». De quelle joie s’agit-il ? De la joie du Salut. La joie est le fruit de la miséricorde.
Comment parler de joie alors que nous sommes dans un monde si tourmenté, traversé par la violence, la haine ? Justement la miséricorde est l’affirmation que l’infidélité, le péché de l’homme, la séparation de Dieu qui conduit à la division, à la tristesse et à la mort n’a pas le dernier mot. Dieu n’a pas échoué.
La victoire du Christ est véritable et définitive. Il en découle que nous pouvons nous placer face à la méchanceté dans une attitude sereine et confiante. C’est la joie des martyrs, la joie de savoir que Dieu est fidèle, que le mal et la mort n’ont pas le dernier mot. Il s’agit du jubilé de la miséricorde. Jubilé, c’est-à-dire la joie. La joie est le plus sûr moyen d’annoncer l’Evangile au monde.
Nous avons fait le choix de diffuser une image pour l’année de la miséricorde. Elle est à la fois la représentation du bon berger qui va chercher la brebis perdue et la prend sur ses épaules et du bon Samaritain qui s’approche de l’homme blessé au bord du chemin pour la prendre encore sur ses épau les et guérir ses blessures.
Que cette année, nous laissions Jésus bon berger nous ramener auprès de lui et de nos frères.
Que nous laissions Jésus le bon Samaritain prendre soin de nous et guérir nos blessures.
Que cette année, nous soyons figure du bon berger auprès de tous, figure du bon Samaritain en nous approchant des hommes et femmes blessés de notre monde.
Que nous devenions nous aussi, signe efficace de l’agir du Père.
Que la distribution large de cette image soit un humble et modeste moyen de proposer à tous la manifestation de la miséricorde de Dieu.
Mgr Yves Le Saux
Evêque du Mans

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