Talenthéo, des talents au service de l’Église

Depuis 2006, des coachs se mettent bénévolement au service de l’Église de France et d’ailleurs. Olivier, fondateur de ce réseau, explique l’esprit de cette démarche visant à accompagner la conversion pastorale à laquelle le pape François nous exhorte tant afin d’inventer les paroisses de demain. Par Chantal Joly.

Coaching numériqueLe coaching est à la mode. Comment expliquer qu’une institution bi-millénaire telle que l’Église ait besoin d’y recourir ?

Rappelons tout d’abord que les hommes d’Église, comme tous les dirigeants, ont toujours fait appel à des personnes extérieures à leur organisation pour les conseiller. Or dans notre société où les repères sont devenus flous et les changements très rapides, les personnes en situation de responsabilité sont en demande de guides qui ne soient pas leurs proches. En ce sens le coaching me paraît une mode plus que durable.

L’Église, s’inscrit aujourd’hui dans un monde déchristianisé : ses prêtres sont confrontés à des personnes soit hostiles, soit ouvertes au message évangélique mais dans les deux cas le plus souvent sans culture religieuse. L’enjeu aujourd’hui est donc moins d’organiser des activités et donc de chercher des bonnes volontés, que d’accueillir et accompagner la croissance spirituelle de personnes ayant des itinéraires très variés. Quant aux croyants fervents et engagés, ils veulent participer pleinement à la vie missionnaire de leur paroisse et portent des attentes fortes vis-à-vis de leur curé. Ainsi, un curé n’est ni un patron ni un manager, mais un pasteur qui forme des disciples missionnaires à accueillir et accompagner des personnes ne connaissant pas encore bien le Christ. C’est la raison pour laquelle, nous devons aujourd’hui inventer une nouvelle collaboration entre clercs et laïcs.

On pourrait penser que des prêtres, les évêques, des supérieurs de congrégations ont suffisamment de sagesse, de formation et de soutien de l’Esprit Saint pour se passer de coachs !

Si Dieu seul convertit les cœurs et donne la grâce du ministère, tous reconnaissent que la grâce ne remplace par une véritable formation à l’intelligence de la foi et à la vie spirituelle. Il en est de même pour la vision pastorale et les compétences relationnelles : la grâce ne remplace pas la nature, elle la perfectionne ! J’ai été très interpellé par la lecture de recherches  en théologie pastorale d’origine allemande et anglo-saxonne et surpris de la quasi absence de ce type d’études en France, où la théologie sacramentelle et dogmatique est prédominante.

Qu’est ce qui favorise l’engagement des laïcs ? Qu’est-ce qu’un projet, une vision pastorale ? Quels sont mes talents de prêtre pour la développer, pour l’expliquer à ma communauté ? Ce sont justement ces questions que nous travaillons lors de nos sessions avec les prêtres, les évêques, les supérieurs de congrégations et leurs équipes. Le Pape François nous demande d’ « avancer sur le chemin d’une conversion pastorale » (Évangelii Gaudium N°25) et d’aller aux périphéries. La mine incroyable qu’est le document d’Aparecida [1] et récemment « La joie de l’Évangile », qui visent à redonner un élan d’évangélisation, nous servent de feuille de route pour encourager à former et multiplier des « communautés de disciples-missionnaires ».

Vous avez justement choisi comme slogan : « Des pasteurs en croissance pour une Église en croissance ». Que voulez-vous dire ?

Je sais que certains sont choqués quand on ose questionner la croissance numérique ! Évidemment, la croissance n’est pas qu’une question de technique humaine, mais regarder si notre communauté grandit ou diminue est un élément intéressant à prendre en compte. « Allez de toutes les nations faites des disciples », demande Jésus (Mt, chapitre 28). Les chrétiens sont exhortés à témoigner car les personnes qui nous entourent ont soif de connaître le Christ. Mais nous sommes aussi invités à faire grandir notre cœur et nos compétences de pasteur intérieurement pour porter cet élan missionnaire et être attentif aux hommes et femmes aux périphéries de l’Église et de la société.

Depuis que vous assurez ces formations, qu’est-ce qui vous frappe le plus chez vos interlocuteurs ?

Leur soif de prendre ce temps privilégié afin de mieux se connaître et de comprendre ce qu’ils font et surtout leur grande humilité à se laisser remettre en cause. Ce qui me touche également beaucoup et qui me réjouit, c’est que toutes les sensibilités, toutes les origines, et toutes les générations de prêtres et de supérieurs partagent fraternellement et s’entraident pour grandir dans leur mission de pasteur.

Une palette de propositions

Depuis sa création Talenthéo a accompagné plus de 3000 prêtres et évêques venant de 80 diocèses de France, Belgique, Suisse et Hong-Kong. Sur une année ses missions représentent plus de 730 journées d’animation assurées par environ 80 coachs professionnels chrétiens.

Il existe différentes formules : des formations thématiques pour séminaristes et jeunes prêtres, des parcours « Pasteurs selon mon cœur » pour des prêtres et des évêques, un parcours pour des supérieurs de monastères (« Leadership abbatial »), un dispositif « Disciples au cœur brûlant » pour accompagner des paroisses, des coachings individuels et d’équipes, ainsi que des sessions presbytérales pour de nombreux diocèses, congrégations et provinces ecclésiastiques.

[1] Rédigé par le cardinal Bergoglio en 2007 à l’issue de la V conférence générale du Conseil épiscopal latino-américain (Célam) au sanctuaire marial brésilien.

Sur le même thème

  • 10

    Documents épiscopat : Quelle communion à l’ère numérique ?

    A l’occasion de la sortie de la revue Documents épiscopat : « Quelle communion à l’ère numérique », Monseigneur Norbert Turini, évêque de Perpignan et Président du Conseil pour la communication évoque les défis et les enjeux des réseaux numériques. Face aux opportunités du monde numérique : comprendre et agir L’Église en France prend la mesure des défis […]