Les grâces de la Fraternité Georgette

Vivre sous le même toit que des familles migrantes, partager les repas quotidiens et prier ensemble. Depuis sept ans, à Montauban, la Fraternité Georgette expérimente cette vie communautaire. Par-delà les difficultés, ce sont des cœurs habités par la joie, qui s’accueillent, se rencontrent et se soutiennent. Par Florence de Maistre.

Fraternité Georgette“Avec mon mari, André, et une autre personne, nous avions le désir de nous mettre au service de ceux qui se trouvent dans le besoin, gens de la rue ou personnes souffrant de la solitude. C’est le P. Jean-Michel Poirier, alors curé de la paroisse Notre-Dame de la paix, en accord avec l’évêque de Montauban qui nous a confirmés dans cette mission en 2013”, indique Marie-José Pelissier, co-fondatrice de la Fraternité Georgette et qui partage la vie communautaire de la maison Notre-Dame de la paix. L’ancien presbytère accueille aujourd’hui trois familles de nationalités différentes et cinq enfants.Tous sont demandeurs d’asile. Tous cheminent avec Marie-José, veuve, et Richard, célibataire. Sans compter, les visites régulières de Pépé, jeune Africain, désormais étudiant à Toulouse, qui a fait de la Fraternité sa famille de cœur. Quatre autres familles et une femme célibataire hébergées chez des particuliers entretiennent avec la Fraternité Georgette des liens très étroits. Une équipe de bénévoles soutient la vie communautaire.

En 2009, Marie-José et André rencontrent des membres de la communauté Réjouis-toi. Auprès d’eux, leur désir de louer le Seigneur trouve une réponse. Ils s’engagent au sein de cette communauté de prière et de partage au service de l’évangélisation : c’est un premier pas. À peu près au même moment, Marie-José est touchée par la lecture de “La grâce d’être femme” de la théologienne Georgette Blaquière. Elle apprend que cette dernière n’est autre que la mère d’une amie membre de la communauté Réjouis-toi à Montauban. “J’ai eu un coup au cœur”, se souvient Marie-José. Souffrant alors de la maladie de Parkinson, Georgette Blaquière a besoin d’une aide pour l’assister au quotidien. “J’ai bien senti ce jour-là, que mon oui était particulier”, lance Marie-José. Pendant un an et demi, elle bénéficie aux côtés de la théologienne, d’une bibliothèque choisie qui lui apporte beaucoup. De même que la vie paroissiale et ses repas chaque semaine avec des gens de la rue, des migrants en particulier. “Au retour du rassemblement national Diaconia, nous avions compris ! Une rencontre avec Gilles Rebêche, diacre du diocèse de Fréjus-Toulon, à l’initiative de la diaconie du Var, nous a aussi donné des ailes. Soutenue par une équipe paroissiale et rapidement organisée en association, la Fraternité Georgette est née,” précise Marie-José.

Chrétiens et musulmans ensemble

“Il faut que partout fleurissent d’humbles foyers de charité, de toutes petites communautés dispersées partout, des lieux où les pauvres puissent faire l’expérience du Dieu vivant. Partout il faut des lieux ouverts où dans la prière humble et pauvre, Dieu puisse se révéler au cœur de ses enfants perdus, des lieux où chacun puisse apprendre à vivre, puisse apprendre à sauver la vie, puisse se réconcilier avec sa vie, puisse sauver la vie. C’est la première urgence”. (Extrait d’un enseignement de Georgette Blaquière auprès de la communauté Réjouis-toi, à Coutances, 1997).

La maison où réside la Fraternité Georgette est mise à disposition par la paroisse Notre-Dame de la paix, à charge pour la communauté d’en régler toutes les factures. La Fraternité loue également un appartement qui jouxte la maison et profite d’un petit jardin.Chaque famille dispose ainsi de son espace de vie privé. Seules la salle à manger et la cuisine sont communs. Les déjeuners sont tous pris ensemble. En fin d’après-midi, au retour des enfants de l’école, chacun retourne dans sa partie personnelle. “Nous partageons nos biens. Nous recevons les invendus de l’épicerie solidaire. Nous prenons ce dont nous avons besoin et nous redonnons le surplus pour le partager encore avec les plus pauvres”, souligne Marie-José.

Les membres du bureau de l’association se joignent au repas chaque mercredi midi. C’est un temps de rencontre particulier. D’autres personnes peuvent aussi être invitées, celles qui souhaitent accueillir chez elles, par exemple. Un temps de prière à l’église voisine marque cette journée. “Nous vivons régulièrement des moments de prière, chrétiens et musulmans ensemble. Nous avons retenu le passage de l’évangile de Luc et celui du Coran qui annoncent l’arrivée de Jésus. Nous avons également une prière pour saint Joseph, dont une de nos membres a découvert la figure. En ce moment, nous portons les intentions liées à l’épidémie. Nous invoquons, à la manière musulmane, le saint nom de l’Amour de Dieu, le très miséricordieux. Puis chacun prie dans sa langue. À la fin les enfants sont heureux de chanter Invoque Marie, regarde l’étoile, confie Marie-José.

La Fraternité Georgette poursuit également son engagement politique. Dès sa création, en union avec douze associations laïques ou confessionnelles (Secours catholique, Emmaüs, Pastorale des migrants, Cimade, etc.), elle participe à la formation du Collectif pour le respect des droits fondamentaux des personnes reçues au sein des hébergements d’urgence dans le département du Tarn-et-Garonne. Le signal d’alarme lancé en 2013 porte ses fruits. Depuis, le nombre de places d’accueil d’urgence a été augmenté. Le Collectif a même créé sa propre structure d’accueil il y a deux ans. “Les bénévoles et salariés compétents agissent avec un profond respect pour les personnes”, assure Marie-José. Deux femmes de la Fraternité font partie de l’équipe des accueillants. Ou comment incarner les propos du pape François, en particulier le cinquième chapitre de son encyclique Fratelli tutti avec l’évocation de la charité sociale et politique.

L’entraide fraternelle

fratelli tutti format thumbnail“Les paroles du pape sont d’une richesse extraordinaire, c’est formidable ! Il y a énormément de résonances de Fratelli tutti dans ma vie”, relève Marie-José. Dès le paragraphe 8, elle retrouve son propre chemin, un encouragement dans sa démarche et encore un appel à se retrousser les manches : “Personne ne peut affronter la vie de manière isolée. […] Nous avons besoin d’une communauté qui nous soutient, qui nous aide et dans laquelle nous nous aidons mutuellement à regarder de l’avant. (…) Chacun avec la richesse de sa foi ou de ses convictions, chacun avec sa propre voix, tous frères.” Et quand le pape développe Plus de fécondité que de succès au chapitre 5, il touche Marie-José au cœur. “Pour être authentique, la vie fraternelle demande souvent un travail de fond sur soi-même. La fraternité a eu l’occasion de le faire en permettant à ses membres de vivre une formation à la communication non violente (CNV). Les relations en interne en ont été beaucoup améliorées.”

Un an avant le rappel à Dieu d’André, un homme frappe à la porte de la maison Notre-Dame de la paix. Il demande de l’aide : il dort dehors avec sa femme et ses deux filles. Avec André, malade d’Alzheimer, la Fraternité n’est pas en mesure d’accueillir cette nouvelle famille. Ils seront logés provisoirement dans la salle à manger. Le lendemain, la femme, qui ne parle pas français, fait comprendre à Marie-José en lui mettant la main sur l’épaule qu’elle peut lui faire confiance pour l’aider à s’occuper d’André. “Tous deux m’ont été d’un grand secours. André a vécu heureux avec eux, témoin silencieux de la grâce du pauvre dans la communauté. Une relation privilégiée s’est aussi nouée avec les enfants”, partage Marie-José. Et de rappeler ce passage de l’Épître aux Hébreux : “Continuez à vous aimer les uns les autres. N’oubliez pas l’hospitalité, c’est grâce à elle que quelques-uns, à leur insu, ont hébergé des anges.” (He 13, 1-2) Cette famille vit toujours au sein de la Fraternité Georgette. Elle témoigne même que c’est en son sein qu’elle a rencontré l’amour. Elle porte le désir d’en rester acteur, même si elle obtient des papiers : le désir de poursuivre cette vie communautaire au service du frère.

Avec le réseau Saint-Laurent la Fraternité Georgette trouve un soutien spirituel. L’été dernier, tout le monde s’est retrouvé à Lourdes au milieu des 300 autres participants aux “Visitations”. “Quel bonheur ! Pour nos frères musulmans cette session a été époustouflante ! Le réseau Saint-Laurent permet aux personnes accueillies de se mêler à d’autres, d’intégrer des groupes de partage de la Parole, de vivre la fraternité”, précise Marie-José. De taire les difficultés pour mieux ponctuer : “Comment allons-nous continuer ? On ne voit pas loin devant. C’est l’aventure de la joie !”

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