Guillaume Nicolas :  » Les départs reprennent mais avec parcimonie « 

Depuis le début de la pandémie dû au Covid-19, la Délégation catholique pour la coopération (DCC) doit relever de nouveaux défis pour que la mission de volontariat international perdure.  Interview de son délégué général, Guillaume Nicolas.

Alors que les mobilités internationales se raréfient et mettent en péril la solidarité internationale, pouvez-vous dresser un état des lieux des activités de la DCC ?  

25 mai 2017 : Guillaume NICOLAS, délégué général de la Délégation Catholique pour la Coopération(DCC). Jambville (78), France.

La DCC fonctionne toujours à plein régime malgré une importante baisse de présence sur le terrain en nombre de volontaires de solidarité internationale. Alors qu’en temps ordinaire nous accompagnons plus de 400 volontaires par an, on en compte à ce jour environ 80 contre 250 au même moment de l’année. Les départs reprennent mais avec parcimonie. Chaque départ est une petite victoire tant il demande de la patience pour obtenir des autorisations, des vérifications administratives et sanitaires, sans compter les vérifications sécuritaires habituelles. De nombreux candidats au volontariat se présentent à la DCC, nous nous en réjouissons, et les besoins exprimés par les partenaires sont nombreux. Aussi, nous restons mobilisés, le volontariat est en vie !

Comment la structure et ses salariés se sont adaptés à cette situation ?   

La structure est bousculée car le moteur de la DCC est l’envoi en mission à l’international ! Toutefois les salariés et les bénévoles se sont adaptés pour assurer une continuité d’activité mais aussi pour innover dans nos pratiques. Dans l’urgence des formations ont été basculées en visio mais rapidement les formateurs se sont mobilisés pour concevoir et animer des nouveaux modules en ligne, revoir les programmes et les ressorts pédagogiques. De l’avis de tous, cela permet de transmettre l’essentiel pour se préparer au départ et offre même de nouvelles opportunités pour la qualité de nos stages (par exemple, faire intervenir en visio des témoins lointains pour quelques minutes) mais la « vraie » rencontre nous manque toujours, nous avons hâte de réunir des candidats pour partager des repas, célébrer ensemble, faire la fête le soir !

Quel est l’impact pour les acteurs locaux notamment les partenaires de la DCC ? Comment les communautés locales font-elles face pour maintenir leurs activités et soutenir les populations en situation de vulnérabilité ?

Lors des premières semaines de crise et alors que le monde se confinait pour la première fois, des volontaires sur le terrain ont témoigné du fait que le contexte local était tendu, les populations voyant leurs principales ressources coupées, et craignant de manquer. Nous pouvons témoigner d’établissements scolaires, éducatifs, médicaux à l’arrêt. Encore aujourd’hui et par exemple en Amérique latine des partenaires n’ont pas repris leur activité alors même que les publics bénéficiaires sont bien souvent des populations vulnérables. Cependant nous savons aussi que nos partenaires s’adaptent autant que possible et avec ingéniosité.

La vingtaine de volontaires qui a pu arriver depuis la rentrée, notamment dans les milieux scolaires, était très attendue. Au Cameroun par exemple, l’ICAM-UCAC s’inquiétait de ne pas voir arriver Florent. De même, Willy était fortement attendu au Togo pour le démarrage de l’année scolaire. Pour nous et à plus forte raison pour nos partenaires, il est parfois difficile de comprendre et d’accepter les contraintes au départ ou à l’arrivée, chaque pays faisant évoluer sa propre politique en matière de mobilité humaine.

Dans ce contexte, la gestion de la crise devient prioritaire pour chaque pays. Comment faire vivre la solidarité internationale en ces temps où les distances sont ainsi profondément marquées ? 

D’abord décider l’espérance. Pour la DCC cela signifie prendre des décisions qui vont dans le sens des départs, de la mission, de la vie ! Jamais nous ne contrevenons aux consignes sanitaires ou sécuritaires mais nous sommes en veille très active pour identifier là où les missions sont à nouveau possibles et nous contribuons dès que possible à l’évolution des décisions et des autorisations. Certains volontaires sont en lien avec leur partenaire local avant même d’arriver sur le terrain, la relation s’instaure, la solidarité précède la rencontre. N’oublions pas ceux qui sont restés sur le terrain ou qui se sont démenés pour réussir à partir malgré toutes les difficultés : ils ont ainsi marqué leur attachement à la solidarité et leur engagement envers et contre tout. Enfin, le partenariat ne se résume pas à la présence du volontaire, nos chargés de mission gardent le lien avec nos partenaires locaux et restent à l’écoute pour revenir dès que possible à leurs côtés.

Certains volontaires sont en attente d’un départ, d’autres partent dans ce contexte très particulier, comment vivent-ils cette situation ?  

Groupe DCC 2020C’est une situation vraiment difficile que de ne pas pouvoir partir alors que le projet de volontariat est mûrement réfléchi et préparé depuis des mois. Parfois même on a rendu son appartement, démissionné de son travail, déscolarisé provisoirement des enfants le temps d’arriver dans l’école de son lieu de mission. Nous sommes impressionnés par la résistance et la pugnacité de tous ces volontaires en attente de mission.

Quel message leur adresser et comment encourager ceux qui réfléchissent à s’engager dans cette aventure ?  

A tous les volontaires en attente nous leur disons patience, confiance et courage. Des jours meilleurs sont devant nous, la DCC œuvre avec bien d’autres pour que le volontariat puisse toujours se déployer. A ceux qui se questionnent pour un éventuel volontariat nous les encourageons à nous rejoindre : la connexion numérique ne suffit pas pour construire des ponts, elle ne suffit pas pour unir l’humanité (…) il nous faut œuvrer pour que chaque pays croisse à sa propre manière, afin de développer ses capacités à innover à partir des valeurs de sa culture », pour reprendre les mots du pape François dans sa dernière encyclique Fratelli Tutti. Empruntez avec la DCC cet itinéraire d’espérance !

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