Nathalie et Guillaume, une mission de veilleur

portrait de Nathalie et Guillaume Réquédat

Mariés depuis trente-sept ans, Nathalie et Guillaume Réquédat sont responsables de la pastorale familiale du diocèse d’Évreux. Préparation au mariage, mais aussi accompagnement et accueil des personnes fragiles ou aux parcours complexes forment les grands axes de leur mission à la lumière de l’exhortation apostolique Amoris Laetitia sur l’amour dans la famille, dont l’Église fête les 10 ans cette année. Portrait. Par Florence de Maistre.

“La miséricorde du Seigneur est pour tous : imméritée, inconditionnelle et gratuite. C’est ce que rappelle le pape François dans Amoris laetitia et c’est ce qui me touche beaucoup. Nous sommes appelés à développer une dimension joyeuse de l’accueil, de l’attention à chacun, du prendre soin des familles dans tout ce qu’elles vivent et traversent. L’exhortation apostolique apporte un très beau souffle dans la continuité du magistère de l’Église”, partage Nathalie Réquédat, responsable avec son époux Guillaume, de la pastorale des familles du diocèse d’Évreux. Après vingt-cinq ans passés à Lyon, le couple, marié depuis trente-sept ans, s’installe avec ses six enfants en Normandie près d’Évreux. Guillaume poursuit son activité professionnelle au service du développement financier de la radio RCF Notre-Dame, et se rend plusieurs fois par semaine à Paris. Il est ordonné diacre permanent pour le diocèse d’Évreux en 2021. C’est dans le cadre de sa mission diaconale qu’avec Nathalie, il intègre l’équipe diocésaine de la pastorale des familles. Depuis trois ans, ils en sont tous deux les responsables. La mission est très large : il s’agit d’accompagner chaque famille quel que soit son chemin avec bienveillance, foi et espérance.

“Nous avons d’abord pris du temps pour écouter les besoins et les attentes des acteurs concernés de près ou de loin par la famille”, indique Nathalie. Les accompagnateurs de la préparation au mariage sont les premiers à avoir exprimé clairement un besoin de soutien et de formation. “Ils se trouvent souvent isolés. Ils sont aussi nombreux à être retraités et à ressentir un grand décalage entre leur propre vécu et la réalité très différente des couples d’aujourd’hui”, poursuit la mère de famille. Depuis deux ans, une grande journée des fiancés est proposée en janvier sur le modèle de celles de la Communion Priscille et Aquila. L’accueil des fiancés avec les couples parrains, les temps de formation ou de témoignage sont particulièrement soignés. Évènement d’Église important, dont l’évêque est partie-prenante, cette journée rassemble largement au-delà des clochers. Cette année, Nathalie et Guillaume en ont confié l’organisation à une équipe dédiée : plus de trois cent personnes ont répondu à l’invitation. La journée fut belle, riche et joyeuse. Les responsables de la pastorale des familles peuvent désormais s’atteler à d’autres chantiers.

Autour des personnes séparées

En vue de proposer un accueil et un accompagnement spécifique aux personnes en situation de fragilité ou complexe, Nathalie a suivi une formation sur le “discernement pastoral dans la dynamique d’Amoris Laetitia” aux Facultés Loyola Paris. Ce qui l’a particulièrement touchée ? Le n°297 de l’exhortation apostolique du pape François : “Il s’agit d’intégrer tout le monde, on doit aider chacun à trouver sa propre manière de faire partie de la communauté ecclésiale, pour qu’il se sente objet d’une miséricorde ‘‘imméritée, inconditionnelle et gratuite’’. Personne ne peut être condamné pour toujours, parce que ce n’est pas la logique de l’Évangile !”

Un premier axe de travail vient d’être lancé en direction des personnes divorcées, engagées ou non dans une nouvelle union. Nathalie est dans la joie : une personne du diocèse, Pascal, lui-même concerné par le divorce, a accepté d’être référent sur le sujet. En avril prochain, une journée de formation pour tous les prêtres du diocèse d’Évreux sur “l’accueil et l’accompagnement des personnes divorcées engagées dans une nouvelle union” sera proposée par le P. Patrick Langue, sj. “Ce n’est pas si simple pour nos pasteurs de recevoir des personnes divorcées et de répondre à leurs demandes. Mais cette réalité étant très présente, préparons-nous à l’accueillir”, relève Nathalie. Un parcours Revivre pour les personnes ébranlées par un divorce sera bientôt initié dans le diocèse. Sur le modèle des parcours Alpha, il propose un accompagnement pendant deux mois, au rythme d’une rencontre par semaine, autour d’un repas, d’un enseignement ou d’un témoignage et d’une discussion en petit groupe. La démarche rencontre déjà un très bel accueil dans d’autres diocèses.

Autour des personnes homosexuelles

Le second axe de travail veut ouvrir des espaces d’accompagnement des personnes concernées par l’homosexualité. Grâce à leur colloque en novembre dernier, Guillaume et Nathalie ont découvert le mouvement Reconnaissance, fondé il y a cinq ans par des chrétiens et parents d’enfants homosexuels. Elle confie : “ils témoignent de la façon dont la blessure du coming out de leur enfant les a ouverts à une réalité qui les édifie véritablement”. La démarche diocésaine débute tout juste. Là encore, Nathalie est enthousiaste et se réjouit : une deuxième personne référente, Hélène, est d’accord pour prendre ce chantier en main. Première étape : considérer ces personnes invisibilisées, parce qu’elles ne trouvent pas leur place en Église, en sont exclues, ou n’osent pas. Puis, à l’aide d’affiches et de tracts inviter tous ceux qui le souhaitent à des rencontres fraternelles et des partages d’Évangile. Le tout, en lien avec les mouvements d’accompagnement des personnes homosexuelles et de leurs proches.

Quant aux autres dimensions que recouvrent la pastorale des familles, Nathalie et Guillaume les abordent lors de rencontres radiophoniques ! L’initiative revient à leurs homologues du diocèse de Bayeux-Lisieux, Sixtine et Dominique de Raucourt. Ils ont réuni les délégués diocésains en charge de la pastorale des familles des cinq diocèses de Normandie et les ont invités à animer à tour de rôle l’émission “Un air de famille” sur RCF Normandie. C’est l’opportunité pour Nathalie de valoriser et soutenir un mouvement ou une personne. “Nous avons invité deux personnes veuves en décembre pour évoquer avec elles les fêtes de fin d’années. Nous avons deux fois la responsable des Enfants de Tamar, une association qui lutte contre les violences sexuelles faites aux enfants. La dernière fois, nous avons sollicité les responsables de secteur des Équipes Notre-Dame”, développe-t-elle.

Se ressourcer dans la prière

Les référents de ces deux grands chantiers initiés qui mettent leur bonne volonté au service des projets de la pastorale diocésaine des familles, qui répondent oui et qui, de surcroît, remercient les responsables diocésains, sont un signe fort d’encouragement pour Guillaume et Nathalie. Les réactions très favorables et étonnées des personnes extérieures qui découvrent que l’Église s’engage auprès des personnes aux parcours différents en sont d’autres également qui touchent Nathalie.“Nous essayons de garder le cap : essayer de nourrir, d’accompagner, d’être présents et attentifs aux réalités que l’on rencontre. Nous avons une mission de veilleur et de mise en relation”, souffle-t-elle.

Le contenu dispensé dans les différents lieux de formation, autant que les rencontres humaines ressourcent Nathalie. C’est dans le même sens que Guillaume et elle fréquentent désormais davantage le centre diocésain à Évreux où ils ont un bureau, à moins de trente minutes de leur domicile. “Je crois beaucoup aux passerelles entre les différents services. Nous avons vocation à travailler ensemble et c’est un vrai défi. Nous avons chacun nos approches. Si nous concerter nous demande plus d’énergie, c’est en même temps plus ressourçant”, assure la responsable. Pour accomplir au mieux leur mission, la prière reste pour eux le premier lieu source. Ils ont d’ailleurs choisi de commencer cette nouvelle année en prenant une journée de désert au monastère Sainte-Françoise-Romaine au Bec-Hellouin pour remettre cette mission au Seigneur. Nathalie ponctue : “nous souhaitons renouveler ce temps régulièrement : c’est très nourrissant de travailler dans ce cadre spirituel fort”.

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