Anne et Christophe, l’art de conjuguer famille et charité

Mariés depuis trente-sept ans, Anne et Christophe Cuer débutent leur deuxième année au service de la pastorale des familles du diocèse d’Annecy. Tout ce qu’ils s’attachent à mettre en œuvre est porté par l’exhortation apostolique Amoris Laetitia sur l’amour dans la famille, dont l’Église fête les 10 ans cette année. Portrait. Par Florence de Maistre.
“Nous sommes délégués diocésains pour la pastorale des familles : un pluriel que nous tenons à préciser. C’est un souhait de notre évêque, Mgr Yves Le Saux, de bien manifester la famille, non pas monolithique mais dans ses différentes formes, de sorte que chacun puisse s’y retrouver. C’est également une préoccupation que j’ai personnellement au regard des chiffres. Une famille sur quatre est monoparentale en France. Je crois que l’Église a quelque chose à dire et une aide à apporter”, indique Anne Cuer, 59 ans, déléguée avec son mari Christophe, 60 ans, pour la pastorale des familles du diocèse d’Annecy. Tous deux sont mariés depuis 37 ans. Ils ont sept enfants, le dernier va prochainement fêter ses 18 ans. Ils sont également heureux grands-parents de quatre petits-enfants, sans compter deux nouvelles naissances prévues pour 2026. Ils résident depuis un an au Mont-Saxonnex, un petit village dans la montagne à une heure d’Annecy. Un lieu qu’Anne connaît depuis l’enfance et où le couple rêvait de s’installer. Leur vœu s’est réalisé de “façon assez providentielle” et à la faveur d’un changement de vie professionnelle. Christophe, ingénieur informatique, travaille essentiellement à distance et à l’international. Qu’il soit basé à Lyon, Clermont ou en montagne est sans conséquence pour son activité. Anne, initialement infirmière, a été professeur en prévention, santé et environnement pendant quinze ans au sein d’un lycée professionnel, avant de quitter l’enseignement il y a deux ans. Elle œuvre depuis au service de l’Église : à mi-temps pour son diocèse et à mi-temps pour la paroisse Saint-Bruno en vallée d’Arve.
Renouveler la préparation au mariage
“Mes deux missions se complètent bien. C’est très intéressant d’être enraciné dans la paroisse. Comme déléguée pastorale, je porte la charge curiale avec mon curé et je suis engagée sur le terrain. La responsabilité diocésaine de la pastorale des familles m’apporte un autre point de vue sur l’Église”, précise la double déléguée. Christophe et elle ont été pendant de nombreuses années accompagnateurs de la préparation au mariage au sein des différentes paroisses des lieux où ils ont habité. Entre la vie de famille nombreuse et la vie professionnelle, c’est la manière que le couple a choisi pour se retrouver et partager un temps de service commun. Fort de leurs expériences, ils découvrent désormais peu à peu la pastorale des familles, au-delà de la seule question de la préparation au mariage. “Nous entamons notre deuxième année de délégués diocésains : engagement et mission se vivent à deux !”, souligne l’ancienne enseignante. Si elle est, de fait, davantage impliquée que son époux, son soutien lui est très précieux. “Je lui partage mes questions et découvertes. Il m’apporte son regard extérieur. C’est très riche”, assure-t-elle. Sans oublier, l’aide spécifique apportée par l’ingénieur informatique quant à l’utilisation des outils de bureautique et de communication ! Anne s’appuie aussi sur le bureau de la pastorale des familles, constitué d’un aumônier, le P. Alain Fournier Bidoz et de jeunes pères et mères de familles engagés dans des mouvements, qui l’aide à discerner et avancer sur les différents projets.
Les délégués diocésains à la pastorale des familles répondent avant tout aux demandes de leur évêque. L’an dernier, ce dernier a souhaité lancer une grande consultation sur la préparation au mariage afin de mieux connaître ce qui se pratique dans les paroisses et de proposer à terme une base commune. Anne a ainsi commencé une visite de tout le diocèse et de ses trente-six paroisses. À la rencontre des équipes locales, elle collecte toutes les informations, leurs vécus et expériences. Pour la troisième année consécutive, une journée des fiancés est organisée par le diocèse. Elle rassemble 500 personnes, y compris les couples parrains et les accompagnateurs. Elle réjouit particulièrement les paroisses qui n’ont actuellement pas d’autres propositions. Elle est encore l’occasion pour tous les participants, rassemblés autour de l’évêque d’Annecy, de vivre une véritable expérience de d’Église. “C’est plutôt une journée des futurs mariés ! L’an dernier, nous avions vingt-cinq enfants au service baby-sitting. Les couples d’aujourd’hui achètent d’abord une maison, ont des enfants et se marient ensuite”, constate la déléguée. Cette dernière s’attache à mobiliser tous les prêtres disponibles pour ce temps fort. Nombreux sont ceux qui tiennent à se rendre présents : ils ont d’ores et déjà retenu la date du 14 mars 2026 ! Une bénédiction individuelle des couples conclut cette grande journée.
Encourager des démarches de prière
Autre préoccupation de Mgr Le Saux, l’attention aux liens des jeunes avec leurs grands-parents. “Notre évêque est frappé par le nombre de jeunes qui témoignent, dans leurs lettres en vue du sacrement de la confirmation, de l’importance du rôle de leurs aïeuls dans leurs chemins de foi”, confie la haut-savoyarde. D’où l’idée de proposer pour la première fois un pèlerinage grands-parents et petits-enfants. Cent places sont déjà réservées pour vivre cette démarche de trois jours prévue début juillet au sein du sanctuaire Notre-Dame de La Salette. “Le projet reçoit un excellent écho ! Ce sera également l’occasion de faire connaître aux grands-parents les initiatives qui existent pour les soutenir”, partage la mère de famille. Il y a Les grands veilleurs, cette newsletter chrétienne dédiée aux grands-parents qui diffuse notamment des articles sur les relations éducatives et la place des grands-parents dans la famille, ainsi que des idées d’activités à partager. Il y a aussi le mouvement spirituel “Anne et Joachim”, surtout implanté en Bretagne, que la déléguée diocésaine compte inviter à l’occasion du pèlerinage. Et encore le Café des grands-parents, une formule toute simple et très riche qui propose un lieu d’accueil, d’échange et de convivialité. “L’idée est facile à mettre en œuvre. J’espère que l’un des fruits de notre pèlerinage sera la création de ces Cafés des grands-parents dans les paroisses. Il s’agit de les valoriser et de les accompagner dans la place importante qu’ils occupent dans les familles aujourd’hui”, poursuit la jeune grand-mère.
La pastorale diocésaine des familles porte également le souci de tous les mouvements qui œuvrent pour les familles. L’an dernier, à la suite de ce qui se pratiquait précédemment, Anne les a réunis pour un tour de table des activités et des projets. Une rencontre qui a laissé un goût de trop peu, entre juxtaposition des informations et manque de partage véritable. Elle souhaite, cette année, leur proposer de vivre, avec la participation de l’évêque, une conversation dans l’Esprit : une démarche déjà expérimentée dans les chemins synodaux, et pour Anne encore récemment lors du dernier conseil presbytéral qui rassemblait aussi tous les délégués diocésains. À partir de la méditation d’un texte de la Parole, la méthode de discussion, très calibrée, offre une écoute plus profonde les uns des autres. Entre prière, temps de silence et réflexion personnelle, elle permet de répondre communautairement à une question ouverte. Pour être fructueuse, elle nécessite des animateurs aguerris : justement le service diocésain de formation s’est lancé sur le sujet ! “En juin, toutes les associations au service des familles seront ainsi bien impliquées. Il est parfois difficile de partager une parole commune au regard de la diversité des mouvements. Je pense à Devenir un en Christ pour les personnes homosexuelles et leurs proches, aux AFC (Associations familiales catholiques), aux END (Équipes Notre-Dame), mais aussi à Revivre 74 qui soutient les personnes divorcées et leurs nouvelles unions et à la Communion Notre-Dame de l’Alliance qui accueille les personnes séparées mais fidèles à leur sacrement de mariage. Nous allons tous prier ensemble ! Je suis impatiente de vivre ce moment-là”, confie Anne.
Créer des liens
Sa mission, la déléguée diocésaine de la pastorale des familles la vit dans cet esprit de lien, entre les paroisses, entre les mouvements, entre les différents services diocésains. L’an dernier, à l’initiative de la responsable des pèlerinages et dans le cadre du pèlerinage diocésain à Lourdes, elle a proposé une option pour les familles permettant à ces dernières de bénéficier d’un logement et d’un programme d’animations adaptées. Les dix familles participantes sont revenues enchantées par la formule. En avril, Anne renouvelle l’invitation en doublant le nombre de places. Elle s’enthousiasme : “c’est une nouveauté qui répond à un besoin” ! Autres ponts lancés d’un service à l’autre : sa participation à une journée de ressourcement pour les aidants organisée par la pastorale de la santé, ou encore celle à un temps en famille avant Noël avec l’aumônerie de la prison. Sans oublier les liens avec la diaconie et le souci des mamans immigrées, solos, qui traversent des situations sociales et financières précaires. Anne a rencontré nombre d’entre elles lors d’une journée à la maison des familles gérée conjointement par les Apprentis d’Auteuil et le Secours catholique. Ensemble aux fourneaux, à table et au cours de l’après-midi, la déléguée diocésaine leur a partagé l’attention que l’Église leur porte.
L’an dernier, le P. Emmanuel Blanc, vicaire général du diocèse d’Annecy, a demandé à Anne d’intervenir au cours d’une formation pour les prêtres étrangers sur l’exhoration apostolique La joie de l’amour du pape François. Chaque année, ces prêtres bénéficient de trois jours de formation pour mieux s’intégrer à la vie du diocèse, mieux comprendre les façons de faire et d’agir locales. “La question de la famille est le sujet le plus décalé par rapport à leurs pays d’origine. Ils sont très demandeurs, car ils sont confrontés à la complexité des situations des couples et peuvent être très mal à l’aise face à la diversité des demandes. Amoris laetitia incite à prendre le temps de l’accompagnement et du discernement notamment pour les personnes divorcées et remariées qui souhaitent revenir aux sacrements”, explique la déléguée diocésaine, en évoquant le parcours catéchétique de discernement Bartimée et les créations possibles de petites équipes paroissiales d’accompagnement.
Protéger la joie
Le diocèse d’Annecy ne prévoit pas d’évènement particulier pour célébrer les 10 ans du grand texte du Magistère qui renouvelle la pastorale du couple et de la famille. “Tout ce que nous mettons en œuvre est porté par Amoris laetitia. Nous souhaitons moins en parler mais le vivre réellement”, sourit Anne. Ce qu’elle en retient ? Une exigence, une ouverture, une joie profonde ! “Nous avons longtemps été dans le jugement des personnes. Avec Amoris laetitia, le pape François insiste sur l’accueil de tous ceux qui se retrouvent dans une situation qu’ils n’ont pas forcément choisie au regard des accidents de la vie. Ces personnes ont besoin du Seigneur ! Comment leur permettre de s’en rapprocher ? Nous n’avons pas à décider qui est aimé du Seigneur. Nous avons à ouvrir les portes. Le Pape revient sur la valeur inestimable du mariage : l’union, l’engagement pour toujours d’un homme et d’une femme. Mais si cette exigence n’est pas pleine de charité, elle est stérile !”, développe-t-elle.
Les mots du Saint-Père qui touchent particulièrement l’épouse et la mère de famille sont au n°171. Ils mettent en valeur l’attente d’un heureux évènement. “À toute femme enceinte, je voudrais demander affectueusement : protège ta joie, que rien ne t’enlève la joie intérieure de la maternité. Cet enfant mérite ta joie. Ne permets pas que les peurs, les préoccupations, les commentaires d’autrui ou les problèmes éteignent cette joie d’être un instrument de Dieu pour apporter une nouvelle vie au monde. Occupe-toi de ce qu’il y a à faire ou à préparer, mais sans obsession, et loue comme Marie : « Mon âme exalte le Seigneur, et mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur, parce qu’il a jeté les yeux sur l’abaissement de sa servante » (Lc 1, 46-48). Vis cet enthousiasme serein au milieu de tes soucis, et demande au Seigneur de protéger ta joie pour que tu puisses la transmettre à ton enfant.” D’ailleurs, Anne projette de participer prochainement à une journée de préparation à la naissance avec sa collègue de la pastorale de la santé !
Chaque matin, Anne se lève face à une chaîne de montagnes enneigées, entourées de forêts. Un spectacle qui ne cesse de la ressourcer. Tout comme le soutien apporté par son mari Christophe, par l’équipe des délégués diocésains, par les rencontres nationales et encore les échanges au niveau de province ecclésiale autour de la déléguée du diocèse de Lyon. Elle ponctue : “la confiance qui m’est témoignée, ainsi que toutes les personnes rencontrées dans les paroisses et les petits villages, leur foi et leur fidélité m’édifie”. Sa prière reprend ces mots : “Pour la gloire de Dieu et le salut du monde”.
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