L’eden, film de Cheyenne-Marie Carron ( 2025 )
Fiche de l’Observatoire Foi et Culture du 15 avril 2026, OFC 2026, n°20 à propos du film L’eden, de Cheyenne-Marie Carron (2025)
Un film avec peu de moyens, mais une grande ambition. Traiter du sujet le plus sensible qui soit, l’affrontement entre Israël et ceux qui l’entourent, en l’occurrence le peuple du Liban. Plus encore, la providence veut qu’il sorte en salles pendant le temps pascal¹ , au moment où se joue le destin d’Israël et où l’actualité atteint un degré d’incandescence rarement égalé.
Pour nous amener au centre du problème, la réalisatrice a choisi de nous prendre à contrepied. C’est dans le silence et la prière que vont se rendre perceptibles la violence, la détresse et le danger de mort omniprésent. Pas seulement parce que le héros prie dans un ermitage, mais parce que le film lui-même, habité de silence, s’ouvre et se clôt sur un cantique, seul commentaire musical indépendant des personnages. Si nous voulons ouvrir les yeux et les cœurs, il faut renoncer au tumulte et écouter ce que chacun a à dire, tout en expérimentant le sentiment d’une présence invisible, diffuse et constante, qui dépasse même la beauté de la nature et nous permet de nous reconnaître compagnons, donnés les uns aux autres.
Non que les personnages nous soient spontanément proches. Joseph, 30 ans, se consacre à entretenir la chapelle que son père a construite, dans les collines. À l’écart du monde, il est pourtant harcelé par un colon qui attend son heure, inspecté régulièrement par les patrouilles de l’armée israélienne, en contact avec deux religieuses d’un dispensaire voisin et visité par des amis, sans oublier les combattants islamistes qui hantent les parages. Décidé à ne pas se battre, responsable de lui-même, il répond aux provocations par une parole nourrie de contemplation. Mystérieusement, il va ainsi prendre langue avec des membres de chaque camp, jusqu’à mettre en contact des ennemis jurés.
Progressivement, nous découvrons les drames et les angoisses des uns et des autres, les crimes inexpiables et les blessures en miroir. Au long des marches sous les taillis, nous reprenons souffle avec les protagonistes tout en pressentant la mort qui rôde – et ne manquera pas de frapper. Aucune image de violence ne nous est imposée, aucune illusion de fraternité facile fabriquée. Ni belles paroles ni renvoi dos à dos. Au cœur de chacun passent le bien et le mal, qu’il faut discerner pour se découvrir dans l’impasse.
Au terme, les plus innocents meurent les premiers. L’innocence est-elle la condition pour traverser la mort ? Quel rachat serait donc possible ? Etseule la mort va-t-elle au-delà de l’impuissance ? À l’aube d’une exécution, des prières aussi sobres qu’essentielles témoignent d’une soif inextinguible de miséricorde.
Bien sûr, la phrase finale de Victor Hugo peut sembler grandiloquente et ce conte a été tourné dans le Var plutôt qu’au Liban. Mais faire l’expérience d’une espérance si profonde, accessible à tous en un temps aussi bref² , est une chance qu’il ne faut pas manquer.
Denis DUPONT-FAUVILLE 29 mars 2026
1 Sortie en France le 15 avril 2026
2 Le film prend son temps tout en ne durant que 74 minutes… mais ce n’est certes pas du temps perdu

