Les peintures murales de la cathédrale de Poitiers

cathédrale_de_poitiers_restaurationLa fiche ” Une découverte majeure : Les peintures murales de la cathédrale de Poitiers ” (OFC 2016, n°24) a été rédigée par Mgr Wintzer, archevêque de Poitiers et Président de l’Observatoire Foi et Culture. Des travaux de restauration ont permis la mise à jour de peintures gothiques, exemple unique en France dans une cathédrale.

A la différence d’autres cathédrales qui ont été édifiées parfois sur plusieurs siècles, la cathédrale Saint Pierre de Poitiers le fut dans une période resserrée. Sans doute commencée en 1160, elle fut achevée, dans l’essentiel de son décor un siècle plus tard, dans la dernière partie du XIIIe siècle. Elle répond ainsi à un programme unifié et exprime la théologie prévalant au siècle de Louis IX, une théologie de lumière et d’espérance.

Sensible à l’architecture dans son ensemble, habitant liturgiquement l’édifice depuis plus de neuf ans, j’ai été frappé par certains éléments symboliques que l’ai pu y discerner. Ainsi, des chiffres y sont exprimés qui disent une profession de foi.

Cathédrale-halle, disposant de trois nefs d’à-peu-près égale dimension, il me semble significatif de souligner le nombre des travées. La nef en compte quatre, le choeur trois ; l’espace de l’homme (le carré) et celui de Dieu (la triade) sont conjoints et surtout se réunissant dans la travée centrale, la huitième, lieu de l’autel majeur, du sacrement de la communion réalisée dans la personne de Jésus Christ.

Ces mêmes chiffres peuvent être lus dans les portes de la cathédrale : trois portes sur la façade, deux sur le côté nord et deux sur le côté sud, autrement dit le chiffre sept. Quant à la huitième porte, j’aime la voir dans le grand vitrail qui est au centre du chevet et domine le choeur. Vitrail exceptionnel du XIIe siècle, celui de la Croix glorieuse, rouge de sang et de gloire, telle que l’a chanté l’évêque de Poitiers Venance Fortunat dans le Vexilla Regis, il désigne la porte par laquelle on sort de la cathédrale, c’est-à-dire en étant porté par l’amour du Christ qui fait passer par son mystère de mort et de résurrection.

A cette crucifixion annonçant le salut répond le tympan du portail central de la façade ouest de la cathédrale, un jugement dernier lui aussi d’espérance.

Christ_cathédrale_poitiersEnfin, troisième élément majeur du décor de la cathédrale Saint Pierre, il y a les peintures murales qui viennent d’être mises à jour et en valeur dans la chapelle du côté sud. Avec plus de 600 m² de peinture gothique, il s’agit d’un exemple unique en France, à ce jour, dans une cathédrale.
Des travaux effectués en janvier 2012, suite à des infiltrations, ont montré que des traces de couleurs se trouvaient sous le badigeon blanc apposé sur l’ensemble des murs de la cathédrale au XVIIIe siècle. Des sondages ont révélé que ces couleurs n’étaient pas les restes épars mais appartenaient un vaste ensemble de peintures murales.

L’Etat a décidé d’importants travaux qui ont révélé ces peintures de grande qualité.
Elles aussi du XIIIe siècle, elles viennent s’ajouter à l’architecture, au tympan et au vitrail et expriment la même espérance pour l’humanité.

C’est le mardi 3 mai 2016 que les échafaudages masquant la chapelle ont été retirés, deux jours plus tard, le jeudi, était la fête de l’Ascension. J’aime à y voir plus qu’une coïncidence : alors que le Christ a accès auprès du Père, les peintures montrent ce ciel où il entre, avec son humanité.

Si l’on admet que les piliers d’une cathédrale sont comme des arbres, puisque les chapiteaux ont un décor végétal, les voûtes n’en sont pas réellement, elles sont comme une immense frondaison ouvrant sur le ciel et donnant à le contempler comme la promesse adressée à ceux qui entrent dans la cathédrale.

Ajoutant à cela, les sièges sur lesquels trônent le Christ et les saints : des fauteuils gothiques dont le dessein reprend celui de l’architecture de l’édifice. Ainsi, le « ciel » n’est pas situé dans un ailleurs de la « terre » sur laquelle la cathédrale est bâtie, il en est le prolongement naturel ; la liturgie à laquelle participent les croyant est la même que celle que célèbrent les anges figurés sur les voûtes. « Dans le baptême, vous avez été mis au tombeau avec lui et vous êtes ressuscités avec lui par la foi en la force de Dieu qui l’a ressuscité d’entre les morts » (Colossiens 2, 12).

Ce ciel n’est pas vide : il est certes habité par Dieu, également par Marie et les saints dont Pierre et Paul, mais il est aussi accueillant à l’humanité. Une des peintures montre « le sein d’Abraham », le patriarche y accueille les âmes, bien corporelles, d’hommes, de femmes et d’enfants.

Construit à côté de la cathédrale il y a quelques dizaines d’années, un planétarium, situé dans l’Espace Mendès-France, montre aussi le ciel, les planètes, les étoiles. Les peintures de la cathédrale ne nient pas ce ciel, des étoiles d’argent, aujourd’hui disparues, ornaient les peintures, mais ces étoiles, si brillantes soient-elles ne sauraient tout montrer du ciel et du désir qu’il suscite.
D’autres sondages ont montré que la travée centrale, la huitième selon le calcul proposé au début de ce texte, bénéficie également d’un décor peint ; les mois, ou les années à venir donneront de découvrir ce qui ne manifeste pas des éléments hétérogènes à la cathédrale Saint Pierre de Poitiers mais son unité de programme et de réalisation.

Mgr Pascal Wintzer
Archevêque de Poitiers

Richard Copans, réalisateur, avec Stan Neumann, de la série “Architectures”, travaille à un film sur les peintures murales de la cathédrale Saint Pierre de Poitiers ; il sera diffusé dans quelques mois sur une chaîne de télévision.

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