L’association Entourage en faveur de l’inclusion professionnelle

Jean-Marc Potdevin, est fondateur et Président du réseau Entourage. Grâce à l’application smartphone lancée en 2016, l’association tisse du lien social et humain entre les personnes sans-domicile fixe et les riverains (voisins, commerçants). En août 2019, un nouveau projet voit le jour : « LinkedOut ». Ce réseau professionnel aide les personnes les plus précaires à retrouver du travail. Pour l’édition du Vendée Globe 2020-2021, le skipper Thomas Ruyant porte sur son bateau, les couleurs de l’association. Entretien.

Depuis quelques mois, vous avez ajouté le volet emploi à vos activités en lançant « LinkedOut », un réseau professionnel qui permet de remettre à l’emploi les personnes en précarité. Quelle est la genèse du projet ?

19 octobre 2011: Jean Marie POTDEVIN, co-fondateur de Kelkoo, Paris (75), France.

Le comité de la rue d’Entourage (NDLR. Organe de décision composé d’une dizaine de personnes sans-domicile fixe ou anciens SDF) a pris la décision de lancer « LinkedOut », en août 2019. « LinkedOut », c’est donner du réseau professionnel à ceux qui n’en ont pas. Selon le dernier rapport de la Fondation Abbé Pierre, la France compte près de 300 000 sans-domicile fixe. Après une longue période d’inactivité, réintégrer le marché de l’emploi est souvent difficile. Quand on est isolés de toutes relations sociales, il faut trouver les ressources en interne pour rebondir et s’intégrer de nouveau dans la société. Notre objectif est de recapitaliser ces personnes en grande précarité dans un réseau de relations. Sans réseau, elles se heurtent à un mur. Nous demandons – au grand public – d’aider ces personnes en partageant les CV de nos candidats sur les réseaux sociaux. Porter un regard bienveillant et positif leur permet de reprendre confiance en elles. C’est l’un des ingrédients clé de « LinkedOut ».

Quelles sont les personnes concernées par l’initiative « LinkedOut » ?

Toutes celles qui ont la motivation, l’expérience, et le ressort psychologique pour avancer dans leur démarche. La vice-présidente du comité d’Entourage, Elina Dumont, explique qu’elle est sortie de la rue il y a quinze ans et qu’elle continue d’être suivie en psychothérapie ; les personnes sans-abri vivent des souffrances et des traumatismes sur le long terme (violences, agressions de rue…) et la reconstruction psychique est parfois très longue. Un travail sur soi est nécessaire.

Comment soutenir l’association Entourage et le projet d’insertion professionnelle  « LinkedOut » ?

Visuel LinkedOutNous pensons que l’exclusion est un problème collectif. Chaque citoyen devrait se sentir concerné par cette problématique. La meilleure façon d’aider est de rompre l’isolement, et de créer des liens avec les personnes sans-abri ou les personnes en précarité. L’association Entourage permet de donner un cadre structuré pour établir ces liens. Nous cherchons toujours des bénévoles pour nous soutenir sur ce dispositif spécifique.

Comment se déroule « LinkedOut » ?

C’est un parcours proposé aux travailleurs précaires qui ont souvent connu des accidents de la vie, telles qu’une dépression, un divorce, ou la perte d’un emploi. Des facteurs qui les ont menés dans une spirale infernale. Grâce à ce réseau, les recrues sont sélectionnées, accompagnées en binôme avec un bénévole-coach, eux-mêmes formés par notre association. Nous travaillons avec elles leur curriculum vitae, leur projet professionnel, et nous les préparons aux entretiens de recrutement. Quand les candidats sont prêts, nous diffusons les CV en ligne sur la plateforme de diffusion en appelant le grand public à les rendre visible et en les partageant sur leur réseau personnel (Facebook, Twitter, Instagram, LinkedIn…).Sur la plateforme de diffusion, les entreprises peuvent déposer des offres d’emploi. Celles-ci sont étudiées conjointement entre le coach-bénévole et le candidat. Si le candidat est sélectionné dans l’entreprise, le coach va continuer à suivre cette personne – après sa prise de poste – pour l’aider à surmonter les difficultés professionnelles.

Dans les projets en faveur de l’inclusion, il y a aussi ce défi sportif mené en partenariat avec le sponsor Advens et le navigateur Thomas Ruyant. Comment avez-vous réussi à le convaincre de participer à cette opération « LinkedOut » pendant le Vendée Globe ?

Thomas RuyantC’était incroyable ! Nous cherchions un moyen de rendre visible notre projet, « LinkedOut ». Alexandre Fayeulle, le président et fondateur d’Advens for cybersecurity, considère que la finance doit être au service de l’entreprise et celle-ci au service de l’humain et de la planète. Il a trouvé dans ce dispositif un moyen d’agir sur l’inclusion. Toute son entreprise est partenaire. Dix-sept de ses collaborateurs sont coach-bénévole, et ils sont en train de recruter nos candidats ! La veille du départ « Transat Jacques-Vabre », en octobre 2019, Advens a organisé la rencontre entre Thomas Ruyant et le comité de la rue au Havre. Le coup de cœur était réciproque !

Cette course aux changements, c’est un accélérateur de visibilité…

OFF Groix - June 5: French skippers Thomas Ruyant, sailing on the Imoca LinkedOut, training prior to the vendee globe, on June 05, 2020, off Groix, South Brittany, France - Photo Pierre Bouras / TR Racing

C’est une course en mer et pour l’emploi. Le monocoque du navigateur Thomas Ruyant porte le nom du réseau social « LinkedOut ». C’est offert à la cause. Sur 80 candidats, sept ont déjà trouvé du travail et quatorze passent des entretiens d’embauche. De nombreuses entreprises jouent le jeu. C’est très réjouissant de se rendre compte qu’elles ont vraiment conscience de leur impact social. Au lancement de « LinkedOut », je pensais que nous trouverions des « petits boulots », et que les offres déposées viendraient surtout des particuliers mais nous recevons de vraies offres d’emplois. Cependant, nous en attendons encore plus, notamment dans les services à la personne, les espaces verts, la vente, la logistique et le secrétariat. Le combat continue !

Ce réseau professionnel « LinkedOut » a vu le jour il y a plus d’un an. Quel recul avez-vous ? Connaissez-vous des succès et des échecs sur le long terme ?

Hélas, la première promotion de juillet 2019 a été expérimentée sur un trop petit nombre de candidats. La nouvelle promotion, lancée en septembre, regroupe 80 candidats. Nous manquons de recul car le dispositif est encore très jeune. D’ici six mois, nous aurons plus de statistiques à dévoiler. Jusqu’à présent, nous avons eu deux vrais échecs, et nous avons appris de cette première expérience. J’aimerais évoquer aussi les belles histoires comme celles de Kenny, qui a connu la rue pendant de longues années, que j’avais rencontré à Rome pour « l’année de la Miséricorde » (NDLR. 2016). Il avait alors rencontré le Pape François. Aujourd’hui, il a intégré notre comité de la rue. Et il a un CDI, un appartement et une vie de couple.

Le pape François, a sorti au début de son pontificat, l’exhortation apostolique Evangelii Gaudium (La joie de l’Evangile) où il parle de l’intégration sociale des pauvres. Qu’en pensez-vous ?

Le chapitre central met en avant le côté social de l’Eglise. Il dit que chacun devrait être dans cette relation d’amitié avec les plus pauvres et pas seulement dans une relation d’assistance ou de charité. Rien ne vaut la rencontre personnelle avec autrui !

Deux autres actions de solidarité de l’association Entourage…

Le dispositif d’écoute téléphonique : « Les bonnes ondes »

Pendant ces périodes de confinement, les personnes les plus précaires souffrent encore plus de solitude. Dès le premier confinement, l’association a lancé en mars 2020 « Les bonnes ondes », un dispositif d’écoute téléphonique qui consiste à entretenir des liens entre les personnes exclues ou isolées et les riverains. « La solitude mêlée à l’isolement ajoute une dose d’anxiété importante », explique Jean-Marc Potdevin, fondateur de l’association. « De nombreuses personnes qui avaient participé à ce dispositif ont noué des liens d’amitié. Cet été, ils se sont vus pour la première fois. Chacun peut participer à son échelle, c’est-à-dire en reconnaissant que ces personnes existent, en allant les rencontrer, et en s’engageant dans une relation personnelle avec elles. »

« Simple comme bonjour ! » Le guide pour aller à la rencontre des personnes sans-abri

« Nous accompagnons aussi les riverains dans cette démarche en donnant des conseils concrets sur le site www.simplecommebonjour.org. C’est un livret qui permet d’aller à la rencontre des sans-abri », précise Jean-Marc Potdevin.

Jean-Marc Potdevin a aussi participé à la rédaction d’un livre « Avec et sans abri – le guide pour tisser du lien » avec la journaliste, Lauriane Clément (octobre 2020, éditions Première Partie, 13 euros). Cet ouvrage apporte des ressources aux riverains sur l’importance du lien humain et social.

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