Martine Petrini-Poli, faire connaître les trésors de l’art sacré

Trois cathédrales, 626 églises…. Le défi de révéler le patrimoine sacré et spirituel du diocèse est immense. Martine Petrini-Poli, nommée par Mgr Rivière responsable depuis 2016 de la Pastorale des Réalités du Tourisme et des Loisirs (PRTL), évoque avec passion cette mission.

Si on établit un rapide état des lieux de ce patrimoine, qu’est-ce qui vous qui semble le plus remarquable et caractéristique ?

Martine Petrini 4D’abord le fait que ce diocèse soit l’un des plus anciens de France. Il date de la fin du IIIe siècle. Le diocèse de Chalon en a été détaché vers le milieu du Ve siècle. Quant au diocèse de Mâcon, il a été formé au VIe siècle, de territoires apparte­nant au diocèse d’Autun et à celui de Lyon. C’est donc après la Révolution de 1789 qu’a été constitué le nou­veau diocèse d’Autun, Chalon et Mâcon, dont les limites sont celles du département de Saône-et-Loire. C’est pourquoi il a la particularité de posséder pas moins de trois cathédrales : Saint-Lazare d’Autun, Saint-Vincent de Mâcon et Saint Vincent de Chalon-sur-Saône.

À ces trésors patrimoniaux s’ajoute l’existence de 626 églises. 250 églises et chapelles romanes ont été recensées dont certaines ont conservé leurs peintures murales. C’est tout à fait exceptionnel !  Il ne faut pas pour autant négliger le patrimoine du XIXe siècle avec les vitraux du maître-verrier lyonnais Lucien Bégule ni celui du XXe siècle par le biais de Luis Sert, architecte du Carmel de la Paix, disciple de Le Corbusier ou encore du frère Eric de Taizé et de ses vitraux modernes.

Par ailleurs ce territoire est comblé à la fois d’un passé et d’un présent monastique. L’abbaye la plus célèbre est celle de Cluny, qui rayonna sur toute l’Europe pendant plu­sieurs siècles. La présence monastique se poursuit dans trois lieux-phare : à Taizé, au Carmel de la Paix à Mazille, et à Paray-le-Monial avec la communauté de l’Emmanuel en charge des Sanctuaires, portée par la prière des visitandines, des clarisses, des dominicaines et des jésuites de Paray. Sans oublier de nombreuses autres communautés.

Face à autant de richesses, comment s’organise la PRTL pour faire connaître ce patrimoine ?

Nous sommes une quinzaine de bénévoles répartis dans le diocèse et nous nous réunissons régulièrement pour faire le point. Avec des associations du patrimoine nous élaborons des fiches-église descriptives. Pour l’instant, 300 d’entre elles ont été mises sur notre site www.pastourisme71.com et sont téléchargeables sur I-phone. Par ailleurs nous avons établi un partenariat avec le CEP (Centre d’Etudes du patrimoine) qui propose trois circuits découverte des Chemins du roman : le premier, long de 110 km : Paray-le-Monial et les églises romanes du Brionnais, le second, (long) de 115 km : Paray-le-Monial et les églises romanes du Charolais est, le troisième, (long) de 120 km : Paray-le-Monial et les églises romanes du Charolais ouest. Le CEP étant très axé sur l’architecture, nous avons pu augmenter nos fiches-église grâce à de jeunes étudiants architectes que l’association invite. Nous répertorions également les croix des villages, 200 à ce jour. Et pour l’art campanaire, un spécialiste, le père Christophe Lagrange, vicaire de la paroisse Saint-Etienne de Mâcon, membre de la Société française de campanologie et webmaster de la PRTL, est chargé d’établir un inventaire pour le département.

Photo Guide de visite des églises (003)S’agissant de nos créations, nous avons élaboré trois guides de visite : Paray-le-Monial ville-sanctuaire en Bourgogne du Sud Pays d’Art et d’Histoire du Charolais-Brionnais, un Guide de visite des églises et un Guide de visite de l’abbaye Saint Philibert de Tournus, notre « star », en termes de fréquentation, qui prépare le Millénaire de sa consécration en 2019.

Nos bénévoles se mobilisent autour de plusieurs événements : les Journées des Métiers d’Art, la Nuit des églises, la Soirée « Cathédrale en Lumière ». Nous essayons également de répondre aux demandes d’autres services diocésains comme celui de la Famille en préparant une brochure sur Paray-le-Monial pour la fête diocésaine des familles et nous avons organisé une conférence sur la piété populaire dans le cadre d’une formation catéchétique. Toujours dans cet esprit pédagogique, nous proposons également un programme de 6 conférences annuelles de formation en Art Sacré, élaboré par le délégué épiscopal à l’Art Sacré, le père Curnier-Laroche, historien de l’art. Ce cycle attire une soixantaine de participants.

Quelles sont les collaborations de la PRTL avec les instances civiles du tourisme et du patrimoine ?

La Pastorale du Tourisme du diocèse d’Autun est membre de droit de l’Agence de développement touristique de Saône-et-Loire (ADT71). Elle suit les grandes orientations du Plan régional de tourisme. Je participe à la Bourse d’échanges des brochures touristiques. J’ai également de nombreux contacts avec les associations du patrimoine. Bien sûr, leur souci est davantage patrimonial que spirituel et sacré. Or c’est la liturgie qui, très souvent, explique l’architecture. Ce que j’essaie de montrer, c’est donc qu’il faut aborder ces œuvres à travers une approche pluridisciplinaire et cela sans être passéiste.

Quelle est sur le terrain la mobilisation des communautés chrétiennes ?

Elle se manifeste essentiellement lors des Journées du patrimoine en septembre. Il ne faut pas négliger le reste de l’année les « ouvrants d’église » des villages. Ce sont des gens formidables qui connaissent très bien leur église et sont tout à fait capables de conduire des visites guidées. Le père Curnier-Laroche, curé de Sennecey-le-Grand, diplômé de l’École du Louvre et de l’ISTA (Master II de théologie et art) et délégué épiscopal à la Commission d’Art Sacré, a affilié la PRTL à la fondation http://eglisesouvertes.eu/

De son côté, l’Association les Amis de la cathédrale d’Autun, présidée par son curé, le père Pascal Renty, est extrêmement dynamique. Les membres de la PRTL de l’abbatiale de Tournus, soutenus par le père Oudot, assurent l’accueil à l’abbaye. Nous aimerions toucher plus de paroissiens ainsi que les prêtres, car la PRTL n’est pas accessoire, c’est une nécessité.

Comment s’appuyer sur l’intérêt des touristes envers le patrimoine religieux pour évangéliser ?

Dans n’importe quel endroit du département, on voit toujours des touristes qui entrent dans les églises. La demande est énorme. Accueillir et guider les visiteurs est important car l’art religieux est un médiateur dans la découverte de la foi. Ce qui m’anime c’est le désir de faire connaître Jésus-Christ. Quand on l’a rencontré, on a envie de partager cette rencontre. Je ne fais que préparer le terrain.

Afin de faire découvrir les lieux de Saône-et-Loire l’été par de jeunes guides, je tente actuellement d’établir un partenariat avec l’association CASA/ Communautés d’Accueil dans les Sites Artistiques [1]. Nous avons toutes les ressources locales qu’il faut pour les former en culture religieuse, histoire et histoire de l’art. Ancienne enseignante en lettres (à Lyon pour des classes prépas HEC à l’Institution des Chartreux) j’ai consacré ma vie à la formation. La retraite me permet de le faire au service de l’Église. Que ce soit en écrivant sur la mystique chrétienne pour le site Narthex [2], en rédigeant des fiches-église ou en animant les équipes locales de la PRTL, le souci de transmettre, de passer le relais aux nouvelles générations, est mon obsession.

Propos recueillis par Chantal Joly

[1] CASA regroupe des guides bénévoles âgés de 18 à 35 ans qui accueillent tout l’été les visiteurs dans une vingtaine de sites artistiques et religieux en France. L’objectif est de proposer des visites différentes, d’instaurer un dialogue avec le visiteur, de partager avec lui la richesse et la beauté des édifices et d’offrir la possibilité de découvrir la dimension spirituelle des sites. http://www.guidecasa.com/

[2] Site d’actualités et de réflexion autour du lien entre l’art et la spiritualité. www.narthex.fr/

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