La lutte contre la pédocriminalité à Orléans

Depuis janvier 2020, Véronique Garnier et Laure de Pélichy sont co-responsables du service de protection, de prévention et d’éducation au sein du diocèse d’Orléans. Ce nouveau service qui a vu le jour au début de l’année a regroupé deux entités déjà existantes : la délégation à l’Education affective relationnelle et sexuelle (EARS) et la délégation de la protection des mineurs et des personnes vulnérables. Désormais, les deux femmes travaillent conjointement en étroite collaboration.

Laure de Pélichhy et Véronique GarnierEn cette fin février, Laure de Pélichy et Véronique Garnier du service protection, prévention et éducation, prennent place à la Maison Saint-Vincent à Orléans. Quelques jours avant, leurs présences dans les locaux, étaient encore très discrètes. Le diocèse d’Orléans a connu ces derniers mois plusieurs évènements difficiles : la mise en examen du Père de Scitiveaux, le procès de Mgr André Fort, évêque émérite, et le suicide du prêtre Pierre-Yves Furmery… Emporté dans un véritable tourbillon, le diocèse a mis du temps à se relever, et à panser ses blessures.

Ces dernières années, le diocèse d’Orléans avait œuvré à la mise en place d’actions éducatives et de sensibilisation comme l’accompagnement des prêtres, l’intervention dans les paroisses et les écoles, la création d’une cellule d’écoute, et le partenariat avec l’Arca, un organisme de soin pour la prise en charge des victimes mais aussi des auteurs pour prévenir la récidive.

La création de la cellule d’écoute

Retour historique. Fin 2011 et début 2012, Monseigneur Jacques Blaquart, évêque d’Orléans, rencontre trois personnes victimes d’abus sexuels dans leur enfance commis par des prêtres. « Il était très touché personnellement par toutes ces histoires de victimes », se souvient Véronique Garnier, elle-même victime d’abus sexuels dans son adolescence (NDLR. Elle avait témoigné à l’Assemblée plénière des évêques de Lourdes en novembre 2018). Suite à la révélation de ces trois témoignages, le diocèse opère un virage et entame un long cheminement.

La cellule « Écoute des blessures » pour les victimes d’agression sexuelle de la part de responsable d’église, voit le jour en 2014. « Une équipe d’accueil pouvait – au nom de l’évêque – entamer un dialogue et chercher un chemin d’avenir avec les victimes. Avec Claire Bernard, la déléguée diocésaine à l’Education affective relationnelle et sexuelle, nous avons essayé de trouver des propositions plus adaptées », se remémore Laure de Pélichy. « De nombreuses personnes se sont adressées à la cellule d’écoute, y compris à l’extérieur au diocèse. » En 2016, Mgr Jacques Blaquart se positionne dans la presse et prend la parole à l’Assemblée plénière (AP) de Lourdes devant ses frères évêques.

Une veillée demande de pardon

La politique de protection des mineurs devient une priorité. Le 7 octobre 2016, une veillée diocésaine de demande de pardon et de réparation pour les victimes d’abus sexuels dans l’Eglise est organisée à l’église Sainte Jeanne-d’Arc. En mai 2017, après dix-huit mois de concertation, le diocèse d’Orléans publie un guide de conduite des intervenants auprès des enfants, des jeunes et des adultes vulnérables. L’objectif : « apporter des repères » aux prêtres, aux diacres, aux chefs d’établissements, aux responsables de mouvements de jeunesse, aux animateurs, et aux éducateurs. Avant sa publication, l’équipe s’appuie en priorité sur l’expérience des diocèses étrangers et sur les actions déjà orchestrées dans le civil. « Nous avons été le premier diocèse à sortir un guide », explique Véronique Garnier. « C’était un vrai premier temps de sensibilisation et de formation à la protection et à la prévention », ajoute Laure de Pélichy. Cela permettait à chaque groupe de réfléchir ensemble sur des points d’alerte. » Le guide a été rééditée récemment. L’équipe a travaillé avec des prêtres qui ont l’habitude d’encadrer des jeunes. « Cette réflexion fait suite aux évènements dramatiques produits dans le diocèse en 2018. »

Un arrêt brutal

Après quatre ans d’activité, les membres de la cellule « Ecoute et blessures » sont brusquement interrompues dans leur mission d’écoute des personnes victimes d’agressions sexuelles et d’abus de personnes victimes en 2018. Le diocèse d’Orléans est secoué par trois affaires judiciaires. « Notre élan a été subitement stoppé », regrette Véronique Garnier. Nous avons connu un tsunami avec la mise en examen du Père Olivier de Scitiveaux, l’ancien recteur de la basilique de Cléry, le procès de Mgr André Fort, évêque émérite pour non-dénonciation d’abus sexuels, et le suicide du jeune prêtre Pierre-Yves Furmery, à Gien. »

Cette dernière affaire survenue en novembre 2018 soulève la sidération de tous. « La suicide du père Pierre-Yves Furmery a marqué un vrai coup d’arrêt pendant quinze mois. Tout notre travail a été remis en cause », se désolent-elles. Véronique et Laure ne baissent pas les bras pour autant. Elles nouent – pendant ce temps – de nombreux contacts avec l’extérieur, notamment avec le diocèse de Grenoble-Vienne et l’Enseignement catholique. « Mais nous ne pouvions plus rien faire de visible sur le diocèse d’Orléans. »

Vers des projets de formation

Les membres de la cellule commencent seulement à aller de l’avant. « Le diocèse a dû faire appel à un expert du monde de l’entreprise » pour aider les prêtres, les diacres, et les salariés du diocèse à traverser cette épreuve douloureuse. « Nous avons essayé de comprendre ce qui s’est passé. Grâce à la mise en place de groupes de parole, nous avons pu relire les évènements. »

Depuis janvier 2020, les activités redémarrent timidement avec la création du service de protection, de prévention et d’éducation. « Nous avons eu l’autorisation de l’évêque pour organiser une journée sur la pédocriminalité avec les prêtres et les diacres. Lors de cette session, 90% des personnes présentes voulaient continuer à se former. »

Dans les mois à venir, les membres de la cellule d’écoute prépareront des items de formations sur les actions de l’Eglise, les procédures canoniques, la place des victimes, le ressort des auteurs, et les espérances. A court terme, « nous voudrions proposer une formation en direction des parents et familles pour les sensibiliser aux problématiques ». Ils sont déjà lien avec la pastorale familiale, le pôle annonce de la foi, la pastorale des jeunes, et la pastorale de la santé. A long terme, ils souhaitent aussi mettre en place dans les programmes de formation deux ou trois modules qui se déploieront sur plusieurs années et qui seront destinés aux personnes qui seront au contact des jeunes (les éducateurs, les chef d’établissements).

« Aujourd’hui, sur les questions de lutte contre la pédocriminalité, le diocèse d’Orléans est en retard par rapport à d’autres diocèses, constate Laure de Pélichy. La journée de formation a permis de relancer les choses. Ce sera à l’avenir un vrai défi pour nous tous ! »

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