Itinéraire d’un jeune prêtre vendéen

Alexandre-Marie Robineau, 38 ans, natif de Vendée, a été ordonné prêtre pour le diocèse de Luçon le 29 juin 2014 en la basilique de Saint-Laurent-sur-Sèvres. Après sept années en Inde, au Mexique, puis en Italie, il est depuis trois ans vicaire des paroisses Saint-Martin de Montaigu et Notre-Dame des trois provinces dans le bocage vendéen. Témoignage. Par Florence de Maistre.

Une famille vendéenne

Prêtre - Robineau« Je suis originaire du bocage vendéen, mon père était agriculteur près des Herbiers. Mes grands-parents, mes parents, mes sœurs : toute la famille habite le même village ! Elle est bien ancrée dans la vie locale. C’est là que je suis allé à l’école, que j’ai joué au foot et fait du théâtre. Je revois facilement aujourd’hui dans ma paroisse des connaissances du collège et du lycée, des cousins éloignés. À 18 ans, un copain m’a entraîné dans l’aventure au Puy du fou. Par amour de l’Histoire et de la Vendée, je participe bénévolement depuis 20 ans comme simple acteur au grand spectacle de la Cinescénie. J’ai également été saisonnier pour le parc. Je connais bien les Puyfotois ! Il règne un bel esprit de famille. Présent l’été, toujours comme bénévole et aujourd’hui comme prêtre, je bénéficie de cette proximité et de cette confiance. Les discussions sont très riches, je peux annoncer le Christ et recevoir des demandes de confessions. Il ne s’agit pas d’attendre les foules dans nos églises mais de les rejoindre là où elles sont. »

Ombres et lumière

« Lycéen, j’ai mis la foi de côté. L’Église me semblait ringarde. J’étais impliqué au foot et au théâtre. Mais j’étais traversé par des questions existentielles presque violentes, je ressentais une solitude profonde. J’avais néanmoins ce grand désir de donner sens à ma vie et je rêvais de changer le monde. J’ai fait des études de droit à l’ICES (Institut catholique de Vendée). Là, des évènements douloureux, des décès de proches m’ont chamboulé. Puis j’ai poursuivi des études d’Histoire à la Catho d’Angers. J’avais de bons résultats, des amis, un cadre de vie agréable. Mais un vide intérieur très profond était toujours présent. Je cherchais encore des réponses. En 2003, un ami, qui est également devenu prêtre, m’a proposé de faire une retraite au Foyer de Charité de Tressaint. Elle était prêchée par le P. Hervé Gosselin, aujourd’hui évêque d’Angoulême. J’ai été bouleversé ! Je peux dire qu’il y a eu un avant et un après. Je me suis senti appelé de manière très forte à donner ma vie comme prêtre, à la suite du Christ. »

En Inde avec les MEP

prêtre Robineau« Culturellement, ma famille est catholique. Là, au cours de cette retraite fondamentale, j’ai rencontré personnellement le Christ : ça change tout ! Je me suis ouvert à Mgr Michel Santier, alors évêque de Luçon. Et j’ai fini ma maîtrise d’Histoire avant de rentrer au séminaire interdiocésain de Nantes. Deux ans après, je suis parti en stage avec les MEP (Missions étrangères de Paris). J’ai passé deux ans en Inde essentiellement à Bangalore auprès des garçons des rues avec les Salésiens de Don Bosco. J’ai également rejoint les plus pauvres à Calcutta avec les sœurs de Mère Térésa. C’est une expérience difficile, très belle. Ma foi a grandi et s’est affirmée. J’ai découvert la beauté et les ombres de l’Église universelle. J’ai appris à l’aimer davantage. »

Le temps du discernement

« Tout à ma joie de rentrer, j’ai ressenti un grand manque et un grand désir de l’Inde. Je me sentais moins utile, j’avais le sentiment d’avoir abonné les enfants, les études avaient un goût un peu aride. Je m’interrogeais sur ma vocation de prêtre ou de religieux missionnaire. Mgr Alain Castet, alors nouvel évêque de Luçon, m’a laissé libre de quitter le séminaire et j’ai rejoint les Pères missionnaires de la charité, la branche sacerdotale de la famille spirituelle fondée par Mère Térésa au Mexique. J’ai très vite su que le Seigneur m’appelait, en fait, en France et en Vendée.J’ai vécu un moment très déstabilisant. À mon retour, j’ai fait de l’intérim. J’ai été sellier dans une petite entreprise de bateau. De nombreux membres de cette équipe sont venus à mon ordination sacerdotale. J’ai également été animateur dans un camping ! J’ai repris contact avec le diocèse après plusieurs mois et en septembre 2011 j’ai poursuivi ma formation en théologie à l’université grégorienne de Rome. Après mon ordination diaconale à Luçon, Mgr Castet m’a demandé de retourner à Rome, à l’université pontificale du Latran. J’ai passé quatre années merveilleuses. J’étais bien inséré au sein d’une paroisse romaine et j’ai tissé des liens d’amitié avec des prêtres du monde entier. J’ai vécu sur place la renonciation de Benoit XVI et l’élection du pape François. »

Un vicaire paroissial heureux !

« En septembre 2015, j’ai été nommé vicaire pour les paroisses de Montaigu et de La Bruffière en Nord Vendée, à 25 minutes de Nantes. C’est une zone très dynamique sur le plan économique, il y a de nombreuses familles. Ici, l’Église est encore culturellement très présente, acceptée comme un lieu de vie sociale. Je suis également conseiller religieux pour les Scouts d’Europe. Après sept ans de vie à l’étranger, je suis heureux de revenir ici. J’aime la Vendée, c’est là que Dieu m’a planté, pour reprendre les mots de saint François de Sales. Adolescent, j’ai été très touché par ce bocage vendéen, ses collines et ses témoins méconnus, hommes, femmes et enfants martyrs des guerres de Vendée. Tués au nom de la foi. Également témoins du pardon pendant les évènements tragiques. Je m’en sens héritier et le devoir de mémoire pour que la foi se vive, que l’Évangile soit proclamé à temps et à contre-temps. Je joue au sein du club de foot et rencontre les gens dans leurs différents lieux de vie. Je découvre l’importance de la proximité qui permet aux personnes de se livrer. C’est à travers ces liens incarnés que la grâce du Christ peut passer. Je me rends compte du besoin, de la vraie soif, de la présence d’un prêtre à chaque étape de la vie des gens. On peut soutenir, parler de tout et de l’Évangile, partager un verre, être simplement là. J’habite au presbytère avec le curé de la paroisse, nous nous coordonnons avec un autre vicaire de 74 ans, un autre prêtre âgé et un diacre permanent avec qui nous essayons de vivre la prière du matin ensemble. Je n’imaginais pas la vie de prêtre diocésain dense à ce point ! Elle est intense, au niveau de la richesse des relations humaines. Nous vivons chaque jour les montagnes russes des émotions, cela demande souplesse et adaptation. C’est difficile de trouver les paroles justes pour chacun au bon moment. Intense également au niveau du rythme : trouver du temps gratuit pour le Seigneur, pour accueillir l’imprévu et les surprises de l’Esprit saint demande un réel effort. J’apprends encore ! »

Des projets en cours et à venir

Robineau-prêtre« Avec une quarantaine de jeunes, chanteurs, acteurs et danseurs du collège et lycée Saint-Gabriel à Saint-Laurent-sur-Sèvres, en lien avec l’Institut Musical de Vendée, nous montons une comédie musicale sur sainte Mère Térésa. J’ai traduit et adapté au chant les textes du spectacle crée en Italie en 2003, l’année de la béatification de Mère Térésa. Et j’ai conçu la mise en scène. Les jeunes sont super motivés et le spectacle est donné en septembre et en octobre 2018. Nous ne pourrons partir en tournée, pour raisons scolaires ! Néanmoins, c’est l’occasion pour ces jeunes d’approfondir cette figure de sainteté et de la faire connaitre. La Sainte touche plus largement que l’Église par son témoignage de charité, de vie de foi, sa radicalité évangélique à la suite du Christ. C’est bien de la mettre en avant ! L’idée est aussi de récolter des fonds pour l’œuvre du Père Pedro à Madagascar et d’emmener les jeunes en Inde d’ici deux ans. Je me suis également vu confié les JMJ de Panama de janvier prochain. Avec les diocèses des Pays de la Loire, nous envisageons d’accompagner une soixantaine de jeunes, dont une vingtaine de jeunes professionnels vendéens. Et puis, je prépare des cours pour le séminaire de Nantes, que je donnerai à compter de février 2019. »

Deux défis pour l’Église diocésaine de Luçon

Au niveau des prêtres, nous avons à relever le défi de la vie fraternelle pour vivre et porter ensemble la mission ! Mgr François Jacolin, notre nouvel évêque, est grâce à son expérience de vie religieuse sensible à cette vie fraternelle des prêtres. Il en va de même avec les communautés locales et les laïcs, que nous avons à former pour qu’ils deviennent disciples missionnaires. Nous avons aussi à répondre au défi des vocations. Il s’agit d’aider les jeunes, avec des moyens de qualité, de discerner leur vocation pour répondre librement à l’appel du Seigneur. Il y a tellement de bruit qui entrave notre liberté. Le diocèse a déjà mis en place des cycles de discernement qui proposent un beau parcours pour les jeunes hommes et femmes. J’ai la grande joie d’en accompagner spirituellement quelques-uns. C’est exigeant et très délicat. Ils se posent les vraies questions et trouvent les moyens d’y répondre. C’est beau de voir comment le Seigneur se sert de nous pour éveiller les vocations. Vraiment, il est important pour l’Église diocésaine de donner des lieux et du temps pour les jeunes !

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