Vœux 2026 du Cardinal Jean-Marc Aveline, Président de la CEF et de Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Paris, aux institutionnels

Le 12 janvier 2026, le Président de la Conférence des évêques de France (CEF), le Cardinal Jean-Marc Aveline et l’archevêque de Paris, Mgr Laurent Ulrich, ont présenté leurs vœux devant les responsables des cultes et les responsables associatifs. Voici le discours prononcé par Mgr Jean-Marc Aveline.
Mesdames et messieurs, chers amis,
C’est la première fois que je suis invité à vous présenter mes vœux, comme président de la Conférence des évêques de France, et je suis heureux, grâce à ce rendez-vous, de m’adresser à chacune et chacun d’entre vous, dans vos fonctions respectives. Je tiens à vous remercier de votre présence et, surtout, de l’engagement que chacun d’entre vous porte, parfois dans la discrétion, parfois dans la difficulté, toujours au service du bien commun de tous nos concitoyens. Si l’Église tient à ce moment des vœux, ce n’est ni par habitude ni par convenance. C’est parce qu’elle croit profondément que la rencontre, le dialogue et la parole échangée sont déjà, en eux-mêmes, un acte de responsabilité.
L’année qui s’est achevée a été une année dense et profondément significative pour l’Église, avec un événement majeur : la mort du pape François, pasteur donné à l’Église pour un temps précis de son histoire et qui a accompli sa mission jusqu’au dernier souffle. Beaucoup ont été touchés par l’hommage mondial rendu à son ministère, à sa parole courageuse, à sa manière d’appeler sans relâche à la paix, à la fraternité et à l’attention aux plus fragiles. Au dernier jour de sa vie, le matin du lundi de Pâques, malgré la maladie qui le privait de ses forces mais pas de sa lucidité, le pape François est allé une dernière fois au balcon donnant sur la place Saint Pierre, comme s’il voulait s’imprégner de l’odeur des brebis, pour l’emporter avec lui dans la maison du Père. Quelle belle leçon !
L’autre événement majeur, qui est directement lié à la mort du pape François, fut l’élection de son successeur lors du Conclave. Vous qui avez répondu à notre invitation, vous représentez beaucoup de nobles et respectables institutions, mais je vous mets au défi de faire plus vite que ce que l’Église a fait ces jours-là, c’est-à-dire élire en quelques heures et sans aucune difficulté celui qui allait devoir guider plus d’un milliard de personnes dans le monde entier, selon un rituel rôdé par les siècles, tandis qu’à l’extérieur, les moyens audiovisuels et technologiques les plus avancés étaient massivement déployés et que six mille journalistes avaient les yeux fixés sur une cheminée. Depuis ces jours, le pape Léon conduit l’Église : nous étions à ses côtés la semaine dernière pour le consistoire, qui fut aussi un moment très fort.
Pour l’Église en France, l’année écoulée a aussi été une année de travail patient, de discernement et de responsabilité. Une année marquée par la poursuite des chemins de vérité sur lesquels nous nous sommes engagés, par l’attention portée aux plus vulnérables, par la volonté de renforcer la confiance entre nous et dans nos relations avec nos diocèses, nos communautés. Nous nous sommes dotés d’une nouvelle présidence et je suis heureux, depuis six mois et avec mes deux vice-présidents Benoît Bertrand, Vincent Jordy et le nouveau secrétaire général Christophe Le Sourt, de servir la communion des évêques en France, et, à travers eux, de tout le peuple de Dieu qui est en France.
En ce début d’année 2026, je voudrais formuler cinq vœux. D’abord, un vœu de respect de la dignité humaine.
Je pense d’abord aux pauvres. Cet objectif est premier, le Christ lui-même nous le rappelle. En ce moment, nous sommes d’abord et surtout focalisés sur des dangers qui concernent la vie internationale ou sur l’instabilité politique nationale, mais nous risquons d’oublier la proximité avec les pauvres. Or, la misère gagne du terrain, de plus en plus de personnes vivent dans la rue. C’est la première des urgences.
Ensuite, je formule le vœu du respect de la dignité humaine dans les débats de société, comme celui qui va s’ouvrir au Sénat à propos de la fin de vie. La dignité de toute vie humaine est inaliénable et cette vie doit être respectée du début jusqu’à la fin. Il existe déjà des lois pour encadrer ce sujet, la plus récente étant la loi Claeys-Leonetti. Les soins palliatifs, s’ils étaient déployés à la mesure de ce que la loi a prévu, devraient permettre que personne ne se retrouve seul face à la souffrance. Nous devons nous y engager et nous pouvons faire davantage. Alors, quel besoin y a-t-il à faire une autre loi où les mots sont employés à contre-sens ? On galvaude le beau mot de « fraternité » pour évoquer des réalités qui lui sont contraires.
Respecter la dignité de la personne humaine passe aussi par le soutien des personnes victimes du narcotrafic. A Marseille, malheureusement, nous y sommes de plus en plus confrontés car nous avons franchi une étape très dangereuse : des gens sont tués parce qu’ils s’opposent ouvertement aux trafics ou même parce qu’ils sont proches de ceux qui s’opposent au narcotrafic. C’est le cas avec la famille Kessaci et d’autres encore. Nous avons le devoir d’y travailler.
Enfin, parce que toute vie est infiniment digne, il nous faut continuer d’apporter notre soutien résolu et notre accompagnement aux victimes de violence sexuelles, dans l’Église ou ailleurs. Nous n’avons pas fini ce travail de prévention et de lutte, de reconnaissance et de réparation : nous y sommes engagés et nous le poursuivons. Je souhaite que nous apprenions à travailler avec des personnes qui ont été elles-mêmes victimes et qui, plusieurs années après avoir réussi à faire venir à la parole ce qu’elles ont subi, ne sont aujourd’hui plus seulement des victimes mais des témoins, qui peuvent nous aider à comprendre et à corriger les dysfonctionnements des institutions, y compris les institutions ecclésiales.
Mon deuxième vœu est un vœu de liberté et de dialogue.
S’adressant au roi Baudouin, saint Anselme de Cantorbéry écrivait : « Le Christ n’aime rien tant en ce monde que la liberté de son Église. » L’Église doit avoir la liberté d’aller à contre-courant, de dire des choses à cause de l’Évangile, même si ses propos ne correspondant pas à la pensée dominante. Cette liberté, la liberté de conscience ou encore la liberté religieuse, nous devons la cultiver, en particulier dans la perspective des échéances électorales qui approchent : il nous faudra veiller à ne pas nous laisser balloter par toutes les idées dominantes mais plutôt à regarder la boussole de l’Évangile, pour savoir dire oui ou non. Ce travail de discernement est le principe même de la liberté, qui est la condition essentielle du dialogue et de la recherche du bien commun. La laïcité – nous venons de fêter le 120e anniversaire de la loi de séparation de l’Église et de l’État – est une option politique qui garantit la liberté, lorsqu’elle est vécue selon l’esprit de 1905. Mais veillons à ce qu’elle ne se confonde pas le laïcisme, qui est une idéologie visant à faire disparaître toute expression publique de la foi. Oui à la laïcité, non au laïcisme.
Ce vœu de liberté est particulièrement important dans le champ éducatif. L’éducation ne se limite pas à la transmission de savoirs mais elle engage la formation des consciences, c’est-à-dire la capacité de résistance à l’anesthésie, nourrie par les réseaux sociaux et leurs algorithmes ou par les chaînes d’informations en continu, qui n’offrent que peu d’espace de réflexion et de dialogue. La résistance à l’anesthésie est un défi pour l’éducation. C’est pourquoi la Conférence des évêques de France a décidé que, pour les trois ans qui viennent, la question de l’éducation sera un chantier prioritaire de nos travaux, pas tant pour faire valoir les bienfaits de nos œuvres et de l’Enseignement catholique, mais parce nous avons le souci de tous les jeunes de France. Certes, nous puiserons dans la richesse de nos expériences pastorales d’hier et d’aujourd’hui et dans la sagesse dont l’Église est porteuse, sans oublier qu’à bien des reprises, nous n’avons pas été et ne sommes pas à la hauteur de la responsabilité qui nous est confiée ; mais nous souhaitons associer à nos travaux tous les acteurs de l’éducation qui ne partagent pas la foi catholique pour travailler ensemble au service de la jeunesse de France.
Mon troisième vœu est un vœu de discernement.
Le développement rapide de l’intelligence artificielle et des outils de communication bouleverse profondément nos manières de penser, d’informer, de décider et même de combattre. L’utilisation de l’intelligence artificielle par les armées fait des ravages ! Nos consciences doivent être vigilantes : ces technologies ouvrent des possibilités heureuses et considérables, mais elles comportent aussi des risques. Or, la vérité ne peut être honorée que dans la rencontre. Aucun outil ne remplacera jamais le dialogue, la confiance et la parole juste. Plus que des algorithmes qui décident à notre place et déresponsabilisent, nous avons besoin de femmes et d’hommes capables de mesure, de nuance de pondération et de discernement, qui se situent « à hauteur de visage » et qui assument leurs responsabilités.
Mon quatrième vœu est un vœu de courage.
L’année qui s’ouvre est une année électorale, avec les élections municipales, peut-être législatives et, déjà, l’horizon des élections présidentielles se dessine. Je forme un vœu de courage pour celles et ceux qui s’engagent en politique. Le courage de la persévérance face à l’indifférence, à l’ingratitude parfois, et à la violence verbale qui fragilise le débat public. Dans les interventions politiques aujourd’hui, la violence des propos fait mal aux personnes et ne fait pas avancer le débat. Nous sommes devant un grand défi pour notre démocratie, et ce n’est pas en regardant les exemples d’ailleurs, en particulier de l’autre côté de l’Atlantique, que nous trouverons des solutions. Que tous sachent garder le courage de la liberté. Que la logique partisane et les slogans faciles ne prennent jamais le pas sur la recherche sincère du bien commun. La démocratie a besoin de responsables capables d’équilibre, de compromis et de durée. Il ne nous faut pas confondre efficacité et précipitation, puissance et vérité, force et justice. « La vérité ne s’impose que par la force de la vérité elle-même qui pénètre l’esprit avec autant de douceur que de puissance. » (Dignitatis Humanae n°1)
Pour conclure, je voudrais formuler un dernier vœu supplémentaire, peut-être le plus discret, mais aussi le plus essentiel : un vœu d’intériorité.
Dans un monde où tout s’accélère, où l’émotion l’emporte souvent sur la réflexion, je nous souhaite à tous l’audace du silence intérieur. C’est par la force du silence que nous trouvons le chemin de notre intériorité, que nous découvrons l’hôte intérieur qui chemine avec nous depuis toujours, sans que nous n’en ayons nécessairement conscience. « Je te cherchais dehors et tu étais dedans […] plus intime à moi-même que moi-même » disait Saint Augustin dans sa prière. C’est de ce lieu intérieur que peuvent naître des paroles justes, des décisions courageuses et des engagements durables. C’est de là aussi que peut grandir une paix véritable, œuvre patiente de réconciliation. À chacune et chacun d’entre vous, je souhaite ce silence et cette liberté intérieure, qui permet de servir sans se perdre.
Soyez assurés de la prière de l’Église pour votre mission au service du bien commun et de tous les citoyens. Je vous remercie et vous adresse, à toutes et à tous, mes vœux les plus sincères.
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