Henri Planchat, chasseur d’âmes

Henri Planchat est né le 8 novembre 1823 à la Roche-sur-Yon dans une famille profondément chrétienne, dans cette région de France très marquée par la tourmente révolutionnaire et par le souvenir des massacres d’innocents demeurés fidèles à l’Église.

Comme l’exprimera l’un de ses biographes « dès son jeune âge il révéla une nature riche et exubérante, un tempérament vif et remuant, un caractère tenace jusqu’à l’entêtement mais aussi un cœur d’or, débordant d’amour pour Dieu, les siens et les pauvres. » Lorsque le désir de consacrer sa vie au Seigneur se fit jour, Saint Vincent de Paul devint son modèle et son guide. Il entra au séminaire Saint-Sulpice après avoir fait des études de droit.

Ordonné prêtre le 21 décembre 1850, c’est à la porte des Frères de Saint Vincent de Paul qu’il frappe car il voit dans la jeune communauté fondée en 1845 par Jean-Léon Le Prévost le lieu où se développera son désir de se consacrer au service des plus pauvres.

Frère de Saint Vincent de Paul, il exerce son premier ministère dans le quartier de Grenelle où il est particulièrement touché par l’immense détresse qui plane sur ce nouveau quartier de la banlieue parisienne. Son cœur est particulièrement attiré par les pauvres gens victimes d’un ordre social qui s’est affranchi de tout souci de justice et de charité. « Chasseur d’âmes » il va au-devant d’eux pour leur manifester la tendresse et la miséricorde du Bon Pasteur.

En 1861, le fondateur des Frères de Saint Vincent de Paul, pour ne pas froisser davantage la susceptibilité du curé de Grenelle qui prend ombrage du succès des entreprises apostoliques du père Planchat, est contraint d’éloigner celui-ci des familles du quartier auxquelles il a consacré avec zèle et enthousiasme les prémices de son sacerdoce. Il est alors envoyé à Arras où il se dévoue à l’œuvre d’un orphelinat.

En 1863, il revient sur Paris, où le père Jean-Léon Le Prévost l’envoie dans l’un des quartiers les plus populeux de la capitale, le quartier de Charonne, comme aumônier du patronage Sainte Anne. Comme à Grenelle, il ne tarde pas à rayonner de son zèle apostolique. Il y instituera une œuvre chère à son cœur : « l’œuvre de la première communion des retardataires ». Dans les ruelles et les taudis du quartier, il visite les malades, réconforte les malheureux et répond aux besoins matériels des plus pauvres qu’il rencontre sur son chemin, toujours soucieux de manifester la tendresse et la miséricorde de Jésus. Son zèle est manifeste aussi dans sa prédication.

Lorsqu’éclate la tourmente de la guerre de 1870 l’œuvre de Sainte Anne est parvenue à son apogée. A son ministère ordinaire, il obtient l’autorisation d’ajouter celui d’aumônier d’ambulance, et il accueille au sein de l’œuvre un grand nombre de soldats blessés pendant le siège de Paris. Ce ministère lui fera écrire le 7 février 1871 à sa sœur, Fille de la Charité à Constantinople : « Écrasé de travaux inouïs (du 19 septembre à ce moment : 4 heures de sommeil en moyenne, 8000 mobiles, dont 5000 communiés, passés chez nous, 115 premières communions le 15 décembre, ambulance, visite au champ de bataille, etc…) je commence à sentir ma santé ébranlée. Je recommande purement et simplement mes œuvres, qui ne savent plus comment nourrir leur monde, et ma personne aux bonnes prières de tes sœurs. »

C’est dans ce quartier de Charonne pauvre et miséreux que l’insurrection contre le pouvoir établi trouve un terrain favorable. Le 28 mars, la Commune de Paris est proclamée, et le Jeudi Saint 6 avril le père Henri Planchat est arrêté… soupçonné par les communards de… cacher des armes. Prétexte pour mettre fin au rayonnement de l’apostolat du père auprès des ouvriers et des pauvres du quartier.

Du dépôt de la préfecture où il est gardé à vue jusqu’au 13 avril, à la prison de Mazas où il sera détenu avec d’autres otages jusqu’au 22 mai, et à la prison de la Roquette où il vivra ses derniers jours avant son martyre le 26 mai, il ne pense qu’à ceux qu’il a laissés à Charonne, à ses frères en communauté, comme aux pauvres qu’il assistait, et surtout aux enfants qui se préparaient à la première communion : « Chers enfants, quand même – ce que je pense, car je connais votre bon cœur – vous auriez prié pour moi chaque jour, depuis notre séparation si triste et si inattendue ; quand vous auriez redoublé de prières – ce que je crois encore – pendant la retraite, ah ! je vous demande une chose de plus,  une chose qui me consolera de ne pouvoir assister à votre première communion, quoique je l’aie bien désiré, mais tout en disant au bon Dieu : « Que votre volonté soit faite ! » Ce que je vous demande, mes chers amis, c’est de penser à moi au moment où, ayant reçu le bon Dieu, vous serez à genoux à votre place pour l’adorer. Je ne vous demande pas de penser à moi en ce moment le premier, même le deuxième, mais le troisième. En ce moment-là voyez-vous, chers amis, on obtient tout. Vous demanderez, par conséquent, en premier lieu, le bonheur d’aller au ciel pour vous-mêmes ; vous le demanderez ensuite pour vos parents ; puis, en troisième lieu, pour moi… »

Le 26 mai, avec les cinquante prisonniers otages de la Commune, il commence le long chemin de croix depuis la prison de la Roquette en passant par le Père-Lachaise et le boulevard de Ménilmontant, jusqu’à la rue Haxo où là, ils seront massacrés… Un jeune homme témoin de la scène raconte : « M. Planchat avait déjà reçu sept ou huit balles. A genoux, dans l’attitude de la prière, il s’affaissait à chaque balle, puis se relevait… Une dernière balle vint frapper M. Planchat en plein front… Je le vois encore, je le vois levant les yeux au ciel, joignant les mains et tombant sur le côté. »

Père Philippe Mura sv

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