Commentaires du dimanche 2 Août 2026

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
dimanche 2 Août 2026

18e dimanche du Temps ordinaire

videos de la 2nde lecture et de l’évangile indisponibles .. désolé


LECTURE DU LIVRE DU PROPHETE ISAIE 55,1-3  

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Ainsi parle le SEIGNEUR : 

1 Vous tous qui avez soif,  

venez, voici de l’eau !  

Même si vous n’avez pas d’argent,  

venez acheter et consommer, 

venez acheter du vin et du lait  

sans argent, sans rien payer. 

2 Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas, 

vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ? 

Ecoutez-moi bien, et vous mangerez de bonnes choses,  

vous vous régalerez de viandes savoureuses ! 

3 Prêtez l’oreille ! Venez à moi ! Ecoutez et vous vivrez. 

Je m’engagerai envers vous par une alliance éternelle : 

ce sont les bienfaits garantis à David. 

——————————————————————————————————————————— DIEU NE FAIT PAS DE COMPTES AVEC NOUS 

Voici la fin du deuxième livre d’Isaïe, tout entier tourné vers la fin de l’Exil et le retour vers le pays de la  promesse : d’où le titre général de ce « livre de la consolation d’Israël » ; le chapitre 54 réitérait l’annonce  du retour tant attendu ; le chapitre 55, le nôtre, précise bien dans quel esprit on doit rentrer. Rien de neuf  donc dans tout cela, mais la répétition des thèmes majeurs de l’Alliance qu’on n’aurait jamais dû oublier, et  qu’il est urgent d’assimiler si l’on ne veut pas revivre les mêmes cruelles expériences : trois thèmes majeurs, 

je les prends dans l’ordre de notre texte :  

Premier thème, la gratuité des dons de Dieu « venez acheter sans rien payer ». Deuxième thème, la lutte  contre l’idolâtrie et l’invitation à se tourner vers Dieu seul. Troisième thème, la fidélité de Dieu à son  Alliance « Je m’engagerai envers vous par une alliance éternelle : ce sont les bienfaits garantis à David ». 

Le plus difficile à entendre, peut-être, pour nos oreilles humaines, c’est le premier thème, la gratuité des  dons de Dieu, or c’est précisément l’insistance majeure de ce chapitre 55. Nous nous obstinons toujours à  parler de mérites et de dignité à regagner pour paraître devant Dieu, alors que le propre de la miséricorde est  d’aimer se pencher sur les petits et les pécheurs. Dans les versets suivants, Isaïe force encore le trait, il  insiste : « Car vos pensées ne sont pas mes pensées, dit Dieu… » 

Combien de fois les philosophes ont-ils reproché aux religions d’inventer un Dieu à notre image ! C’est  Voltaire qui disait : « Dieu a fait l’homme à son image et l’homme le lui a bien rendu ». Et il avait raison en  ce qui concerne les autres religions : c’est-à-dire que, spontanément (sans la Révélation biblique), nous  imaginons un Dieu qui nous ressemble curieusement, qui éprouve les mêmes sentiments que nous : nous  parlons de son amour, de sa justice, de sa colère, de son pardon sur le modèle de ce que nous vivons ; un  amour limité et exclusif… une justice en forme de balance… une colère faite de frustration et de  ressentiment… un pardon mesuré et conditionnel … 

Et même pour nous, les héritiers de la Bible, qui avons des siècles de Révélation derrière nous, si j’ose dire,  ce n’est pas encore acquis. Et les paroles du deuxième livre d’Isaïe ne sont pas de trop pour nous le redire.  Les images qu’il emploie sont celles de l’opulence : « Mangez de bonnes choses, régalez-vous de viandes  savoureuses ! » N’oublions pas qu’elles sont adressées à des exilés réduits aux travaux forcés à Babylone,  pour qui des images de banquets ressemblent à des rêves irréalisables. Et cette profusion de bonnes choses 

est totalement gratuite, ce qui est plus invraisemblable encore, à vues humaines : « Vous tous qui avez soif, 

venez, voici de l’eau ! Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer, venez acheter du vin  et du lait sans argent et sans rien payer. » Voilà les images que le prophète a choisies pour faire comprendre  à ses contemporains la générosité du Dieu d’Israël. Si j’osais, je dirais « Au supermarché de Dieu, tout est  toujours gratuit » ! 

Généralement, quand on tient ce genre de propos, il se trouve toujours quelqu’un pour dire « si nous n’avons  pas besoin de gagner des mérites, alors nous allons nous conduire n’importe comment … » Je ne le crois pas  du tout ; le jour où nous serons vraiment convaincus, et donc éblouis de l’amour de Dieu, alors notre cœur  changera et nous commencerons à lui ressembler : le feu prendra et nous entrerons petit à petit dans le  registre de la gratuité. 

L’EGLISE DU CHRIST, TEMOIN DE L’AMOUR GRATUIT DE DIEU 

Notre Eglise a une tâche redoutable, il me semble : elle est une institution humaine, elle vit dans une société  bâtie sur le commerce plus que sur le service ; et c’est au cœur même de cette société qu’elle doit faire  germer le royaume de la gratuité. Il nous est interdit au nom de l’Evangile et même au nom des prophètes de  l’Ancien Testament de nous comporter comme une entreprise… Chaque fois que nous quittons le registre de  la gratuité dans nos paroles ou dans nos actes, nous sommes loin des chemins de Dieu, pour reprendre le  vocabulaire d’Isaïe. Notre mission de baptisés, c’est de témoigner au milieu des hommes non pas d’un  AILLEURS, mais d’un AUTREMENT.  

Le deuxième thème, à peine esquissé, mais bien présent, c’est la lutte contre l’idolâtrie : « Pourquoi  dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas, vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ? » C’est-à-dire :  ne cherchez pas ailleurs de faux bonheurs. On sait que la tentation d’idolâtrie n’était pas morte encore chez  les exilés : pour la bonne raison que les dieux de leurs vainqueurs semblaient plus efficaces ! Cette  deuxième partie du livre d’Isaïe, qui renferme les prédications du temps de l’Exil lutte vigoureusement  contre cette tentation sans cesse renaissante. Dieu seul détient les clés de notre bonheur et de notre liberté et,  avec lui, tout est donné. Il suffit de lui faire confiance : « Prêtez l’oreille ! Venez à moi ! Ecoutez et vous  vivrez. »  

Nous qui prêtons l’oreille si volontiers à tant de publicités commerciales, (c’est-à-dire intéressées, dictées  par le souci du profit), comment se fait-il que cette publicité-là, celle d’Isaïe, au nom de Dieu, frappée au  coin de la gratuité ne nous « accroche » pas plus, si j’ose dire. Justement peut-être parce qu’il s’agit de  gratuité et que cela nous est étranger. Le chemin de la gratuité est bien au-dessus de nos chemins de calcul et  de donnant-donnant. Pourquoi ne pas admettre une fois pour toutes que nous sommes sans argent (je veux  dire sans titres à faire valoir) devant Dieu et qu’il n’attend de nous qu’un cœur offert, une « oreille  ouverte », comme dit la Bible. ‘Ecoutez, c’est-à-dire faites-moi confiance, attachez-vous à moi et vous  vivrez’, dit Isaïe.  

Enfin, le troisième thème de ce texte, et bien dans la ligne des deux autres, c’est la fidélité de Dieu à son  Alliance « Je m’engagerai envers vous par une alliance éternelle : ce sont les bienfaits garantis à David ». C’est encore l’une des grandes lignes de force des prédications du deuxième Isaïe : exilés, on craignait  d’être abandonnés de Dieu à tout jamais. On avait tant de fois manqué aux commandements dans le passé,  Dieu ne s’était-il pas lassé de son peuple ? Non, bien sûr. Puisque son amour est totalement gratuit et sans  conditions, le début de ce texte nous l’a rappelé, il ne remet jamais en cause son Alliance. Au contraire, il la  renouvelle à chaque instant : l’allusion à David confirme l’enracinement lointain et la durée indéfectible de  cette Alliance.  

C’est un rappel des promesses faites jadis à David par le prophète Natan (2 S 7). Depuis ces lointains débuts  de la royauté en Israël, on sait que sa dynastie fera naître un jour celui qu’on appelle le Messie et qui  apportera définitivement la liberté et la paix à son peuple. Pendant l’Exil à Babylone, ces lointaines  promesses pourraient paraître caduques, raison de plus pour que le prophète les rappelle.

PSAUME 144 (145),8-9,15-16,17-18 

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8 Le SEIGNEUR est tendresse et pitié, 

lent à la colère et plein d’amour ; 

9 la bonté du SEIGNEUR est pour tous,  

sa tendresse, pour toutes ses œuvres. 

15 Les yeux sur toi, tous ils espèrent : 

tu leur donnes la nourriture au temps voulu ; 

16 tu ouvres ta main : 

tu rassasies avec bonté tout ce qui vit. 

17 Le SEIGNEUR est juste en toutes ses voies, 

fidèle en tout ce qu’il fait. 

18 Il est proche de ceux qui l’invoquent,  

de tous ceux qui l’invoquent en vérité. 

——————————————————————————————————————————— LE SEIGNEUR EST PROCHE DE CEUX QUI L’INVOQUENT  

La première lecture de ce dimanche disait la gratuité et la profusion des dons de Dieu ; ce psaume ne dit pas  autre chose ! Et d’ailleurs, il s’agit d’un psaume alphabétique, c’est tout dire. Il comporte autant de versets  que le nombre des lettres de l’alphabet, chaque verset commençant par l’une des lettres, dans l’ordre ; et  nous savons que cet effort de composition (ce que l’on appelle un acrostiche en littérature) a un sens très  particulier, toujours le même : dire à Dieu la reconnaissance des croyants pour le don de l’Alliance. 

On ne s’étonne donc pas de trouver dans ce psaume l’évocation de tous les aspects de l’Alliance : cette  découverte extraordinaire, dont le peuple d’Israël a eu le privilège, d’un Dieu à la fois tout puissant et  proche des hommes. C’est certainement l’une des grandes richesses de la foi juive : savoir toujours tenir  ensemble ces deux aspects du mystère de Dieu. Le livre de la Sagesse dont nous lisions un extrait pour le  seizième dimanche le disait clairement :  

« Toi, (Seigneur), qui disposes de la force, tu juges avec indulgence, tu nous gouvernes avec beaucoup de  ménagement, car tu n’as qu’à vouloir pour exercer ta puissance… ta domination sur toute chose te permet  d’épargner toute chose. » (Sg 12). Mais bien avant le livre de la Sagesse (qui est très tardif), bien d’autres  textes bibliques de l’Ancien Testament avaient su dire avec force la grandeur et la bonté de Dieu. 

Le verset 8 de notre psaume, celui qui débute notre lecture aujourd’hui, est l’écho de la révélation de Dieu  par lui-même à Moïse au Sinaï (Ex 34,6). Nous avons lu ce passage du livre de l’Exode pour la Fête de la  Sainte Trinité, il y a quelques semaines. Je ne le reprends donc pas. En revanche, je vous propose d’en  relire un autre, l’autre grande parole magnifique de Dieu à Moïse, qui est le récit du buisson ardent.  

Je vous rappelle le contexte : ce jour-là, Moïse, l’ancien protégé du Pharaon, n’était plus qu’un pauvre  homme rejeté par tous. C’est à lui que le Dieu de l’univers a choisi de se révéler. Voici ce que raconte la  Bible, au chapitre 3 du livre de l’Exode : « Moïse était berger du troupeau de son beau-père Jéthro, prêtre  de Madiane. Il mena le troupeau au-delà du désert et parvint à la montagne de Dieu, à l’Horeb. L’ange du  SEIGNEUR lui apparut dans la flamme d’un buisson en feu ». (Ex 3,1-2). L’expression « L’Ange du  SEIGNEUR » est une manière pudique de parler de Dieu : pour dire la présence de Dieu lui-même dans le  buisson, on prend une circonlocution ; on n’oserait pas dire que Moïse ait pu voir Dieu. C’est déjà une  manière de dire combien Dieu est plus grand que l’homme, inaccessible à l’homme.

« Moïse regarda : le buisson brûlait sans se consumer. » Devant cette flamme qui jaillit d’un buisson sans  le consumer, Moïse est invité à comprendre que Dieu, comparé à un feu, est au milieu de son peuple (le  buisson). Et cette Présence de Dieu au milieu de son peuple ne le détruit pas, ne le consume pas. Du coup,  la vocation du peuple est dite en même temps : il est le lieu choisi par Dieu pour manifester sa Présence ;  et, désormais, le peuple choisi témoignera au milieu du monde que Dieu est au milieu des hommes et que  ceux-ci n’ont rien à craindre. Notre psaume de ce dimanche est tout à fait dans cet état d’esprit. 

J’AI VU LA MISÈRE DE MON PEUPLE EN EGYPTE 

« Moïse se dit alors : « Je vais faire un détour pour voir cette chose extraordinaire : pourquoi le buisson ne  se consume-t-il pas ? » Le SEIGNEUR vit qu’il avait fait un détour pour voir, et Dieu l’appela du milieu  du buisson : ‘Moïse ! Moïse !’ » Moïse a fait un détour : Dieu a pris l’initiative mais il faut un geste de  l’homme. Manière de dire que Dieu sollicite la collaboration des hommes. « Il (Moïse) dit : ‘Me voici !’ » 

Le « Me voici » de Moïse (comme celui d’Abraham, comme celui de tant d’autres depuis) est la réponse  qui permettra à Dieu de réaliser sa grande œuvre de libération de l’humanité.  

« Dieu dit alors : ‘N’approche pas d’ici ! Retire les sandales de tes pieds, car le lieu où tu te tiens est une  terre sainte !’ » « Retire tes sandales », c’est le symbole du dépouillement indispensable pour affronter la  présence du Dieu tout-puissant. Et Dieu poursuit : « Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d’Abraham, le  Dieu d’Isaac, le Dieu de Jacob. » Dieu rappelle ici sa fidélité à son peuple depuis des siècles et à travers  toute l’épaisseur d’une histoire. Face à lui, Moïse esquisse malgré lui un geste de recul : « Moïse se voila  le visage car il craignait de porter son regard sur Dieu. » Encore une manière pour l’auteur de nous  rappeler que Dieu est le Tout-Autre, celui qu’on ne peut approcher qu’avec crainte et respect.  

C’est alors que Dieu prononce la phrase qui galvanisera les énergies de Moïse et de toute sa génération,  une phrase que le peuple juif n’oubliera jamais : « Le SEIGNEUR dit : ‘J’ai vu, oui, j’ai vu la misère de  mon peuple qui est en Égypte, et j’ai entendu ses cris sous les coups des surveillants. Oui, je connais ses  souffrances. « J’ai vu la misère de mon peuple en Egypte. » Ainsi Dieu se révèle-t-il compatissant,  miséricordieux, c’est-à-dire littéralement « cœur ouvert à nos misères », cœur qui prend parti pour ceux qui  sont dans la misère. Moïse, dont le premier réflexe a été de se voiler le visage, comprend alors qu’il n’y a  pas à avoir peur. « Mon peuple », c’est le rappel de l’Alliance avec ce peuple depuis Abraham. Comme il a  vu la détresse d’Abraham, le vieil homme sans enfant, Dieu a vu la misère de son peuple.  

Ce récit magnifique est capital pour la foi d’Israël et donc pour la nôtre, il ne faut pas l’oublier ; il nous  apporte la double Révélation que Dieu est en même temps le Tout-Autre, ET le Tout Proche. Il est le Tout Autre, celui qu’on ne peut approcher qu’avec crainte et respect ET en même temps, il est le Tout Proche,  celui qui voit la misère de son peuple et lui suscite un libérateur.  

Dans les quelques versets choisis dans le psaume 144/145 pour ce dimanche, l’accent est mis sur cette  tendresse de Dieu. Cette conviction irrigue pour toujours la foi de nos frères juifs et la nôtre à leur suite,  comme elle remplissait le cœur de Jésus de Nazareth. 

LECTURE DE LA LETTRE DE SAINT PAUL APOTRE AUX ROMAINS 8,35.37-39  ——————————————————————————————————————————— 

Frères,  

35 qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? 

la détresse ? l’angoisse ? la persécution ?  

la faim ? le dénuement ? le danger ? le glaive ? 

37 Mais, en tout cela nous sommes les grands vainqueurs 

grâce à celui qui nous a aimés. 

38 J’en ai la certitude :

ni la mort ni la vie, 

ni les anges ni les Principautés célestes, 

ni le présent ni l’avenir, 

39 ni les Puissances,  

ni les hauteurs, ni les abîmes, 

ni aucune autre créature, 

rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu  

qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur. 

——————————————————————————————————————————— RIEN NE POURRA NOUS SÉPARER DE L’AMOUR DU CHRIST 

Ces lignes sont la conclusion de tout ce passage splendide que nous lisons depuis plusieurs semaines au  chapitre 8 de la lettre aux Romains et dans lequel Paul s’émerveille de l’amour de Dieu ; au chapitre 5, il  avait dit « L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné. » (5,5). Ici,  il laisse libre cours à l’exultation qui remplit le cœur des croyants quand ils réalisent l’œuvre de Dieu pour  eux : « Dieu n’a pas épargné son propre Fils, mais il l’a livré pour nous tous » a-t-il dit un peu plus haut (8,32). Plus personne ne peut briser l’Alliance ainsi nouée entre Dieu et nous. Comme le dit la première  Prière Eucharistique de la réconciliation, « ses bras étendus dessinent entre ciel et terre le signe indélébile de  l’Alliance ». Désormais, toute tentative de séparation est vouée à l’échec. 

Paul reprend ici une fois de plus un des thèmes majeurs de ce qu’il appelle l’Ecriture (pour nous, l’Ancien  Testament) : tout l’enjeu de la vie des fils d’Adam est de rester attachés à Dieu, suspendus à son souffle (vous reconnaissez là l’image de la Genèse, Dieu insufflant dans les narines de l’homme son souffle de vie),  et de ne pas se laisser séparer de lui par le Tentateur, le diviseur. Jésus au désert a connu cette offensive du  Tentateur qui lui suggérait de rechercher le pouvoir, la facilité, les honneurs. Pierre, lui-même, a joué ce rôle  auprès de lui quand il le poussait à fuir la persécution inévitable. Mais rien, ni la faim, ni les mirages de la  réussite ne pouvaient séparer le Fils de son Père. A leur tour, Paul et les autres apôtres puisent dans l’Esprit  de Jésus-Christ la force de rester greffés sur lui. 

Et il nous livre ici une superbe profession de foi : « J’en ai la certitude… rien ne pourra nous séparer ». Ce  n’est pas de l’orgueil, c’est la certitude de la foi : Paul ne considère pas une minute que le mérite de cette  fidélité lui reviendrait : quand il affirme « En tout cela (c’est-à-dire toutes les épreuves), nous sommes les  grands vainqueurs grâce à celui qui nous a aimés », le mot important, c’est « grâce » à lui. Il ne cite pas Isaïe 

ici mais sa déclaration ressemble à celle du prophète lorsqu’il brossait le portrait du serviteur de Dieu, qui  demeurait fidèle malgré la persécution : « Le SEIGNEUR mon Dieu vient à mon secours ; c’est pourquoi je ne  suis pas atteint par les outrages… je sais que je ne serai pas confondu. » (Is 50,7). 

D’ailleurs, Paul lui-même est la preuve vivante que « Rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est  dans le Christ Jésus notre Seigneur ». La détresse, l’angoisse, la persécution, la faim, le dénuement, le  danger…, tout cela il l’a traversé… Il le détaille dans la deuxième lettre aux Corinthiens : « Cinq fois, j’ai  reçu des Juifs les trente-neuf coups de fouet ; trois fois, j’ai subi la bastonnade ; une fois, j’ai été lapidé ; trois  fois, j’ai fait naufrage et je suis resté vingt-quatre heures perdu en pleine mer. Souvent à pied sur les routes,  avec les dangers des fleuves, les dangers des bandits, les dangers venant de mes frères de race, les dangers  venant des païens, les dangers de la ville, les dangers du désert, les dangers de la mer, les dangers des faux  frères. J’ai connu la fatigue et la peine, souvent le manque de sommeil, la faim et la soif, souvent le manque  de nourriture, le froid et le manque de vêtements… » (2 Co 11,24-27). 

QUAND LES HOMMES AIMENT DIEU, LUI-MÊME FAIT TOUT CONTRIBUER À LEUR BIEN 

Non seulement les épreuves, d’où qu’elles viennent, ne peuvent nous séparer du Christ, mais elles deviennent  des moyens au service de l’œuvre de Dieu. Dans sa lettre aux Philippiens, par exemple, Paul qui était alors en  prison (peut-être à Ephèse) disait se réjouir de ce que sa captivité était devenue un prétexte à évangélisation : « La plupart des frères, chez qui mes chaînes suscitent une ferme confiance dans le Seigneur, trouvent une 

audace nouvelle pour dire sans crainte la Parole. » (Phi 1,14). Il savait pourtant que ce beau zèle n’était pas  toujours parfaitement pur, certains étant peut-être trop contents de prendre sa place ; mais il se réjouissait  quand même des progrès de la mission : « Je veux que vous le sachiez, frères, ce qui m’arrive a plutôt fait  progresser l’annonce de l’Evangile… De toute façon… le Christ est annoncé, et de cela je me réjouis. » (Phi  1,14.18). Il a eu ainsi à maintes reprises l’occasion de vérifier ce qu’il dit dans notre chapitre 8 de la lettre  aux Romains : « Nous le savons, quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien,  puisqu’ils sont appelés selon le dessein de son amour. » (Rm 8,28). Or Paul fait bien partie de ceux qui  aiment Dieu, comme il dit, c’est-à-dire de ceux qui lui sont attachés et lui font confiance. 

Et c’est pour lui l’occasion d’une expérience spirituelle très forte : un jour où il priait Dieu de lui épargner les  épreuves, le Seigneur lui a répondu : « Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la  faiblesse ». Et Paul peut affirmer en toute vérité : « Lorsque je suis faible (c’est-à-dire je me reconnais  faible), c’est alors que je suis fort… C’est donc très volontiers que je mettrai plutôt ma fierté dans mes  faiblesses, afin que la puissance du Christ fasse en moi sa demeure. » (2 Co 12,9-10). Pourquoi ? parce qu’il  ne cherche pas sa force en lui-même mais dans celle que lui donne le Christ. Aux Galates, il fera cette  confidence : « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi. » (Ga 2,20). 

Cette union intime entre le Christ et ses disciples, Jésus en a longuement parlé au soir de la Cène :  « Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut pas porter du fruit par lui-même  s’il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi. Moi, je suis la  vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit,  car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. » (Jn 15,4-5). Ce verbe « demeurer » revient souvent sous la  plume de Jean, que ce soit dans l’évangile ou dans ses lettres : « Demeurez en moi, comme moi en vous, dit  Jésus. » En écho, Jean écrit aux premiers Chrétiens : « Mes petits enfants, demeurez en lui ; ainsi, quand il se  manifestera, nous aurons de l’assurance. » (1 Jn 2,28). 

EVANGILE DE JESUS-CHRIST SELON SAINT MATTHIEU 14,13-21 

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En ce temps-là,  

quand Jésus apprit la mort de Jean le Baptiste, 

13 il se retira et partit en barque 

pour un endroit désert, à l’écart. 

Les foules l’apprirent 

et, quittant leurs villes, elles suivirent à pied. 

14 En débarquant, il vit une grande foule de gens ;  

il fut saisi de compassion envers eux et guérit leurs malades. 

15 Le soir venu,  

les disciples s’approchèrent et lui dirent : 

« L’endroit est désert et l’heure est déjà avancée. 

Renvoie donc la foule : 

qu’ils aillent dans les villages s’acheter de la nourriture ! » 

16 Mais Jésus leur dit :  

« Ils n’ont pas besoin de s’en aller. 

Donnez-leur vous-mêmes à manger. » 

17 Alors ils lui disent :  

« Nous n’avons là que cinq pains et deux poissons. » 

18 Jésus dit : 

« Apportez-les moi. » 

19 Puis, ordonnant à la foule de s’asseoir sur l’herbe, 

il prit les cinq pains et les deux poissons, 

et, levant les yeux au ciel, 

il prononça la bénédiction :  

il rompit les pains, 

il les donna aux disciples, 

et les disciples les donnèrent à la foule. 

20 Ils mangèrent tous et ils furent rassasiés. 

On ramassa les morceaux qui restaient :  

cela faisait douze paniers pleins. 

21 Ceux qui avaient mangé étaient environ cinq mille, 

sans compter les femmes et les enfants. 

——————————————————————————————————————————— QUAND LA COMPASSION L’EMPORTE SUR LA PRUDENCE 

Cet épisode de la multiplication des pains suit tout juste l’annonce de l’exécution de Jean-Baptiste sur  l’ordre d’Hérode ; Matthieu raconte la mort de Jean-Baptiste et il conclut : « Les disciples de Jean arrivèrent  pour prendre son corps, qu’ils ensevelirent ; puis ils allèrent l’annoncer à Jésus. » (Mt 14,12). La première  réaction de Jésus, qui semble de prudence, a été la retraite : « Quand Jésus apprit cela, il se retira et partit en  barque pour un endroit désert, à l’écart. » (Mt 14,13). Mais il est bien vite rejoint par les sollicitations de la  foule, et là il ne résiste pas, car « il est saisi de compassion » (littéralement « saisi aux entrailles »), nous dit  Matthieu. 

Et le voilà qui commet ce qui nous paraît à la fois une imprudence et une folie. Imprudence politique,  d’abord, car la sagesse serait de se faire oublier, sa popularité le perdra. Folie, ensuite, de croire que cinq  pains et deux poissons suffiront à nourrir une telle foule. Les disciples, réalistes, font remarquer que cela est  bien peu, mais Jésus qui compte aussi bien qu’eux, dit imperturbablement « donnez-leur vous-mêmes à  manger ». Quand Jésus dit « donnez-leur vous-mêmes à manger », ce n’est certainement pas pour les mettre  dans l’embarras : c’est qu’ils en sont capables, mais ils ne le savent pas… ou ils ne le croient pas.  

Quand saint Matthieu nous rapporte cet épisode, visiblement il se souvient du prophète Elisée : celui-ci était  prophète dans le royaume du Nord, huit cents auparavant, mais tout le monde connaissait son histoire. Un  jour, en pleine période de famine, un fidèle avait apporté en offrande le début de sa récolte, ce que l’on  appelait « l’offrande des prémices ». Cette offrande représentait vingt pains d’orge. Normalement, l’offrande  des prémices devait revenir à Elisée, mais celui-ci, vu les circonstances, avait aussitôt décidé d’en faire  profiter tout le monde. Or, vingt pains d’orge, c’était beaucoup pour un seul prophète, mais c’était dérisoire  pour les affamés qui entouraient Elisée (le texte dit qu’il y avait cent personnes). Et pourtant, Elisée avait  aussitôt dit à son serviteur : « Donne-le à tous ces gens pour qu’ils mangent. » Mais le serviteur, lui, avait  vite vu que le compte n’y était pas : « Comment donner cela à cent personnes ? » Alors Elisée avait répondu  : « Donne-le à tous ces gens pour qu’ils mangent, car ainsi parle le SEIGNEUR : On mangera et il en restera. » Et, effectivement, le serviteur avait fait la distribution et le texte notait : « Ils mangèrent et il en resta, selon la parole du SEIGNEUR. » (2 R 4,42-44).  

LE SECRET D’ELISEE ET DE JESUS 

Ici aussi, Matthieu note la disproportion entre le nombre de convives et la petite quantité de nourriture, la  distribution et le ramassage des restes. Après le constat de ce que l’on pourrait appeler leur indigence  (« Nous n’avons là que cinq pains et deux poissons. »), Matthieu prend soin de noter : « Ils mangèrent tous  et ils furent rassasiés. On ramassa les morceaux qui restaient : cela faisait douze paniers pleins. » Et  pourtant, « Ceux qui avaient mangé étaient environ cinq mille ». 

Mais qu’ont-ils donc en commun, Jésus et Elisée ? Quel est leur secret ? Il semble bien que leur secret soit 

simple : premièrement, tous les deux croient le partage possible, quel que soit le nombre de convives, car  tous les deux s’en remettent à Dieu : Elisée en citant la parole du Seigneur « On mangera et il en restera »,  Jésus en faisant le geste de la bénédiction sur le pain ; car Matthieu note bien qu’il a « béni » les pains :  « levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction » ; ce n’est pas un rite magique sur le pain ; c’est  reconnaître le pain comme don de Dieu et lui demander de savoir l’utiliser pour le service des affamés.  

La mention des restes dans les deux récits et la précision que « tous furent rassasiés » chez Matthieu  souligne la profusion des dons de Dieu. On pense aussi à la manne qui tombait chaque matin pendant les  quarante ans de l’Exode : « Vous aurez du pain à satiété. Alors vous saurez que moi, le SEIGNEUR, je suis  votre Dieu. » (Ex 16,12).  

Et deuxième point commun entre Jésus et Elisée, mais c’est un préalable, tous deux sont soucieux de la faim  des gens ; en ce qui concerne Elisée, le livre des Rois note bien qu’on était en période de famine, et c’est lui  qui a eu l’idée de partager ce qui lui était normalement destiné ; quant à Jésus, Matthieu a commencé son  récit en disant : « Jésus partit en barque pour un endroit désert, à l’écart. » Cela veut dire pour le moins qu’il  désirait un peu de tranquillité : mais il a accepté de se laisser rejoindre, de laisser les gens se rapprocher, de  se faire leur prochain… cela la conduit à commettre cette imprudence et cette folie dont nous parlions en  commençant. 

C’est à cette imprudence et à cette folie que les disciples de tous les temps sont à leur tour invités : il leur  suffit d’avoir assez de foi pour se souvenir que le partage fait des miracles. Et aussi de se réjouir de leur  indigence ; elle est le lieu privilégié de l’action de Dieu. Pourquoi ? Parce que quand nous reconnaissons  notre impuissance, alors nous appelons Dieu à notre secours, ce qui est bien toujours la première chose à  faire ! La première lecture, extraite du livre d’Isaïe, proclamait l’abondance et la gratuité des dons de Dieu.  La multiplication des pains par Jésus en est une magnifique illustration.

En 2025, nous sommes en année liturgique C