
À l’occasion du 80ᵉ anniversaire du « pèlerinage du Retour » du 8 septembre 1946, qui vit des milliers d’anciens prisonniers de guerre se rassembler à Lourdes, l’Église de France met en lumière cet événement fondateur. Une exposition inédite, conçue par le Centre national des archives de l’Église de France (CNAEF), est présentée à Lourdes avant de partir en tournée.
Sommaire
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- Annonce et organisation du Pèlerinage du retour
- L’arrivée en gare des pèlerins
- Camp du retour et retrouvailles
- Messe commune
- Vingt ans après
- Quarante après
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Au printemps 1944, dans une lettre circulaire adressée aux français d’Allemagne en relation avec l’Aumônerie générale, l’abbé Jean Rodhain annonce la tenue d’un pèlerinage du retour à Lourdes. Malgré de nombreux obstacles pratiques dans un pays épuisé, les délais sont tenus et, en septembre 1946, le pèlerinage mêlant volontairement prisonniers de guerre, requis du STO et déportés a bien lieu.
L’arrivée en gare des pèlerins
La prochaine station est dépassée. La prochaine, c’est Lourdes. Tout le compartiment est maintenant contre la portière, les huit hommes ne parlent plus. Ils enregistrent les images qui tournent régulièrement comme un film horizontal. Un pic. Un passage à niveau. Le gave : c’est le gave de Lourdes. Une basilique grise cent fois vue sur les cartes postales et plate comme elles. Et là, au pied de sa silhouette, entre un buisson
de béquille et un buisson de cierge : la Grotte.
abbé Jean Rodhain, Messages, n°18, du 18 au 27 août 1946
Camp du retour et retrouvailles
Les pèlerins se répartissent sur la prairie redessinée en carte de l’Allemagne avec des poteaux indiquant les camps de prisonniers (Oflags et Stalags), les camps de déportés et les villes où se trouvaient ceux du STO.

Messe commune
Pour des questions de logistique, une moitié des 100 000 pèlerins est venue du 6 au 8 septembre, et la seconde du 8 au 10. Ils sont ainsi tous réunis le dimanche 8 à l’occasion de la grande messe célébrée par Mgr Gabriel Piguet, évêque de Clermont-Ferrand, ancien déporté à Dachau, sur un autel gigantesque.

Il n’est pas un Lourdais, catholique ou athée, pas un des pèlerins dont certains se sentaient religieusement peu concernés, qui n’ait été remué, à un moment ou à un autre, et comme soulevé par l’ardeur d’une émotion humaine dont l’essence de spiritualité chrétienne échappait à beaucoup.
Claude Carcopino
Comment attendre plus longtemps pour vous dire l’enthousiasme qui nous a soulevés à Lourdes au cours de ce splendide pèlerinage Prisonniers. Nous y étions dix-sept de notre village et nous sommes rentrés enchantés ; deux de nos compagnons étaient des communistes. Ils en ont été profondément retournés. […]. Combien je suis heureux que mes hommes aient vu cela, que j’ai pu vivre ces heures là-bas avec eux, et combien je vous en remercie.
Abbé Paul Spas, curé de Bouvigny-Boyeffles, ancien prisonnier du Stalag III-A
Au retour de notre pèlerinage, je ne peux résister à vous dire notre joie et notre reconnaissance. Ce n’est pas seulement mon sentiment personnel que je vous exprime, mais celui des innombrables camarades que j’ai eu le plaisir de rencontrer. C’est aussi celui de mes camarades de compartiment. Inconnus au départ, venant de Stalags, d’Oflags et du STO, nous avons eu le bonheur de pouvoir former pendant les heures de voyage une petite communauté chrétienne, priant ensemble et comme au camp mettant en commun ce que chacun avait apporté.
Jean Traizet, ancien des Oflags IV-D et VI-A
C’est un prêtre déporté dont le nom ne vous apprendra rien, qui vient simplement, mais du fonds du cœur, vous remercier pour cette inoubliable journée que vous nous avez donné de vivre le 8 septembre à Lourdes.
Rarement un offertoire fut si riche. Riche, il l’était de tant de sang et de tant de souffrances de notre part, mais aussi de tant d’efforts, d’actes de charité de dévouement de votre part. […] je vous remercie de nous avoir donné de vivre de telles heures. […] Je suis rentré avec les pèlerins de Poitiers, Limoges et Amiens. […] Tous étaient enchantés et vraiment accrochés.
Père C. Humbaut, o.p.
Vingt ans après
Un pèlerinage d’anniversaire a lieu à Lourdes les 10-12 septembre 1966. Contrairement à celui de 1946, il peut se faire en famille. Le camp du retour est de nouveau dressé sur la prairie. Le dimanche 11 septembre, une procession part de la Grotte. Cinquante hommes portent sur leurs épaules une grande croix de chêne de dix mètres pesant huit cents kilos.
Quarante ans après
Pour l’anniversaire des quarante ans de l’événement, un nouveau pèlerinage est organisé du 12 au 16 juin 1986. Il comprend une montée à la Cité Saint-Pierre où se déroule une cérémonie d’hommage à l’abbé Jean Rodhain qui est inhumé. Le père Charles Muller, ancien du Stalag II-A, l’évoque dans l’homélie qu’il prononce ce jour-là :
« Dans la soirée du 8 septembre 1946, j’étais là, sur la prairie d’en face, au milieu d’un bon nombre d’entre vous, sous la pluie. Sans nous rendre compte de la portée de l’acte, nous entendions l’annonce officielle que l’Aumônerie générale des prisonniers de guerre faisait place au Secours catholique et que la direction de celui-ci était confiée à l’abbé Jean Rodhain, le même qui avait été pendant cinq année la providence spirituelle du monde des barbelés. »








