Discours de Mgr Ginoux au Conseil pontifical pour la Culture

Mgr Bernard Ginoux

En visite Ad limina à Rome, avec les évêques du Sud-Est et du Midi, le 28 novembre 2012, Mgr Bernard Ginoux, évêque de Montauban, a proposé d’échanger avec le cardinal Gianfranco Ravasi, Président du Conseil pontifical pour la Culture, sur trois points : la culture de masse, la notion de blasphème et le rôle de l’image dans l’évangélisation.
 
Pendant des siècles le monde occidental a été fortement marqué par la culture chrétienne et la foi était le support et l’inspiration de la culture. Le bienheureux pape Jean-Paul II ainsi que le Saint-Père actuel n’ont pas manqué de rappeler les « racines chrétiennes de l’Europe ». Ils s’inscrivent dans la suite de la réflexion commencée au Concile Vatican II (Constitution GAUDIUM et SPES, deuxième partie ,chapitre II numéros 53 à 62). Le texte conciliaire prend acte des changements de mentalités et des « voies nouvelles qui s’ouvrent pour parfaire et étendre la culture » (n° 53 §3). Il pense que ces changements peuvent donner naissance à un « nouvel humanisme » si l’homme se sent responsable de construire un monde meilleur.

Mais des questions essentielles surgissent que nous avons à reprendre aujourd’hui (n°56). Ces questions touchent au génie de chaque peuple et à sa sagesse face à une culture de masse se répandant dans le monde entier. Le Concile appelle aussi à veiller à la transmission de l’héritage culturel et des traditions vivantes : comment développer les sciences et les techniques sans sacrifier la culture classique ? Quelle place à l’intériorité dans un savoir en mutation permanente ? Comment favoriser une culture pour le plus grand nombre quand les élites s’en éloignent de plus en plus ? Une autre question rejoint très directement nos préoccupations actuelles en France : l’autonomie légitime que la culture réclame est-elle compatible avec le respect des convictions religieuses et, plus encore, du sacré ?

Là apparaît la relation entre foi et culture. L’histoire montre combien cette relation a été forte et lorsque la dimension spirituelle faisait partie de la vie de l’homme la culture ne pouvait ignorer cette préoccupation et elle lui permettait de se réaliser pleinement. Aujourd’hui nous assistons à de multiples essais de « déconstruction » particulièrement dans des courants de l’Art Contemporain. Mais c’est aussi le cas dans la transmission du savoir (la place minime de l’Histoire dans les programmes, l’abandon du patrimoine littéraire des œuvres classiques, par exemple…)

Les fidèles du Christ et les pasteurs sont devant un phénomène culturel qui s’affirme comme une expression libre à travers des réalisations saugrenues, décalées, et, surtout, provocantes parce qu’elles cultivent la transgression. Or cet « Art Contemporain » est subventionné, soutenu par le Ministère de la Culture et la plupart des medias. Mais nous avons vu en 2011 combien une photo (Piss Christ de Serrano), et deux pièces de théâtre ( Le Concept du Visage du Fils de Dieu de Castelluci et Golgota Picnic de Garcia) ont défrayé la chronique culturelle et ont amené des prises de position très différentes au sein même de l’Eglise de France. Le point central de ces discussions était l’autonomie de l’art et la notion de blasphème. Plusieurs d’entre nous souhaiteraient un échange sur ce sujet qui est brûlant d’actualité et nous met en première ligne dans les prises de position.

Il faut reconnaître que c’est la définition même de l’art qui est en jeu et, plus largement, ce que le texte conciliaire (GAUDIUM et SPES n°61) appelle « la formation à une culture intégrale » qui a son fondement en Dieu créateur. Dans ce sens la Nouvelle Evangélisation peut trouver dans la culture un chemin pour annoncer le Christ, comme depuis les origines du christianisme, toute évangélisation a pu le faire. Le Bienheureux Jean-Paul II pouvait affirmer « avec l’Evangile l’art est entré dans l’Histoire » (Discours au Congrès National Italien d’Art Sacré, 27/04/81). L’Evangile est une culture narrative, qu’illustrent les paraboles et lors de son Discours au Monde de la Culture (Paris, 12 septembre 2008) le Saint-Père Benoît XVI a insisté sur la culture de la Parole et de sa transmission. Cette Parole s’est aussi traduite dans l’image : la peinture chrétienne va oser représenter le visage du Christ. Cette culture des images, de la peinture, mais aussi du récit (cf. l’Histoire Sainte, la vie des saints, etc…) a évangélisé les pauvres, les petits. La question vient alors aujourd’hui : comment retrouver le rôle de l’image dans l’évangélisation ? L’Incarnation nous y invite, le monde en a besoin. Cette question introduit la place du cinéma, de la télévision, de l’audiovisuel en général et d’internet mais aussi de la BD, sans pour autant laisser de côté des supports plus traditionnels.

Le chapitre de GAUDIUM et SPES sur la culture se termine en invitant chaque fidèle à être acteur, selon ses compétences, dans ce domaine. Evangéliser la culture contemporaine s’inscrit pleinement dans la Nouvelle Evangélisation. C’est permettre à l’homme contemporain de ne pas s’arrêter aux cultures de mort (par exemple chez certains groupes musicaux « hard ») mais de se laisser gagner par la culture de la vie. C’est ce que disait Benoît XVI en conclusion de son Discours au monde de la Culture : « Ce qui a fondé la culture de l’Europe, la recherche de Dieu et la disponibilité à L’écouter, demeure aujourd’hui encore le fondement de toute culture véritable ? ». Pour nous, pasteurs, évangéliser la culture n’est-ce pas d’abord y faire advenir le Sauveur ?

Mgr Bernard Ginoux
Évêque de Montauban
 

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