Mgr Descubes : « La famille est un bien de l’humanité »

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A l’approche du colloque organisé à Paris les 1er et 2 octobre 2011, pour conclure « Familles 2011 », Mgr Jean-Charles Descubes, archevêque de Rouen et président du Conseil Famille et Société, fait le point.
 
Plusieurs observations sont à l’origine de l’initiative prise par le Conseil et le Service national Famille et Société. Mgr Descubes en note deux : La famille arrive largement en tête des sondages sur les aspirations au bonheur ; et, en même temps, on se demande si ce bonheur accessible jusqu’à hésiter à fonder une famille. On constate d’autre part un décalage entre ce que l’Eglise dit réellement de la famille et le discours que la culture ambiante lui prête en l’enfermant dans un modèle figé au point que les personnes qui ne s’y retrouvent pas ou ne peuvent y correspondre s’éloignent de l’Eglise. Contribuer à combler ces fossés est l’ambition de « Familles 2011 ».
 

Pourquoi les évêques de France s’intéressent-ils à la famille ?

Avant d’être une réalité ecclésiale, la famille est un bien de l’humanité. Elle ne nous appartient donc pas. Mais nous pensons que ce que nous recevons de notre Tradition comme enseignement et pratique de la famille peut être offert à l’humanité, pour qu’elle s’en saisisse contribuant ainsi à son bonheur.
 

Comment la dynamique « Familles 2011 » a-t-elle irrigué les diocèses ?

Nous souhaitions que, pendant l’année 2010-2011, l’Eglise en France porte une attention particulière à la famille et aux familles. Cette année a été ponctuée d’événements. Je me réjouis des initiatives prises dans la plupart des diocèses : fêtes, colloques, spectacles, rassemblements… Cette attention souhaitée n’aura pas été un vain mot. Je m’en réjouis d’autant plus que, depuis 1992, l’Assemblée plénière des Evêques n’avait pas inscrit la famille à son ordre du jour, et qu’une année de la famille décidée pour 1994 n’avait pas eu lieu.
 

Quelle évolution remarquez-vous dans le regard de l’Eglise sur la famille ?

De plus en plus de diocèses remplacent le terme « pastorale familiale » par « pastorale des familles ». Je crois que cette évolution se situe dans la ligne de la « Lettre aux familles » (1994) du pape Jean-Paul II. Dans sa première encyclique, il avait insisté pour que l’homme soit la route de l’Eglise. Cette route emprunte divers chemins. La famille en est le premier. Si, à la suite du Christ, l’Eglise veut accompagner les hommes sur leur chemin d’Emmaüs, elle doit en priorité accompagner les familles. Non une théorie ou un dogme mais une réalité concrète faite d’un homme, d’une femme, d’enfants, de différentes générations. Se faire proche des familles, c’est sans doute pour l’Eglise l’une des voies de la nouvelle évangélisation.
 

Quelle est la spécificité de « Familles et société : quels choix pour demain ? » à Paris ?

Familles 2011

Les colloques organisés en province sous notre patronage ont abordé un certain nombre de points particuliers : Bordeaux traitait de la vie en couple ; Lille, la famille, lieu des solidarités ; et Strasbourg, l’éducation. Le colloque de Paris a pour premier objectif de prendre acte de la situation des familles aujourd’hui : la société a évolué, la famille aussi. Le deuxième but sera de comprendre les changements observés. Nous devons éviter de nous enfermer ou de nous laisser enfermer dans une image caricaturale, et rechercher comment les aspirations modernes rejoignent notre Tradition. Un exemple : on dit souvent que la famille est victime de la montée de l’individualisme. L’individualisme n’est pas en soi nécessairement pervers. Il traduit le désir de chaque personne d’être reconnue pour elle-même. Le Compendium de la Doctrine Sociale de l’Eglise considère lui aussi que la famille est d’abord un lieu de l’épanouissement personnel. Mais elle ne le sera que si elle est institutionnalisée, que si sont précisés les rôles de ceux et celles qui la constituent, que si elle est véritablement un lieu d’apprentissage du partage et de la solidarité, une communauté de vie et d’amour. L’amour ne se limite pas au sentiment amoureux. Il suppose un certain nombre de règles et d’exigences dont il faut prendre conscience. C’est pourquoi nous pensons que la fondation d’une famille demande une préparation qui doit d’ailleurs commencer très tôt par une éducation relationnelle, affective et sexuelle des enfants et des jeunes. Nous rejoignons ici les préoccupations de bon nombre d’associations même non confessionnelles dont nous avons reçu les représentants au cours des auditions qui nous ont permis de préparer le colloque de Paris.
 

Que va-t-il se passer les 1er et 2 octobre ?

Le colloque de Paris aura pour thème : « Familles et société : quels choix pour demain ? » Son approche sera pluridisciplinaire avec l’intervention de démographes, de sociologues, de philosophes, de théologiens et de juristes… Des ateliers permettront d’aborder des questions concrètes : la famille face au travail, à l’autorité, à la souffrance ou à la précarité, aux différences culturelles ou religieuses, etc. Le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris et président de la Conférence des Evêques de France, et Mgr Livio Melina, président de l’Institut Jean-Paul II à Rome feront retentir la bonne nouvelle de la famille. Une table ronde donnera l’occasion à des hommes politiques de dire quelle place la famille doit occuper dans la société. Une famille se construit au quotidien : telle sera sans doute l’invitation d’Enzo Bianchi, le prieur de Bose (Italie).
 

Quelles sont vos attentes pour la suite ?

Les colloques, en particulier la table ronde de celui de Paris, mais aussi les initiatives des délégués diocésains de la pastorale des familles et les suggestions faites lors des auditions préparatoires, etc. permettront de rédiger des propositions tant en direction des pouvoirs publics pour une meilleure politique familiale que des communautés chrétiennes afin que l’accompagnement de l’Eglise soit mieux ajusté à ce que vivent les familles.
 
Une originalité française

Depuis 1945, la France dispose d’une organisation représentative de l’ensemble des familles auprès des pouvoirs publics : l’Union Nationale des Associations Familiales (UNAF) dont font partie les Associations Familiales Catholiques (AFC). « Mais si la place essentielle de la famille dans la société est toujours affirmée, force est de constater que les moyens de sa promotion voire de sa défense subissent une lente érosion. »

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